OPÉRAS
Pandore.
Samson.
Le Temple de la Gloire.
Essai mr l'histoire générale de V esprit et des mœurs des nations.
Histoire de Charles XIL
Histoire de f empire de Russie sous le czar Pierre le Grand.
Histoire du siècle de Louis XIV et de Louis XV.
La Philosophie de t histoire, et plusieurs ouvrages relatifs à cet objet.
Plusieurs mélanges de littérature , de philosophie et d'histoire , dans lesquels on trouve Zadig, le Pauvre Diable, le Russe à Paris; plusieurs contes allégoriques et une grande quantité de pièces fugitives.
n en est des différents ouvrages comme de la vie civile. Les affaires demandent du sérieux, et le repas de la gaieté. Mais aujourd'hui on veut tout mêler : c'est mettre un habit de bal dans un conseil d'État. Û faut qu'il y ait des moments tranquilles dans les grands ouvrages, comme dans la vie après les instants de passion.
L'auteur le plus sublime doit demander conseil. Moïse, malgré sa nuée et sa colonne de feu, demandait le chemin de Jéthro.
grandeur des gens de lettres! Qu'un premier commis fasse un mauvais livre, il est excellent; que leur confrère en fasse un bon, il est honni.
Prière des pèlerins de la Mecque : a Mon Dieu, délivre-nous des visages tristes! » Ces pèlerins-là avaient été à Poiupignan.
Il a été résolu unanimement qu'on travaillerait sans délai à un nouveau dictionnaire , qui contiendra Tétymologie reconnue de chaque mot, et quelquefois Tétymologie probable; la conjugaison des verbes irréguliers qui sont peu en usage ; les diverses acceptions de chaque terme, avec les exemples tirés des auteurs les plus approuvés; toutes les expressions pittoresques et qpergiques de Montaigne, à\imiot, de Charron, qu'il est à souhaiter qu'on fasse revivre , et dont nos voisins se sont saisis.
Ce serait à la fois une grammaire, une rhétorique, une poétique, sans l'ambition d'y prétendre. Chaque académicien vivant, car il y en a toujours quelquesuns qui sont plus morts que vifs, peut se charger d'une lettre de l'alphabet , et même de deux. Pour moi qui ne suis ni mort ni vivant, je me charge de la première lettre.
Nulle langue assez abondante; nul ne sait toute sa langue.
On sait sa langue comme la géographie , les mois généraux ; on connaît les provinces , non les villages.
Aucune langue n'est assez précise. i4m^ signifie vingt choses différentes, sans en marquer une clairement; esprit de même.
La plus belle langue est la grecque, à cause de ses composés et de son harmonie. Dans la politesse de la nôtre ) tout atteste son ancienne barbarie : Viginti, vingt; augustus^ Qoûi; pavanem, paon; Cadomum, Caën;guau$, goûi; deftUuere.
Il faut parler la langue du grand siècle , et ne point donner aux mots employés par les auteurs classiques un sens nouveau : Fixer une femme , pour la regarder fixement; fixer une porte.
Tourner est devenu un terme d'art Elogier, édu" quer, croire de, vis-à-vis; piqueurs, non piqueurs, persifler, mystifier, termes ridicules. Il ne faut jamais hésiter à se servir de deux mots , et ne pas s^obstiner à en chercher un que la langue refuse; c'est même quelquefois une source de beautés. On ne peut dire badiner quelqu'un; mais railler, plaisanter, jouer, sont actifs.
Il n'y a de mots tirés du grec en firançaîs que ceux des arts. C'est une assez grande preuve que les Grecs avaient établi un comptoir, non une colonie, à Marseille ; et que la langue celle y domina toujours.
11 n'y a guère de bonne traduction , parce qu'il n'y a pas deux nations qui aient les mêmes idées de toutes les choses.
Plusieurs mots peuvent s'écrire de cent façons différentes, et se prononcent de même : héros, éros, érau, airaut, hairot, hérost, hairaut, hairault, hérolt, éro, hairos, etc.
Avoir un pied de nez et être camus, même chose.
Le petit style de Fontenelle a gâté la langue : elle devient précieuse entre les mains des philosophes.
Traduire mot à mot, source de galimatias, a Me tabula sacer votiva paries indicat hmida mspendme vestimenta maris Deo : — Moi d^une peinture, dévoué votive le mur indique les humides avoir suspendu au puissant les habits de la mer au Dieu, n
Chaque profession, chaque art, chaque goût a sa langue. Deux Flamands disaient l'un et l'autre : Pour moi, j'aime mieux Charles 'Quini que la MainUnon; malgré le mauvais temps, le duc de Vendôme se soutient mieux que Marlborough; le prince Eugène tombe bien, etc. Ils parlaient de fleurs.
De paradis on a fait del : mais paradis signifiait jardin.
Voyez VHistoire de la philosophie de Deslandes. L'esprit se joue à pure perte dans ces questions : On fait les frais de penser. — Les éclipses sont en droit d'effrayer. — Tbalès, Anaximandre, ne faisaient point la débauche. — Le prix de leur incrédulité. — Épicure avait un extérieur à l'unisson. — L'auteur de la nature combine le moral et le physique par des lois qui leur sont assorties. — Clodius renvia sur Auguste. — Et cent autres sottises pareilles.
Les Romains n'employaient jamais ces termes oiseux, infiniment, horriblement ^ furieusement, très-humble^ ment; nous les mettons à tous propos dans la conversation. C'est faute d'idées.
Les langues semblent être le fruit d'une profonde métaphysique; les différences des temps, les termes abstraits, les généraux, les particuliers, tout cela est distingué dans chaque langue; elles se sont ainsi formées par Tinstinct, comme, la logique.
Combien de platitudes familières : Sur son compte; pousser} sa pointe; profil de défaut; récolter, pour recueillir; analogue, au lieu de convenable; propor^ tionné, assorti; vis-à-vis, pour avec; par contre, au lieu de dire en récompense, en échange, au contraire; strict, au lieu à^ exact; goût décidé, talent décidé.
Et pourtant le familier c'est aussi Fhomme du peuple qui est écouté pour la franchise du langage. Mais s'il faut que le bon vin ait du bouquet, pourquoi répandre au banquet de l'esprit le goût d'un mauvais cru?
On peut dire de la plupart des historiens d'aujourd'hui ce que disait Bakac de la Motte le Vajer : « U n fait le dégât dans les bons livres. »
La plus grande dignité pour un homme de lettres est sa réputation.
Le père Tournon a fait six volumes de V Histoire des dominicains; — et je n'en ai fait que deui decelle de Louis XIV 1 Et j^en ai fait un de trop.
Il n'y a pas une idée fixe dans Homère; il y en a mille dans le Tasse.
Vous voulez connaître le Dante. Les Italiens l'appellent divin; mais c'est une divinité cachée; peu de gens entendent ses oracles; il a des commentateurs, c'est peut-être encore une raison de plus pour n'être pas compris. Sa réputation s'affermira toujours, parce qu'on ne le lit guère. Il y a de lui une vingtaine de traits qu'on sait par cœur, cela su£Gt pour s'épargner la peine d'examiner le reste.
La raison a fait tort à la littérature comme à la religion, elle l'a décharnée. Plus de prédictions, plus d'oracles, de dieux, de magiciens, de géants, de monstres, de chevaliers, d'héroïnes. La raison seule ne peut faire un poëme épique. Ah ! si le Tasse avait traversé la Henriade!
Les grammairiens sont pour les auteurs ce qu'nn luthier est pour un musicien.
Les jansénistes ont servi à Féloquence et non à la philosophie. La science de dire vaut mieux que Tart de ne pas dire.
Le Welche me dit qu'on gâte son esprit en voulant Tomer, mais puisque Tesprit est une fête qu'on donne à la pensée, pourquoi ne pas y mettre des fleurs?
La cause de la décadence des lettres , c'est qu'on a atteint le but; ceux qui viennent après veulent le passer.
Tout est devenu bien commun. Tout est trouvé ; il ne s'agit que d'enchâsser.
Le premier qui a dit que les roses ne sont point sans épines, que la beauté ne plaît point sans les grâces, que le cœur trompe l'esprit, a étonné. Le second est un sot.
L'ACADÉMIE BÉNÉDICTINE
L'ACADEMIE BÉNÉDICTINE
Les bénédictins allemands ont établi une singulière académie qui mérite d'être connue, quoiqu'elle n'ait pas ouvert ses portes à l'auteur de Didon. Elle est divisée en neuT classes : la première, appelée V Ordre hiérarchique, comprend le protecteur royal j qui est le prince Charles de Lorraine; le protecteur ecclésiastique, qui est le cardinal Tamburini; le vice-protecteur apostolique, le président, le vice- président, les abbés consuUeurs et les principaux Mécènes. On place dans la seconde classe les autres abbés associés, assistants et consuUeurs perpétuels. La troisième est le séncU académique, composé de douze membres d'élite, parmi lesquels on choisit le directeur et les autres officiers; et comme dans les compagnies il y a toujours de petits mystères dont il n'est pas à propos que tous les membres soient instruits, mais le secret
* Le manuscrit de ces trois pages n*incliquait pas le nom de Voltaire et n'est pas de récriture de Voltaire. On a cru le reconnaitre à sa bienveillance accoutumée pour Lefranc de Pompigpan et Fréron.
SO
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de l'académie est comine le secret de la comédie, trois hommes tirés de cette troisième classe, et appelés le triumvirat, forment un conseil privé chargé des affaires les plus secrètes. Des bénédictins choisis dans les seuls monastères d'Allemagne composent la quatrième classe. La cinquième est formée des plus savants religieux de toutes les autres congrégations de Tordre de Saint-Benoît Dans la sixième sont les académiciens honoraires, pris indifféremment dans tous les pays et dans toutes les religions; pourvu qu'ils aiment les muses bénédictines, voilà tout ce qu'on leur demande. Ad classem sextam referuntur membra honovaria cujuslibet religionis et regionis, quibus musœ benedictinœ in amoribus fuerint. La septième classe est celle des imprimeurs et des libraires qui auront témoigné le plus de zèle et se seront donné le plus de peine pour la publication et le débit des ouvrages faits par l'académie. Cette classe ne présente jusqu'ici que le nom d'un seul imprimeur, c'est celui d'Antoine, de Metz, qui vient de mettre à jour la brochure in-8* d'où je tire tous ceâ détails. Elle est intitulée Corpus academicum almœ societatis litterariœ Germano-Benedictinœ, in suas classes, a R. P. Oliverio Legipont distribuium. C'est-à-dire Corps académique de la société littéraire des bénédictins d' Allemagne, rangé selon ses différentes classes, par le R. P. Olivier Legipont. On y loue l'imprimeur Antoine pour la beauté de l'impression, sa probité éclairée et sa prompte exécution. Cette brochure justifie déjà la première partie de son éloge.
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La huitième classe est la plus singulière : elle doit être composée de ces hommes méchants et paresseux qui vivent du mal et se nourrissent du travail d'autrui ; de ces frérons enfin y^t^i, qui, après avoir parlé ou écrit contre l'académie, en auront été exclus. C'est être dedans et dehors tout à la fois. Au risque d'être mis moi-même dans cette classe bizarre, je ne puis m'empécher de la désapprouver.
Mais je craindrais bien davantage d'être placé dans la neuvième, qui est la classe des morts. Il n'en manquerait plus qu'une dixième, composée de tous ceux qui ne sont pas encore de cette académie; elle ne serait pas plus ridicule que les deux précédentes, composées de ceux qui n'en sont plus.
A cela près, cette vénérable société, qui a pour objet le progrès des sciences et des arts dans toute l'Europe, me parait un établissement utile et glorieux à l'ordre de Saint-Benoit.
io.
II ne faut pas forcer le peuple; c'est une rivière qui creuse elle-même son lit : on ne peut faire changer son cours.
Inscription pour une estampe représentant des
gueux:
Bex fecit
Qui doit être le favori d'un roi? Le peuple : mais le peuple parle trop haut.
n n'y a point d'avare qui ne compte faire un jour une helle dépense : la mort vient et fait exécuter ses desseins par un héritier. C'est l'histoire de plus d'un roi de ma connaissance.
rio^irixo; signifiait citoyen : il signifie aujourd'hui ennemi des citoyens.
Un républicain aime plus sa patrie que ne le fait le sujet d'un roi, parce qu'on aime plus son bien que celui d'autrui.
Dans les temps les plus raffinés , le lion d'Esope fait un traité avec trois animaux , ses voisins. Il s'agit de partager une proie en quatre parts égales. Le lion, pour de bonnes raisons qu'il déduira en temps et lieu, prend d'abord trois parts pour lui seul, et menace d'étrangler quiconque osera toucher à la quatrième. C'est là le sublime de la politique.
On a une patrie sous un bon roi, on n'enta point sous un méchant.
Où fut la patrie d'Attila et de cent héros de ce genre , qui en courant toujours n'étaient jamais hors de leur chemin?
Le premier qui a écrit que la patrie est partout oii l'on se trouve bien, est, je crois, Euripide dans son Phaéton*
Il est triste qne souvent , pour élre bon patriote , on soit Fennemi du reste des hommes. L'ancien CàCon, ce bon citoyen , disait toujours en opinant au sénat : «Tel est mon avis, et qu'on ruine Carthage. » Être bon patriote, c'est souhaiter que sa ville s'enrichisse par le commerce , et soit puissante par les armes. Il est clair qu'un pays ne peut gagner sans qu'un autre perde, et qu'il ne peut vaincre sans faire des malheureux«
Celui qui brûle de l'ambition d'être édile, tribun, préteur, consul, dictateur, crie qu'il aime sa patrie, et il n'aime que lui-même. Chacun veut être sûr de pouvoir coucher chez soi, sans qu'un autre homme s'arroge le pouvoir de l'envoyer coucher ailleurs. Chacun veut êlre sûr de sa fortune et de sa vie. Tous formant ainsi les mêmes souhaits, il se trouve que l'intérêt particulier devient l'intérêt général : on fait des vœux pour la république, quand on n'en fait que pour soi-même.
La raison du plus fort sera toujours la meilleure. Et le plus fort , étant pétri de la pâte humaine par un maître railleur, ne voudra jamais entendre la raison du plus faible, parlât-il par la bouche de Socrate. Nous avons tous notre heure de despotisme, après avoir véca
DOS siècles d'esclavage, a Que je sois malheureux d'être né! disait Ardassao, jeune icoglan du grand padisha. Je suis à genoux devant le grand padisha, devant le chef de mon oda, devant le capigi-hachi, devant le valet du tefierdar qui m'a volé ma paye. Le derviche qui nous fait la prière est mon maître; un iman est encore plus mon maître; le moUa l'est encore plus que l'iman; le cadi est un autre maître; le cadile3quier l'est davantage; le muphti l'est beaucoup plus que tous ceux-là ensemble. Le kiaïa du grand vizir peut d'un mot me faire jeter dans le canal; et le grand vizir enfin peut me faire serrer le cou à son plaisir, sans que personne y prenne garde. Que de maîtres, grand Dieu! quand j'aurais autant de corps et autant d'âmes que j'ai de devoirs à remplir, je n'y pourrais pas suffire. Allah I que ne m'as-tu fait chat-huant I je vivrais libre dans mon trou , et je mangerais des souris à mon aise sans maître et sans valets. C'est assurément la vraie destinée de l'homme; il n'a des maîtres que depuis qu'il est perverti. Nul homme n'était fait pour servir continuellement un autre homme. Chacun aurait charitablement aidé son prochain, si les choses étaient dans l'ordre. Le clairvoyant aurait conduit l'aveugle, le dispos aurait servi de béquilles au cul-de-jatte. Ce monde aurait été le paradis de Mahomet; et il est l'enfer qui se trouve précisément sous le pont aigu. « Ainsi parlait Ardassan , après avoir reçu les étrivières. Mais, au bout de quelques années, il devint pacha à trois queues. Il fît une fortune prodigieuse; et il crut
fermement que tous les hommes, excepté le Grand Turc et le grand vizir, étaient nés pour le servir.
Quand.nous avons découvert F Amérique , nous avons trouvé toutes les peuplades diverses en républiques ; il n'y avait que deux royaumes dans toute cette partie du monde. De mille nations nous n'en trouvâmes que deux subjuguées.
Les rois et les ministres croient gouverner le monde. Ils ne savent pas qu'il est mené par des capucins : ce sont les prêtres qui mettent dans les têtes des opinions souveraines des rois.
Pourquoi la liberté est-elle si rare? Parce qu'elle est le premier des biens. Pourquoi est-elle le premier des biens? Parce qu'elle n'est pas de ce monde.
La force et la faiblesse arrangent le monde. S'il n'y avait que force, tous les hommes combattraient; mais DiED a donné la faiblesse : ainsi le monde est composé d'ânes qui portent et d'hommes qui chargent.
LETTRES INEDITES.
LETTRES INEDITES.