SCÈNE IL LE CHEVALIER, MARAUDIN, PASQUIN
IIÂRAUDIIV.
Bonjour, mon très -agréable chevalier, embrassezmoi, mon très-cher. Par quel heureux hasard vous rencontré-je ici?
LE CHEVALIER
Par un hasard très-naturel et très-malheureux : parce que j'ai trop aimé l'amour, parce que j'ai été bourreau d'argent, parce que je suis dans la misère, parce que mon frère, qui nage dans le Pactole, va passer ici, parce que je l'attends, parce que j'enrage, parce que je suis au désespoir.
MARAUDIN. *
Voilà de très-bonnes raisons. Allez, allez, consolez-vous ; Dieu a soin des cadets. Il faudra bien que votre frère jette sur vous quelques regards de compassion. C'est moi qui le marie, et je veux qu'il y ait un pot-de-vin pour vous dans ce marché. Quand quelqu'un épouse la fille du baron de la Cochonnière, il faut que tout le monde y gagne.
LE CHEVALIER
Eh! scélérat! que ne me la faisais-tu épouser? J'y aurais gagné bien davantage.
MARAUDIN.
D'accord. Hélas! je crois que mademoiselle de la Cochounière vous aurait épousé tout aussi volontiers que monsieur le comte. Elle ne demande qu'un mari ; elle ne sait pas seulement si elle est riche. C'est une créature élevée dans toute la grossière rusticité de monsieur son père. Ils sont nés avec peu de bien. Un frère de la baronne, intéressé et imbécile, qui ne savait pas parler, mais qui savait calculer, a gagné à Paris cinq cent mille francs dont il n'a jamais joui; il est mort précisément comme il allait devenir insolent. La baronne est morte de l'ennui de vivre avec le baron, et la fille, à qui tout ce bien -là appartient, ne peut être mariée par son vilain père qu'à un homme excessivement riche. Jugez s'il vous l'aurait donnée, à vous qui venez de manger votre légitime.