‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 80 sur 103 · AU PERE DE MENOUX · texte numérisé non relu

AU PERE DE MENOUX

jiSUITX, A COLUAI.

Le 17 féirricp 175* •.

Vous ne vous souvenez peut-être plus, mon révérend père, d'un homme qui se souviendra de vous toute sa vie; cette vie est bientôt finie. J'étais venu à Colmar pour arranger un bien assez considérable que j'ai dans les environs de cette ville; il y a trois mois que je suis dans mon lit. Les plus considérables personnes de la ville, qui me font l'honneur de me venir voir, m'ont averti que je n'avais pas à me louer des procédés du père Mérat, que je crois envoyé ici par vous; s'il y avait quelqu'un au monde dont je puisse espérer de la consolation, ce serait d'un de vos pères et de vos amis que j'aurais dû l'attendre; je l'espérais d'autant plus que vous savez combien j'ai toujours été attaché à votre société et à votre personne. Il n'y a pas deux ans que je fis les plus grands efforts pour être utile aux jésuites de Breslau. Rien n'est donc plus sensible ici pour moi que d'apprendre, par les premières personnes de l'Église, de l'épée et de la robe, que la conduite du

* Celle lettre a paru dans quelques éditions. Si nous la réimprimons, c'est pour la belle réponse du père Menoux.

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père Mérat n'a été ni selon la justice ni selon la prudence. Il aurait dû bien plutôt me venir voir dans ma maladie , et eiercer envers moi un zèle charitable convenable à son état et à son ministère, que de se permettre des discours et dès démarches qui ont révolté ici les plus honnêtes gens, et dont M. le comte d'Argenson, secrétaire d'Etat de la province, qui a de l'amitié pour moi depuis quarante ans, ne peut manquer d'être instruit. Je suis persuadé que votre prudence et votre esprit de conciliation préviendront les suites désagréa* blés de cette petite affaire. Le père. Mérat comprendra aisément qu'une bouche chargée d'annoncer la parole de Dieu ne doit pas être la trompette de la calomnie, qu'il doit apporter la paix et non le trouble, et que des démarches peu mesurées ne pourront inspirer ici que de l'aversion pour une société respectable qui m'est chère et qui ne devrait point avoir d'ennemis. Je vous supplie de lui écrire; vous pourrez même lui envoyer ma lettre.

Réponse du père de Menoux.

Nancy, le 23 février 1754.

Je suis flatté, monsieur, de l'honneur de votre souvenir. L'état de votre santé me touche et m'alarme. Ce que vous me mandez du père Mérat me surprend d'autant plus que, pendant deux ans que je l'ai vu ici, il

s'est toujours comporté en homme sage et modéré.

Depuis qa^il n'est plus de ma communauté, je n'ai aucune autorité sur lui. Je vais pourtant lui écrire, et je lui communiquerai votre lettre. Peut-être, vous, vous a-t-on fait des rapports peu fidèles, ou peut-être lui sera-t-il revenu à lui-même quelque chose qui l'aura indisposé contre vous; et, de bonne foi, monsieur, comment voulez -vous que des gens dévoués comme nous à la religion, par conviction, par devoir, par zèle, se taisent toujours, quand ils entendent attaquer sans cesse la chose du monde qu'ils envisagent comme la plus sacrée et la plus salutaire? Voilà cependant ce que l'on voit souvent dans les écrits répandus sous votre nom, et récemment dans le prétendu Précis de Vhistaire universelle. Je me suis toujours étonné qu'un aussi grand homme que vous, qui a tant d'admirateurs, n'ait pas encore trouvé un ami. Si vous m'aviez cru, vous vous seriez épargné cette foule de chagrins qui ont troublé la gloire et la douceur de vos jours. Je sens quelquefois couler mes larmes en lisant vos ouvrages; plus je les admire, plus je vous plains.

Ahl si Dieu pouvait exaucer mes vœux Que ne

puis-je vous estimer autant que je vous aime!

A M. D'ARGENTAL

3 mars 1760.

Mon divin ange, le vent du nord me lire; je n^ai pas pensé au tripot depuis que ce maudit vent souffle dans ma vallée.

J'apprends que Spartacns n'est pas de tnalefactaiiSj mais qu'il est de frigidis. Je m'en suis douté, un gladiateur ne saurait être tendre, et j'ai peur que l'esprit de Saurin ne tienne un peu de la trempe du gladiateur.

Envoyez-moi donc, m'allez-voos dire, la tendre Aménaîde et la passionnée Fanime. Oui, sans donte; elles partircmt dans huit jours, vous n'avez qu'à dire l'adresse, et vous serez obéi sur-le-champ; j'opine pour Aménaîde et la chevalerie. Cela est tout neuf, cela ne ressemble à rien, et, la Fanime ressemble à toot : elle a les yeux d'Ariane, le nez de Didon, le menton de Roxane; elle n'a malheureusement pas d'Acomat; et le beau garçon qui fait Tamoareux est fort an-dessoas de Bajaset DomioDS tonte la préférence anx chevaliers qui paraissenl ponr la première fim avec leurs boucliers et leur haubert, et aux rimes croiaées et à h pompe du spectacle. Mais surtout ne nous pressons pas, je vous en conjure* Je ne peux pas

ni'imagiuer que le public aille aux spectacles avec un esprit bénévole quand on est sans vaisseaux et sans vaisselle, et qu'on ne peut faire ni la guerre ni la paix. Je suis bien las d'ailleurs des fréronades; et il est triste à mon âge d'èlre toujours dans le public comme le faquin de l'académie de Dugast auquel on tire. Les amusements innocents de ma retraite et de ma vieillesse n'ont pu me mettre à l'abri des coups de ce malheureux Fréron; il faut avouer que ce rôle est insupportable y et qu'il est bien avilissant.

Mon autre persécuteur, M. l'abbé d'Espagnac, est plus poli; aussi lui ai-je envoyé respectueusement un nouveau mémoire qui sera le dernier; après quoi je tendrai le cou. J'ai peur d'être dégoûté de mes terres en France comme de tragédies. On m'a saisi mon pain sous prétexte d'un manque de formalité au bureau de la frontière. Je m'en suis plaint à M. le duc de Choiseul , et je lui ai dit combien il était dur de ne pouvoir manger son pain que les Grecs appellent son arton.

Pour lui, je n'entends pas, mon cher ange, ce que vous imaginez quand vous me dites que je serai trop vengé. Il a près de cent mille hommes, le prince Ferdinand aura une armée formidable, et qui pis est, il y aura une quinzaine de mille d'Anglais dans cette armée. Je fais beaucoup de vœux et j'ai peu d'espérance.

A l'égard des lettres de lui à moi qu'on a imprimées, je ne les ai point vues, mais j'ai les minutes de toutes

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ces lettres que je lui renvoyais corrigées, et qu'un Bonneville lui a, dit-on, volées. J'ai mis la main à tout ce qu'on a imprimé de lui. Il a été un peu ingrat. M. de Choiseul ne vous a-t-il rien confié touchant cette comique majesté? Ne savez-vous rien? Dites-moi donc quelque chose.

Comment se porte madame Scaliger?

Mille tendres respects.

a42 LETTRES INEDITES:

A M. DE MONTPEROUX,

RÉSIDENT DK yRAXCB A CRNÂVE.

(S pages in-^o, cachet aux armes de Voltaire*.)

Laasane, 7 mars 1758.

Puisque vous ne pouvez point, monsieur, venir voir représenter Fanime, et que vous vous en tenez à patipaille avec la vénérable compagnie , avouez du moins que je jouis de la vie à Lausane. Daignez le certifier

* Cette lettre et la suivante, nous ont été données par M. Sohier, de Mantes, un de nos plus riches curieux d* autographes. Voici la lettre qu'il écrivait et qui appartient à Thistoire de Voltaire.

Mantes. 13 novembre 1861.

Monsieur,

On vous a sans doute exagéré T importance des documents autographes de Voltaire qui sont en ma possession , et qu'il vous plait de qualifler de richesses. (Richesses pour moi : c'est possible , tout est relatif. Ce serait pauvreté pour d'autres beaucoup plus heureux!) Au demeurant, pour répondre à votre lettre, je vais vous indiquer ce que je possède.

En tout dix lettres ou billets autographes, signés du nom entier de Voltaire ou de ses initiales , avec ou sans cachet.

1° Huit lettres ou billets adressés par Voltaire à M. Moreaut avocat du roi au Châlelet de Paris, qui a porté la parole et donné des conclusions, dans le procès de Voltaire contre les

à qui il apartiendra. Ajoutez à vos bontés que je fais ma demeure ordinaire tout près de tous, aux DéUees, route de Lyon à Genève; je tous supplie, monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de donner ce certificat à M. Cathala, qui Penverra sur le champ à mon notaire. Car cnme ivUtpundnm qui mUcuit utile dulâ.

Travenols, procès dans lequel Tabbé d*Otivet s*est trouvé impliqué, en 1746 et 1747. (Ensemble 16 pages in-4» et în-8*.) Pièces inédites.

2* Une leUre autographe signée F, aux Délices près Genèfe» à M. Dupont, afocat à Colmar, contenant infitation de venir passer ses vacances aux Délices. Détail de la vie qu^on y mène.

3* Une lettre autographe signée Voltaire et Denis, Lausanne, 7 mars 1758, à M. de Montperoux, résident de France à Genève, avec cachet aux armes.

Il lui demande un certificat de vie , et il rend compte de celle qn^il mène à Lausanne. Puis il ajoute : « Je perds dans le car- » dînai de Tencin un très -bon ami que je m^étais fiiit depuis 1» quelques mois ; les choses n*avaient pas été toujours ainsi. On » dit que c*est un signe mortel quand les vieillards changent de 9 caractère. Son Éminence ne Ta pas porté loin. Dieu veuiUe » avoir son âme. C'était un terrible mécréant tient nmi amme$ I) hujus farinus hominœ. Je vous montrerai des choses singu- 9 lières quand je pourrai avoir Thonnenr de diner avec vous à n mes petites Délices. »

Je suis certain que les huit lettres et billets (n* l'' ci-dessus), relatifs an procès de Voltaire contre les Travenols, sur la plainte du premier, n*ont point été publiés. Mais suivant moi ils ne peuvent Tétre séparément de toutes les autres pièces du procès » que je possède, au nombre d'environ cinquante, qui forment un dossier complet qui se compose de la pièce qui a donné lieu à sa plainte, des mémoires imprimés pour et contre, des plaidoyers manuscrits» des lettres autographes signées de Tabbé d'Olivet, Rigolet de Juvigny et autres, des sentences et arrêts

En vérité, vous auriez omne punctwn si vous étiez témoin de la manière dont nous jouons Fanime. Je perds dans le cardinal de Tencin * un très -bon ami que je m'étais fait depuis quelques mois. Les choses n'avaient pas été toujours ainsi. On dit que c'est un signe mortel, quand les vieillars changent de caractère. Son Ëminence ne l'a pas porté loin. Dieu veuille avoir son ame. C'était un terrible mécréant^*, sicut

intervenus et pièces y reialives. Plusieurs des pièces imprimées contiennent des annotations et réfutations autographes de Voltaire, très^singuUères et très-curiçuscs. Le tout comporterait une publication entière, qui me parait avoir été projetée, et que Voltaire ou ses amis avaient empêchée. Car cette publication ne ferait pas d*honneur au roi Voltaire, dont on admire plus Fesprit que le caractère.

Le procès dont il s*agit n*a jamais été Tobjet d*une étude sérieuse de la part de ceux qui ont écrit sur la vie de Voltaire. L*épisode ne lui était point favorable. Dans sa correspondance publiée jusqu'à ce moment, je n'ai trouvé qu'une seule lettre de Voltaire relative à ce procès : c'est celle du 12 juin 1747, au marquis d'Argenson. Elle prouve l'embarras que lui causait ce procès, son importance. Elle témoigne de son agitation, son ardeur et son obséquiosité. Cependant on doit croire qu'il a dû écrire d'autres lettres à l'occasion de cette importante circonstance de sa vie , où par son imprudente témérité il avait compromis la considération de l'abbé d'Olivet et s'est attiré de nombreuses épigrammes. J'en ai recueilli quelques-unes trèspiquantes, ainsi que nombre de notes à mettre en œuvre. Hais je ne suis pas écrivain.

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