AVOCAT AD CONSEIL
Voici le temps, monsieur, où la famille Sirven que vous protégez attend tout de vos bontés. M. de Chardon est actuellement délivré du triste travail qui l'a occupé si longtemps au sujet de la Gayenne. Les Sirven et moi nous vous supplions , monsieur, de lui présenter nos prières et notre reconnaissance. Il peut actuellement rapporter Tafiaire de cette malheureuse famille. Elle est prête à venir se rendre en prison quand il le faudra.
Je sais bien que M. de Beaumont est malheureusement obligé de plaider à présent pour lui-même. Je le plains autant que je m'intéresse à lui. Mais comme le procès des Sirven est au conseil, il me semble que c'est vous seul que cette affaire regarde dans la situation où nous sommes. Je n'ose fatiguer M. de Beaumont, dont tous les moments doivent être occupés par le procès important qu'il a en son nom. Je vous supplie de me mander quand il faudra que les Sirven partent.
J'ai l'honneur d'être, avec une respectueuse reconnaissance, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Voltaire.
A Fcrnef , S juin 1767.
A M. D'ARGENTAL
Ma foi y mon cher ami, je ne me souviens plus dans quel endroit j'ai placé la traduction de la fameuse cbanson de Pétrarque. II manque, dites- vous, une rime en our; tant mieux, moins de rimes, moins de sottises; mais puisqu'il faut des accolades de rimes, mettons, si vous voulez :
Douce clarté des naits qoe je préfke au jour.
Envoyez-molles épreuves, et je fournirai un quintal de corrections.
A M. DE SIREUIL.
Ob i» octobre.
Malgré l'état douloureux où mes maladies me réduisent, monsieur , je me hâte de répondre avec la plitô vive sensibilité aux politesses dont vous m^honorez. le n^ai point reçu la copie de l'opéra de Pandore, auquel vous avez bien voulu travailler. M. de Moncrif me Taurait fait aisément tenir sons Tenveloppe de M. d^Argenson, si on la lui avait laissée entre les mains, le ne doute pas de la beauté de la musique de M. Royer, et votre prose me persuada de plus en plus que vous Taurez très-bien servi par vos vers dans tous les canevas et dans la coupure des scènes, où il faut que le poëte et le musicien soient d'intelligence. Il n'y a, monsieur, que ce qui est de moi dans cet ouvrage qui me donne de justes sujets de craintes : elles sont d'autant mieux fondées que, suivant tout ce que j^apprends, M. Royer n'a pas choisi la meilleure leçon de mon poëme. On me mande, par exemple, qu'il n'a point mis en musique la première scène de Prométhée :
Prodige de mes mains, charmes que j'ai fiait naître, Je vous appelle en vain , vous ne m'entendez pas.
Pandore , tu ne peux coqnattre
Ni mon amour ni tas appaa , etc.
376 LETTRES IXEDITES.
II n'a point non plus rois en œuvre ces vers que Prométhée dit à Pandore en lui apportant le feu du ciel :
Terre, sois attentive à ces heureux instants, Lève-toi, cher objet, c*est TAmour qui Tordonne.
A sa voix obéis toujours , Lève-toi ; T Amour te donne
La vie, un cœur et de beaux jours.
II est triste que Touvrage soit depuis longtemps imprimé d'une façon et soit représenté d'une autre. J'ignore, monsieur, si les éditions où se trouve ce petit ouvrage sont parvenues jusqu'à vous; M. Royer ne les connaissait pas, mais il aurait pu choisir, entre les différentes copies qu'il avait du poëme, la moins défectueuse. II aurait sûrement embelli les morceaux que je viens de vous citer, et tous ceux qui sont dans le même goût. Je vous assure, monsieur, que je ne suis rassuré que par le soin que vous avez pris pendant mon absence de vous prêter au génie du musicien et de servir à la fois sou goût et celui d'un spectacle qui est pour moi très-étranger. Nous vous devons, lui et moi, des remerciments. Mais vous savez quel danger on court toujours en se livrant au public, et combien la malignité des hommes aime à profiter de l'occasion. M. Royer n'est peut-être pas sans envieux, et vous savez que je ne manque pas d'ennemis, c'est l'état du méfier. Je crois donc qu'il est nécessaire d'intituler l'imprimé qu'on débitera à l'Opéra Prométhée, ou Pandore, ouvrage dramatique
LETTRES INEDITES. 377
tiré des fragments de la pièce de M. de VoUaire à laquelle on a ajouté pendant son absence les ariettes et les vers convenables au Théâtre-Lyrique.
Ce titre sera dans l'exacte vérité, puisqu'on ne donne en effet que des fragments de mon ouvrage, et préviendra toutes les critiques en faisant sentir l'obligation que l'on a à celui qui a donné à ce poëme la forme exigée par l'opéra. J'ai écrit à M. de Moncrif en conformité. Je me flatte que vous voudrez bien, monsieur, vous prêter à cet arrangement. Ce sera une nouvelle obligation que je vous aurai. Permettez que je vous aie encore celle de faire passer à M. Royer les sentiments d'estime que j'ai pour lui, et le sincère intérêt que je prends à son travail et à sa gloire. Recevez encore une fois les assurances de ces mêmes sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.