LETTRE AU PREMIER MINISTRE DU CANADA
Québec, 22 Mai, 1916.
Au Tres Hoxonanix Sir Ronerr Bonpr, Premier Ministre du Canada,
Monsieur le Premier,
Le mémoire Préparé par votre Ministre de la Justice rejet de la demande en désaveu du Chapitre 45 de la 5e Georges V, des Statuts de l'Ontario: un autre mémoire secret, sorti de la plume de l'honorable M. Casgrain, l’un de vos ministres, et furtivement distribué
bres français de l'épiscopat canadien; vos Propres déclarations et celles de vos collègues sur le parquet de la chambre des Communes, discussion de la motion Lapointe
Courant mois, tout Concourt à fair
concluant au
aux mem
lors de la pendant les journées du 10 et du 11 du e de votre doctrine de non-in
absolue en matières provinciales la confirmation officielle et définitive de l'arsét de mort prononcé contre la race françrise en confédération canadienne
Vous ne pouvez pas invoquer la loi pour vous justifier: elle est en notre faveur, Elle vous donne le pouvoir absolu, sans contrôle, de désavouer toute législation provinciale et de protéger ainsi toute minorité qui souffre sous le talon d'u + majorité intolérante,
Six cent mill: pétitionnaires vous ont*demandé dans un geste superbe, tout l'épiscopat français en tête, au nom de leurs droits, de la justice, du pacte d'union Té en 1867, des intérêts primordiaux du pays tout entier, d'annuler, sans hésitation aucune, une législation inique qui impose à toute une race l'obligation de payer ses taxes scolaires, non pas aux corn missaires de soû choix, mais à une commission d'une race différente qui lui est imposée par la volonté arbitraire d'un gouvernement violateur de la constitution qui nous régit
Cette demande est jetée au panier et, pour justifierson refus, votre gouvernement invoque la principe que la législature avant un pouvoir exclusif en matière d'éducation, l'exécutif fédéral ne peut intervenir; autrement, ce serait porter atteinte à la souveraineté de la Province.
Je nie cette proposition et je m'inseris en faux contre une telle doetrine.
La souverain té la légialitore ne peut pas s'étendre au delà des limites que lui assigne in constitution,
Celle-ci tout en décretant que les législatures provinciales ont un droit exclusif en matière d'éducation leur assigne toutefois des limites qu'elles ne peuvent dépasser et en dehors desquelles elles cessent d'être souveraines.
Les législatures n'ont un pouvoir souverain dans l'espèce qu'à la condition de ne pas empiéter sur les droits des minorités
Et c'est parceque la législature d'Ontario a franchi les limites que lui assigne la constitution dans Lex. :cice de son droit exclusif que nous demandons au pouvoir exéeutif fédéral d'intervenir et de refouter le flot du fanarisme qui déborde
Votre refus laisse dans lex rues de la Capitale 3,400 enfants, fruste cent trente professeurs de leur juste salaire pendant deux ans et force toute la population française de la cité d'Ottawa à rester ln tête courbée sous l'autorité d'une commission imposée par la force d'un gouvernement in- Juste
La race canadienne-française toute entière s'agite. Les luttes d'autrefois vont reprendre et leur intensité ira grandissant jusqu'au jour où la enise supréme ouvrira enfin les yeux de nos hommes politiques pour eontempler, un peu tard peut-être, les conséquences déplorables de leur présente äpathie et de leur coupable indifférence
Vous voules sauver le parti} vous perdes le pays
Laissez moi séparer ma cause de la vôtre,
Déjà, Monsieur le Premier, je vous ai donné l'occasion de penser à l'extrême gravité de la position qui nous est faite
Le 120etobre 1012, je potisanis le cri d'alarme, et dans une lettre très pros sante je vous demandais d'intervenir, sans retard, auprès de air James Whitney ‘afin d'étoufler de suite, dès son début, ce différend qui menagnit de prendre des proportions désnstreuses et qui armait, les uns contre les autres, les amis et les adversaires de la langue française dans co Dominion"
Vous me référâtes à votre ami le Ministre de la Justice
Celui-ci, naturellement, me Promit sa meilleure considération dans une lettre en date du 2 novemb, 1912
Depuis, je n'ai plus entendu varler du Ministre de ln Justice,
Ma lettre était tombée dans le lus parfait oubli
Deux ans plus tard, le 2 octobre !914, je revins à ln charge et vous priai de voir M. Hearst qui venait de sx der à M, Whitney, et d'obtenir de lui un règlement pacifique de 1n difficutte scolaire ontarierne,
Ma lettre fut, comme la première fois, seferée À un ministre de votre cabinet.
Et je n'en entendis plus parler.
Aujourd'hui le feu est à l'édifice.
Et pour mieux l'activer, sous prétexte de vous faire un rapport officiel contre le désaveu, votre ministre de la Justice, dans une pièce du plus mauvais goût, bâtit tout un plaidoyer contre notre cause, et pour ne pas manquer l'effet qu'il en attend il attache à son rapport celui que lui à remis le premier Ministre de l'Ontario!
Le tout forme un savant plaidoyer, non seulement contre l'exercice du droit de désaveu, mais contre tous les droits que les pétitionnaires invoquent en faveur d'une cause qui est actuellement devant le comité judiciaire du Conseil Privé de Sa Majesté.
Le Ministre aurait pu se contenter de dire: Nous refusons de désavouer une loi que le plus haut tribunal est appelé à juger’
Il a mieux aimé faire du zèle aux dépens d'une race à laquelle il n'appartient certainement pas.
Le procédé ne m'a pas surpris.
Ce qui est plus épatant. plus navrant devrais-je dire, c'est l'étrange mémoire que l’un de vos r tres, M. Casgrain, a servi sous le sceau du secret aux membres françan ue l'épiscopat canadien.
La demande de l'épiscopat a été faite à ciel ouvert et rien n'autorisuit M. Casgrain à donner une réponse distincte dk celle du cabinet tout entier.
Il a eu cependant recours à ce moyen, mais la ju-tifcation qu'il tente de sa conduite repose sur des documents tronqués ei faussem. : t interpretés.
J'ai l'intention, à titre de représentant autorisé des Canadien français de l'Ontario, de prendre ou rtement la défense de ébux qui n'ont pas eu + de défenseurs parmi les hommes de leur race que ln provinee de Québec : compte dans l'exécutif fédéral; je veux le protéger particulièrement contre celui qui tente aujourd'hui de se faire l'avo. & du diable et qui, par ecaleul ou sans caleul, cherche à faire oublier sn malheureuse défection en noircissant les autres et en chuchottant discrétement dans les oreilles épiscopales, sous lé sceau du secret, que les hommes de l'Église ont été indigne-
ment trompés et que, ni ses compatriotes d'Ontario, ni leurs écoles n'ont
droit à la justice que nous réclamons,
Pour accomplir ce devoir, sans m'exposer à l'accusation de vous
causer d'inutiles embarras en me servant indûment d'un prestige que je
vous dois, il ne faut, les convenances l’exigent, qu je descende du fauteuil présidentiel que j'occupe au sénat.
Je vous prie done d’acce pter ma démission.
Je la donne comme une protestation publique et sincère contre la
doctrine de la non intervention fédérale avoe sos ré iltats alarmants pour
l'avenir du pays et la survivance de notre race
Je la donne comme une protestation contre l'emploi de.cette arme à
deux tranchants qui fait de certains ministres des hommesædangereux pour notre race et pour les droits qu'elle veut conserver
Je la donne comme une protestatio pouvoir tient engourdis ou que les fr dans une fausso séeurité
contre tous ceux que l'amour du
veurs ministérielles endorment
Je la donne ‘nfin Pour me consacrer entièrement, libre de toute entrave, à la défense d'un noble cause que je veux tenir ou-deseus de mesquins intérêts des partis politiques, et pour le triomphe de laquelle, il me fait Plaisir de sacrifier les quelques années qu’il me reste à vivre
J'espère, Monsieur le Pre mier, que vous comprendrez la nécessité de ma présente démarche ct que vous me continucrez l'estime quékvous m'avez toujours témoignée dans le pas
Veuill.z me croire,
Votre bien dévoué serviteur,!
(Signé) Parcipre Lanpry