GUSTAVE ROBERT
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On vient d'émettre, ces derniers temps, sur la manière dont Bach concevait la musique, des aperçus assurément nouveaux.
Jusqu'ici on considérait volontiers le vieux Cantor comme l'architecte suprême de la solidité musicale. Certes on ne se refusait pas à reconnaître son souci parfois très apparent d'appareiller la musique au sens général des textes illustrés. On ne se faisait pas faute, non plus, de faire ressortir tout le sentiment et même toute la poésie qui se dégage de beaucoup de ses œuvres instrumentales. Nous-même, après bien d'autres, l'avons maintes fois essayé '. Ou ne trouvait aucunement surprenant que comme le Beethoven de la Pastorale, il eut. en certains passages, usé de curieuses harmonies incitatives ou de dessins descriptifs : l'imitation des cloches dans YOde funèbre pouvait même passer pour un exemple classique.
Il paraîtrait cependant, que nous étions, critiques passés et critiques présents, encore fort loin de compte. Bach aurait eu, nous dit-on, un langage musical parfaitement délimité et précis. Pour chacune des principales idées, des sentiments les plus généraux, pour la plupart des phénomènes naturels (le vent, les ondes, la démarche, etc.), il se serait créé un
1. Nous nous permcUons, à titre d'indication, de rappeler ce que nous avons écrit sur ce sujet dans le tome II de La Musique h Paris, paru en 1896 (Page 220 et suiv.).
thème-type. Ce- thème-type, soumis naturellement aux dérivations cl variations infinies de son prodigieux génie musical, reparaîtrait chaque fois que le sentiment ou l'image de même ordre est exprimé dans les paroles. Ainsi chaque fois qu'il sera question de joie tranquille ou de douleur aiguë sera-t-on assuré de voir poindre le thème correspondant. A la vérité, cette proposition n'est pas formellement exposée dans les ouvrages nouveaux dont nous allons parler. Mais sa réciproque s'y trouve très expressément : ce qui, ou je me trompe fort, en est l'équivalent.
Ouvrons le très important ouvrage que M. Albert Schweitzer a consacré à J.-S. Bach1 et voici ce que nous lisons. « En rapprochant les thèmes de Bach, on découvre une série d'associations d'idées picturales qui se reproduisent régulièrement, quand le texte y donne lieu — Le langage musical de Bach est le plus développé et le plus précis qui existe S'agit-il d'une musique écrite sur des paroles, on peut, sans regarder le texte, en préciser les idées caractéristiques à l'aide des thèmes seuls » (p. 338, 339).
Nous retrouvons, sous d'autres termes, de semblables affirmations dans le gros travail d'érudition de M. André Pirro : L'Esthétique de Jean-Sébastien Bach-. L'auteur, expliquant le plan de son ouvrage, écrit : « Nous examinerons quelles correspondances il établit, quels rapports il maintient entre les paroles qui lui sont proposées et l'interprétation qu'il en fait. Nous verrons si, dans des circonstances analogues, il se sert de motifs qui se ressemblent, d'accords
de même nature, en un mot de ressources pareilles Nous
arriverons ainsi à déterminer quelle part dans son œuvre il a donnée à l'émotion et à la description. Un parallélisme inaltérable entre les paroles du texte et les images musicales qu'il y adapte nous sera révélé. Dans toutes ses œuvres nous retrouverons pour les mêmes idées les mêmes séries
1. J.-S. Bach, Le Musicien-Poète. 1 vol. in-8°. Leipzig et Paris., 1905.