‹ Le désert de glaceChapitre 45 sur 67 · lieues. — 2. 5 lieues · texte numérisé non relu

lieues. — 2. 5 lieues

LB DÉSERT

« Mes amis, leur disait-il, je ne vous demande pas ^d’imiter les coureurs anglais, qui diminuent de dixhuit livres après deux jours d’entraînement, et de vingt-cinq après cinq jours; mais enfin, il faut faire quelque chose afin de se placer dans les meilleures conditions possibles pour accomplir un long voyage. Or, le premier principe de l’entraînement est de supprimer la graisse chez le coureur comme chez le jockey, et cela, au moyen de purgatifs, de transpirations et d’exercices violents ; ces gentlemen savent qu’ils perdront tant par médecine, et ils arrivent à des résultats d’une justesse incroyable ; aussi tel qui avant l’entraînement ne pouvait courir l’espace d’un mille sans perdre haleine, encourt facilement vingt- cinq après! On a cité un certain Townsed qui faisait cent milles en douze heures sans s’arrêter.

— Beau résultat, répondit Johnson, et bien que nous ne soyons pas, très-gras, s’il faut encore maigrir...

— Inutile, Johnson ; mais, sans exagérer, on ne peul nier que l’entraînement n’ait de bons effets ; il donne aux os plus de résistance, plus d’élasticité aux muscles, de la finesse à l’ouïe, et de la netteté à la vue-, ainsi, fie l’oublions pas. »

Enfin, entraînés ou non, les voyageurs furent prêts le 23 juin ; c’était un dimanche, et ce jour fut consacré à un repos absolu.

L’instant du départ approchait, et les habitants du Fort-Providence ne le voyaient pas arriver sans une

certaine émotion. Gela leur faisait quelque peine au cœur de laisser cette hutte de neige, qui avait si bien rempli son rôle de maison , cette baie Victoria , cette plage hospitalière où s’étaient passés les derniers mois de rhivernage. Retrouverait-on ces constructions au retour? Les rayons du soleil n’allaient-ils pas achever de fondre leurs fragiles murailles?

En somme*, de bonnes heures s’y étaient écoulées I Le docteur, au repas du soir, rappela à ses compagnons ces émouvants souvenirs, et il n’oublia pas de remercier le ciel de sa visible protection.

Enfin l’heure du sommeil arriva. Chacun se coucha tôt pour se lever de grand matin. Ainsi s’écoula la dernière nuit passée au Fort-Providence.

Page 1