‹ Le désert de glaceChapitre 67 sur 67 · SIS · texte numérisé non relu

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porta l’un des montants, le planta dans le glaçon comme un mât, et le soutint avec des cordes; la tente fut déchirée pour former tant bien que mal une voile. Le vent était favorable; les malheureux abandonnés se précipitèrent sur le fragile radeau, et prirent le large.

Deux heures plus tard, après des efforts inouïs, les derniers hommes du Forward étaient recueillis à bord du Hans Chrislien, baleinier danois, qui regagnait le détroit de Davis.

Le capitaine reçut en homme de cœur ces spectres qui n’avaient plus d’apparence humaine ; à la vue de leurs souffrances, il comprit leur histoire; il leur prodigua les soins les plus attentifs, et il parvint à les conserver à la vie.

Dix jours après, Clawbonny, Johnson, Bell, Altamont et le capitaine Hatteras, débarquèrent à Korsœur, dans le SeeJand , en Danemark ; un bateau à vapeur les conduisit à Kiel; de là, par Allona et Hambourg, ils gagnèrent Londres, où ils arrivèrent le 13 du même mois, à peine remis de leurs longues épreuves.

Le premier soin du docteur fut de demander à la Société Royale Géographique de Londres la faveur de lui faire une communication; il fut admis à la séance du 15 juillet.

Que l’on s’imagine l’étonnement de cette savante assemblée, et ses hurrahs enthousiastes après la lecture du document d’Hatteras.

Ce voyage, unique dans son espèce, sans précédent

LB DÉSERT

dans les fastes de l’histoire, résumait toutes les découvertes antérieures faites au sein des régions circumpolaires; il reliait entre elles les expéditions des Parry, des Ross, des Franklin, des Mac-Glure; il complétait entre le centième et le cent quinzième méridien la carte des contrées hyperboréennes , et enfin il aboutissait à ce point du globe inacces^ble jusqu’alors^ an pôle même.

Jamais, non, jamais, nouvelle aussi inattendue n’éclata au sein de l’Angleterre stupéfaite.

Les Anglais sont passionnés pour ces grands fiiits géographiques; ils se sentirent émus et fiers, depuis le lord jusqu’au cockney, depuis le prince-merchant jusqu’à l’ouvrier des docks.

La nouvelle de la grande découverte courut sur tous les fils télégraphiques du Royaume-Uni avec la rapidité de la foudre; les journaux inscrivirent le nom d’Hatteras en tête de leurs colonnes comme celui d’un martyr, et l’Angleterre tressaillit d’orgueil.

On fêta le docteur et ses compagnons, qui furent présentés à Sa Gracieuse Majesté par le lord Grand- Chancelier, eh audience solennelle.

Le gouvernement confirma les noms d’ile de la Reine, pour le rocher du pôle nord, de Mont-Hatteras, décerné au volcan lui-même, et d’Altamont-Harbour, donné au port de la Nouvelle-Amérique.

Altamont ne se sépara plus de ses (xmipagnons de misère et de gloire, devenus ses amis; il suivit le doo-

DB OLACB.

leur, Bell et Johnson à Liverpool, qui les acclama à leur retour, après les avoir si longtemps crus morts et ensevelis dans les glaces éternelles.

Mais cette gloire, le docteur Clawbonny la rapporta sans cesse à celui qui la méritait entre tous. Dans la relation de son voyage intitulée : « The English at the North-Pole i>, publiée l’année suivante par les soins de la Société Royale de Géographie, il fit de John Hatteras l’égal des plus grands voyageurs, l’émule de ces hommes audacieux qui se sacrifient tout entiers aux progrès de la science.

Cependant, cette triste victime d’une sublime passion vivait paisiblement dans la maison de santé de Sten-Cottage, près de Liverpool , où son ami le docteur l’avait installé lui-même. Sa folie était douce, mais il ne parlait pas, il ne comprenait plus, et sa parole semblait s’être en allée avec sa raison. Un seul sentiment le rattachait au monde extérieur, son amitié pour Duck dont on n’avait pas voulu le séparer.

Cette maladie, « cette folie polaire, » suivait donc tranquillement son cours, et ne présentait aucun symptôme particulier, quand le docteur Clawbonny, qui visitait souvent son pauvre malade, fut frappé de son allure.

Depuis quelque temps, le capitaine Hatteras, suivi * de son fidèle chien qui le regardait d’un œil doux et triste, se promenait chaque jour pendant de longues heures; mais sa promenade s’accomplissait invariable-

ment dans un sens, et dan» la direction d’une certaine allée de Sten-Cottage. Le capitaine, une fois arrivé à l’extrémité de l’allée, revenait à reculons. Quelqu’un l’arrêtait-il ? il montrait du doigt un point fixe dans le ciel. Voulait-on l’obliger à se retourner? il s’irritait, et Duk, partageant sa colère, aboyait avec fureur.

Le docteur observa attentivement une manie si bizarre ; il comprit bientôt le motif de cette obstination singulière ; il devina pourquoi celte promenade s’accomplissait dans une direction constantè, et, pour ainsi dire, sous l’influence d’une force magnétique.

Le capitaine John Uatteras marchait invariablement vers le Nord,

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