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Le désert et le Sudan

Entrplné par le goât des vof âges et l'attrait d'oie fie indépendante, je parcours, depuis liuit années, le sol de rAfriqae. Tour à tour, j'ai nsité Madagascar (1), les Go* mores , Zanzibar , la côte du Maroc , l'Algérie , les régences de Tunis et de Tripoli, le Belad-el-DJérid, l'Egypte, la Nubie, le Cordofan , le Sennar.

Je désirais étendre encore mes investigations avant d'écrire^ mais je n'ai pn jusqu'à présent donner suite à mes projets; j'Ignore ce que l'avenir me réserve , et encouragé par la bienveillance que me témoignent un grand nombre d'bommes

(1) Tétais erabaniué alors sur la corvette le Beresou qui depuis s'est perdue corps et biens dans ces parages. Un jeune homme héroïque, dont les marines de France et d'Angleterre déplorent la perte, le lieutenant de vaisseau Beliot, dont je m'honore d'avoir été Tami, naviguait alors comme aspirant aur ce navire à bord duquel je ils la connaissance d'un autre martyr de la science, l'enseigne de vaisseau filaizan.

VI PRËPACB.

dislingués et de savants, parmi lesquels je citerai M. Jomard, je me hasarde à publier aujourd'hui ce travail.

J'ai profité d'un séjour de quelques mois en France pour réunir mes notes éparses , les mettre en ordre et rédiger ce livre. Trôs-pressé par le temps Je n*ai pu donner à mon style toute la perfection désirable. Je suis tombé dans quelques redites, dans des contradictions apparentes peut-être , mais faciles à accorder ; car toute question a deux faces , toute institution a ses avantages et ses défauts. Le caractère même de Thomme offre les oppositions les plus tranchées. Le Grec, par exemple^ est faux et courageux; l'Israélite^ cupide et charitable. Toute chose est un alliage dans lequel l'homme de parti ne distingue qu'un seul élément, dont le critique impartial effectue l'analyse , et dont le grand écrivain seul sait unir les éléments épars en passant de l'analyse à la synthèse.

Il n*cst rien de bon où l'on ne puisse trouver à reprendre, rien de mauvais qui ne mérite quelque éloge. Je cherche la vérité pour elle-même ; mes jugements peuvent être erronés, ils sont sincères. Je n'attends rien et n'ai point reçu les faveurs de ceux que je loue; je n'ai essuyé ni refus ni injure de ceux que je blâme.

Je ne saurais, par exemple, reprocher au gouvernement turc des désordres qu'il était impuissant à réprimer. Mon domicile a été violé , mais dans une ville dont la populace a massacré Séliro-Pacha et fait trembler encore ceux qui se prétendent ses maîtres. J'ai tiré , d'ailleurs , en ce qui me con« cerne, la plus éclatante réparation de l'insulte qui m'était faite. Je n'en puis avoir conservé de ressentiment. Je ne confonds

PHtPACB. TU

pas on iamalte pasager avec an acte de fanatisme et je sais rendre josUce an peuple arabe comme au peuple turc.

Sympathique k Tislamisme , je ne le suis pas à ceux qui le compromettent ou le trahissent , mais les circonstances ac • tuelles me font un devoir de la modération la plus grande : J'aurais pu écrire ^ur la Turquie moderne un livre qui eût trouvé plus de lecteurs que celui-ci ; j*ai préféré garder 1c silence et laisser la parole à des apologistes dont j'apprécie les intentions et que je ne contredirai pas.

Je me suis proposé surtout dans ce livre , en comparant mes observations personnelles à celles d'autrui , de généraliser quelques faits et d'esquisser les principaux traits d'un tableau que l'avenir retouchera.

J'ai cependant évité le plagiat autant que je l'ai pu. 11 m'eût été facile , en pillant les ouvrages de mes devanciers , en m'adressant surtout à ceux de Denham et du clieilch Mohammed-et-Tounsy, d'ajouter un volume h mon livre. Je me suis gardé de le faire , au risque d'être incomplet , et n'ai traité avec détail que ce qui concernait les contrées que j'ai visitées moi-même.

Mais le voyageur ne cherche pas seulement des arbres ou des pierres; partout j*ai cherché l'homme, l'homme éclairé et intelligent.

L'étranger élevé dans des idées différentes des nôtres ; le compatriote établi dans une contrée lointaine sont comme des livres que le voyageur feuillette à son gré , ouvre à la page qu'il aime, qui fournissent une réponse à toutes ses questions, un éclaircissement à tous ses doutes. Les faits s'accumulent dans sa mémoire^ se confirment les uns les autres

VfU PRfiPAGS.

OU se combattent : le voyageur dtecemey fppréeie et généralise.

Je citerai donc parmi les informateurs auxquels Je dois le plns^ MM. MorpurgOy négociants autrlcliiens , établis dans le Soudan. C'est à MM. Morpurgo que je dois d'être devenu on cbamelier passable et de savoir voyager dans le désert. M. Thibaud , auprès duquel j'ai pu étudier les Arabes du Gordofan, mieux encore que sous leurs tentes.

M. Rollé, négociant, établi depuis longues années ii Khartoum.

M. Peney, chirurgien en chef de l'armée du Belad-es- Soudan, /

Enfin, don Ignatius Knoblecher , supérieur de la mission catholique du fleuve Blanc.

La transcripUon des mots arabes m'a préoccupé un instant, mais je n'ai pas tardé à me convaincre que je ne pourrais arriver à cet ^ard à aucune exactitude. Plusieurs lettres arabes ne sont pas représentées dans notre alphabet, et alors même que Ton conviendrait d'une combinaison de signes destinée à indiquer leur présence et qui ne pût donner lieu à aucun équivoque, il resterait à savoir si un mot donné devrait être transcrit conformément à son orthographe ou conformément à sa prononciation, et pour ne citer qu'un exemple : le mot qui se prononce goum dans tous ou presque tous les pays arabes , commence par la lettre que nous avons Tba bitudc de représenter par un k dans le mot Abd-el*Kader, et par un c dans le mot Coran , lettre qui n'existe pas dans notre langue et que les Arabes prononcent de trois façons (Hiïét entes.

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