‹ Le désert et le SudanChapitre 11 sur 43 · BUTS · texte numérisé non relu

BUTS

plantes épineuses et rabougries dominent le sable. Chacune de ces plantes croit sur un petit tertre» dont eUe n'occupe pas précisément le sommet. Ce sommet se trouve placé toujours un peu au Vent de la plante et s'appuie à ses ramifications inférieures.

Le sable roulé à la surface du sol par les vents du Nord , forme partout ailleurs de petites vagues , qui s'éboulent à mesure qu'elles s'accroissent. Poussé contre les racines ou la tige d'une plante, il rencontre un obstacle, qui l'oblige à s'arrêter ; des apports suc* cessifs s'ajontant à la première vague, forment un monticule dont le talus antérieur embrasse la tige de la plante ; les graines, qui tombea^et germent sur ce monticule ) donnent naissance à de nouveaux obstacles, plus élevés que l'obstacle primitif» et le tertre s'ac-croit ainsi) tant que la végétation qui le couronne subsiste, ou que des racines continuent à le retenir.

On remarque de plus sous le vent de la plante une traînée de sable , dont la base triangulaire s'appuie au tertre par son plus petit côté, et dirige son angle le plus aigu vers la partie de l'horizon directement opposée à celle d'où soufflent les vents principaux.

Soit) en effet, qu'il tombe en pluie légère, ou qu'il se tratne lentement sur le sol, il arrive souvent que le sable B^âève à la hauteur d'un ou deux pouces audesaus du niveau habituel de la plaine ; dès que le vent du Nord souffle avec un peu de violence, tout ce qui n'est pas abrité est balayé et entraîné par ce vent dans le sud. Chaque plante, chaque objet couvre alors comme un écran le sable placé au midi : ce sabla

ne peut être enlevé, et fournit au voyageur un irrécusable témoignage sur la direction des vents.

Pour montrer du reste, comment se comportent, en général , le vent et le sable , j'exposerai quelques faits que l'observation m'a fournis.

Le maximum d'intensité du vent se produit d'ordinaire après le coucher du soleil. Au milieu d'une plaine ouverte à Faction la plus énergique du vent, qui en balaye le sable, plantons une tente et notons avec soin ce qui va se passer. Le vent ne frappera qu'obliquement les contours arrondis de la tente, qui, le divisant en une force parallèle et une force perpendiculaire, ne supportera en réalité que la moitié de ses efforts, et pourra dès lors se maintenir, si les piquets sont bien enfoncés et la toile bien tendue.

On sera du reste obligé de frapper fréquemment la tète des piquets du vent, non que la toile pèse sur eux d'une manière sensible , mais parce que le vent réfléchi creuse en avant de chacun d'eux un petit fossé qui en aurait bientôt déterré la pointe.

Le vent réfléchi produira au vent de la tente un effet semblable; un fossé ne tardera pas à se creuser de ce côté au-dessous et en avant de la toile. En avant du fossé se formera en même temps un bourrelet de sable, que j'appellerai le glacis, et dont la hauteur sera évidemment en raison directe de la profondeur du fossé. Sous le vent de la tente nous remarquerons une laisse triangulaire de sable, analogue à celle que j'ai signalée , en parlant des plantes du désert. Dans l'intérieur même de la tente, le sable s'élèvera d'une manière très-sensible , et, si le vent règne avec

YEÎUÏS.

la même intensité pendant toute la nuit y il pourra y aUeîndre vers le matin une hauteur de deux pieds, de telle sorte que, la tente étant enlevée , il restera une sorte de plateau circulaire de sable escarpé sur ses bords, se terminant d'un côté par un fossé de quelques pouces de profondeur et un glacis ; de Tautre côté par un triangle de sable s'appuyant au plateau central par Tun de ses côtés et se terminant à quelques pas de distance par un angle assez aigu.

Les coflres carrés , laissés pendant la nuit sur le sable, donneront naissance au même phénomène ; ils présenteront de même au vent un fossé et un glacis, sous le vent une laisse de sable.

Tout obstacle , rocher , arbre , se comporte d'ailleurs ainsi , et je pense que la profondeur du fossé et la hauteur du glacis sont en raison directe de la force du vent, de la hauteur de l'obstacle et de la résistance qu'il présente. Ainsi , toutes choses égales d'ailleurs, un obstacle tel qu'un rocher, un coffre doive donner naissance à un fossé plus profond et à un glacis plus élevé que ceux qui se produiraient en avant d'une toile de même dimension maintenue dans un plan parallèle. On conçoit qu'il en sera toujours ainsi, soit que l'effet dont nous parlons doive être attribué à l'action du vent réfléchi , soit qu'on doive l'interpréter par le rejaillissement du sable qui viendrait alors se heurter lui-même contre l'obstacle.

Si je n'ai pas indiqué les causes de l'introduction et de l'élévation du niveau du sable dans la tente, c'est que je ne me suis pas encore bien rendu compte des raisons de ce phénomène , que j'ai , du reste , eu

plus d'ane fois l'occasion d'observer. Je laisse à de plus savants que moi le soin de les chercher. Il est d'ailleurs facile de faire des expériences particulières avec un peu de cendre mise en mouvement par un ventilateur quelconque, et il est évident que ces expériences permettraient d'établir plus sûrement encore que par la théorie les lois qui président au moor vement des sables.

Les phénomènes que je viens de décrire sont, du Teste, dus au simple balayement du sable par un vent qui rase la terre , vent qui se montre généralement un peu avant le coucher du soleil , et qui résulte , sans aucun doute, delà dilatation énorme produite durant le jour par réchauffement du sol dans les régions inférieures de ^atmosphère; mais si au lieu de raser la t«rre, le vent ne se mouvait qu'à une grande hauteur, le sable arraché par lui aux dunes ou aux serir les plus élevés retombant en grêle, c'est-à-dire obliquement ou pendant un moment de calme, en pluie, c'estrà-dire perpendiculairement , produirait des effets tout différents des premiers.

Voyageant pendant une belle nuit du mois de juin dans le désert des Bycharas, et ne me trouvant plus qu'à trois journées environ de Soaken , où je me rendais alors , je me réjouissais de la pureté admirable du ciel , dont aucun nuage ne me dérobait une seule étoile. J'admirais le calme profond de l'atmosphère, quand tout d'un coup la scène changea , un nuage noir se montra brusquement à l'est, et s'élevant avec une effrayante rapidité , eut en quelques instants envahi la moitié du ciel. Une rainie subite, et d'une ex-

trême violence, vint nous couvrir de sable; des graviers de la grosseur d'un pois nous battaient la figure ; le vent venait directement de l'est. Marchant nousmême à l'est, c'était pour nous le vent debout. Les chameaux, peu disposés à lutter contre lui, eussent voulu louvoyer, et il nous devint difficile de les maintenir dans la bonne route. Le ciel, envahi bientôt tout entier par l'immense nuée de sable , nous laissa dans une profonde obscurité, qui ne nous permettait d'ailleurs plus de retrouver cette route. Nous nous étions couvert avec soin le visage, mais nous ne pouvions entr'ouvrir les yeux sans qu'ils se remplissent de sable. L'irritation qui en résultait, l'afllux du sang dans les vaisseaux capillaires de la cornée transparente , revêtaient tout ce que nous pouvions encore distinguer d'une teinte rougeàtre particulière. Les chameaux grognaient et s'agenouillaient à chaque pas. Je parvins avec peine à réunir mes hommes , que l'obscurité, l'indocilité de leurs chameaux avaient écartés un peu les uns des autres , quoique les pfus éloignés ne fussent qu'à quelques pas , ils couraient le plus grand danger de se perdre, et entendirent à peine ma voix, que j'avais élevée le plus qu'il m'était possible. Nous nous arrêtâmes. Les chaipeaux s'étendirent si bien sur le sable , et les hommes étaient tellement gênés par la grêle qui les déchirait, leur remplissait les yeux , le nez , la bouche, que je m'abstins de faire décharger les effets. Je m'adossai à mon bedjin , dont la selle élevée me protégeait un peu , je m'enveloppai la tête avec le long châle de Tripoli qui formait ma ceinture, et n'osant m'étendre de peur de

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rester enseveli sous ce déluge de sable, je me laissai cependant aller au sommeil , et mes gens imitèrent bientôt mon exemple. Lorsque je me réveillai au point du jour , le calme était revenu , le ciel avait repris sa pureté : jetant les yeux autour de moi , je vis les chameaux enfoncés jusqu'au cou dans lesable, que leurs mouvements avaient sans doute contribué à entasser encore autour d'eux ; un de mes chameliers en était entièrement couvert^ sa tête seule , qu'il avait sans doute relevée souvent pendant son sommeil , ne se trouvait ensevelie que jusqu'aux oreilles : il dormait encore; je le réveillai, avant de l'avoir aperçu, en marchant sur ses jambes , et je ris beaucoup de sa surprise : il avait deux à trois pouces de sable sur le ventre et sur la poitrine, et je crois que le sol sur lequel nous étions ne s'était pas élevé d'une quantité beaucoup moindre. Je ne vis plus mon sabre , que j'avais, avant de m'endormir, placé près de moi; il me fallut fouiller longtemps pour le retrouver. Je donnai l'ordre du départ et nous nous remimes en marche. Courions-nous quelque danger sérieux? demandai-je alors à mon guide , que je n'avais pas interrogé la veille à ce sujet. Le plus grand danger , me répondit-il , tu le comprendras dans un instant. Une demi -heure plus tard, en effet, nous . apercevions devant nous une ligne de dunes qui me donnèrent à l'instant même l'explication de ce qui s'était passé ; elles coupaient à angle droit la route que nous suivions, et nous dûmes les traverser. Nous remar-^ quâmes, en les gravissant, que des arbustes, qui atteignent généralement une hauteur de 6 à 7 pieds ,

VEMS. il

lie dépassaient plus le sable qui les avait envahis que de deux ou trois pieds , et que sur quelques points ils ne montraient plus à nos regards que leurs feuilles terminales, Farbuste entier avait été noyé , pendant la nuit, par Téboulement ou le ruissellement de cette masse mobile , et il est évident que si le coup de vent, dont nous avions eu à souffrir, nous eût surpris au milieu de ces dunes , abandonnés de nos chameaux, que rien n*eût pu décider à continuer leur route, nous eussions vainement cherché à en sortir , nous eussions perdu la direction qu'il fallait suivre , et patauges à Taventure sur ce sol, qui nous eût infailliblement engloutis.

Je n*ai jamais eu l'occasion de voir un coup de vent dans le département des Landes , mais je suppose que les dunes de cette partie de la France doivent se comporter absolument de môme que celles du désert des Bycbaras , lorsque toutefois elles ne sont pas plantées. Les lois de la nature sont partout les mêmes. Ce qui a lieu en Afrique a lieu partout, et réciproquement on peut dire, que ce que l'on n'observe nulle part n'a pas lieu en Afrique. Ainsi , partout les dunes s'éboulent ; nulle part la pluie, ou les vagues de sable soulevées dans une plaine , n'engloutissent les caravanes.

Cette fable est cependant classique. On ne parle jamais du désert sans mentionner ces ras de marée de sable, dont Tun aurait fait périr l'armée de Cambyse, un second une légion romaine, et dont beaucoup d'autres auraient fait disparaître de nombreuhc^ caravanes.

Jesappose, quant à moi^ que ces troupes, ces caravanes perdirent tout simplement leur route, trahies peut-être par des guides infidèles, et succombèrent aux lentes tortures de la soif. Leurs traces, effacées par le vent, ne permirent pas de retrouver d'abord la fauôse direction qu'elles avaient suivies et leurs cadavres desséchés, fendillés par le soleil, leurs sque* lettes désarticulés seront tombés en poussière avant que le hasard de la Ghazoua ou Tardeur de la chasse n'ait conduit les Arabes dans leur voisinage.

J'ai souvent été assailli , au milieu d'immenses sahar, par des coups de vent d'une violence extrême. L'air se mouvant avec une vitesse de trente à quarante mètres par seconde eût bien certainement renversé les arbres qui se fussent opposés à son passage; en pleine mer un bâtiment eût dû border le petit foc et fuir devant le temps. Je ne remarquais pourtant à la surface du sol que les phénomènes que j'ai décrits déjà. Jamais je n'ai vu dans le sahar l'apparence d'un péril que le ghoud seul m'eût fait redouter, non encore qu'il se soulève et se meuve à la façon des lames, mais parce que, sous l'action énergique du vent, ses sommets donnent lieu à des éboulements , à des ruissellements de sable , comme les rochers de la Yung Frau, du Mont-Blanc, du Mont-Rose, en laissant glisser de pesantes masses de neige , donnent lieu à ces avalanches roulantes et terribles qui font parfois disparaître entièrement des villages, ou couvrent sur une vaste étendue les plaines cultivées.

J'appellerai de plus l'attention sur un fait parfaitement connu des marins : un coup de vent très-fort et

qui ne procède que par rafales n'élève jamais de la* mes à la surface de la mer ; toutes celles qui tendent à 66 former sont au contraire brisées et couvrent la surface liquide d'une nappe d'écume qui parfois la dérobe entièrement aux regards, seulement le niveau général s'abaisse de plus en plus du côté du vent et s'élève du côté opposé. Ce n'est que lorsque la brise diminue un peu ou que le calme vient à lui succéder que les lames se montrent et que la grande boule commence. Cette houle est évidemment produite par l'efiTort de l'eau élevée tendant à reprendre son niveau primitif à travers une série d'oscillations dont l'amplitude diminue sans cesse.

Il est facile de comprendre que rien de pareil ne peut avoir lieu sur le sable. L'extrême flaidité de l'eau permet au vent d'en abaisser sur un point le niveau; le sable ne se comporterait pas à cet égard comme un liquide. Enfin , ce sable une fois abaissé sur un point et élevé sur l'autre ne tendrait pas non plus comme un liquide à regagner son niveau , il s'arrêterait toujours sur des pentes très-sensibles.

Nous devons donc admettre que le vent le plus rapide se mouvant à raison de quarante-cinq mètres par seconde ne peut produire à la surface d'un sahar qu'un balayement de sable analogue au balayemént d'écume qui j dans des circonstances analogues, se produit sur la mer. Et que si par l'effet même de ce ][>alayement le sable tend à s'élever un peu sous le vent, la quantité dont il s'y élève ne dépasse jamais quelques pouces j et cette différence de niveau , attribuée au simple transport, a dès lors une cause toute diffé-

rente de celle dont résultent les ditîérences de niveau de rOcéan ; qu'enfin les petites lames qui , par une brise modérée , sillonnent le sable et donnent avec le temps naissance aux dunes , permettent d'établir , dès qu'on les compare aux lames d'eau qu'une brise semblable soulèverait à la surface de l'Océan , la proportion qui existe entre les mouvements du sable et ceux de l'eau sollicités par une même Torce.

On peut courir d'ailleurs de véritables dangers au milieu de certaines plaines de sable dont la surface est solide, parce que la surface, raffermie par les pluies , recouvre un sable plus sec , très-menu , trèsfluide et dans lequel on disparait sans retour si la croûte solide vient à se briser.

On ne peut traverser ces plaines non plus que les neiges très-profondes et que les cours d'eau couverts d'une glace très -mince qu'en courant très -vite, ou mieux encore en se servant de semelles très-larges ou de raquettes.

Un officier d'état-major, M. de Sainte*Marie , a souvent observé ce phénomène dans la portion du Sahara qui sépare la régence de Tunis du pachalik de Tripoli.

La rencontre de deux courants atmosphériques opposés et un peu obliques l'un à l'autre, donne, comme on le sait, naissance à des tourbillons capables souvent de déraciner les arbres, de retourner des masses pesantes et de les transporter assez loin*

Dans les mers de Chine où ce phénomène coïncide fréquemment avec les changements de mousson et se produit plus généralement dans les bassins qui sépa-

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rent de grands archipels , il donne lieu à un mouvement giratoire et ascendant des eaux de la mer , formant ainsi des trombes dont le diamètre est souvent considérable et dont la rapide motion fait courir de grands dangers aux navires.

Camoëns, aussi exact qu'éloquent, lorsqu'il raconte les détails de son glorieux voyage , décrit ainsi une trombe marine :

Eu 0 vi certamente (o nao presumo Que a vîsta me enganava) levantar-se No ar hum vaporzinho . e subtil fumo, £ do vento trazido rodear-se :

De aqui levado hum caoo ao polo summo Se via, tao delgado , que enxergar-se Dos olhos facilmeote nao podia :

Da materia das nuvens parecia.

Etc.

Les trombes de sable ne sont pas rares au milieu des ghoud ou même dans les sahar ; cependant je ne lésai jamais vues s'y produire avec la même fréquence que sur les bords du Nil où les tourbillons , formés sans doute par la rencontre des vents du désert et du courant atmosphérique qui suit la vallée du fleuve, soulèvent une poussière moins pesante que le sable et qui leur est fournie par le terrain alluvial du NiL

Ces trombes me paraissent toutefois moins élevées et moins larges que celles observées par les navigateurs dans les mers de Chine ; elles parcourent souvent une distance assez considérable y traversent parfois le Nil et font courir quelques dangers aux barques que

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le tourbillon chavire presque toujours (Juand il s'em* barrasse dans leurs voiles.

Elles finissent par s'affaisser sur elles-mêmes, en formant sur le sol un petit cône. Quelques^'uns dex3e8 cônes atteignent deux ou trois pieds de hauteur; le plus grand nombre ne dépasse pas quelques pouces.

On sait que les trombes marines donnent également lieu en retombant à une vague hémisphérique.

J'ai indiqué plus haut les causes et Torigine de ce vent de la région aride , connu sous les noms de harmattan ^ de simoan, de khamsin, de samiel, de guibli 9 de siroco ; les exagérations singulières auxquelles il a si souvent donné lieu m'obligent à en dire ici quelques mots.

Ce vent , que caractérisent sa température élevée et son extrême siccité, procède plus souvent par rafales et par bouffées ardentes que par une action continue ; il semble même ne s'avancer qu*en ondulant à la surface du sol , et les Arabes disent que le vent de la mer marche horizontalement, tandis que celui du désert sautille et galoppe en creusant le sable.

Ce mouvement particulier se remarque surtout de bas en haut sur le sol échauffé du désert et n'est en définitive que Fasceosion oblique, de proche en proche, de Tair chaud vers les régions les plus élevées de Tatmosphère.

MA dans cette direction , Tair doit balayer devant lui le sable, le soulever, l'entraîner à une certaine hauteur, d'où il retombera bientôt en grêle ou en pluie. Mais s'il rencontre sur sa route une poussière plus légère, plus ténue que le sable, il la transportera

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à de bien plus grandes hauteurs que ce dernier, la gardera beaucoup plus longtemps y en formera d'im* nenses nuages et lui fera parcourir d'énormes distances. Cest ainsi que Procope rapporte qu'en 452 le vent transporta jusqu'à Gonstantinople les cendres du Vésuve. Le littoral méditerranéen de l'Afrique est fréquemment couvert, au mois de mai, par des nuages de poussière , qui souvent lui cachent entièrement le ciel pendant trois jours de suite et ne laissent apercevoir le soleil que comme un disque rougeàtre ou brun. Il s'en dégage constamment une pluie imperceptible de poussière qui couvre en peu d'instants tous les objets , pénètre partout , se glisse jusque dans les montres , où l'on ne s'aperçoit de sa présence que par les entraves qu'elle apporte à leur mouvement. Cette poussière est souvent rougeâlre , c'est à Tripoli qu'elle présente le plus fréquemment cette couleur ; elle est alors formée des débris d'une infinité d'infusoires microscopiques. Quelquefois aussi elle provient seulement de la décomposition d'une roche calcaire et ferrugineuse.

A Tripoli , au Caire , au Sénégal , le khamsin élève souvent le thermomètre à 45% température énorme , si Ton songe que le soleil est presque toujours couvert lorsqu'elle vient à se produire.

Il dessèche en quelques instants les flaques d'eau qui se trouvent sur sa route, fendille la terre, et arrête la décomposition des cadavres. Ses effets sur l'économie ne sont pas moins remarquables : la peau s'écaille, la transpiration, excessive au premier moment, s'arrête bientôt ; elle reparaît dès que l'on a bu, mais ne

dure qu'un iustant; le sang se dépouille de sa se rosité , devient acre et épais ; Testomac irrité ne supporte plus que des aliments très-légers, la soif est vive, la respiration difficile, les yeux sont fatigués, les anciens ulcères, les plaies récentes se ferment et se guérissent avec une surprenante rapidité; beaucoup de maladies miasmatiques, putrides disparaissent sous son influence. La dyssenterie seule en reçoit souvent une issue funeste ; la congestion cérébrale peut en résulter, mais ce vent ne donne généralement lieu qu'à un peu d*irritation, à une diminution de Tappétit , un peu de lourdeur de tête, une migraine légère, et Ton doit reconnaître qu'il est plutôt gênant pour ceux qui se portent bien , et salutaire pour les malades, qu'insalubre et même mortel pour tous ceux qui le resprent, ainsi que l'ont si témérairement aflirmé quelques voyageurs.

J'ai plus d'une fois moi-même eu à en souffrir dans le désert : je respirais avec peine les bouffées ardentes qui me brûlaient le visage, j'avais la bouche, le nez, les yeux pleins de poussière, mais je ne me sentais ni malade ni faible, et quand le simoun cessait de se faire sentir il ne me laissait aucune lassitude. On a assuré que ce vent obligeait les caravanes à s'ar* rêter, et que dès qu'ils en prévoyaient l'approche, les chameaux se couchaient et enfonçaient leur museau dans le sable , précaution que les hommes s'empressaient d'imiter afin d'échapper à la mort.

Il y a beaucoup d'exagération : les chameaux n'aiment pas à se sentir battre la figure par le vent; pour peu qu'il s'y joigne de la poussière et du sable, leur

mécontentement est au comble et il devient dif&cile de les conduire ; lèvent du désert accroît la soif qu'ils éprouvent et les engage, dès qu'ils s'arrêtent, à enfoncer leur museau dans le sable pour y trouver un peu de fraîcheur.

Mais tant que les caravanes aperçoivent le soleil ou trouvent à Thorizon quelque point de repère, elles doivent continuer leur marché ; la soif des chameaux, Tévaporation des outres les engage puissamment à se rapprocher des puits que deux ou trois jours de simoun auraient d'ailleurs le temps de mettre à sec ; elles doivent donc braver le vent, la chaleur et le sable, vaincre la résistance des chameaux et serrer sur le guide afin de ne pas s'égarer, car les traces s'effacent en un instant, la poussière qui tombe forme un brouillard épais , et la voix se perd sous le vent , est arrêtée par le sable qui tourbillonne, ou ne résonne plus dans des oreilles pleines de poussière et dont la partie interne, de plus en plus irritée, se gonfle comme la gorge et comme les paupières.

ta ifcna («pèca. — AMmi çi'm y nppirte. -* WtHit feii.

le viens d'exposer les résultats principaux de l'action du vent sur le sol mobile du désert, il me reste

à parler des jeux non moins remarquables que passagers de la lumière sur ce même sol. Le mirage, comme on le sait, peut se produire sur un terrain solide, sur le sable, sur les surfaces planes et cristallisées du sel et de la neige , sur Teau enfin lorsqu'elle n'est pas trop agitée par le vent.

Je n^ai toutefois à examiner dans ce travail, ni Taetion de ce phénomène sur Teau, ni ses admirables et prodigieux efiëts sur les diverses cristallisations de ce liquide ; je ne puis parler que du désert, c'està-dire du sable, des rochers et de ces vastes plaines de sel que les habitants du Sahara connaissent sous le nom de Ghott. Je reconnais dans le désert quatre espèces de mirages :

1 '• Espèce. — La forme et la dimension des objets sont changées; ils paraissent beaucoup plus élevés qu'ils ne le sont ; on ne saurait plus en apprécier la distance; quelques buttes de sable sont prises pour de hautes montagnes ; les chameaux semblent montés sur des échasses ; sur mer un navire de commerce est pris pour un trois-ponts. La forme des objets est indécise, ils semblent flotter dans Tair, leur position est changée par rapport à Tobservateur. Les phénomènes de cette nature sont fréquents sur les sables lorsque la lumière est très-vive et que la chaleur est forte.

2* Espèce. — Les objets sont shnplement réfléchis. Ce mirage a rarement lieu dans le désert; il est fréquent dans les Ghott, l'image du soleil y est souvent reproduite ainsi que cela a lieu sur mer. Un poëte a dit à ce sujet :

miAfiK, ni

Et sur les flots vermeils.

Gomme deux rois amis, on voyait deux soleils Venir au-devant Pun deTautre.

3^ Êêpéce. — Des objets sitoés aa-deitoua de Fhoriion apparaissent agrandis et renversés } à mesure que ces objets s^avoisinent à Thorizon leurs dimen^ aions diminuent; dès qu'ils ont pénétré dans ce cercle le phénomène cesse , les objets reprennent leqr véri* table position et des dimensions apparentes propor^ tionnées à leur distance.

Ce mirage s'observe quelquefois pendant l'été à la surfaoedesChott; un chameau d'une longueur exagérée se montre tout à coup dans le voisinage de l'horizon qu'il touche de sa tête, tandis qu*il semble marcher dans le ciel les jambes en l'air) bientôt cependant les proportions du chameau diminuent, il disparaît graduellement, on ne distingue plus qp'un point noir; le chameau a franchi l'honeon, son image est redressée, et à peine visible d'abord s'agrandit, conformément aux lois de la perspective, à mesure qu'elle se rapproche.

Je n'ai observé qu'imparftiitement ce phénomène ; je l'admets néanmoins en me basant sur le témoignage des gens du Sahara que j'ai consultés à cet égard.

4' Espèce, — Une nappe d'ean, un lac, la mer se trouvent figurés à quelque dîitanoe avec une vérité et une exactitude qui rendent riHusion com« plète.

Ce phénomène est celui dont on a le plus parlé ; je

52 CLIMATS APRIGAWS.

dois seulement, avant d'en rendre compte, placer ici quelques observations relatives à des faits moins constants ou dont Torigine est différente de celle du mirage.

On a dit souvent, que le ciel pouvait offrir tout d*un coup rimage d'objets situés à des distances énormes, ou qui même n'existaient pas réellement. La seconde partie de cette assertion est évidemment du nombre des propositions qu'on ne discute pas ; l'hallucination n'est pas le mirage.

Quant à la réflexion des objets réels , soit par un nuage , soit par des vapeurs aqueuses , soit par des particules d'eau cristallisée, ce phénomène fréquemment observé dans les régions polaires est, je le crois, inconnu à l'Afrique , où l'air est généralement sec et d'une admirable transparence.

Souvent enfin l'on est porté à attribuer au mirage des effets dont la cause doit être simplement cherchée dans la situation physique et morale de l'observateur. L'extrême irritation de la vue, une soif excessive, une sorte de demi-sommeil , donnent lieu à des illusions particulières , dans lesquelles le mirage n^entre pour rien. Une rêverie profonde peut, comme le délire, donner à chaque objet une forme nouvelle : un rocher devient une maison , un buisson est pris pour un grand arbre, une étoile pour un phare, et ainsi de suite.

L'œil injecté de sang ou de bile donne à tout ce qu'il regarde une teinte nouvelle. Le ciel paratt rouge ou verdâtre , le soleil n'est vu qu'à travers un disque; le temps semble couvert, et l'observateur ne se rend

pas tODJoars compte quMI n'y a de nuages que sar ses yeox.

Une illosion qui me paratt être la plus fréquente, est celle qui consiste à voir de nuit les objets horizon* taux se présenter sur on plan vertical ; il n'est personne qui y voyageant de nuit en voiture , n'ait vu s'élever comme un mur les champs qui bordaient la route. C'est ainsi que l'horizon se redresse dans le désert , et qu'au lieu d'une plaine on n'aperçoit plus qu'une enceinte. La raison de ce fait me paratt être la suivante : nous rapportons toujours les perceptions de notre vue aux. effets de la lumière à laquelle nous sommes le plus habitués. C'est pour nous celle qui dans nos climats se produit pendant le jour. Cette lumière qui se reflète vivement sur les plans horizontaux f laisse les plans verticaux dans l'ombre ; toute surface peu éclairée est dès lors considérée à priori par nous comme un plan vertical, et la nuit ne nous offrant que des surfaces obscures , terminées par des traits confus, nous n'y reconnaissons plus des plans horizontaux.

L'atténuation des teintes qu'elles présentent nous permet, pendant le jour, de juger approximativement de la distance des montagnes ; plus sombres pendant la nuit ces montagnes nous semblent plus rapprochées ; plus éclairées enfin pendant un jour sans nuages, qu'elles ne le sont dans nos climats brumeux, il nous devient impossible d'en apprécier l'éloignement et l'étendue.

Combien de fois n'arrive-t-il pas à des marins expérimentés, obligés de mouiller de nuit dans le voisinage

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d'une côte sabloDbeuse, de jeter Taiicre à une distance œnsidérable du point qu'ils auraient dû gagner ; se croyant toujours beaucoup plus près de la terre qu'ils ne le sont réellement^ I^eur illusion provient ^ selon moi f dé ce que pendant le jour le sable miroite de loin^ et ne miroite pas de près. Une plage dont la teinte est olate et blararde leur parait dès lors beail-p coup plus rapprôehée qu'elle ne Test en réalité, et ce n'est qu'au lever du soleil que l'erreur se découvre; Il n'e&iste pas de voyageur en Orient ou en Afrique^ qui n'ait vu le mirage d'eau ] on est en quelque sorte tëbu de le voir, on se fait un programme en partant et il faut qu'il se réalise : on tue des lions ^ on aperçoit uiie fbule d'animaux fabuleux « on contemple les prodigieux effets de ce mirage dontla descriplioil semble devedUe facile et n'exiger que quelques frais d'enthousiasme. Nops vîmes alors devant nous, disent les voyageurs i une vaste nappe d'eau ; elle semblait s'iHoigner à mesure que nous nous en rapprochions. C'était le mik^age^ si connu des Arabes , et qui prodigua si souvent en Egypte ses décevantes consolations à des soldats épuisés de fatigue ou de soif; lô fais grâce au lecteur des exclamations admiratives qui ne manquent jamais de suivre la mention du phénomène, et je me borne à remarquer en passant que le mirage d'eau, peu fréquent dans l'intérieur de l'Afrique, est extrêmement rare en Egypte^ où pendant uii séjour de plus de deux ans il ne m'est jamais arrivé de le voir. Les plages salines de la Méditerranée peuvent sans doute lui donner naissahce, mais je ne crois pas qu'il se produise jamais à la surface des terrains

cultivés du Delta. Le phénomène n'étant du reste jamais décrit avec exactitude, je me trouve réduit à mes seules observations, moins fréquentes que je ne l*eusse désiré , et dont j'exposerai ici les principaux résultats.

On verra combien Fétude que j*ai pu faire de ce phénomène est incomplète, et laisse à désirer : une série de questions que je pose aux voyageurs qui me suivront , facilitera peut-être leur tâche. Il faudrait un nombre considérable d'observations sérieuses pour établir les lois et trouver définitivement la cause d'un fait, que Ton croit avoir expliqué, et dont la science néglige trop de se préoccuper.

Le sol le plus favorable à la production de l'image de Teau me semble être un terrain uni , un sable quartzeux, finement granulé et mélangé de sel; je l'ai observé néanmoins dans de larges vallées à la surface des sérir, et même une fois au milieu de rochers abruptes d'une grande hauteur.

L'image m'a toujours paru se produire de préférence dans la partie de l'horizon qu'éclairaient le plus directement les rayons solaires, ou sur laquelle ils avaient déjk exercé leur influence depuis quelques instants. Je n'ai jamais remarqué, du reste, que le sable ftit sensiblement plus écbauflTé dans les endroits où s'était produite l'image , que dans le reste du désert.

Le ciel était toujours delà plus grande pureté; j'ai vu parfois le mirage au lever du soleil , je l'ai toujours vu disparaître au coucher de cet astre. Une seule fois je t'ai eu sous leg yeux pendant presque toute

la journée. Les rochers , les arbres , les plantes épineuses du désert étaient toujours visibles au milieu de Teau, et conservaient assez exactement leur forme, quoique cette forme fût souvent exhaussée et agrandie. Ces plantes paraissaient alors sortir d'un marécage, les arbres être envahis par une inondation subite, et les rochers semblaient autant de récifs, fermant rentrée de quelque golfe dont ils obstruaient le fond.

En plaine le mirage se produisait à environ trois à quatre kilomètres de distance; le bord éloigné de rimage était généralement séparé de Thorizon par un limbe, dont la largeur variait dans des limites assez restreintes, mesuré par sa projection verticale. Ce limbe avait ordinairement une hauteur égale au diamètre du soleil.

Ce limbe n'était pas toujours entier : interrompu sur un espace de quelques degrés par un prolongement de rimage de Teau , il donnait à celle-ci l'apparence d'un golfe ou d'un vaste lac , alimenté par un fleuve ; ouvert à ses deux extrémités, il fournissait la représentation, soit d'une mer intérieure terminée, comme celle de Marmara, par deux détroits, soit d'un fleuve présentant un coude assez étendu , soit enfin d'un large canal maritime aflectant plus ou moins le pittoresque aspect du détroit de Gibraltar , ou la monotonie du Bies bosch.

Entamé enfin sur un grand nombre de points, le limbe éloigné de l'horizon semblait former une longue chaîne d'Iles plates ou montagneuses , arides ou verdoyantes, séparant d'une mer entrevue par l'imagina-

tioo, le bassin tranquille improvisé par le ciel sur le sable.

La largeur de Fimage, mesurée sur le rayon de rhorizon , eu embrassait souvent le quart , et n'en atteignait que fort rarement la moitié.

Cette image 9 formant un arc concentrique à ce même horizon , avait généralement de 60 à 80 degrés; mais souvent deux images assez rapprochées Tune de l'autre décrivaient une demi-circonférence. Une seule fois il m'est arrivé d'apercevoir trois images dont le développement total atteignait environ 240 degrés. C'était le matin , une image se relevait dans le S.-E. : c'était la plus distincte ; les deux autres, relevées au N.-E. et an S.-O.^ étaient moins bien terminées, et ressemblaient à de vastes marécages.

II m'a semblé, du reste, que le bord le plus voisin de l'observateur était toujours moins nettement dessiné que l'autre , vers lequel l'eau semblait toujours atteindre une profondeur plus grande. .

Celte profondeur ne parait , du reste, jamais trèsconsidérable ; presque toujours l'image est indécise : l'aspect le plus habituel du mirage d'eau est celui d'un marais, d'une flaque, d'un étang ou d'une saline presque à sec. Ce n'est guère que dans le Cordofan et au mois de mai que j'ai pu voir des fleuves, des golfes ou des bras de mer. Je dis au mois de mai, et je crois que, dans le Soudan septentrional , c'est à cette époque de l'année, alors que la déclinaison du soleil le rapproche du Tropique et le place déjà au Nord de la région pluvieuse, que ce phénomène se produit le plus fréquemment : pendant l'hivernage, qui

58 CLIMATS AFMCAUfS.

commence dans Thémisphère nord au mois de juin , et ne se termine qu'au mois d'octobre, le ciel est trop souvent couvert pour en favoriser la production.

Je pense donc que le maximum a lieu pendant les mois d'avril et de mai , pour la portion boréale du Soudan, pendant ceux d'août et de septembre, pour sa partie australe, pendant eulin celui de juillet pour le Nord de l'Afrique, et celui d'octobre pour la région située entre Mozambique d'une part et le Congo de l'autre.

Je n'ai jamais vu le mirage de Peau pendant un vent très-fort. Si la brise est modérée , l'image est moins nette » et Teau semble quelquefois onduler un peu.

Le mirage ne trompe jamais les chameaux, que leur odorat guide plus sûrement que leur vue ; mais , pour les hommes, l'illusion est complète.

Venant un jour de traverser, dans le désert, une suite de monticules assez élevés, j'aperçus, à la distance ordinaire du mirage, une grande flaque d'eaa ; je demandai à mon guide ce que c'était : c'est le mirage, me réponditril. Au bout d'un instant cependant^ les chameaux, très-altérés, commencèrent à accélérer leur marche et à donner des signes non équivoques d'impatience. « C'est de l'eau, dis-je de nouveau au guide ; les animaux la sentent; et d'ailleurs^ ne vois-tu pas qu'elle se rapproche ? d Le guide mit sa chamelle au trot et ne tarda pas à se rendre à l'évidence. Un instant après, mes chameaux faisaient honneur à l'abreuvoir que la pluie des jours précédents avait créé pour eux dans cette partie du désert.

MIRAGB. 59

Ainsi, Teao et le mirage d'eau présentent^une (elle ressemblance 9 que si le mirage peut être pris pour l'eau, Teau peut tout aussi bien êtfe prise pour le mirage par l'œil le plus parfait et le plus exercé.

Je pourrais citer encore un de mes domestiques nubiens qui, n'ayant jamais vu la mer Rouge, et ne voulant pas croire^ malgré ce que lui disaient ses camarades, qu'elle fût plus large que le Nil, la prenait de loin pour un effet de mirage.

Je poserai maintenant lés questions suivantes : Le mirage peut-il se produire sur des terrains cultivés et non mélangés de sel ? Peut*il précéder l'aurore et se mobtrier après le crépuscule? Se montre4-il quelquefois au couchant le matin et au levant le soir? Un grand vent le fait-il toujours cesser? Peut-il se produire à la clarté de la lune et lorsque le ciel est couvert de nuages? Son image peut-elle faire disparaître celle ded objets adhérents au sol , rochers, arbres, cabanes? Le mirage peut-il embrasser tout l'horizon? Présente- t-il quelquefois deux ou trois lignes d'eau parallèles et successives ? Le limbe formé au delà de l'image par l'horizon disparaiUil quelquefois entièrement? La direction générale de l'image peut-elle être p^pendiculaire à l'horizon ? Quelles sont les condi* tiens les plus favorables à la production de ce phénomène? La température, l'état barométrique et hygrométrique, l'intensité de la lumière et le degré de coloration du ciel qui l'accompagnent ordinairement? L'électricité a-t-elle sur lui quelque influence? Quelles sont^ à cet égard, les indications de l'électromètre? A

quelle heure de la journée , et à quelle époque de Tannée, Tobserve-t-on plus fréquemment ?

lUtc da pliia. — Lies ce foiUs. -- i^ca gèiéril. — laoM et ftre Faiie, Ékplut, Un, Finis. ~< Ifgièie , aétfcatioi Mk,

La limite des pluies estivales se trouve, comme je Tai dit, passer entre les 16* et 17* parallèles nord. Sous le 17*, les pluies sont rares, mais elles se montrent encore quelquefois au mois d'août. Plus, du reste , on se rapproche de Téquateur, plus la saison des pluies présente de durée. Aussi ai-je indiqué une zone particulière à laquelle j'ai donné le nom de zone des pluies incessantes ; elle s'étendrait au nord de réquateur jusqu'au 8* degré environ. C'est sur l'océan Atlantique, la zone des calmes et des orages, ce qu'on appelle vulgairement le pot au noir : i'équiuoxe de printemps et l'équinoxe d'automne y amènent l'un et l'autre quatre à cinq mois de pluies torrentielles, tandis que la zone des pluies estivales ne les reçoit que de juin en octobre, au nord de l'équateur. Au sud du même cercle, la zone correspondante, dont

SOliDÀN. til

je crois la largeur plas considérable, les reçoit du mois de décembre à celui d'avril.

De ce qui précède on peut conclure , entre autres choses, que, s'il est bien établi qu'une ville telle que Tomboctou ne reçoit pas de pluies, elle ne doit pas, sur nos cartes, être placée plus bas que le 17*, ou , tout au plus, le 16* parallèle.

Que la position du lac Tchad, telle que Ta donnée le major Denham, est assez exacte, et qu'on pourrait tout au plus élever ce lac d'un degré dans le nord, puisque l'expédition qui en a relevé les bords a placé sous le 16* la limite des pluies torrentielles de notre hémisphère. Nous lisons, en effet, dans la carte du major Denham, sous cette latitude , à côté du puits de Giogio-Balwi , c c'est ici que se trouvent les premiers arbres, et que cessent les pluies du tropique. » Je me suis basé moi-même, pour la détermination de la limite de ces pluies, sur ce qqe j'ai remarqué dans le désert de Bahiouda. C'est à deux journées du Dongolah actuel, à Omm-Belila, que se trouve cette limite. Néanmoins, les pluies ne tombent bien et avec persistance qu'à partir du Djebel-Haraza. Si la latitude donnée à Dongolah sur nos cartes est exacte la limite des pluies de ce côté serait le 1 7 1 /SI parallèle. Haraza se trouve par 16* environ. Les observations faites au Sénégal viennent confirmer cette loi : les pluies y tombent de juin en octobre; elles n'atteignent pas Portendick. Les pluies du Soudan donnent naissance à des cours d'eau intermittents, semblables à ceux du nord de l'Afrique; leur lit, desséché en partie au printemps, ne présente plus que des flaques d'eau

62 CLIMATS APRICAINS.

(Birak). Gea mêmes pluies alimentent la source des rivières et des fleuves qui , t^ls que le Niger, le Yeou, le Ghary, la Tchadda , le Nil , eto , leur doivent des crues annuelles, dont l'importance est nécessairement en rapport avec la longueur de leur développement au-dessous du 1 T parallèle et le nombre de leurs affluents dans la même région*

L'époque de ces crues doit évidemment être postérieure à celle des premières pluies ; elle en sera même d'autant plus éloignée que le point du fleuve où on les observera se trouvera à une plus grande distance au nord du 1 ?• parallèle.

Ce serait ici le lieu de parler des sources du Nil, désirant en dire quelques mots, j'ai cherché à ôluoi* der cette question en me basant sur l'époque à laquelle se produisent les crues de ce fleuve ou de ses affluents dans le Sennar. Don Ignatius Knoblecher, chef de la mission catholique de Khartoum a observé, que sous le 4' degré, le Nil Blanc commençait à croître dès le mois de janvier; un pareil fait ne s'expliquerait évidemment qu'en plaçant la source du Nil fort au sud de Téquateur, et soumettant ainsi son cours supérieur aux pluies de l'hémisphère austral qui tombent de décembre en mai ; d'un autre côté, cependant, les observations faites à Khartoum même, par des hommes distingués, et celles entre autres produites par Linant bey, ne permettent pas de considérer le mois de janvier comme l'époque probable des crues du Nil Blanc sous le 4* parallèle.

De là une indécision complète, dont le résultat est

SOUDAN. es

que parmi les géographes, les uns, comme M. d*Abadie, placent à Test les sources du Nil Blanc, tandis que les autres, se basant sur le témoignage du sultban des Fellatas, Beilo , et de presque tous les Africains, les placent à Touest, les confondant avec celles du Niger, et regardent le Niger, soit comme le cours supérieur du Nil, soit comme un bras de ce fleuve. C'est ainsi que, d*après M. Fresnel, le Nil et le Niger sortiraient d'un même lac situé dans l'hémisphère austral. Je ne me prononcerai pas^ quant à moi, sur une question si difficile et qui divise tant d'hommes éminents; je dirai seulement qu'on peut regarder aujourd'hui comme probable que le Nil Blanc prend sa source au sud de l'équateur, vers le 6* degré environ, et sort d'un grand lac dont j'ai moi-même entendu parler à Zanzibar (1).

Celles des rivières du Soudan qui se jettent dans un lac sans écoulement du côté de la mer ou dans une mer intérieure comme le Tchad, doivent y pro-

(1) S'il ne fallait que du courage pour découvrir les sources du Mil blanc, ces sources seraient depuis longtemps connues; malheureusement, il faut de plus une patience à toute épreuve , une acclimatation complète, un matériel et des approvisionnements considérables pour arriver à un résultat définitif. Les explorateurs devraient, en effet, hiverner sous le k* degré. Partis de Khartoom, ils atteignent cette latitude au moment où les eaux commencent à baisser; il faut, pour aller plus loin, quMls attendent des crues nouvelles, ^expédition doit done employer de dixhuit mois à deux ans ; il lui faut du biscuit pour deux ans (la viande se trouve partout), des outils pour se construire des habitations et se retrancher , de quoi armer un personnel nombreux et des munitions en abondance.

i)4 CLIMATS AFRICAINS.

duire chaque année des débordements, qu'accroissent rapport de ces cours d'eau intermittents, auxquels l'hivernage donne naissance et les pluies qui tombent à la surface même ou sur les bords du lac.

Aussi les lacs de l'intérieur de l'Afrique sont-ils soumis à des crues annuelles. Le lac Tchad, qui reçoit deux rivières, le Yeou et le Chary, présente surtout ce phénomène. Un voyageur allemand qui en visitait les bords au mois de décembre, n'y avait vu qu'un marais; son erreur, qui consistait à ne pas apprécier l'influence de la saison sèche et à ne pas soupçonner celle de l'hivernage, fut relevée par moi dans le bulletin de la Société de géographie, et depuis lors de nouvelles observations ont fait revenir ce voyageur sur l'assertion trop précipitée qu'il avait émise i en outre enfin de ces mers intérieures qui, comme le Tchad, le Fittré, peuvent, pendant une saison, ressembler à des marais, mais ne se dessèchent jamais entièrement , je signalerai , dans la ré-gion pluvieuse, une deuxième classe de bassins que j'appellerai lacs intermittents ou foulas, c'est sous cette seconde dénomination que les connaissent les habitants du Sennar, du Cordofan, du Dar Four.

Toute vallée basse et fermée, toute dépression profonde du terrain, peut donner naissance à un lac de celte nature, les eaux que la pluie y précipite s'y maintiennent faute d'écoulement , et pour peu qu'il tombe non pas, comme dans l'Inde, 250 centimètres d'eau par année, mais seulement les deux tiers ou la moitié de cette quantité, les foulas pourront attein-

dre,. dans la plus grande partie de leur développement, nne profondear d'eau de deux à trois pieds dès le mois de septembre : à partir de la fin d'octobre cependant de nouveaux apports n'ont plus lieu 9 Tévaporation favorisée par la pureté du ciel s'effectue rapidement et après un ou deux mois de sécheresse, le séjour des eaux pluviales, ne se révèle plus que par rhumidité qu'a conservé le terrain et par la luxuriante végétation qui ne tarde pas à le couvrir; les grandes chaleurs d'avril et de mai réduisent en pous-sière cette végétation herbacée, dont les débris délayés, remaniés par les pluies de la saison suivante, formeront une mince couche d'humus qui rendra le fond plus imperméable, l'élèvera insensiblement et en accroîtra la fertilité. Les débris de cette multitude d'infusoires microscopiques qui vivent dans les eaux peu profondes aideront également à la formation de cette couche, il faut y ajouter ceux des insectes, des moucherons surtout , qui fréquentent les bords de la foula, ceux des petits animaux qui viennent y boire ou qui y établissent leur gtte sur son sol même, pendant la saison sèche, les particules enfin d'origine animale ou végétale qui, entraînées par le vent, tendent à s'arrêter dans les endroits profonds et s'y déposent.

Aiusi se formera la couche de terre végétale, mais le fond de la foula sera encore exhaussé par les apports de sable qui s'attacheront aux racines des plantes et formeront là, comme dans le désert, de petites buttes, de petits monticules, il en résultera que le lit du lac intermittent subira de notables chan-

CLIMATS APUCÀINS.

gemeotoi et que la foola, après un grand nombre d'années, pourra môme disparaître entièrement.

Un hiver et snrtout un printemps très-sec et très* chaud, pourront, par des moyens différents, amener un résultatsemblable; de grandes crevasses seformerontet l'eau des pluies, atteignant des couches perméables ou de grandes cavités souterraines , pourra disparaître ainsi sous le sol. Le Cordofan est aujourd'hui le théâtre d'un phénomène fort étrange, et que je révoquerais en doute si le témoignage unanime des habitants ne m'avait convaincu de son authenticité. L'eau, disent les Nouba , abandonne notre pays , elle s'enfonce chaque jour davantage et tend à disparaître, la dimension de nos foulas était double du temps de DOS pères, dans tel lieu nous n'avions besoin, il y a quelques années, de creuser le sol qu'à la profondeur qui égale la taille d'un homme pour y découvrir l'eau, nous devons creuser aigourd'hui trois ou quatre fois plus profondément pour trouver une eau moins abondante. Ils ajoutent que la sécheresse n'y est pour rien , et impuissants à trouver la cause véritable du malheur qui les accable, ils l'attribuent à la domination impitoyable des Égyptiens; ce sont, disent-ils, les crimes de ces maîtres avides qui attirent sur eux la malédiction du ciel et font tarir, entre des mains coupables, les sources d'une richesse injustement acquise.

Toujours estril que le fait est constant , et que l'examen attentif des anciens puits le confirme partout. Puisque j'ai parlé des eaux souterraines et du Cordofan, je dois mentionner ici un autre fait qui m'a été

affirmé fréquemment, et qui ma paru bizarre , c'est la succession y dans un même puits, d*eaux dont les qualités diffèrent entièrement; une année Teau sera claire, une autre année elle sera bourbeuse; cette année elle sera douce, Tannée prochaine elle sera saumàtre ; salutaire aujourd'hui , elle fera périr demain les troupeaux, qui la boiront ; enfin , et ce fait se lie sans doute à celui de rabaissement général du niveau des eaux souterraines , Teau pourra disparaître une année et se montrer de nouveau Tannée suivante # en s' élevant même au-dessus de son niveau primitif. Cest ainsi que des puits , abandonnés depuis longtemps et presque comblés, sont quelquefois fouillés avec succès.

Ces observations m'ont paru intéressantes. Je laisse à des géologues plus instruits que moi le soin de les expliquer. Je suppose, toutefois, quQ ces changements de niveau et de nature sont dus à Taction violente des courants souterrains se mouvant sur de grandes pentes, altérant profondément les couches qu'ils traversent, et se frayant à chaque instant des roules nouvelles , en entamant surtout les dépôts salins, qui offrent à leur énergique action une moindre résistance.

On devine aisément que les foulas et leur voisinage sont d'une extrême insalubrité. Les miasmes que le soleil dégage d'un sol humide et riche de débris végétaux ne peuvent manquer d'engendrer des fièvres intermittentes qui deviendront facilement pernicieuses. Ces miasmes se dégageront surtout pendant les premiers mois de la saison sèche , s'élevant rapi-

dément pendant le jour, ils seront entraînés par les courants atmosphériques; dès, cependant, que le calme viendra à se produire, ou qu'un abaissement de température condensera ou précipitera ces miasmes, ils formeront sur les foulas comme une vapeur légère , qu'il ne sera pas donné à Thomme de respirer impunément , surtout le matin et le soir, et pour pen quMI se trouve à jeun.

On sait quelle est, à Madagascar, la terrible influence des palétuviers qui bordent la côte. Ces ar« bres , plongeant dans Teau salée leurs racines innombrables , entremêlées , enchevêtrées , couvrent le marécage qui leur a donné naissance comme d'un filet où s'arrêtent les fruits et les feuilles tombées, les branches mortes , les poissons , les zoophytes et les mollusques en putréfaction. Il en résulte un foyer d'infection, dont l'influence se fait sentir au loin. Les foulas rappellent an navigateur ces tristes marécages , mais si ces eaux stagnantes , soumises pendant la saison sèche à une évaporation rapide, sont pour l'homme un dangereux voisinage , il n'a cependant pas à les redouter autant que les premières pluies de l'année, qui donnent naissance à plus de miasmes encore, en faciUtant la décomposition de tous les débris répandus sur le sol. Il ne faut donc pas être surpris si la terre, détrempée par ces premières pluies , exhale une odeur particulière , qui a été comparée à celle de l'argile humide qu'on met au four.

Je n'ai pas la prétention de tracer ici le système orographique du Soudan central. Un tel travail serait Bu-dessus de mes forces , et je ne crois même pas

qu'avu^c le peu de données que la science possède aujourd'hui sur ce sujet, on puisse arriver à un résultat de quelque valeur.

La terrasse montagneuse du pays desMandingues , les chaînes voisines de la côte occidentale , celles qui bordent la mer Rouge , les montagnes et les plateaux de TAbyssinie nous sont seuls connus avec quelque précision.

Relativement à TÂfrique centrale , nous savons seulement que ce n'est que vers le 4" degré de latitude nord que ceux qui remontent le fleuve Blanc rencontrent les derniers gradins d'une chaîne importante, dont la silhouette se dessine dans un horizon lointain.

Que ce n'est qu'au sud du Cordofan , et par environ le 7* ou le 8* degré, que commencent à se montrer de grands mouvements de terrain. Que le Darfour y séparé du Cordofan par une chaîne de collines , et qui appartient au bassin du Nil blanc , tandis que le Waday appartient en général à celui du lac Tchad , ne s'élève sensiblement que sur les confins du pays des Fertit, c'est-à-dire assez loin dans le sud. Qu'enfin Denham et Glapperton n'ont signalé de hautes montagnes que dans le voisinage de Mora , c'est-àdire dans la même zone , et par environ 1 0"" de latitude. Nous avons donc lieu de croire que le Bornou , le Waday et le Darfour sont des pays assez plats, coupés seulement de dunes ou de collines ; il semble de plus que la pente générale du Darfour soit dirigée vers le sud, et que celles du Waday et du Bornou le soient vers le lac Tchad , et perpendiculairement à ses

70 CLraATS AFRICAINS.

rives. Du peu de relief de celle région centrale dérivent des conséquences nombreuses, et qui seront appréciées par moi en temps et lieu. Je ferai seulement observer ici l'influence des chaînes méridionales sur la marche des nuages et la fréquence des pluies dans la zone qu'elles parcourent , et j'arrêterai un instant l'attention de mes lecteurs sur le fait assez remarquable de l'adoption de l'islamisme par les populations du bas pays , et de la résistance que lui opposent y au contraire , celles des montagnes , montagnes qu'on peut considérer, dès lors, comme le dernier asile du fétichisme, de l'idolâtrie, et de la vie sauvage dans le centre de l'Afrique.

La région sèche nous a présenté l'aspect le plus monotone et le plus aride, le spectacle le plus grandiose à la fois et le plus triste; mais à peine, disais-je dans un travail antérieur à celui-ci , a-t-on dépassé en se dirigeant vers le sud le 1 T parallèle, que déjà la nature n'est plus la même. Quelques arbustes rabougris et épineux interrompent d'abord la monotonie du tableau ; le sol se montre bientôt couvert d'herbes épaisses , l'horizon disparatt caché de tous côtés par une forêt d'acacias et de gommiers que coupent çà et là de vastes clairières : cette forêt, c'est le Soudan; c'est au milieu de son inextricable réseau d'épines qu^errent la girafe et l'autruche, que l'Arabe bronzé vient paître ses troupeaux, l'esclave chercher la gomme que son maître livre au commerce; c'est enfin dans ses clairières , humides encore après les pluies , que le cultivateur sème le grain dont il fait sa nourniture habituelle.

lOUDAN. 71

Cm déserte buissonneux ou arbreox ont la plus grande analogie avec ceux que les Brésiliens connaissent sous les noms de carrascos et de carrasqueiros. Les carrascos ce sont dans le Soudan ces vastes plaines couvertes d'une végétation peu élevée, composée généralement de plantes sociales , dont les espèces ne varient beaucoup que d'une plaine à une autre. Situés généralement plus au sud que les premiers, les carrasqneiros du Soudan sont ces forêts immenses, presque impénétrables, composées de divers arbres qui presque tous appartiennent à la famille des légumineuses et au genre acacia. Leur élévation ne dépasse guère une dizaine de pieds.

Le mot carrasco signifie en portugais bourreau; les carrascos et les carrasqueiros , hérissés d'épines , justifient bien ce titre ; leur vue rappelle ces vers du Dante, décrivant une forêt de l'enfer :

Non frondi verdi» madl eolor fosco.

Non pomi v* eran , ma stecchl con tosco. Non han ^ asprl sterpi , ne sa folti Quelle fiere selvagge» che in odio hanno Tra Gecina e Cometo i Luoghi coltl.

Les grandes chaleurs et la sécheresse excessive qui régnent de novembre à mai arrêtent le développement et la végétation de la plupart des arbres du Soudan. On les voit alors se dépouiller de leurs feuilles comme ceux de nos climats; l'écorce du gommier se dessèche et se fendille , l'aubier s'entr'ouvre et la sève de l'arbre s'écoulant par ses tflessures vient former à sa surface ces masses arrondies de gomme, à demi

72 CLIMATS APRICAIMS.

liquide, qui biealôt se solidifie , se resserre et se cre* vasse à sou tour.

Le feuillage de beaucoup d'arbustes s'élève en forme de c6ne renversé et se termine à la partie supérieure par une ligne presque droite. Un. vent violent déracine quelquefois ces arbres; renversés alors par Touragan, ils tombent sur la tète et y trouvant une base solide se maintiennent dans cette position bizarre, ne tenant au sol que par leurs dernières ramifications et dirigeant vers le ciel leurs racines flétries.

A partir du 12'' degré de latitude les baobabs s'clevantde distance en distance du milieu des taillis, écrasent de leur masse gigantesque tout ce qui les environne, et le voyageur étonné, lorsqu'il aperçoit ces arbres dans le lointain , est tenté de prendre les mimosas et les gommiers pour des touffes d'herbes et de se demander s'il n'est pas lui-même quelque Liliputien égaré dans Ttle des géants. Quant au deleyb, il ne commence guère à se montrer que par le 8" ou 9* degré , et semble habiter de préférence le bord des fleuves, les parties hautes du cours du Nil blanc, par exemple. Le doum est assez rare dans le Soudan. Je n'ai pas remarqué dans le Cordofan le phœnix pursitta , qu'on trouve cependant près des côtes. Je ne crois pas que le chamœrops humilis atteigne cette latitude , et je pense , quant aux palmiers en général , qu'ils ne croissent guère en Afrique que par une latitude très-basse ou dans le voisinage de Tun on de l'autre océan. Quelques-uns d'entre eux , en effet, ont besoin pour réussir de respirer l'air salin de la mer ,

SQLDÀiN. 73

tels sont particulièrement le cocotier, qui couvre comme d'une forêt toute Tile de Zanzibar, et le dattier qui, ainsi que je Tai dit, ne se montre pas dans rintérieur plus bas que le 12" degré et longe cependant les côtes de la Sénégambie et celles de rVémen. Différant surtout en cela du Brésil , le Soudan musulman connaît donc à peine les palmiers.

C'est la zone des pluies incessantes que ces arbres caractérisent, comme nous venons de le dire, et tandis qu'une de. leurs espèces, le phœnix dactyliferaj nous apparaît comme le symbole de Toasis et Tarbre par excellence des régions privées des eaux du ciel , le baobab est à mes yeux le symbole du Soudan en général et de la zone des pluies estivales en particulier.

Il faut avoir contemplé ce géant de la végétation des tropiques pour s'en faire une idée. On croit rêver en le voyant , et celui qui ne Ta pas eu devant les yeux doit prendre pour des fables la mesure de ses dimensions et l'appréciation de la durée de sa vie.

Le baobab appartient, conmie on le sait, à la famille des malvacées et forme le type du genre atlan- Sonia , ainsi nommé du botaniste Âdanson , qui eut la gloire de décrire le premier le plus grand arbre que Ton connaisse.

Adanson donne comme dimensions du baobab, à rage d'un an , un pouce et demi de diamètre (0'",41 ), et 5 pieds (1"',624} de hauteur. Il assigne plus de cinq mille ans d'existence à un arbre de cette espèce, mesuré par lui, et qui présentait 30 pieds (9",745) de diamètre pour une hauteur de 73 pieds (23«,7i4).

74 CLIHÀT0 AVRICAniS.

Mes observations personnelles sont loin de concorder avec la première de ces assertions. J'ai vu dans le Cordofan un nombre infini déjeunes baobabs, dont il m'eût été difficile de fixer l'âge , mais qui tous avaient beaucoup plus d'un pouce (0",41) de diamètre, et moins de 2 pieds (0",650) de haut. Adanson , qui probablement n'a pas vu de petits baobabs, aura basé ses calculs sur la supposition très-plausible, que leur développement suivait les mêmes lois que celui de tous les autres dycotylédones. Il n'en est pas ainsi cependant, et rien n'est plus semblable, en petit, à un baobab de cinq mille ans , qu'un baobab dont la hauteur n'excède pas 1 pied (0",325).

La proportion du diamètre à la hauteur est la môme , ou s'il existe , à cet égard , quelque différence, elle est insensible , et les trois ou quatre branches inclinées qui terminent le tronc se montrent déjà couvertes de ramifications nombreuses. Toute ressemblance extérieure disparatt évidemment dès que les feuilles viennent à couvrir la jeune plante ; mais le baobab perdant ses feuilles pendant l'hiver et le printemps , en raison de la sécheresse , il est impossible de ne pas remarquer alors cette bizarrerie de la nature. Bien souvent l'idée m'est venue de rapporter en France un de ces petits arbres , et si je ne l'ai pas fait , c'est que je n'avais pas , à cette époque, connaissance de l'assertion erronée émise par Adanson.

Quant aux dimensions assignées par ce naturaliste à un arbre auquel il accorde cinq miU^ cent cinquante ans d'existence , je dirai seulement que j'en ai mesuré, à Melbes, près de Lobeid , un dont on m'avait sur-

SOCDAX. 75

tout parlé. Je lui ai trouvé quinze brasses de tour , ma brasse élanl d'environ 5 pieds 6 pouces (1 ",786). La circonférence du baobab poavait donc être de 82 pieds et demi (2[6",799), et son diamètre de 26 pieds (8", 446) et quelque chose.

Sa hauteur calculée au moyen de son ombre excédait notablement celle indiquée par Adanson pour un diamètre plus fort. Néanmoins le moyen employé par moi pour obtenir cette donnée n'offrait que peu d'exactitude. Je me borne à noter une différence , sans en indiquer le chiffre (1).

C'est à une hauteur de 20 à 25 pieds (7 à 9 mètres) que se termine le tronc. De ce point partent horizontalement trois , quatre ou cinq branches énormes; elles s'abaissent bientôt vers la terre, dont elles se rapprochent d'environ 10 pieds (3 à 4 mètres), et se relèvent ensuite donnant naissance sur toute leur longueur à de fortes et nombreuses ramifications qui, presque toutes , se dirigent en haut.

Le bois est si spongieux et si tendre, que le moindre effort suffit à agiter ces branches, plus fortes que les chênes séculaires de nos forêts. L'écorce de l'arbre est mince, et le tronc est lisse. Les racines, très-développées et très-superficielles, s'étendent à une grande distance , et offrent des bancs très-cora-

(i] En mesurant la longueur de cette ombre, la longueur d^une baguette et celle de son ombre, la situation de la baguette étant verticale , et cherchant le quatrième terme d'une proportion dont trois termes m'étaient déjà connus.

76 CLIMATS AFatCAlNS.

modes pour les voyageurs qui , ainsi , trouvent à la fois un siège et de l'ombre. Dès que le sujet a atteint une certaine croissance , le sommet du tronc , au point d'attache des grosses branches j commence à s'altérer, et Tarbre se creuse de plus en plus profondément , Técorce se trouve bientôt survivre seule aux parties internes ; elle n'en continue pas moins à se développer, ainsi que les branches, qui, par elle, reçoivent toujours des racines les sucs nécessaires à leur nutrition. Le vide qui s'est produit au centre même du tronc se remplit d'eau pendant la saison des pluies. Cette eau , assez bien abritée du soleil , s'y conserve longtemps comme dans un réservoir, et le baobab se trouve constituer, dès lors, une sorte de citerne végétale, que, pendant la saison sèche, on ne manquera pas de mettre à profit, et qui deviendra la propriété des nomades voisins ou des habitants du plus prochain village. Ils en vendront l'eau aux voyageurs et aux caravanes. Les aiguades de ce genre sont nombreuses dans le Soudan , j'aurai l'occasion d'en citer par la suite. Les Arabes du Cordofan, grimpés à la naissance des grosses branches , puisent Teau contenue dans leurs baobabs au moyen de seaux de cuir qu'ils laissent glisser ensuite jusqu^à ceux qui les attendent au pied de l'arbre.

Il parait , d'après une relation portugaise que j'ai lue, que les gens du Congo sont plus habiles ; ils percent le tronc de l'arbre, en laissent écouler l'eau dont ils ont besoin , et boudent ensuite l'ouverture qu'ils ont pratiquée, d'où le nom d'imbondeiro donné par les Portugais à l'adansonia. Mais en agissant ainsi ,

SOLDàN. 77

ils abandonnent lenr eau à la discrétion du premier venu, et c'est peut-être ]e motif qui empêche les peuples de TÂfrique orientale, pour qui Teau est bien plus précieuse, de percer de même leurs arbres. Enfin , les habitants du Sénégal se logent quelquefois dans les baobabs, y tiennent des conseils , y déposent leurs idoles et ensevelissent leurs morts.

I^ feuille de Tadansonia est , comme l'indique le nom spécifique de cet arbre, digitée {adansonia digitala); elle ressemble assez à celle du marronnier d'Inde; elle est très-petite comparativement aux dimensions du végétal qui la porte , dont le feuillage est d'ailleurs toujours très-peu fourni. La fleur laisse échapper une gerbe d'étamines innombrables entourant un pistil recourbé. Le fruit , long de plus d'un pied , est oblong, son enveloppe assez solide est verdâlre. Les graines qu'il contient sont entourées d'une pulpe blanchâtre qui devient solide et cassante à maturité.

La saveur en est acide et astringente; c'est un médicament utile, et dont j'aurai occasion de reparler. On en fait aussi des confitures , et en la broyant dans du lait, une crème assez agréable.

Parmi les plantes de la même famille, nous avons à signaler, dans le Soudan, un cotonnier de petite taille et peu productif.

Dans rherbier du docteur Oudney, nous trouvons <2 malvacées et 33 légumineuses. Si nous y voyons figurer 45 graminées, c'est que le docteur Oudney, se préoccupant davantage de cette classe, qu'il avait étudiée avec soin, en recueillait plus volontiers les individus.

78 CLIHÀTS AFRICAINS.

Ce sont I en effet , les légumineuses^ et surtout les légumineuses^ arborescentes y qui caractérisent la Flore du Soudan septentrional , et alors même que le nombre de leurs espèces n'y surpasserait pas celui que pourraient présenter d'autres familles, la supériorité leur resterait encore pour Timportance et le nombre des individus.

Les mimosées nous offrent le gommier (Acacia niloticùf acacia verekj acacia senegalensisj etc.). La sève de cet arbre, s'écoulant par les crevasses que la sécheresse détermine dans son écorce, est recueillie avant rhivernage, alors qu'elle a déjà acquis de la consistance.

La plus belle gomme connue provient, non comme on le suppose, de l'Arabie , mais bien du Cordofan. Les pluies hâtives, comme j'aurai l'occasion de l'expliquer plus bas, allèrent la transparence de la gomme et en diminuent le prix.

Vacacia Adansonii fournit une gomme rougeâtre, peu soluble, astringente comme l'écorce et les fruits du même arbre et du gommier proprement dit. Les graines, appelées gorad par les Arabes^ servent à la préparation des cuirs.

On trouve encore, parmi les mimosées, le sount^ le seyal, le talahh.

Parmi les autres légumineuses, le tamarin (Tamr hindi) y appelé ardeb en Nubie et au Sennar, qui fournit un médicament très-approprié au climat ; le séné (Sanamaka, cassia obovala)]^ et diverses espèces du même genre , dont l'une , le sabaq, est employée par les tanneurs , et dont une autre (chismé) fournit un

SOUDAN. 7g

médicament contre rophthalmie ; un indigotier, très*^ riche en matière colorante , le parkia africana , signalé par le voyageur auquel ce genre nouveau a été dédié: c*est un grand arbre , répandu dans la plus grande partie du Soudan ; il est peu connu au Sénégal , mais ost commun sur les plateaux habités par les Mandingues. En torréfiant ses graines, on obtient un condiment ou une substance analogue au café ; la pulpe de son fruit sert à préparer une boisson acide. L'agul, Tayoun , etc. , appartiennent à la même classe , qui nous offiîrait encore, à ce que je crois, la fève ap^ pelée gourou, mâchée avec délices par les Africains, et dont l'usage est salutaire.

Parmi les graminées, il faut citer le riz, cultivé dans quelques foulas, deux ou trois sortes de dourah (sarghum vulg. %ea maxs)\ parmi les roseaux, Tangolib, dont la moelle est un peu sucrée et donoe une teinture rougeâtre; le bambou, qui est toutefois plus caractéristique de la région des palmiers que de celle des légumineuses.

Les plantes alimentaires sont surtout , avec les graminées déjà citées : le dokhn (pennisetum spicatum) ; le bamieh {hibiscus esculenius) , appelé au Sénégal et dans nos autres colonies gombaut; le meloukhieh (carchcrus oUtorius)i quelques espèces de haricots, là pastèque, le piment rouge, le sycomore, un autre figuier, le rhamnus lotus , le heglyg (balanile d'Egypte); le gingembre, et quelques autres plantes dont je me réserve de parler ailleurs.

Parmi, enfin, les végétaux utiles encore à Thomme, ou auxquels Taspect du Soudan emprunte quelques-

80 CLIMATS ATRICAINS.

ans de ses caractères, je dois mentionner, en passant, le ricin , qui crott dans les lieux humides ; le ferala asa fetida, Tocher [asclepias gigantea)^ dont le fruit sert à bourrer des coussins, et qui donne un charbon léger propre à la fabrication de la poudre ; le henné {lawsania inermis), astringent emménagogue, employé pour produire des avortements toujours dangereux; quelques crucifères, que la crainte du scorbut fait rechercher avec soin; le tabac, qui, dans quelques régions du Soudan paraît être connu depuis les temps les plus reculés ; le hachich {cannabis indica) dont les propriétés enivrantes sont connues; un stramonium, dont l'action est plus énergique et plus dangereuse que celle du hachich, et la noix vomique, heureusement rare, car l'on devine que, parmi les barbares, elle amènerait plus de crimes qu'elle ne rendrait de services à la médecine.

L'Afrique, qui donne naissance au plus grand arbre que nous connaissions, possède aussi le plus lourd des mammifères terrestres, l'éléphant.

La faune africaine n'a pas cet éclat et cette variété qui caractérisent celle du Nouveau-Monde; elle n'offre pas à l'admiration du voyageur ces nuées d'oiseaux au plumage étincelant , ces myriades d'insectes parés des plus riches couleurs, qui font l'ornement et la vie des forêts brésiliennes. Moins prodigue de la vie, ses créations sont plus rares à la fois et plus grandioses ; elle semble n'enfanter que des géants. Moins favorisée sous le rapport de l'élégance des formes et de l'éclat des couleurs, elle a pour elle la foix^ brutale, la simplicité.

Aofisi est-ce à l'Afrique qu'appartiennent essentiel* lement Tbippopotaine ^ le rhinocéros , la girafe , le zèba, Tautruchei le boa^

CTest dans le Soudan que ces animaux se rencon* trent. L'habitation de la zone torride est probablement une des conditions de l'existence même de quelquesuns d'entre eux. Je crois cependant que leur assigner au nord une limite qui coïnciderait avec celle du Soudan , ce serait prendre l'effet pour la cause ; s'ils ne dépassent guère cette limite , cela tient à des circonstances particulières dont l'appréciation est facile : à Tabsence des pluies, au manque d'eau qui en résulte, à l'aridité qui en est la conséquence. La température de la aone déserte, loin de leur être contraire, leur serait favorable; mais la nourriture et l'eau leur manqueraient à la fois, et, dès lors, ce n'est qu'accidenr tehement et sur quelques points qu'ils pourront s'y montrer*

Pendant la saison des pluies, ils s'avanceront da^ vantage de ce côté, pour se retirer, dès que la sécheresse commencera ; ils regagneront les pâturages éternels que le Soudan leur conserve , ne paraîtront plus dans le désert que pour y pousser quelque reconnaissance, et se tiendront toujours dans le voisinage des puits ou des oasis. Aussi , comme l'a fort bien observé M. Fresnel , Le lion du désert, Taigle du désert , et tant d'animaux auxquels un étrange accouplement de mots incompatibles assigne le désert pour résidence, se gardent-ils bien de l'habiter : Les hasards de la chasse peuvent momentanément leur en faire franchir les limites, mais ils n'y séjournent pas; les

82 CLIMATS AFE1CAIN8.

herbivores qu'ils poursuivent ne s'y hasardent que pour les fuir, et que parce que les carnivores, qui ont besoin de beaucoup d*eau, se trouvent contraints plus tôt qu'eux à regagner leur gtte.

Parmi les grands animaux de T Afrique, les uns seront communs à la région des pluies hivernales et à celle des pluies estivales , d'autres seront particuliers à la dernière.

C'est ainsi que l'autruche, le gazelle, le lion, le chacal , l'hyène même se montrent à la fois dans le sud du Belad-el-Djerid et dans le Soudan. (Le chacal , toutefois, sera plus rare dans le Soudan, et l'hyène dans le Sahara) . Que, d'un autre côté, l'éléphant, l'hîppopotame, le rhinocéros, quelques antilopes, qui ont besoin de plus de chaleur et de plus d'eau, habiteront exclusivement les zones des pluies estivales et des pluies incessantes.

L'éléphant d'Afrique qui, comme on le sait, diffère de celui d'Asie par sa tête ronde, son front convexe, ses grandes oreilles, montre une intelligence qui, quoique inférieure peut-être à celle de l'éléphant de l'Inde, n'en est pas moins faite pour attirer un instant notre attention.

Errant isolément pendant la saison sèche qui ne lui présente plus que de rares pâturages, il se forme en troupes assez nombreuses dès que commence la saison des pluies; chacune de ces troupes reconnaît pour son chef, ou plutôt pour son guide, un vieux mâle que les Arabes nomment , en raison de ses importantes fonctions, le khabir; des éclairs ont-ils paru à l'horizon, des nuages sombres se sont^iis monti*és

dans la même direction , le kbabir, abandonnart les siens, se dirige rapidement de ce côté. Si une ploie abondante a inondé le sol, si la végétation a repris, l'œil exercé do khabir Icri permet d*apprécier le nombre de jours que sa troupe pourrait trouver à vivre sur ce point; il retourne vers elle, l'y conduit au trot et repart en quête d'autres pâturages. J'ai dit, et le lecteur s'en est étonné peut-être, que le kbabir avait calculé, avec exactitude, le temps que sa troupe pouvait passer dans le lieu qu'il a reconnu : rien n'est plus vrai cependant, et la preuve en est, qu'à peine toute l'herbe a-t elle été dévorée par les éléphants, que le kbabir réparait et, donnant le signal du dépari, dirige sa troupe sur sa découverte nouvelle.

Les éléphants s'entr'aident avec une merv^lleuse adresse; l'un d'entre eux tombe- t*il dans une de ces fosses que l'homme a creusées et recouvertes pour s'emparer de lui? deux de ses compagnons, arcboutant leur trompe avec la sienne, le soulèvent, cherchent avec persévérance et parviennent souvent à l'en retirer.

Lorsque les mouches l'inquiètent, l'éléphant casse une branche et, l'agitant avec sa trompe autour de lui, s'évente aussi adroitement qu'un homme pour* rait le faire. Souvent, dans le Soudan, le voyageur, perdu au milieu d'une épaisse* forêt d'acacias^ entend, à quelque distance, craquer les arbres; le bruit se rapproche et continue: ce sont des âéphants qui passent. Evitant de quitter la ligne droite, ils brisent les arbres qui gênent leur passage en s'arcboutant contre eux par leurs épaules, et s'ils ne peuvent

84 CLIMATS APEICAINS.

ainsi parvenir à les jeter parterre, ils les cassent avec leur trompe branche par branche et morceau par morceau jusqu'au ras du sol.

Le tigre royal paraît ne pas être connu en Afrique ; le chatrtigre , le lion , la panthère , Thyène y sont au contraire assez communs.

De ces animaux , les uns habitent les cavernes, d'autres se tiennent sur les arbres, d'autres, enfin, se bornent à chercher un peu d'ombre lorsque, après s'être repus, ils éprouvent le besoin de se livrer à ce sommeil qui est le résultat d'une digestion laborieuse et pénible.

C'est ainsi que le lion , après avoir chassé tonte la nuit, se retire au lever du soleil dans l'épaisseur des taillis, s'étend au pied d'un arbre et s'endort, après avoir eu soin de se placer au bord le* plus oriental de l'ombre, afin d'échapper plus longtemps à l'ardeur des rayons solaires.

Gomme le lion , l'hyène ne se montre que de nuit ; les chacals, lorsqu'il s'en trouve dans le voisinage, la précèdent et sont chassés par elle : l'un et l'autre fréquentent les lieux habités par l'homme. Le miaulement du chacal (iaou, iao), le hurlement de l'hyène (ommou ou houmm) se font entœdre presque jusqu'au matin. L'hyène est très-conmiune au Gordofan , où il en exkte deux variétés : Tune qui habite la montagne, l'autre qui vit dans la plaine; tous les villages, Lobéid surtout, en sont infestés une heure après le coucher du soleil. Ces animaux n'attaquent du reste pas l'homme, qui ne s'en préoccupe guère plus que de ces chiens errantf qui encombrent de nuit les

SOtDÀN. 85

rues da Caire ; le cheyal se défend très-bien contre rhyène, aussi Tàne et le mouton sont-ils d'ordinaire ses seules yictimes. Les ânes passent la nuit dans la cour des maisons, cours entourées d'une simple haie, d*une clôture d'abatis ou de branchages que les hyènes parviennent quelquefois à franchir, et qu'elles repassent alors, en s'aidant de leurs pattes de devant et entraînant avec elles la proie qu'elles ont choisie.

Du reste, on sait qu'elles se nourrissent principalement de charognes, on les rencontre surtout aux: abords des boucheries, dans les cimetières ; elles déterrent souvent les cadavres à demi putréfiés, font disparaître les animaux et même les esclaves morts qu'on ne se donne pas jujoi^kô ih peine d'ensevelir.

L'Afrique intérieure a peu de serpents : on en si^ gnale cependant au Sennar un qui est assez dangereux, il porte dans le pays le nom d'asalé. Il y a plusieurs variétés de scorpions, dont quelques-unes, très-grandea et très-dangereuses , habitent sous l'écorce des vieux arbres et se retrouvent surtout dans le voisinage des fleuves ou des mai ais. Les Arabes du Gordofan m'ont fait voir une racine, qu'ils appellent djedr el agreb, racine du scorpion ; on peut, après l'avoir placée dans la main, y mettre un scorpion, il restera inunobile et comme étourdi, on n'aura pas à en redouter la piqûre.

On trouve, dans le Soudan, beaucoup de fourmisJ Je signalerai une petite espèce noire , dont la piqûre est assez douloureuse, et la {ourmi appelée arda, (dit

86 CLIMAT8 ÀFaiCAIN8.

mot arc/) terre), dont les mœurs exigeraient une étude à part.

L'arda, ou du moins une variété fort analogue, est connue en Amérique sous le nom de vague-vague.

Cet insecte est de la grosseur de nos fourmis communes, il se nourrit principalement de bois ; il dévore, du reste, tout ce qui est à sa portée, le cuir, la viande, le carton, le papier surtout. II est très-difficile de préserver de son atteinte les livres et les chaussures; un atlas cartonné qui m'appartenait, fut rongé à moitié par ces fourmis, ainsi qu'un étui de longue-vue, pendant l'espace d'une nuit, et le hasard seul me permit de les sauver le matin d'une entière destruction. C'est seulement en prenant mon atlas, pour le consulter, que je reconnus le danger qu'il avait couru. Les arda, en effet, n'avaient pénétré jusqu'à lui qu'en perçant le sol de la pièce et en minant une banquette en terre sur laquelle je l'avais déposé ; rien à l'extérieur ne faisait soupçonner leur présence : c'est par sa partie inférieure qu'elles avaient attaqué l'atlas. Presque toute la couverture et une portion des premières feuilles avait disparu déjà, aussi me sembla-t^il plus prudent de le placer, à l'avenir, ainsi que tous mes effets, sur des plateaux suspendus à la toiture par des cordes. C'est, du reste, ainsi que les Nouba parviennent à conserver intactes leurs provisions journalières; quant à leurs grains, ils les déposent dans de vastes fosses, de profonds silos (matmoura), dont le fond et les murailles sont couverts d'une herbe appelée catcat, dont la présence semble les protéger suffisamment.

Une maçonnerie de bonne qualité, une couche épaisse de chaux ou d'un mortier très-solide arrêtent le travail des arda. Quant aux substances employées d'ordinaire dans le but d'éloigner ou de détruire les insectes , le deutochlorure de mercure, l'acide arsénieux, l'absynthe, la coloquinte, l'alcool , je n'en ai jamais obtenu de bien grands avantages.

Le travail des arda est toujours souterrain ; lorsque ces insectes arrivent à la surface du sol ils ne discontinuent cependant pas leur travail ; mais à l'aide d'une sécrétion gluante qui leur est particulière, ils unissent les particules les plus ténues de la poussière qui les environne , en forment une sorte de mortier, et en construisent des galeries, qu'ils accroissent et développent sans cesse par des apports qui se font toujours de l'intérieur à l'extérieur ; ils cheminent ainsi à couvert et leur édifice qui environne soit un cadavre desséché par la chaleur, soit un objet de cuir ou d'étoffe abandonné dans le désert , soit le tronc d'un arbre , ce qui est le cas le plus ordinaire , présente à sa base un rayon de 'trois à quatre pieds, s'élève souvent à une hauteur de quatre pieds et n'est abandonné que lorsqu'il ne reste plus trace de l'objet ainsi assiégé. Lorsque le monticule atteint les premières ramifications des petits acacias du désert , le poids de ces ramifications n'est bientôt plus supporté que par un tronc rongé de la moelle à l'écorce; le plus faible effort du vent suffit à rompre le dernier filament qui les y rattachait. La tête de l'arbre tombe alors au pied du monticule et devient 9 son tour la pâture des

arda. J'ai donné, dans l'un de mes dessins, une représentation grossière de ce phénomène.

Un principe généralement vrai, c'est que les maladies contractées dans le Soudan pendant la saison pluvieuse se guérissent bien dans le désert ; j'en ai vu de nombreux exemples, et Ton ne manque jamais, dans le Cordofan, de dire à ceux qui se plaignent de ce malaise précurseur des plus graves affections : Partez! allez vivre quelques jours sous la tente, au milieu des sables ; vous respirerez un air pur et vous reviendrez ici parfaitement remis.

Si toutefois la maladie faisant de rapides progrès n'était que tardivement arrêtée, on ferait mieux de ne pas regagner le Soudan; ce serait s'exposer à une rechute presque toujours fatale.

Le désert est en effet très-sain comparativement aux régions habitables de latitude à peu près pareille.

Le docteur Celle a exposé avec beaucoup de sagacit^> la différence qui doit exister entre l'hygiène et la médication des pays chauds et secs , et celles des pays chauds et humides , c'est-à-dire encore de la saison pluvieuse et de la saison sèche.

Sous l'influence d'une température élevée et d'un air sec et vif, la transpiration est abondante , le sang se dépouille de sa sérosité, devient acre, irrité; une excitation marquée en résulte. Les toniques doivent être évités avec soin ; une faible quantité de vin suflSt à produire l'ivresse ; le café est nuisible ainsi que le poivre , le piment. L'action dés purgatifs et de Témétîque présente une énergie effrayante; on doit, autant que possible , éviter d'en faire usage; se contenter du

SOODAN. 89

séné^ de la décoction de la palpe da tamarin, de limonades. Une nourriture végétale est préférable à une alimentation trop substantielle; le lait est la boisson la plus convenable.

Sous rinfluence d'uDO chaleur humide, au contraire, le sang devient trop liquide, trop aqueux; les viscères fonctionnent mai , Tappétit diminue, une soif très- vive et qui ne répond pas à un besoin réel de Téconomie, doit être contenue. Les excitants , les toniques sont nécessaires; la digestion ne s'opère qu'artificiellement par le secours du piment rouge ou de l'assa-fœtida ; comme j'aurai l'occasion de le dire en traitant un autre sujet, l'abus des liqueurs fortes n'a que peu d'inconvénients et semble même quelquefois être un antidote puissant des miasmes, à l'action desquels on ne doit du reste jamais s'exposer à jeun.

Les purgatifs , les émétiques, les drastiques n'agissent plus qu'à des doses très-élevées et quelquefois même échouent complètement; l'atonie est générale, la fatigue, la démoralisation s'emparent du corps et de l'àme; l'empâtement des viscères abdominaux, les maladies du foie, résultat d'une sécrétion trop abondante , sont souvent la causé de ce dégoût et de cette tristesse.

La fatigue, l'ennui amènent le scorbut, pour peu que déjà le sang soit apauvri ou menacé de décomposition. L'humidité de l'air, l'usage de certaines eaux peut aussi lui donner naissance; c'est ainsi que l'eau faite à Aden est, pour les navires qui fréquentent ces parages, une cause assois ordinaire d'épidémies scorbutiques. Je cite cette eau parce qu'elle difiGère peu

90 CLIMATS AFBIGA1N6

de la plupart de celles que Ton rencontre en Afrique, sur les limites du Soudan ou aux aiguades du désert.

L'effet des variations brusques de la température est ressenti plus particulièrement dans les pays chauds par les organes digestifs que par ceux de la respira* tion. La diarrhée et la dyssenterie en résultent et se développent d'autant plus facilement que le sujet est plus affaibli y que son régime habituel est plus misérable ; aussi voyons-nous ces maladies exercer de bien plus grands ravages en Egypte sur les fellahs, qui se nourrissent de concombres , de courges, d'oignons crus, de dattes vertes, que sur les immigrants turcs ou européens , dont l'alimentation est toujours plus substantielle et plus saine, qui portent des vêtements de laine ou de drap et dorment dans des maisons bien closes.

En thèse générale , les Européens du Nord ne doivent pas se hasarder dans le Soudan , non plus que les habitants des contrées fiévreuses , dont la consti* tution se trouve déjà altérée par l'action des miasmes ni que les gens dont le foie , l'estomac ou les intestins sont déjà le siège de quelque dérangement.

Ceux même qui ne sauraient être rattachés à aucune de ces catégories ne pourront, dans le Soudan, conserver leur santé et leur vie qu'en observant les règles d'une hygiène sévère et qui , comme je l'ai dit, doit varier avec les saisons. Ils feront bien d'ailleurs, lorsqu'ils éprouveront du malaise, de changer de climat et dès qu'ils seront malades ils devront préférer à la médication usitée en Europe, celle tout empirique du reste que les habitudes locales consacrent et

SOLDAI. 9J

qui est basée sur une expérience que Toq ne doit pas dédaigner.

An point de vue thérapeutique, la flore du Soudan possède surtout des astringents , des excitants , des toniques amers , des emménagogues et quelques antispasmodiques; elle est donc heureusement appro* priée à un climat à la fois chaud et humide pendant rhivernage, très-variable et toujours sec pendant l'autre saison.

Les fièvres intermittentes qui dégénèrent assez facilement en fièvres pernicieuses dont les accès tendent à se rapprocher et à se confondre, peuvent être arrêtées à leur début par des substances que leur amertume, leur tonicité, leur astringence rapprochent beaucoup du quinquina.

Le gorad et la pulpe astringente du fruit de Tadansonia sont d'une bien plus grande efficacité contre la dyssenterie.

L'ophthalmie et généralement toutes les maladies inflammatoires de l'œil se guérissent de même avec la pulpe broyée et délayée du fruit de l'adansonia.

J'observerai que l'ophtlialmie , si commune en Egypte, est rare dans le Soudan , où toutes les causes auxquelles on l'attribue atteignent cependant leur plus haut degré : éclat de la lumière, réverbération du sol, transport du sable par le vent, inondation des terres basses y mouvement des insectes etc., etc.

L'emploi du henné à l'extérieur arrête les dangereuses conséquences d'une insolation, même trèsforte, accident qui en Afrique est toujours à redouter.

On connaît les propriétésanthelmintiques dukousso.

appelé dans le Soudan chao; enfin , les Nabiens empruntent au règne minéral un spécifique précieux des maladies syphilitiques, la tereba, terre grisâtre recueillie en Nubie , imprégnée peut-être de sels de mer* cure. On l'administre aux malades d'une manière assez remarquable ; pendant trois jours on les met à la diète et on les gorge de tereba ; pendant trois autres jours on en suspend Tusage, qu*on reprend et abandonne de nouveau par périodes de trois jours. On assure dans le Soudan que les afiections les plus invétérées ne résistent pas à neuf jours de ce traite^ ment. J'ai malheureusement été témoin du contraire et je crois de plus que peu de constitutions supportent bien ce remède héroïque , qui, à ma connais*^ sance , a tué un esclave j dont à vrai dire la guérison était devenue impossible et n'aurait pas dû être tentée.

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