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en efiet sans se préoccuper du pea d'atteniion qui lui était accordée ; il nous raconta l'histoire de sa mère, celle de sa femme, puis aborda celle d'un de ses voisins , nous expliqua sa généalogie » effaçant toujours après la cinquième marque , et en traçant toujours une nouvelle à chaque nom qu'il prononçait ou à chaque événement auquel il faisait allusion. Enfin, après une heure environ de digressions semblables , nous comprimes que son voisin lui avait emprunté 30 piastres et ne se montrait pas disposé à les lui rendre. Va le chercher, lui dit le cachef, amène-le ici et je terminerai l'affaire, La patience du cachef m' étonnait. Lorsque l'Arabe fut sorti , je lui en fis l'observation. Si je l'avais brusqué, me répondit-il, il s'en serait allé renonçant à son argent'et aurait dit partout que je re« fusais de lui rendre justice. Le voisin arriva bientôt; il ne nous entretint pas moins longuement que la partie adverse , tous ses ancêtres y passèrent , et s'il avait connu mieux l'histoire, il est à croire qu'il n'eût pas oublié le déluge. Il termina enfin en convenant de sa dette, la paya sur-le-champ, et les plaideurs se retirèrent.
Le chef d'une tribu ou celui d'une peuplade senna* raise, tient quelquefois ses séances royales; il est assis sur un angareb, ses esclaves gardent, à quelques pas derrière lui , deux chevaux sellés pour les éventualités d'une surprise , non qu'elle soit en général à redouter, mais parce que la tradition veut qu'on se tienne toujours prêt à combattre. Les Arabes arrivent peu à peu , tous s'approchent de Tangareb du chef qu'ils saluent de la main en criant : Mangtl Hababek?
PORTBAIT WS AlABES. |7i
OU Cheikh Hababek? roi ou chef^ sois le bienvena. Le chef les salue de la tète , ses sujets s'asseoient , s'ao* croupissent ou s^étendent sur le sable à quelque distance de lui; les uns fument , les autres boivent de la merissa , et les coupes circulent à la ronde. Le chef est souvent entouré d'esclaves qui le massent et le complimentent; bientôt il prend la parole , raconte ses exploits , comment il tuait les lions dans sa jeu* nesse, toutes ses prouesses à la guerre : l'imagination supplée au besoin à ses souvenirs; les auditeurs grognent de plaisir, le prince se rengorge, et cette comédie dore souvent une journée entière.
Dans le combat, les Arabes ne s'attaquent guère non plus sans décliner leurs noms : Je suis un tel, crient-ils à l'ennemi qu'ils menacent en brandissant leur lance; mon père s'appelait un tel, c'est moi qui suis le favori des jeunes filles (Akhon el Banat littéra* lement, leur frère). Qui veut tâter de ma lance! qui veut léguer un talion à ses enfants?
Les 'Arabes chantent beaucoup et ils chansonnent tout le monde ; le voyageur qu'ils conduisent fournit à leur verve de nombreux couplets ; ils louent sa générosité, sa bravoure, parlent de son tabac afin qu'il leur en donne, et raillent son cuisinier s'il leur refuse le libre accès des provisions. J'ai été moi-même l'objet d'un grand nombre de ces productions plus ou moins poétiques; mes guides célébraient, en trottant près de moi , toutes mes vertus, la beauté de mon harem, le nombre de mes troupeaux. Je riais quelquefois de ces improvisations bizarres; alors, avec la familiarité du Bédouin , mes guides venaient me dire : Nous t'a-
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vons bien chanté , ne serait-ce pas le moment de fumer une pipe? commande à ton tutundji qu'il nous donne un peu de tabac. Cétait alors le tour du tutundji f et les couplets m'apprenaient bientôt si sa générosité avait été à la hauteur des circonstances.
Tous les chefs ont leur chanson qu'on répète autour d'eux en expédition. Sellez le chameau du brave, du vaillant, de celui dont la taille a dix empans de hauteur (el àchari); quand on attaque c'est lui qui marche en avant , et quand on se retire , c'est lui qui se traîne en arrière.
Ces chants empruntent à la scène qui les environne une véritable poésie.
C'est ainsi que le soldat français fait retentir les routes algériennes de ses chansons joyeases ; elles lui rappellent les refrains de son enfance , le toit paternel , sa fiancée , sa dernière garnison :
Et la nuit qu'il passait gaîment Autour d*un bol en flamme ,
comme dit le matelot qui chante aussi sur le gaillard d'avant, et pendant les belles soirées des tropiques :
Ganta o eaminhante ledo , No caminho trabalhoso , Por entro o espesso arvoredo ; £ de noite o Temeroso Gantando refrea o medo.
Canta o preso docemente.
Os duros grilhoes tocando; Ganta o segador contente ; E 0 trabalhador cantando , ' 0 trabalho meuos sente.
POETRAIT DÏ8 ARABES. 275
Ces beaax vers sont de Camoeas, qui ne fut pas seulement un grand poëte, mais encore un hardi matelot et un valeureux soldat.
La physionomie de l'Arabe jouit d'une grande mobilité. Beaucoup de peuples des pays chauds, mais non pas tous comme on le croit trop généralement , présentent le même caractère. L'Italien et le Provençal nous offrent, en Europe, des exemples assez remarquables de cette disposition à exprimer toutes les pensées par les mouvements de la bouche et des yeux, à traduire toutes les paroles en gestes qui deviennent dès lors une sorte de langage de convention destiné à ajouter à. la clarté du langage parlé, à lui servir de confirmation et d'auxiliaire. Ce n*est en réalité qu'une langue de convention; il n'y a rien d'absolument vrai, d'immédiatement intelligible dans les signes qu'elle emploie. L'habitude les consacre comme les mots du discours; on pourrait quelquefois, à priori et sans le secours des paroles auxquelles ces signes servent de complément , saisir le sens de quelquesuns d'entre eux ; bien plus fréquemment cependant on serait induit en erreur, on le serait surtout chaque fois qu'il s'agirait d'autre chose que des actes les plus habituels de la vie. Ce qui montre d'ailleurs combien le choix de ces signes est arbitraire, c'est qu'ils ne sont pas les mêmes chez tous les peuples, et pour n'en citer qu'un exemple vulgaire, les formes de la politesse diffèrent entièrement d'une contrée à l'autre.
La traduction des sentiments mômes de l'âme par les mouvements des yeux , de la bouche et du reste du visage I présente au contraire une facile interpré-
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tation ; mais cette ioterprétatioD » tout en permettant de comprendre une impression générale et vague, ne met pas à même de reconnaître et d'analyser tous les détails de la pensée.
C'est ainsi que la figure humaine peut exprimer l'étonnementy l'admiration» Tamour, la crainte , la haine ) la colère, la joie ou le chagrin ; les peintres et les statuaires, qui en observent minutieusement toutes les altérations, retirent de cette étude de grandes ressources pour leurs travaux. C'est au moyen de l'expression qu'ils parviennent à donner à leurs marbres ou à leurs toiles cette chaleur, ce mouvement, cette vie, cette éloquence, dont les artistes byzantins avaient perdu le secret.
Je n'ai donc pas besoin d'expliquer le jeu de la physionomie humaine ; quiconque a vu dans la chapelle sixtine le chef-d'œuvre de Michel -Ange en sait aussi long que moi à cet égard. Je ne m'occuperai ici que des signes qui, nécessitant l'emploi isolé des mains, ou en combinant l'action avec les mouvements du visage, expriment, en outre des sentiments de l'âme, un grand nombre d'idées de tout genre, de toute nature, et sont de véritables gestes.
Je ferai connaître ici quelques-uns de ces gestes, afin de donner une idée générale du langage mimique des Arabes. On pourrait en faire un dictionnaire fort long; mais un pareil travail serait aussi fastidieux qu'inutile, et si je me permets d'en présenter un spécimen de quelques lignes, c'est qu'il me semble que ce sujet n'a encore été traité par aucun de ceux qui ont écrit sur les Arabes.
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Je dirai donc que chez les Arabes da Soudan :
1. L'action de manger s'exprime eu portant la main droite un peu en avant du milieu du corps , en en rapprochant les doigts et le pouce, et en ramenant cette main à la bouche par un mouvement direct de Tavant'bras , sur lequel on a soin de ne pas la replier , le bras et le coude restant immobiles.
2. L'action de boire , en portant le pouce ouvert de la main droite à la bouche et appuyant Tongle de ce pouce aux incisives de la mâchoire inférieure.
3. L'action de dormir , en portant la paume de la main droite bien ouverte contre Toreille droite et en penchant un peu la tête de ce côté.
4. L'action de monter à cheval, en mettant la main droite à cheval sur la main gauche.
5. L'action de trancher une tête, en passant rapidement le dos de la main droite sons le cou , d'arrière en avant.
6. L'action de fustiger , en secouant devant soi la main droite ouverte.
7. Uaction de frapper de la lance ou de l'épée, en imitant ces actions , comme si l'on avait une lance ou une épée à la main.
8. L'action de payer de l'argent, en faisant glisser rindex de la main droite sur le pouce de cette main , en frappant en même temps avec l'ongle du pouce la paume de la main gauche.
9. L'action de voir et celle d'entendre , en portant rindex au-dessous de l'œil ou vers la conque de l'oreille.