LIVRE TROISIÈME
PORTRAIT DES ARAiE8.
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On a distingué dans la population africaine deux éléments principaux : l'un aborigène, Tautre introduit postérieurement par l'immigration oula conquête.
Quels sont les peuples que nous qualifierons d'aborigènes , et quelle signification donnerons-nous à ce titre? Telle est la première question à laquelle il me faut répondre.
Je ne sais , en vérité , s*il y a quelque part des aborigènes ; l'hiunanité est trop ancienne sur la terre et l'histoire de ses premiers pas est trop peu connue pour qu'on puisse afiirmer qu'un seul peuple occupe encore , de nos jours , la partie du monde qui fiit le
théâtre de sa création. Certaines races, cependant, caractérisent certains continents , on ne les troave que là ; tels sept les Australiens , chétifs, velus , stupides; les nègres du Soudan équatorial , aux cheveux crépus, au museau proéminent, aux membres grêles. Nous pouvons donc, jusqu'à preuve du contraire, les regarder comme réellement aborigènes.
Mais nous aurions tort d'étendre cette appellation à des peuples dont le type est moins marqué. Il ne suffit pas que la trace de leur origine nous échappe pour que nous admettions qu'ils ont toujours habité les mêmes lieux.
Pour moi donc , il n'y a d'aborigènes en Afrique que les noirs. Je les divise en deux classes que j'examinerai successivement , à savoir :
Les noirs éducables , presque tous musulmans ; ils vivent au nord du 10* degré de latitude.
Les noirs grossiers , les véritables nègres , presque tous idolâtres ou fétichistes ; ils vivent au sud du 1 0* degré de latitude.
Parmi les autres habitants de l'Afrique septentrionale , je distinguerai encore ceux dont l'origine est inconnue et ceux dont l'apparition plus récente est du domaine de l'histoire :
Les premiers sont les peuples berbères;
Les seconds , diverses fractions du peuple arabe.
Je laisse de côté les races presque éteintes ou peu nombreuses, qui se distinguent encore par leurs mœurs et leur théorie religieuse , de celles dont elles subissent la prépondérance.
Tels seraient les Coptes d'Egypte, les Juifs, laissés
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dans le même pays par Moïse et qu'on y qualifie de Faraouni (partisans de Pharaon). Les Grecs ^ établis sur les rives du Nil avant la conquête musulmane, les Ghadjar , appelés en Europe Bohémiens , Tsiganes , Zingari, Gitanes, Gypsies, et dont Torigine est évidemment indienne.
On appelle en Egypte les Nubiens Berberi (pluriel Barabra).
En Algérie , on appelle Berbers une race différente de la race arabe et qui parle une autre langue.
La similitude de leur nom ne suffit pas à démontrer que œs peuples soient sortis d'une même souche ; bien mieux , si le nom de Berber est celui qu'on leur impose; s'ils se sont accoutumé à l'entendre et même à le répéter , ce n'est pourtant pas celui qu'ils se donnent à eux-mêmes. Les Nubiens s'appellent Eennous et Nouba [Nobaîœ) ; les Égyptiens les ap- {)ellent Berberi (natifs de Berber), parce que leur capitale porte ce dernier nom, et quant aux Berbers d'Algérie ils s'appellent Ghilouhh ou Amazigh , c'està-dire hommes libres.
Dans le second cas, le mot de berber pourrait bien n'être qu'un emprunt fait au langage de l'an» tiquité. Les Égyptiens qualifiaient de barbares ceux qui ne parlaient pas leur langue , les Grecs adoptèrent cette expression et les Romains en firent également usage par la suite.
L'élude comparée des langues parlées en Afrique pourra seule jeter quelque lumière sur les questions ethnographiques; c'est ifinsi que déjà les travaux de Yenture de Paradis et de M. Delaporte nous ont fait
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connattre la langae des populations de TÂtias, et celle des familles berbères qui occupeot une partie de Tempire du Maroc et que la conformité assez grande de leurs vocabulaires a fait rapprocher les Touaregs des Âmazigh^ D'après trois ou quatre mots, seuls débris arrivés jusqu'à nous de la langue des Guan* ches et qui nous ont été conservés par un auteur espagnol, on a lieu de supposer que le peuple des Canaries, peut-être celui de l'Atlantide, appartenait à la même famille.
Des doutes se sont élevés enfin sur l'origine arabe des Zénaga du Sénégal , tribu qui a donné son nom aa fleuve et qui peut-être en a jadis gagné les bords poar échapper aux envahisseurs des premiers siècles de l'hégire ; ce n'est toutefois là qu'une hypothèse récente et à laquelle il ne faut pas accorder trop de confiance.
La langue parlée dans les oasis de Siwah et d'Andjela se rapproche beaucoup de celle des Berbera d'Algérie; peut-être cependant cela ue doit-il être attribué qu'à des relations fréquentes avec ce peuple ou les Touaregs.
La langue des Tibous a besoin d'être mieux étudiée pour fournir la preuve d'une parenté entre ce peujrie et les Berbers.
La langue parlée à Dongola j celle des Nouba da Cordofan , diffèrent entièrement de l'Amazigh.
La langue des pasteurs Bychara est mal connue. La plupart des auteurs attribuent aux Bychara l'usage de la langue nubienne ; ils la savent tous, mais il reste à savoir s'ils n'en parlent pas une antre lorsqu'ils sont entre eux.
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Ghehad-ed-din, de son côté, raconte qu'a Fépoque de la conquête de rÉgypte, par Amroii, des nomades Nubiens (probablement les Bycbara) envoyé* rent aux vainqueurs des députés et qu'on apprit d'eux qu'ils se disaient fils deMazig, interprétation fautive peut-être du mot Amazigh.
Yater dit que leur langue ressemble à celle des Hadareb de Soaken.
Le mot Bycbara , -du reste, parait emprunté à la langue arabe. En arabe , bachara signifie : il a an* nonce, prophétisé, évangélisé.
Le mot bêcher signifie eqcore homme.
C'est ainsi qu'Adam est surnommé Abou-el*Becher^ le père des hommes.
11 en est de même du nom de quelques subdivisions bychariennes; ceux d'Amer, d'Omran, etc., sont des noms arabes.
Je ne parlerai pas de la manière de vivre des Bycbara , car si elle diflEère de celle des Nubiens , la manière de vivre des Touaregs ne diifère pas moins de celle des Kabyles; mais les relations établies depuis la plus haute antiquité entre l'Yémen, l'Abyssinie et la côte de Soaken, les continuelles migrations des peuples de la péninsule en Afrique permettraient de croire qu*à une époque trèsreculée, les Bycbara, suivant la même route, ont passé de THadramaout dans le Belad-et-Taka , qu'ils habitent aujourd'hui. Nous verrons tout à l'heure des exemples plus récents et assez nombreux de ces migrations , que la mer Rouge n'arrête pas mieux de ce côté qu'elle n'a arrêté plus au nord la retraite du
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peuple Israélite fuyant la aervitttde dea pharaons.
Les Bychara ont d'ailleurs les mômes mœurs et les mômes usages que les pasteurs arabes , plus ré* cemment établis dans le Sennar et le Cordofan. Une môme vie nomade , dans les mômes solitudes, devait sans doute amener ce résultat; mais ici la similitude est telle qu'on ne peut apprendre qu'en interrogeant ses guides si les campements que Ton traverse sont habités par les Bychara ou par les^nfants d'Abou-Zett.
Quoi qu'il en soit de cette question , si Ton en ex* cepte quelques Berbères, perdus au milieu des populations arabes du Maroc et de l'Algérie , et les habitants d'un petit nombre d*oasis , les peuples dont nous venons de parler sont pasteurs et occupent presque toute l'étendue de cette zone privée de pluies , aride , déserte, sablonneuse ou pierreuse , dont j'ai eu déjà occasion de parler.
Ce sont, entre nos possessions, le Fezasan et Temboctou , les Touareg , peuple plein d'énergie et d'aud^oe , adonné à la guerre et au brigandage. Entre le Fezzan , les oasis d'Au^jela, Dakhiieh Khardjeh et la région occupée au nord du Waday et du Darfour par des pasteurs arabes ; les Tibous , race plus bronzée que les Touareg ou même entièrement noire, peu intelligente, peu guerrière, très-misérable et en conséquence, d après l'usage du désert, très-adonnée au vol.
A l'est , enfin , du Nil , entre ce fleuve et la mer Rouge, entre le territoire des Ababdéh et l'Abyssinie, les Bychara. Je tracerai le portrait de ces derniers en par^ lant des Arabes du Soudan y dont ils ne diffèrent en rien.
Les Touareg, les Tibous, occupant la zone aride
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presque tout entière y séparent l'une de l'autre deux fractions de la race arabe ; deux grands systèmes de migration parfaitement distincts : an nord de la ré* gîon qu'ils occupent, s'étendent de TOcéan atlantique au golfe de Suez ^ les pasteurs arabes dont les ancêtres , soldats des premiers khalifes , furent conduits là par Tenthousiasme religieux et guerrier qui signala le premier siècle de Thégire ; tandis qu'au sud de cette même r^on s'échelonnent sur les frontières septentrionales des grands États musulmans, depuis les rives du Sénégal jusqu'à celles du Nil bleu , d'autres Arabes, qui se distinguent eux-mêmes des premiers par la qualification générique d'Arab-abou-Zett.
D'après la tradition universellement admise dans les pays que j'ai parcourus , à une époque postérieure à l'islamisme, et tandis peut-être qu'Amour s'emparait d'Alexandrie, une ou plusieurs tribus quittèrent l'Yémen sous la conduite d'Abou-Zett (le héros de cette histoire merveilleuse , qui fait , avec celles d'Antar et d'Abou-Seif, les délices des Orientaux); ayant traversé la mer Rouge en un point inconnu , probablement au Bab-el-Mandeb , et suivi une route dont la trace semble être perdue, ils arrivèrent sur les bords du fleuve Blanc ; les eaux de ce fleuve étaient basses, ils le passèrent à un gué qui porte encore le nom de gué d'Abou-Zett (Maadiat-Abou-Zett) (1).
(i) On rappelle aussi gué de la Chèvre^ parce que, dit-on, Abou-Zettf tirant par Torellle une de ses chèvres, le passa le premier, afin d'entraîner par l'exemple les hommes et les animaux qui le suivaient*
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C'est de là qu'ils se répandirent dans tout le Soudan. Les Arabes du Sénégal , du Bomon , du Waday , du Darfour , les Oulad-Rachid et les Salamat, les Rezegat et lesBeni-Elba, les Ghouàa, les Oulad-Omar et les TrarzaSy par exemple, n'auraient pas d'autre origine.
Enfin , ceux d'entre les compagnons d'Abou-Zett qui s'établirent dans le Gordofan , ont formé les tribus suivantes :
Les Kubabich (singulier Kubbachi) , littéralement les pasteurs de moutons; c'est la tribu la plus importante du Gordofan. Elle comprend plus de vingt fer« kah, dont la plus considérable, enNourab, a pour cheikh actuel Fadharalla-Ouad (Oulad) Salem , qui commande à toute la tribu (1).
Les Kubabich occupent tout le pays situé entre Dongolah et Lobéid ; ils conduisent les caravanes et louent leurs chameaux aux Gellabs, pour le transport de l'ivoire , du tamarin , et surtout de la gomme.
Ils paissent des chameaux, des moutons ordinaires et des medjigri ou moutons à poil du Fezzan, et deux espèces de chèvres.
Les Hassanié, qui sont très- pauvres ; ils campent au sud de Khartoum ainsi que les Hussénié.
Les Béni-Djerar (2) , tribu puissante , dont la plus
(i) Ce sont les Nourab-a-Tor-el-Khadrâ, les Ghalayan, les Ataouia, les Kebeychab, les Barara, les Gheiat, les Amer, les Oalad-Oqba, les Oulad- Matto, les Surac^ab, les Chenabla, les Fazala, les Raou&li, les Sawalma, les Ghaasaia, les Uedooca, les Refaia, lesDebidioa, lesOulad-AbroufetlesAourab, dont quelques-uns sont cultivateurs.
(2) Ferkahs. Les Ijelli , cheikh Nibawi , qui commande à toute
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grande partie habite ie Darfour. lis sont guerriers et pillards; on a sans cesse à redouter leurs incursions sur les terres des Kubabich , avec lesquels ils sont en guerre.
Les Hababin (1), dlliés des Béni-Djerar, et non moins redoutables qu'eux.
Les Djewama.
LesMedjanin, les Oula-Bahar, les Bidja, sur la frontière du Darfour.
Les Baggara (de bagar, bœuf) , (littéralement les bouviers). Ils sont très-nombreux, ont peu de chameaux, et emploient les bœufs pour tous leurs transports.
Les Ouad-Lechta , immense tribu qui erre dans le Fazogl. Quelques Arabes du Fazogl passent pour adorer le démon ; on les qualifie de Yezidis , appellation empruntée à la Syrie.
Les Ouad*Âbou-Djin , qui peut-être appartiennent à une autre souche que les Ouad-Abou-Zett. Ils for* ment douze tribus et quarante ferka.
Tous les Arabes du Cordofan ne se prétendent du reste pas enfants d'Abon-Zett et de ses compagnons ; les Sedarat sont récemment établis dans le Soudan ; les Chaykiés qui fournissent au gouvernement égyptien des soldats irréguliers , assez braves , n'ont quitté
la tribu» Ouad-Khalifah, Hussein, Hamed» Kourina, Oulad- Gaiout, Habib , Omara , Moussa-el-DjenaDa, Ahmed-Oulad-Man- Boar, MoQssa-IbnjyeUi.
(1) Gheikh-el-Kebir» ToumsA-ed-Dombadda. Le plus célèbre aguid ou chef de bande, Djouaroat-ed*Puinbadda, appartiept i cette triba.
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que depuis trois cents ans la péniosule arabique et les eiiviroQS de la Mecque i ce sont leurs brigandages qui les ej\ ont fait expulser. Le mot de Ghaykiés a une acception peu flatteuse ; c'est un surnom qu'ils auront re^u de leurs ennemis et gardé, en s'en glorifiant peut-être comme les gueux de Hollande.
C'est ainsi que les Hawari d'Egypte viennent du Gharb et , à ce que je crois, de Tunis , où ils avaient formé un premier établissement , et il n'est pas dou^ teux que les migrations perpétuelles des Arabes , le mélange qui en résulte, ne puissent induire à chaque iustant en erreur celui qui cherche à retracer leur his* (oire. Une même tribu peut avoir passé successive* ment de l'Yémen en Syrie, de Syrie au Maroc, du Maroo au Bomou , du Bornou en Egypte. La moindre querelle de voisinage suffit à déterminer une de ces migrations. La terre ne s'étend-elle pas tout entière devant nous , dit Abraham à Lot; marche à gauche , je marcherai à droite, ou , si tu prends la droite, je prendrai la gauche (Genèse, XIII , 9).
Ce que j'ai dit plus haut de la division des Arabes d'Afrique en compagnons d'Amr-Ibn-As et compagnons d'Abou-Zett , ne doit donc pas être pris dans on sens trop absolu. Le principe est généralement vrai , mais les migrations partielles le mettent souvent en défaut, et cette cause d'erreur doit être appréciée avec soin.
La langue des pasteurs du Soudan est l'arabe, c^est leur langue maternelle, l'indice le plus clair et le plus sûr étendard de leur nationalité. Cette belle langue qui, en Syrie, en Egypte, dans le Gharb, se perd en
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un nombre infini de dialeotes e| de patois plus vicieux, plus corrompus Tun que Taulre, VarabOi mélaqgé, partout OÙ il y a des villes, de mots berbères, turcs, grecs , italiens , ou même français , n'est conservé dans toute sa pureté que par ces hordes misérables de pasteurs qui , manquant de littérature et déauées de toute relation avec les peuples étrangers , ignorent égale<ment un néologisme barbare et des emprunts presque toiqours inutiles.
Une multitude de mots berbères, turcs et français ont été ajoutés par les Algériens à leur vocabulaire ; ils ont de plus adopté des tournures de phrase particulières, compliqué leur conjugaison d'affîxes inutiles, oublié toutes les règles grammaticales, changé l'orthographe de beaucoup de mots , et interveiti dans bon nombre d'autres Tordre des lettres radicales.
Les Égyptiens n'ont pas été si loin , leur langue en elle^môme est un peu plus correcte; leur prononcia* tien , qui n'est pas très-bonne , a néanmoins sur celle du Gharb une grande supériorité; la prononciation algérienne est rauque, gutturale , précipitée : celle des Egyptiens est au contraire douce, harmonieuse et un peu traînante.
Les Syriens prononcent assez exactement l'arabe , mais voisins de l'Anatolie , d'origine grecque ou syriaque pour la plupart, sans cesse en relation avec des chrétiens indigènes auxquels les sources de la laugue arabe sont fermées , leur langue a dû s'accroître d'une foule de mots étrangers, et principalement de mots turcs qui , par la généralité de leur em« pioi , ont fait oublier un nombre égal de mots arabes.
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G^estaÎDsiqueronditàDamasittltm, s^^tttn, tonra, etc. , bien que les mots arabes ne manquent assurément pas pour exprimer des idées aussi simples.
Seuls I les nomades ont conservé jusqu'à ce jour, sinon toutes les règles grammaticales observées dans le Coran , du moins une partie notable d'entre elles ; seuls ils n'ont point adopté de moto étrangers : peutêtre est-ce Tunique raison de la richesse de leur vocabulaire national. Ils font usage en effet d^m nombre considérable de mots arabes qu'on ne comprend plus dans les villes et qu'on ne retrouve guère que dans le Coran ou les anciens poètes , et il m'est arrivé bien souvent d'entendre dans le désert des phrases dont la pureté, l'élégance, le nombre, me rappelaient qudqneè versets du Livre sacré.
Dans les villes où l'arabe passe pour être prononcé le mieux, si toutefois l'on en excepte une portion de l'Arabie, on confond plusieurs lettres, les lettres emphatiques surtout, avec d'autres dont l'articulation semble plus facile.
Les nomades du Hedjaz, qui prononcent mieux encore que tous les autres , donnent à ceè lettres leur véritable valeur : le ié marqué de trois points est un &, le dzal un A , le tka un 0 emphatique , le zha un A emphatique , le ssad et le dhad une s et un c/ emphatiques, le djim reprend aussi parmi eux sa véritable valeur, qui est celle d'un /précédé d'un Z); en Egypte, on en fait un G dur, et à Tunis un /; le qafy prononcé en Egypte comme le Cdur l'est en Toscane, c'est-à-dire comme une légère aspiration gutturale, redevient, parmi les nomades de THedjaz , un K guttural ; les
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lettres khe et ghain y exagérées dans presque tous les pays arabes y sans se rapprocher dans leur bouche du X et du r grec, qui sont en réalité des lettres un peu différentes, deviennent cependant assez douces, le khe est alors semblable à la jota espagnole dans le mot majo; devant un t comme dans le mot mejicoj celte même joia se rapproche plutôt du X grec. Ces deux exemples me paraissent très-propres à faire apprécier la différence qui existe entre le khe arabe et le X grec (1).
A propos de Falphabet espagnol , je ferai remarquer en passant qu'il a conservé le @ arabe que le Z et chai^ d*y représenter, et que nous retrouvons dans les mots cadizj riqueza.
Cest le (h anglais dans le mot Mng; le même (h dans l'article ihe n'est autre que le dzal arabe et le à grec.
Cette prononciation des Bédouins de la péninsule est du reste, comme on le sait , celle sur laquelle la
(1) Je remarque en passant que cette lettre appelée khe par les Arabes existe non-seulement dans tontes les langiies sémitiques, mais encore dans quelques langues slaves, dans le celtique, rirlandais, et ce qui est bien plus important, dans la plupart des langues sanscrites : le persan, Tindoustani, la possèdent ainsi que le tsigane. Le grec Tarait légèrement affldblle, le latin Ta perdue , et les langues formées de ses débris telles que le français , le portugais , Titalien , ne possèdent pas cette lettre, Tespagnol ne la doit lui-même qu'aux Arabes. Les langues germaniques, d'un autre c(^té, dont Torigine sanscrite est mieux in^quée encore, ont le khe, et généralement même ^i font une lettre très-dure; les Hollandais, les Écossais, les habitants de la Suisse aUemande en exagèrent singulièrement la prononciation , tandis que dans certaines parties de TAllemagne septentrionale , on en fait un yérltable x grect
a6d UEI AEAgU.
tradition veut qu'on 86 base ponr la lectare et la réci* tation du Coran : les eulémas d'Egypte , de Syrie , du Gharby Tacquièrent facilement ; les ulémas turcs Taxagèrent presque toujours sans Tatteindre , la lettre mn est surtout recueil sur lequel viennent se briser les efforts de leur gosier rebelle.
L'alphabet turc possède la figure de cette lettre, mais non sa véritable articulation. Notre alphabet est encore bien plus pauvre, 0, A^ X et r lui font également défaut: je ne parle pas des consonnes ou voyelles simples que le français rend par deux lettres, telles que n espagnol , qu'il exprime par 9», ckin par cfc, 14 latin voyelle et tu anglais consonne ou voyelle extrêmement brève, qu'il rend également par ou , parce que bien que de telles conventions soient on ne peut plus vicieuses , elles fournissent néanmoins à la langue française les articulations qu'elles représentent ; mais il n'en est pas moins certain que le manque total des lettres dont j'ai parlé plus haut , non moins que l'absence d'une prosodie qui distingue nettement les syllabes en brèves et longues , sont les causes principales de la difficulté qu'éprouvent les Français à prononcer les langues étrangères d'une manière exacte, lis dé* figurent les mots arabes et rhapsodient le turc eCTita lien de la manière la plus déplorable.
L'étude de la langue russe nous fait voir d'autre part à quoi est due la supériorité incontestable qui distingue les Russes dans la prononciation des langues de l'Europe et de l'Asie.
La prononciation des Arabes du Soudan y sans atteindre la même perfection que celle des Coreycbi-
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tes, 681 cependant très-supérieure à celle des Égyptiens. J'ai même remarqué souvent qu'ils ne faisaient de fautes réelles que lorsqu'ils parlaient à des étrangers , à des Turcs , par exemple , et je crois que le désir de se faire comprendre par des gens habitués au langage bâtard des villes , est le seul motif de leur conduite à cet égard.
Leur manière de s'exprimer est aussi beaucoup plus grammaticale; ils n'emploient pas cet aRixe oiseux chey , qui joue un si grand rôle en Egypte, en Syrie , dans le Gharb.
Un fait assez remarquable est que les noms d'à* gent qui 9 d'après la grammaire, doivent former régulièrement leur pluriel par l'addition de la terminaison in, sont considérés dans le Soudan à cause du redoublement de la lettre du milieu comme des noms quadrilitèreSy et forment leur pluriel de la même manière que ces derniers.
Ainsi I le mot khaddam fera au pluriel non pas khaddamin , mais bien khadadim ; il est assimilé aux mots sandouk, meçmar, etc., qui font sanadik, maçamir. La formation des pluriels rompus présente aussi quelques particularités; du reste, l'on sait qu'il est des mots arabes susceptibles d'admettre deux ou trois pluriels différents; on ne peut donc pas, en général , considérer ces dissidences comme des fautes contre la grammaire.
On retrouve aussi dans le Soudan un grand nombre de mots dont la légitime origine arabe ne saurait être contestée, mais qui partout ailleurs que là n'ont jamais été employés, ou sont tombés en
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ilésuétode, et ne seraient compris que des savants.
La langue arabe, en effet, est d'une extrême richesse; non-seulement elle possède des mots pour exprimer tontes les idées les plus abstraites , mais encore elle fournit, pour les objets les plus communs, un grand nombre d'appellations diverses. Il y a , par exemple, plus de vingt noms pour le chameau ou pour le cheval. On comprendra dès lors facilement que pour peu que les diverses fractions de ce peuple arabe, éparpillé sur la moitié de l'Afrique et le quart de l'Asie , n'aient pas consacré par un usage habituel les mêmes ap{)ellation8 , il leur sera difficile de se comprendre les unes les antres, bien qu'elles parlent toutes l'arabe, et que les mots dont elles se servent soient également inattaquables.
Les Arabes sont comme tous les pasteurs, ils passent leur journée à réQéchir en paissant ou surveillant leurs troupeaux ; et dès que le soir les ramène auprès de leurs tentes, ils commencent ces interminables conversations , ces longs récits qui lear font oublier presque entièrement le sommeil. L'oisiveté, la rêverie , l'observation continuelle de la nature et les réflexions qu^elle fait nattre , élèvent leur intelligence : Les causeries du soir^ le désir d'y briller leur doniTent une facilité d'élocution , uno vivacité de répartie , une chaleur dans le discours qu'on ne retrouve pas au même degré chez d'autres peuples ; leur langage est singulièrement expressif, ils possèdent des locutions d'une rare énergie, ils ont cette éloquence naïve des héros du vieil Homère, et bien que très-bavards en
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général , iifl trouvent souvent le moyen de dire beaucoup de choses en très- peu de mots.
Pendant les guerres d*Ibrahim«Pacha en Arabie» quelques soldats amenèrent à ce général un Arabe qu'ils venaient de faire prisonnier aux. avant-postes ; TArabe craignait quMbrahim-Pacha ne lui fit trancher la tête, et à peine se trouva4*il près de lui, qu'il s'écria : Je suis à ta merci , ne rends pas mes enfants orphelins (la tyotim oueladi). Un autre aurait parlé longuement et fait beaucoup de phrases pour demander qu'on le laissât vivre; l'Arabe, en deux mots et sans parler de sa tête, avait trouvé le moyen de faire entendre qu'il avait des enfants et que sa mort les plongerait dans la misère en les réduisant au désesp<Mr.
Ils ne sont malheureusement pas toujours aussi concis. Je me trouvais un jour dans le Gordofan chez un cachef (capitaine-commandant de district); un Arabe se présenta , et après nous avoir salués, s'assit sur le sable en face du cachef : Je m'appelle, lui ditil , Hassan , et l'on m'a surnommé l'ami des filles (en disant ces mots , l'Arabe faisait avec le doigt deux marques sur le sable); mon père s'appelait Khaled (nouvelle marque), et mon grand-père s'appelait Salem (encore une marque) ; mon père avait épousé une fille do Cheikh Mohammed-Amin (cinquième marque, et l'Arabe les efface toutes les cinq); elle s'appelait Aîcha, (et l'Arabe de recommencer une nouvelle marque). Reprenons la conversation , me dit alors le cachef, il en a encore pour longtemps; nous saurons tout à l'heure où il veut en venir. Hassan continua