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L'abondance, en plaçant horizontalement la

PORTRAIT DES ARÀBB8. 2*77

paume de la main bien ouverte près de la bouche et soufflant dessus.

S3. La misère, en saisissant avec l'index et le pouce le haut de ses vêtements et les secouant en levant et agitant la tête.

Ce geste s'emploie encore pour témoigner de Tindifférence.

24. Le manque total d'argent ou de vivres, en faisant claquer l'ongle du pouce contre les incisives supérieures d'arrière en avant.

Ce geste signifie littéralement : rien. Il veut dire aussi : cela ne me fait rien , je n*en veux rien savoir. Il exprime quelquefois le mépris.

25. La force , la vigueur , la bravoure , en agitant la main de haut en bas en avant de la poitrine, les doigts fermés, le pouce seul ouvert et bien tendu.

26. La perfection, en agitant un peu la main, placée à la même distance de la poitrine, la paume tournée vers le ciel , les doigts réunis par leurs extrémités et s'appuyant au sommet du pouce.

27. La fin, la complète exécution d'un acte, en frappant avec la paume de la main droite sur la main gauche fermée au-dessus des plis de l'index et du pouce.

28. On atteste la divinité , ses ancêtres , soi-même en secouant sa barbe saisie entre le pouce et les deux premiers doigts ou en élevant vers le ciel les deux mains et les regards.

29. On implore la pitié , la faveur , Tintercession de quelqu'un en portant la main à la barbe de l'individu qu'on sollicite et en embrassantensuit^samain.

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30« On indique quelqaefois la qualité de masolman , en porlant les pouces des deux mains ouvertes au-deaèous et à toucher les oreilles ^ comme cela se pratique dans le tekbir iftitah, par lequel commencent toujours les prières, pu en relevant l'index de la main droite^ accompagnement obligé de la profession de foi.

Les gens du Soudan ont aussi l'habitude de faire claquer la langue sur le palais; ils font à chaque instant intervenir ce claquement de la langue dans leurs discours , c'est souvent toute leur réponse à une question qn*on vient de leur adresser. Cependant ce bruit est loin d'avoir une signification unique; on remploie pour dire oui et pour dire non , pour dire c'est trèsbien et c'est très-mal , c'est facile et c'est impossible, j'en suis sûr et je n'en sais rien. C'est qu'en effet, dès qu'on a acquis une certaine habitude de ce son , on distingue dans la manière dont il peut se produire des nuances assez nombreuses. Tantôt lent, tantôt rapide, tantôt grave , tantôt aigu , tantôt produit sur le côté , tantôt sur le milieu du palais , il fournit à une oreille exercée un grand nombre de modulations diverses, destinées à exprimer autant de phrases. Les Nubiens surtout excellent dans cet exercice et peut-être les Troglodytes ne répondirent-ils pas d'une manière plus catégorique aux questions de ces voyageurs de l'antiquité, qui leur prêtèrent si naïvement le gazouillement des oiseaux.

Dans sa manière d'accentuer et de prononcer les mots, l'Arabe trouve aussi le moyen d'en changer un peu la signification ou d'en augmenter la valeur; il

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fait soovent un superlatif en allongeant les syllabes qu'il prononce. Yeat-il par exemple dire qa'un lieu dont on lai parle est situé à une grande distance? il prononcera les mots hnak betdy qui veulent dire : là bas, dans le lointain, comme s'ils s'écrivaient hnaak beiiid; il exprimera de même une grande abondance en disant kUiir. On sait que le mot ktir veut dire beaucoup.

L'Arabe, adonné aux soins des troupeaux, passant sa vie à cheval ou à dromadaire, possède, comme tous les écuyers et comme tous les pasteurs , un langage particulier , formé de quelques mots ou plutôt de quelques sons brefs et rauques , qui indiquent à ses montures ou à ses troupeaux tout ce qu'il en exige.

Il a un cri pour activer la marche des chevaux, un autre pour arrêter leur élan , un autre pour les encourage, un autre pour leur promettre l'orge et le repos.

D'autres sons , plus gutturaux , transmettent à ses chameaux l'expression de sa volonté : lUiein^eu avant; rrrej arréte-toi ; khe khe^ agenouille-toi. Il chante pour animer leur marche , et la chanson produit d'autant plus d'effet, qu'ils savent d'avance que les coups de bâton lui servent de refrain. Il sait aussi faire déployer ses moutons et ses bœufs , les empêcher de s'écarter du chemin , les rappeler le soir.

Tous les Arabes du Soudan sont de la couleur des gens de Dongola, des Fezzanais, des Abyssiniens. A peine cuivrés au moment de leur naissance, leur exposition presque continuelle au soleil donne graduel-

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lemeût à lear peau tou|p6 les teintes comprises entre Tacajou et Tébène.

Cette coloration tient souvent, sans doute, à Tintroduction de l'élément noir, à des unions mixtes; mais il existe plusieurs familles, plusieurs tribus même qui, bien que pures de tout mélange, sont loin d'avoir conservé le teint jaunâtre des habitants de la péninsule. On doit donc reconnaître , avec M. Flourens, que la couche qui renferme la matière colorante de la peau (le pigmentum), peut, chez les Arabes, sous rinfluence de certaines circonstances climatériques , acquérir le même développement que chez les nègres.

Les traits des enfants d'Âbu«-Zett ont d'ailleurs cette finesse et cette distinction qu'on admire chez tous les Arabes: leur figure est d'un bel ovale, leurs yeux sontfendusenamande, leur nez est mince et bien formé, leurs oreilles sont petites , leurs lèvres fines et leurs dents blanches et bien rangées ; ils les nettoient fréquemment avec un petit bâton dont l'extrémité, fendue dans la direction de ses fibres en une multitude de filaments, forme une sorte de brosse à dent grossière {mistvak). La blancheur éclatante et la parfaite conservation de leurs dents est du reste attribuée par eux au peu d'usage qu'ils font du tabac, du café, et généralement aussi des aliments chauds.

La voix des Arabes est douce et suave et leur maintien est noble, mais leur trait le plus éminemment aristocratique, c'est la petitesse remarquable de leurs mains et de leurs pieds, et la cambrure élé-

gante du cou-de-pied ; ils sautillent un peu en marchant et effleurent à peine la terre. Nous posons le pied à plat; il semble souvent qu'ils se servent de leurs orteils comme d*un ressort dont Télasticité aiderait leur marche.

La beauté des femmes arabes du Soudan n'est pas moins remarquable que celle des hommes ; leur admirable pureté de formes , leur fière attitude ^ et la grâce naïve avec laquelle elles font les honneurs de la tente en feraient les plus adorables créatures du monde, si les soins domestiques auxquels elles se livrent leur permettaient d'être un peu plus propres : elles le sont cependant davantage que les femmes arabes de Syrie ou d'Algérie^ qui d'ailleurs sont loin d'avoir la même grâce et la même beauté.

La barbe des Bédouins est rude et clair-s^née^ elle s'épanouit d'ordinaire comme un éventail et se projette en avant; leurs cheveux, quMIs laissent croître comme ceux de leurs femmes , sont réunis en tresses {dafira)j dont le nombre et la disposition varient d'une tribu à l'autre. C'est ainsi que les Béni- Djerar en portent quatre j tandis que les^ Kubabich en ont de cinq à sept , et que les Baggara en ont un grand nombre de fort minces. Cet usage est du reste commun à la plupart des peuples barbares ; les Malgaches, et particulièrement les Sakalaves (1), tressent leurs cheveux par petites mèches, de la même feçon que les Baggara. Les Bychara du Taka et de Soakeu,

(i) Saka-Lava, en malgache, signifie littéralement cheveux longs ou eaa longue.

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qui ne les tressent pas, en forment trois touffes énormes, dont Tune domine la tête tandis que les deux autres bordent le visage. On sait enfin que les Arabes de la péninsule et ceux de Syrie ont rarement la tôte rasée et portent une longue et épaisse chevelure roulée sous le turban ou la koufieb. Les Bédouins dédaignent en cela y comme en bien d'autres choses, l'exemple et les recommandations du prophète, le jour même où Mohammed vraait de conclure avec les Mecquois le traité de paix, il s'écria : Que Dieu ait pitié de ceux qui ont la tête rasée ! Et pareillement, ô prophète de Dieu ! de ceux qui ont seulement les cheveux taillés, reprirent les siens. Mais il dit encore : Que Dieu ait pitié de ceux qui ont la tête rasée ! Et ils répétèrent leur demande et lui sa réponse trois fois, jusqu'à ce qu'enfin il ajouta : Dieu ait pitié aussi de ceux qui ont les cheveux taillés. (Âbou-el-Feda , traduction de M. Noël Desvergers.)

Les Arabes sont presque tous as^z maigres, mais leurs formes sont bien prises et leur corps n'est pas dépourvu de vigueur; leur agilité est surtout surprenante ; ils sont infatigables , ne transpirent presque jamais et sont très-peu sensibles à la chaleur ou au froid.

Je me rappelle un de mes guides qui , marchant à côté de moi par une température de 48 degrés, me demandait : Âs-tu chaud? — Oui^ lui répondis-je, un peu, et toi-même?-^ Moi, répondit-il en riant, comment veux-tu que j'aie chaud ou froid, faim ou soif? connais-je la fatigue ou le sommeil?

Le froid les impressionne cependant un peu plus vivement que le reste. Pendant le jsois de janvier la

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température s'abaisse souvent au lever du soleil à 4 degrés au-dessous de zéro, tandis qu'elle s'élève à 30 et 35 dans Taprès-midi. Une différence aussi considérable, qui atteint parfois 30 degrés en sept ou huit heures , ne peut manquer d'impressionner vivement des hommes qui , en voyage , dorment au gfrand air et n'ont pour se couvrir qu'une ou deux longues pièces de toile.

Ils se replient alors sur eux-mêmes , s'adossent à leurs chameaux ou s'étendeùt sur la cendre chaude, et quand arrive l'heure du départ , il n'est pas toujours facile de les faire lever.

Auprès d'un puits je ne manquais jamais de leur faire jeter un peu d'eau sur la figure ; la fraîcheur de l'eau produisait son effet et ils se levaient pour tout de bon.

Les Arabes ont besoin de très-peu de sommeil. En voyage, comme dans la tribu, dès qu'un bon feu est allumé, ils s'accroupissent presque à toucher la flamme et passent les trois quarts de la nuit à causer, à chanter, à raconter des histoires. Ils dorment rarement plus de trois heures et passent facilement plusieurs nuits sans prendre aucun repos.

J'ai passé à deux occasions trois nuits et deux ou trois jours à dromadaire , ne prenant chaque vingtquatre heures que la demi-heure de repos nécessaire pour donner aux animaux le grain dont ils avaient besoin. J'étais fatigué en arrivant au gîte et je dormais de bon cœur ; les Arabes étaient aussi frais qu'en partant et ne pensaient pas à se coucher.

La sobriété des Arabes est vraiment incroyable ; en

voyage , en expédition , à ia chasse , ils ne mangent et ne boivent jamais plus d'une fois dans les vingtquatre heures 9 une poignée de dat(es ou de farine, quelques gorgées d'eau suffisent à ce repas; souvent il leur arrive de rester deux et trois jours sans rien prendre y on cite même l'exemple d'Arabes perdus dans le désert qui, pendant quatre ou cinq jours, n'ont pu étancher leur soif et ont survécu à cette rude épreuve sans en éprouver de bien graves atteintes. J'en ai vu souvent partir pour une tournée ou pour une chasse qui devait durer près d'une semaine et les éloignait de tous les puits , n'emportant avec eux qu'une livre de farine et trois à quatre litres d'eau contenus dans une petite outre en peau de gazelle qui, par l'évaporation, devait en laisser échapper plus d'un quart.

Les chameliers qui partent du Caire pour se rendre à Suez mangent et boivent avant leur départ; le voyage dure trente heures et souvent davantage ; ils ne prennent cependant un nouveau repas qu'en arrivant au lieu de destination.

Il est vrai que lorsque les Bédouins en trouvent l'occasion , la voracité avec laquelle ils se jettent sur les vivres permet de reconnaître que leur sobriété ordinaire est moins l'effet d'une disposition naturelle que le résultat d'une misère profonde. Beaucoup d'Arabes se vantent de pouvoir manger un mouton entier, et pour peu qu'il se trouve autour d'un mouton deux ou trois Bédouins, je sais par expérience que nonseulement il n'y a pas de restes à enlever, nuds qu'encore les 08 sont léchés avec une friandise qui permet

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de croire qo*un second mouton ne serait pas trop mal accaeilli.

Me rendant de Berber à Soaken , je promis à mes guides, comme c'est Tusage , de les nourrir en route. Je n'avais à prendre pour eux que du pain biscotte; c'était, à leurs yeux, une nourriture recherchée, et d'ailleurs les restes d'une table assez abondante suffisaient amplement à mes serviteurs, à mes chameliers et aux deux guides que je venais de prendre.

Je calculai , afin que le pain ne manquât pas , à raison de deux livres et demie par jour et par homme. Les rations de la marine sont d'une livre et demie, et Ton sait que les matelots éparpillent la moitié de leur biscuit dans les batteries.

Le voyage devait durer douze jours; j'avais, sur leur prière, confié aux deux Bédouins le pain qui leur revenait, et je fus assez surpris lorsque, au bout de cinq jours, ils vinrent me dire qu'il n'en restait pas une miette. Ils ne l'avaient cependant ni vendu , ni caché, ni perdu, et il devenait nécessaire de leur en trouver d'autre. Malheureusement nous étions dans le désert, ma provision personnelle était assez restreinte, et je ne voulais pas soumettre mes gens à un partage qui les eût réduits à la famine.

Le hasard fit que nous passâmes près d'une tribu à laquelle mes guides se hâtèrent d'aller rendre visite ; ils revinrent bientôt portant un sac de maïs qu'ils me prièrent d'acheter pour eux , ce que je m'empressai de faire.

Comme je n'avais pas de moulin , ils mangèrent, pendant le reste de la route ^ ce grain torréfié sur une

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plaque de fer oa même cru, et je ne les entendis jamais se plaindre de la disette que leur imprévoyance et leur gloutonnerie avaient ainsi préparée.

Diodore rapporte, d'après Agatharchidès, de Guide, qai se basait sur le témoignage de Symnias , que les ichthyophages n'avaient pas de puits et ne buvaient jamais»

Malgré le respect que je dois à Diodore, je ne puis m'empécher de croire que Symnias ait été mystifié par une peuplade qui ne se souciait pas de lui montrer où elle prenait son eau. Les anciens n'étaient que trop crédules, ils voyaient partout des miracles et des prodiges; une critique plus sévère eût fait sentir à Agatharchidès , de Gnide, et à Diodore que les puits sont le trésor des Arabes et le secret de leur indépendance ; que , dès lors , le plus simple bon sens les engage à n'en pas divulguer l'emplacement et à éluder à cet égard les questions indiscrètes de voyageurs qui pourraient souvent être des espions et des ennemis.

Les troupeaux partagent dans le désert la sobriété de leurs maîtres, quelques herbes épineuses et coriaceë suffisent à leur alimentation; les pasteurs ne les font pas boire chaque jour ; l'usagé est de conduire les moutons tous les deux jours au puits, les bœufs tousles trois jours et les chameaux tousies quatre jours.

Si, du reste, la température est très-élevée, si le vent brûlant du désert vient accroître la siccité naturelle de l'atmosphère , on va plus souvent à l'aiguade, tandis que pendant l'hiver on ne s'y présente que plus rarement, et que dès que commencent les pluies on n'a plus besoin de s'y rendre.

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Alattres d'immenses troupeaux, les Bédouins ne mangent guère de viande que lorsqu'un étranger vient réclamer leur hospitalité.

Les chefs et un petit nombre de pasteurs plus riches que les autres se passent seuls, d'ordinaire , cette luxueuse fantaisie, et les gens du désert, pour donner la plus haute idée de la fortune de leur chef, ne manquent jamais de dire : C/est un homme qui chaque jour immole un mouton, deux moutons.

Les gens du Gharb mangent le couscoussou ; les Syriens ont un mets analogue qui est le boghrol ; la nourriture habituelle des Arabes du Soudan est la bellila , la bouillie ou le pain préparés avec la farine du dokhn, grain jaune et amer dont j'ai déjà eu occasion de parler ; le même grain leur sert à préparer kl merissa. Les chefs, qui en font grand usage, doi* vent à cette boisson très-nourrissante un embonpoint qui les distinguerait au besoin du vulgaire.

Le Bédouin de la péninsule, celui de Syrie, celui de la côte septentrionale d'Afrique, font une trèsgrande consommation de dattes fraîches et de dattes sèches; celui du Soudan, moins favorablement placé qu'eux , ne se procure que difficilement les dattes de Nubie , duFezzan ou du Djérid. Le dattier, comme je l'aiddt plus haut, ne se rencontre qu'exceptionnellement dans le Soudan, dont la température et les pluies excessives lui sont également contraires.

Le lait frais et le lait aigre, le beurre frais et le beurre fondu, le fromage même, jouent un grand rôle dans l'alimentation des pasteurs. Les filles du Soudan préparent le beurre en agitant sans cesse une outre

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remplie de lait Bospendae à Tealrée de la tente oa aux branches de quelque arbuste; le beurre le plus employé est celui des brebis et des chamelles : c^est un beurre blanc qui sent un peu le suif et n'est pas toujours d'une grande propreté; il sert néanmoins de pommade aux Bédouins et à leurs femmes ; ils en couvrent les tresses de leurs cheveux, leur barbe, et s'en frottent tout le corps. Les riches emploient au même usage de la graisse et même de la moelle de bœuf ou de chameau, à laquelle ils ajoutent divers ingrédients qui f selon eux , en font le plus délicat de tous les parfums.

Cette onction est, du reste, très-hygiénique; elle préserve la peau d'une évaporalion trop subite, du fendillement, delà tuméfaction qui se produisent si facilement dans les plaines miroitantes du désert, sous un ciel d'une admirable pureté et par une température de 45 degrés.

Elle garantit de la gale, des insectes parasites on nuisibles, rend le corps moins sensible aux variations atmosphériques.

C'est enfin une pratique universellement suivie dans toute l'Afrique intertropicale, et je remarque en passant que la plupart des maladies qui frappent les nouveaux esclaves n'ont pas d'autre cause que la suppression complète de cette onction hygiénique qu'on pourrait appeler avec raison le yétement de la nudité.

J'avoue, quant à moi, sauf à faire sourire mes lecteurs, que dans le désert je ne me mets jamais en route pendant la grande chaleur du jour sans frotter d'un peu d'huile d'amandes mon visage et mes

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mains, dont je verrais , sans cette précaution , la peau se gercer, s'enlever et se renouveler chaque jour, plutôt encore sous IMnflaence de la siccité de Tair que sous celle des rayons solaires , dont un ample kouQeh me garantit toujours suffisamment.

On a pu voir en lisant ce chapitre que les Bédouins du Soudan sont exposés , par leur manière de vivre, à toutes les maladies qu'engendrent la misère et Tépuisement; leur constitution, altérée par des privations et des fatigues sans nombre , ne réagit plus contre Tinfluence morbide à laquelle ils succombent presque toujours rapidement, sans lutte et sans crise. J'ai entendu alléguer par eux de nombreux exemples de longévité, mais les vieillards qu'on me disait avoir cent ou cent cinquante ans n'étaient pas à même de me renseigner dune manière exacte sur leur âge : ils ne me paraissaient pas être en réalité âgés de plus de soixante; -dix ou quatre-vingts ans.

izruGATioi n u puicii vi.

L'auteur, assU sur un angarob, contflOiple la danse d'une jeune fille qui brandit un sabre ;

D'autres jeunes filles battent des mains pour Indiquer la mesure;

En arrière de l'angareb , sur le deuxième plan , se tiennent le ehelkh et un autre arabe. Le cheikb fume dans un os de mouton;

Un arabe à cheTal traverse le campement; son cheyal porte à l'épaule un bouquet de plumes d'autrncbe;

Ce dessin montre la forme et la construction des tentes du Soudan ; on aperçoit, sur le dernier plan, des enclos ou hoch fermés par une haie de branchages épineux; c'est dans ces enclos que le menu bétail est parqué chaque soir.

Fanes antes. — Tûtes. — Hospttalité. — Troipeaix. — CfeeiaiL — GfeasMs.

Le Bédouin pauvre est monogame. Le chef ou le pasteur plus riche que ses confrères tient à honneur d'avoir trois ou quatre épouses ; il en retire d'ailleurs on avantage notable , en ce qu'il accrott ainsi sa parenté, ses relations 9 c'est-à-dire son influence. Gela nous explique pourquoi y après avoir vécu pendant vingt-cinq ans avec Khadidja , le prophète , à la mort de cette femme , en épousa un si grand nombre d'autres. On sait qu'il en eut jusqu'à onze à la fois.

Le Bédouin prend souvent sa femme dans une tribu autre que la sienne; il arrive alors ce que dit l'Évangile, que la femme abandonne tout pour suivre son mari; elle fait désormais partie de sa tribu, et ses enfants ne sont solidaires en rien de sa famille, contre laquelle ils doivent mémo, ainsi que leur père, porter les armes en cas de guerre.

Les femmes arabes ont beaucoup d'influencesur leurs époux , et jouissent d'une grande liberté ; elles ne sont pas voilées dans le Soudan. Les unions soni presque toujours le résultat d'une inclination mutuelle. Un pcre ne donnera toutefois sa fille qu'à celui qu'il

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pourra regarder comme son égal . Le rapt est quelquefois la suite d'un refus ; le ravisseur est alors poursuivi y et sUi est atteint , il doit recourir, pour garder sa vie, à une compensation pécuniaire qui lui donne le droit d*épouser celle qui Ta suivi.

Les femmes arabes , bien que très-passionnées et d'une organisation très-ardente, ont généralement une conduite régulière. On ne trouverait à cette règle que peu d'exceptions. En Algérie , les filles des Onlad Naïl se livrent à la prostitution. Une fable ridicule veut que, dans le Cordofan, les femmes des Hassanin aient une nuit sur quatre à donner à leurs amants ou aux voyageurs : c'est ce qu'on appelle le roub (quart). J'avais été , comme bien d'autres , dupe de cette calomnie , et je ne puis me rappeler sans rire le désespoir d'un chef de cette tribu auquel je demandais s'il en était réellement ainsi, et s'il y avait dans son campement quelques roubs disponibles : Hélas! s'écriait-il en levant les mains au ciel , toi aussi tu nous répètes cette cruelle question, résultat des calomnies qui ont fait de nous la fable du désert et la risée de toutes les tribus !

La galanterie des femmes de leurs ennemis a défrayé, du reste, à toutes les époques l'imagination des poêles arabes.

Les Arabes ont beaucoup d'égards pour leurs femmes, et recherchent leurs suffrages. Si en voyage un lièvre vient à se lever devant eux , et qu'ils puissent l'atteindre , ils offrent toujours aux femmes cette proie innocente. Le surnom qui les flatte le pius est celui d'Àkhouel-Banat, frère, soutien , bien-aimé des jeu-

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nés fiUes. Les Bédouins n'en préfèrent pas moins donner le jour à des garçons, mais cela s^expliqae suttout par l'état de guerre perpétuelle dans lequel ils vivent. Avoir des fils , c'est avoir des défenseurs pour ses vieux jours ; avoir des filles ^ c'est élever sous sa tente des étrangères qui peut-être uniront leur sort à des ennemis de leur tribu et de leurs frères. C^est pourquoi, antérieurement à rislamisme, quelques Bédouins avaient coutume de maudire leurs filles, ou même de les étoufiler au moment de leur naissance. C'est au prophète Mohammed qu'est due la cessation d'un usage aussi barbare.

Les occupations ordinaires des Bédouines sont le soin des animaux qu'on ne conduit pas au pâturage, la confection et l'entretien de certains objets usuels , la préparation des aliments. Les petites filles, après avoir trait le soir les chamelles, les brebis ou les vaches, font le beurre, ainsi que je l'ai dit plus haut; elles broient aussi le grain et aident leur mère dans les autres soins du ménage. Chez les Bédouins do Soudan , le costume des femmes mariées se compose uniquement, comme celui des hommes, de deux pagnes, dont l'un est rattaché à la ceinture par une de ses extrémités passée en dessous des premiers tours de l'étoffe , et dont l'autre, jeté sur les épaules, couvre suffisamment le dos, la poitrine, et au besoin les bras et la tête. Les jeunes filles ne poi^ tent que le rahad, ceinture mince de laquelle pendent, jusqu'au-dessus du genou en manière de jupon, d'innombrables lanières de cuir ; ces lanières s'agitent à chaque mouvement du corps, se relèvent, se sépa-

rent , et ne dérobent pas toujours à des yeux indiscrets ce qu'elles semblent destinées à cacher j mais ce que rinnocence et la pureté du cœur protègent toujours mieux que les vêtements les plus amples.

Le rahad est orné de petits morceaux de corail et d'ambre; à quelques-unes des lanières antérieures sont attachées ces petites porcelaines appelées cauries dans rinde , et qui, de la mer Rouge, sont répandues par les marchands arabes dans toute TÂfrique* Ces univalves sont ouvertes à leur partie dorsale appliquée contre le cuir , et retenues là par quelques fils qui embrassent ce qui reste de leur circonvolution intérieure; elles présentent aux regards leur bouche nacrée et leur dentelure délicate et gracieuse.

Les Bédouines suspendent souvent à leur cou un chapelet d'ambre, de corail ou de verroteraes(kharaz, c'est-à-dire percées). Elles placent dans les tresses de leurs cheveux qui servent à les retenir ces mômes ornements, presque toujours sans valeur, et qui pourtant ne sont Jamais sans grâce; elles portent au poignet, au bras, à la cheville, des anneaux de cuivre ou d'ivoire; ces derniers sont quelquefois très- volumineux et très- lourds, mais leur blancheur et leur éclat font ressortir les tons chauds d'une peau brune et lisse comme le plus beau bronze florentin.

La danse des filles du désert est plus naïve encore qu'elle ne semble lascive , plus entraînante que provocatrice; tradition séculaire des peuples arabes, nous en retrouvons chez les aimés d'Egypte une image altérée , et dans le boléro de Séville le charme le plus exquis, uni heureusement à la vivacité andalouse.

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Cette danse arabe ne consiste pas, comme celle de nos théâtres , dans un mouvement des pieds et dans un effort pénible des jambes ; elle ne met pas les orteils à la torture pour ne produire sur les spectateurs que la surprise ou le dégoût; c'est le corps qui se meut et se tord , les hanches qui tressaillent , les seins qui se gonflent et se relèvent , la tète qui se penche, se redresse et se balance en faisant flotter ou rejetant sur les épaules une chevelure élégamment tressée ; ce sont les bras qui s'agitent, la main qui , armée d'une cravache, d'une baguette ou d'un sabre, se tord, se renverse, se retourne, et fait passer cent fois devant les yeux éblouis du spectateur une lame étincelante qui tournoie au-dessus de sa tète en lançant des éclairs.

C'est là une danse gracieuse et noble que des sol dats peuvent admirer sans faiblesse , et que des vierges peuvent exécuter sans honte , parce que ce fer qu'elles agitent semble dire pour elles à ceux qui le voient : voilà le prix de ma beauté et au besoin sa défense; je défie ceux qui m'aiment, et ne les charme que pour les braver.

Les Bédouines dansent au son du tambour de basque, quelquefois à celui des castagnettes; plus fréquemment, leurs compagnes réunies en cercle autour d'elles, se bornent à marquer la mesure en battant des mains. Ce genre d'accompagnement a été conservé par les Espagnols qui l'appellent jaleo.

I^ur danse est une distraction cpie les filles d'une tribu ne refusent jamais à l'étranger de distinction qui reçoit l'hospitalité de leurs tentes; il est d'usage alors de leur offrir quelques petits cadeaux. Tacite ,

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parlant de Thospitalité des Germains^ dit : En partant j si vous demandez quelque chose, il est d*usagede l'accorder. On aura envers vous la même liberté. Ils aiment les présents , mais ils ne se font pas un titre de ce qu'ils vous donnent, comme ils ne se croient point liés par ce qu'ils reçoivent de vous : ce n'est qu'un échange de politesse entre deux hôtes.

Il en est de même parmi les Arabes. Ceux du désert ne montrent pas cette avidité qui caractérise, ceux des villes. Il semble que la devise de ces derniers soit : Promets tout ce qui est à toi et donne tout ce qui est aux autres. Admirez-vous un de leurs meubles : il est écrit à ton nom , répondent-ils (maktoub âla salamtek). Ils seraient cependant fort désappointés si vous veniez à le prendre et ne vous y invitent d'une manière pressante que quand ils espèrent se faire un titre de leur présent , afin d'en réclamer de vous le lendemain un dont la valeur soit décuple; on les voit, du reste, facilement venir. Quant à moi, j'accepte d'eux le moins possible, et dès qu'ils s'extasient, par exemple, sur la beauté de mes armes , ce qui est une manière polie de me les demander , je ne manque pas de répondre en exaltant le mérite de leurs chevaux. L'échange alors leur paraît inégal et ils ont soin de détourner la conversation.

Il n'en est pas de même avec les Bédouins du Sou« dan ; ils offrent plus qu'ils ne demandent et se contentent de peu. Quelques verroteries, un petit miroir, paraissent à leurs femmes de magnifiques cadeaux. Quant à la poudre, ce n'est qu'en Syrie ou dans le nord de l'Afrique que les Arabes en font usage. Ils

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sont d'autant plus désireux de la nôtre, dans ces contrées , que celle qu'ils fabriquent eux-mêmes est détestable, imparfaitement mélangée, pulvérulente, sans densité et presque dépourvue de force explosive.

Non-seulement les femmes des Bédouins se montrent aux étrangers, mais encore ce sont elles qui les accueillent , leur préparent et leur servent i manger , les soignent s'ils sont malades , les pansent s'ils sont blessés. Celui qui a franchi la porte d'une tente est à la discrétion de la maîtresse du logis ; il ne peut se retirer sans son consentement et ce consentement se fait toujours attendre. Il faut ,' si le voyageur n'est venu faire qu'une visite , qu'il boive quelques tasses de merissa et qu'il goûte au moins le mets national du Soudan , la marara , préparée à la hâte en sou honneur. A peine, en effet, l'a-t-on vu arriver, qu'une chamelle ou une brebis a été égorgée ; ses intestins , son cœur , son estomac , son foie , arrachés de suite , sont coupés en une multitude de petits morceaux qu'on jette pêle-mêle, et encore chauds, dans un grand plat de bois et qu'on arrose avec le fiel de l'animal (en arabe marara). Ces viscères, ces membranes, ces muscles crus , si durs que la dent ne saurait les entamer , n'ont rien de bien appétissant , et la digestion en serait impossible sans le fiel -qu'on y ajoute , dont l'amertume réveille l'estomac et en augmente la puissance.

Le foie est du reste ce qu'il y a de moins dur et de moins désagréable; c'est sur le foie que je me rabattais toujours dans de si tristes circonstances, ne voulant pas avoir l'air de dédaigner l'attention qu'on

avait eue pour moi et qu'on espérait devoir m'étre Tort agréable. Un Égyptien, qui m'accompagnait dans le Cordofan , était plus délicat ; je ne pouvais venir à bout de le faire goûter à la marara. Tout ce que je pus en obtenir fut qu'il en porterait les morceaux à sa bouche et les dissimulerait adroitement en les faisant passer ensuite sous sa barbe, entre son cou et ses vêtements. Aussi, quand nous sortions d'une de ces visites et que nous arrivions à quelque distance de la demeure de notre hôte , ne manquait-il pas de porter la main à son sein et d'en retirer , pour les jeter au loin , des poignées de viande crue qui eussent suffi à l'alimentation d'un Arabe pendant trois jours.

Les femmes font épargner la vie du vaincu qui implore la protection de l'une d'elles ou touche ses vêtements, il devient son hôte et celui de son époux.

L'hospitalité est sacrée, et les Bédouins regardent comme leur hôte quiconque a partagé leur repas ou lésa nourris de sa table. Il y a, disent-ils, entre nous le pain et le sel. Aussi fait-on bien , quand on a sujet de se méfier d'eux , de les faire manger avec soi ou de leur faire distribuer quelques aliments par ses domestiques; on sera rarement trahi par eux s'ils y touchent.

C'est ainsi que dans V Iliade y Lycaon cherche à fléchir le courroux d'Achille en lui rappelant qu'il a été son prisonnier et son hôte : « Je suis pour toi, s'écrie-t-il , un suppliant digne de respect ; car j'ai goûté à ta table le blé de Gérés, lorsque tu m'as enlevé de notre bel enclos pour me conduire et me

MOEURS DSS ARABES. 501

vendre dans la riante Lcmnos, loin de mon père et des miens. (Iliade j XXI.) »

Les hôtes sont, d'après Honoère, sous la protection de Jupiter et des furies.

Tacite , que je citerai encore , dit : Défendre son seuil à un étranger, quel qu'il soit, est un crime. Chacun reçoit de son mieux et selon sa fortune; les provisions sont-elles épuisées, votre hôte de tout à rheure vous indique une maison voisine et vous y accompagne. Vous entrez tous deux sans êtreinvités, peu importe, vous êtes également bien accueillis, connus ou inconnus ont également droit à l'hospitalité.

Cette hospitalité est pour les Arabes un véritable point d'honneur; ils se ruineront pour qu'elle soit digne de ceux qu'ils reçoivent, sauf à aller ensuite, comme ces dix cavaliers des Béni Abs , dont parle le roman d'Antar, piller leurs voisins pour refaire leur fortune.

J'ai entendu raconter en Orient un trait que je crains d'avoir lu également dans les Mille et une Nuits; à tout hasard je le cite :

Le khalife Aroun-er-Rachid , accompagne de son fidèle Djafar , voulut mettre à l'épreuve la générosité des nomades. Ayant quitté sa capitale sous l'habit d'un derviche, il gagna avec son visir, aussi humblement vêtu que lui-même, un campement d'Arabes. Quelques tentes paraissaient indiquer chez leurs maîtres une certaine aisance , nos voyageurs les laissèrent de côté et se dirigèrent sur celle qui semblait la plus pauvre. Celui qui l'habitait les accueillit de son mieux. Les troupeaux venaient de rentrer et le calife

302 LBS ARABES.

put remarquer que sou hôte ne possédait en tout que cinq moutons ; l*Arabe en égorgea un cependant, le fit griller sur des charbons et vint le placer devant les voyageurs, refusant lui-même d'en accepter sa part. Le khalife n'y toucha pas ; le Bédouin de s'en étonner, de lui demander s'il n'avait pas faim : J'ai très«faim , lui dit Aroun-er-Racbid, mais je suis accoutumée ne manger absolument que des rognons; toute autre viande me dégoûte. A peine l'Arabe avait-il entendu ces mots que , saisissant son coutelas, il sortait de sa tente , égorgeait les quatre moutons qui lui restaient encore et en retirait les rognons afin de les offrir au khalife.

Je fais grâce à mes lecteurs de la fin du conte. Je n'en ai cité cet épisode que parce qu'il paraît vraisemblable à quiconque est initié aux mœurs du désert, et peint naïvement une générosité dont l'Europe n'offre plus d'exemples.

Si le Bédouin ne possède même pas le mouton de rigueur , il ne congédiera pas ses hôtes pour cela; mais pénétrant , sans demander aucune permission , dans l'enclos d'un de ses voisins , il y saisira une victime, l'immolera sur place et la portera à sa tente, en ayant soin toutefois de laisser sur le chemin qu'il parcourt une trace sanglante qui permettra au mattre du mouton d'en connaître le ravisseur et de venir en réclamer sa part quand le repas sera prêt ; seule compensation que les usages du désert lui accordent dans cette circonstance.

Les Arabes des villes et les Turcs sont eux-mêmes très-hospitaliers, et leur manière d'agir à cet égard

MŒURS DBS ARABES. 503

forme un singalier contraste avec les habitudes par^ cimonieuses et guindées de TEarope. Jamais» à moins de circonstances extraordinaires , ils n'invitent personne à diner, mais chaque jour ils reçoivent tous ceux qui se présentent. . On ne sait pas huit jours à l'avance qu'on dtnera chez un tel, et on ne se dit pas qu'il jeûnera toute la semaine pour éblouir ses convives par le spectacle d'un luxe factice , mais on va voir un ami. L'heure de son, repas arrive et on le partage. On reçoit quelques personnes et le cuisinier qui les a vues entrer augmente un peu son menu, sans qu'on ait pour cela besoin de lui rien dire; le dîner ou le souper sont servis , personne ne fait de façons. Le maître de la maison se borne à dire en turc : Bouyouroun , ou en arabe : Tetfadhel ; ce qui équivaut à la locution française : Donnez-vous la peine. Ceux qu'il invite ainsi ne répondent que par un salut de la main : l'un ne pense pas être généreux et les autres ne soupçonnent pas qu'ils puissent être indiscrets. Personne n'abuse de cette faculté de s'inviter chez les autres, ce serait se rendre ridicule; mais tous en usent, et assez largement, parce que nul ne mange avec ses femmes et qu'on n*aime pas à manger seul. Aussi arrive-t-il souvent, lorsqu'on ne voit venir chez soi personne à l'heure du souper, qu'on aille prendre ce repas chez un ami, sans cérémonie et à titre de revanche.

Quant au café, aux limonades, aux confitures, aux Tchibouks, aux narguiléhs, c'est Taccompagnement obligé de toutes les visites, et l'hospitalité de toutes les heures. Le Bédouin du Soudan ne saurait toute-

foÎB offrir des distractions aussi raffinées à ses hôtes; il ne connaît pas le café; son tabac, d'une force excessive, est exécrable, et il ne sait le fumer que dans une pipe trop primitive pour des hommes habitués au luxe des villes ; cette pipe est tout simplement , en eflFet, le tibia d'un mouton, la moelle en a été enlevée, le tabac se place à l'extrémité la plus large, et le fumeur aspire par l'autre.

Rarement on trouve dans le Soudan des fourneaux plus ingénieusement construits; les noirs idolâtres qui habitent les rives du fleuve Blanc en fabriquent cependant d'assez remarquables. Don Ignatius Knoblecher m'a même fait voir , à Kharloum , des pipes à fourneau double, invention fort originale de ces sauvages.

Les tentes des Algériens présentent un plan arrondi ou plutôt hexagonal ou octogonal ; celles des enfants d'Abou Zelt, tissées avec la laine de leurs chameaux, disposées en bandes alternatives, blanchâtres et fauves, affectent au contraire une forme allongée; leur plan est un rectangle; elles sont assez hautes et n'ont que deux côtés dont chacun présente deux pentes , une moins rapide à la partie supérieure, une plus inclinée dans le bas. Le partage de ces pentes est déterminé par les pieux secondaires qui , légèrement inclinés dans la tente, soutiennent l'étoffe vers la moitié de sa hauteur; le bord inférieur est retenu près du sol par des piquels entre lesquels l'étoffe se relève un peu. Les extrémités de la tente sont rarement closes; l'extrémité antérieure, surtout, par laquelle on y pénètre, n'est fermée que par une portière étroite et courte,

MOBUllS DX8 ÀEABB8. 205

fonnée de lanières de cuir ornées de cauries et suspendue à une corde dont les points d'attache sont à hauteur des piquets secondaires. Les tentes ont souvent dans leur voisinage une rekouba de paille , de Feuillage, ou de cuir, tantôt cubique, tantôt voûtée, qui répond au gourbi des Algériens ; une on plusieurs enceintes épineuses servent de parc au gros et au menu bétail. Le nom de douar ne saurait convenir aux campements des Arabes du Soudan , dont le dessin n'est presque jamais circulaire, et qui, en général, se composent de rues parallèles.

Le mobilier des tentes est de la plus grande simplicité; pour les plus riches, il ne comprend guère qu'une estrade élevée de quelques centimètres audessus du sol, formée d'un treillis de bois léger, soutenu par quelques piquets ; sur cette estrade (serir) sont étendues quelques nattes , ou des peaux de mouton ; c'est le lit et le divan de toute la Tamille.

A terre , gisent péle-méle des marmites , des vases en cuir formés de lanières tressées avec tant de force et tant d'adresse, que le beurre fondu qu'on y dépose ne saurait suinter au dehors ; des selles , des boucliers garnissent le fond de la tente ; des armes , des outres vides, des seaux de cuir sont suspendus aux pieux qui la soutiennent, ou à l'étoffe elle-même par des cordes et des crochets. L'étoffe supporte aussi quelquefois des ornements particuliers , des éventails ou des bouquets de plumes d'autruche, des peaux de girafe, trophée d'une chasse heureuse, quelquefois des grelots ou des sonnettes , garniture dont on déplore la richesse lorsque pendant une nuit d'orage,

306 LES 41ABBS.

elle est agitée par le veDt, et que toutes les sonnettes se mettent à tinter à la fois comme pour accompagner les éclats de la foudre, le grognement des chameaux, le bêlement des moutons , Vaboiement des chiens et le hurlement des bétes fauves.

De même que les peuples sauvages, las peuples nomades ne possèdent point de monnaie qui leur soit propre, et n'admettent guère dans leurs transactions entre eux celle des autres peuples. C'est la tête de bétail, le bœuf, le mouton, le chameau, qui servent d'unité monétaire, et interviennent dans tous les échangçs.

V Iliade nousmontre qu'ilenétait ainsi chezlesGrecs.

Les premières pièces de monnaie fabriquées à Athènes portaient l'image d'un bœuf, d'où vint ce dicton qu'on appliquait à un juge qui, ayant reçu de l'argent, rendait une sentence inique : il a le bœuf sur la langue.

Le mouton jouait, chez les premiers Romains, un rôle analogue; ils en gravèrent plus tard, comme avaient fait les Grecs ^ l'image sur leur monnaie qui porta dès lors le nom de pecunia , dérivé de pecus.

Les Germains évaluaient tout en têtes de bétail.

Les esclaves ont aussi servi d'unité de valeur chez beaucoup de peuples anciens; et de nos jours , il en est ainsi dans une grande partie du Soudan.

Toutefois, ce sont plutôt chez les Arabes le chameau , le mouton et le bœuf, qui servent de termes de comparaison. La dot se paye en chamelles on en brebis. Dans le Cordofan, la fille d'un chef vaut vingt chamelles.

MOBUIS DSS ÀIUBB8. 507

Le prix du sang s'aoqaitte de méioe, et se règle à Tamiable. On dit qu'un cheval vaut tant de chamelles, on évalue les fractions en brebis et on marchande en ofirant une ou deux brebis de moins , en leur substi« tuant des boucs ou des agneaux.

Dans le Gordofan , du reste, la valeur vénale de ces animaux est très-faible ; un chameau vaut à peu près 25, un bœuf 1 0 à 1 2 , et un mouton 2 à 3 francs; on m'a môme une fois vendu un fort bel agneau pour 35 centimes.

Là j comme partout , c'est une concurrence énorme qui produit l'avilissement des prix. Les troupeaux du Soudan sont véritablement innombrables, beaucoup d'Arabes ne savent pas , à une centaine près, combien ils possèdent de têtes de bétail. Une évaluation que je crois inférieure encore à la réalité, porte à 5,000 le nombre dep chamelles du seul chef des Kubabich Fadharallah Ibn Salem; à supposer qu'il y ait un nombre égal de mâles, il posséderait 1 0,000 de ces animaux; si Ton y ajoute uu nombre à peu près pareil de moutons, et environ 300 chevaux , on pourra se faire une idée de Topulence d'un chef arabe.

La mortalité est à la vérité souvent trè&-grande parmi ces troupeaux, auxquels les pâturages du désert n'offirent qu'une nourriture insuffisante et qui, ne pouvant satisfaire leur soif que tous les deux ou trois jours, pendant la saison la plus chaude, voient diminuer leur appétit et dépérissent alors rapidement. La saison des pluies leur est plus favorable, l'eau est toujours à leur portée; toutes les vallées profondes, toutes les plaines basses du Soudan se couvrent d'une

508 LBS ÀAÀBBS.

abondante et riche végétation ; les troupeaux se refont alors , ils engraissent et acquièrent ainsi le moyen de passer de nouveau les mois de sécheresse et de jeûne qui embrassent plus de la moitié de Tannée.

Une très-puissante cause de mortalité se trouve dans les migrations subites et lointaines, auxquelles la guerre, une défaite peuvent contraindre une tribu arabe. Ce ne sont pas les fatigues de la marche, et lorsque la migration n*a lieu que parallèlement à Téquateur , on ne saurait prétendre que c'est un changement de climat qui réduit ainsi de moitié , en quelques mois, le bétail d'une tribu. La seule cause réelle, et celle qu'allèguent les Arabes, est en effet la différence des pâturages et le brusqué changement de nourriture qui en résulte.

Les troupeaux des Eubabich fournissent à cet égard un exemple remarquable. Quelques années après la conquête du Cordofan par l'armée de Mohammed Âli, une partie de la tribu désirant soustraire ce qu'elle possédait à la rapacité des Turcs, quitta le pays et pénétra dans le Darfour; en quelques mois elle avait perdu la moitié de ses troupeaux; une guerre sanglante avec les Béni Djerar vint s'ajouter à ce désastre, et les fugitifs se virent^ bientôt contraints de regagner leurs anciens pâturages.

Le chameau d'ailleurs est plus délicat qu'on ne le suppose; la moindre écorchure dégénère bientôt en une plaie qui le met hors de service ; il est très^sujet aux maladies de foie, qui sont une cause de mort assez rapide; souvent un ver particulier se loge dans la partie inférieure de son poitrail et lui cause

MOBUES DES ARABES. 309

de craelles douleurs qui , presque toujours aussi , se terminent par la mort. Il a de plus à craindre dans le désert un reptile très-petit que je n'ai pas été à môme de voir y qui le pique sous le pied et dont le venin le fait périr en quelques minutes : dès qu'un reptile de cette nature est signalé dans un pâturage, il est à rinstant même abandonné par les Arabes. Vers le 1 0* degré de latitude nord, il existe sur les bords du fleuve Blanc un taon nommé en sennarais yoharaj dont la piqûre est mortelle pour les bestiaux et seulement très-douloureuse pour les hommes : cet insecte a occasionné parmi les Arabes du Soudan plus de migrations que toutes leurs guerres. Les Gallas rappellent tseu (tsetsé), d'un verbe qui, m'a-t-on dit, signifie pu/uer. On m'a assuré qu'il y en avait deux espèces : la petite , qui est la plus dangereuse, est de la longueur d'une mouche ordinaire; elle est rouge et jaune : la grande, plus longue qu'une guêpe , est brune : l'une et l'autre espèce sont munies d'un suçoir, ou trompe, comme les moustiques. Elles se tiennent pendant l'été sur les arbres , et se jettent de là par essaims sur les bestiaux , qui ne tardent pas à succomber à l'action énergique de leur venin. L'ammoniaque en arrête chez l'homme toutes les suites; d'ailleurs elles ne l'attaquent pas avec autant d'ardeur que les chameaux ou les moutons.

Diodore de Sicile en avait eu connaissance. Yoici ce qu'il dit en parlant des Rhizophages , dont le pays était situé au-dessus de l'Egypte, sur les bords du fleuve Asa :

c Au commencement des jours caniculaires , Vair

310 LW AAÀBBS.

devient fort agité par les vents ; alors on voit dans le pays nne quantité énorme d'insectes volants bean* coup plus forts que toutes les monches que nous connaissons : les hommes savent les éviter en se retirant dans les marécages ; mais , qnant aux lions , ils prennent la fuite. »

Le désert a aussi ses fables. A c6té de ces périls réels, les Arabes en craignent d'autres qui sont pu* rement imaginaires. Il existe , disent«ils, an serpent dont le venin , lancé sur les chameaux , les tue à l'instant même. Ce serpent, qui ne sort de son troa que la nuit, se guide au moyen d'un diamant qa'U roole devant lui avec sa bouche et cftii éclaire sa marche. Le chameau , qui aperçoit ce diamant, s'efforce de le couvrir de sable; il est sauvé s'il y parvient, le serpent n'y voit plus, et comme son existence est liée à la possession du diamant, il ne tarde pas à expirer.

Il arrive souvent dans les pâturages qu'un chameau se casse la jambe. Il est facile en général d'apprécier les causes de cet accident , mais les Arabes ne s'en donnent pas la peine, ils l'attribuent toujours à la chute d'une étoile filante , d'un bolide.

Il a pu sans doute arriver une fois entre mille , qu'une de ces masses de fer embrasé tombât exactement sur le pied d'un chameau et le brisât comme ferait une bombe dont la mèche se serait éteinte , mais il est absurde d'attribuer à un fait aussi exceptionnel une fréquence qu'aucune observation sérieuse ne démontre.

Le cheval est l'inséparable compagnon de l'Arabe:

MCBCM DM AftAQBS. 311

c'est le gage de son indépendance , sa meilleure arme de guerre, toute sa richesse et tout son luxe. Le général Daumas a , dans un ouvrage récemment publié sous ce titre, Les Chevaux du Sahara^ donné les détails les plus nombreux et les plus intéressants sur la physiologie des chevaux algériens, les services qu'on peut en attendre, la manière dont ils sont soignés par leurs maîtres indigènes. Le général Daumas rend pleine justice à ces derniers, dont la pratique vaut mieux que nos théories, et qui en définitive sont cavaliers de naissance, tandis que nous ne le devenons pour ainsi dire que par hasard.

L'Arabe est partout à peu près le même, et je ne veux pas revenir sur un sujet qui déjà est traité à fond : je m'abstiendrai donc de vaines répétitions et je laisserai de côté les préjugés particuliers aux Musulmans , qui prétendent connaître aux balzanes ou aux étoiles des chevaux le sort que Dieu réserve à celui qui les montera.

Je dirai seulement quelques mots de la race arabe du Soudan et de la façon dont les enfants d' Abou-Zett élèvent et traitent leurs chevaux.

La race arabe, on le sait, a pour plus hautes expressions le cheval nedjdi et le cheval anezi. Le nedjdi est celui qui en résume le mieux le type en en exagérant même les défauts : son front est large, ses naseaux bien ouverts , ses oreilles petites et bien attachées , son œil vif et plein d'intelligence , son museau petit, son encolure élégante, son garot élevé, sa queue bien plaoée, ses jambes sèches et vigoureuses. Son poitrail assez développé, sa respiration puissante et

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facile favorisent la rapidité de sa course, tandis que son ventre un peu resserré révèle l'habitude de cette sobriété à laquelle doivent se soumettre tous les habitants du désert.

Sa couleur habituelle est le bai ou le gris; sa queue, ses pieds, son dos, sont quelquefois teints en rouge avec le henné.

Les formes du cheval arabe se rapprochent de celles de la gazelle et du lévrier , formés comme lai pour la course. Le dromadaire rapide des Bychara et celui du Hedjaz rappellent également un type qui est Texpression même de la vigueur et de la vélocité.

Si la maigreur du nedjdi est excessive, il n'en est pas plus faible pour cela ; seulement la race arabe, et en général toutes les races orientales qui en dérivent , supportent mieux la fatigue d'une longue course, les intempéries de l'air et la privation d^alimeats, qu'elles ne s'accommodent d'un fardeau plus pesant que le corps de l'homme. Aussi les plus robustes oe conviennent qu'au service de la cavalerie légère, et les autres ne sauraient être employés à la guerre qu'aux avant-postes et pour les surprises par des irréguliers ou des partisans ; c'est pourquoi les Turcs ont, en adoptant sans y rien changer les ordonnances de la cavalerie française, beaucoup plus lourde que la leur, perdu la seule supériorité militaire que l'Europs^pccidentale ne pouvait leur contester.

Dan^ le nord de l'Afrique nous trouverions plusieurs races dues à des croisements successifs, et qui possèdent plus ou moins de sang arabe ; tdiles sont la race égyptienne, la race barbe, etc.

MQBimS D£S ABABfiS. 315

La Nubie nous présente le cheval dongolawi y dont les formes ont moins de grâce , dont la tête est moins belle, dont le corps est plus long, la queue moins bien attachée que chez le nedjdi; le dongolawi est œpendant un bon cheval ; c'est celui qu'élèvent les Bédouins du Soudan oriental ; il leur rend de grands services à la guerre et dans leurs voyages, mais transporté, soit en Egypte, soit ailleurs dans le nord, il dégénère rapidement ou succombe à des maladies qui ne l'attaquent jamais dans le Soudan , aussi est-il moins recherché aujourd'hui des Égyptiens qu'il ne Tétait il y a quelques années.

Le Bornou possède une race toute particulière dont j'ai vu un échantillon à Tripoli , dans les écuries du gouverneur du Fezzan. Les chevaux de cette variété, car c'en est une, sont très^gras, et en outre de ce développement inaccoutumé de tout le tissu adipeux , ils sont pourvus au-dessus des cuisses de deux appendices ou coussins graisseux dont la présence se révèle suffisamment aux regards, bien que leur développement n'atteigne pas la même proportion que chez les moutons à fesses grasses communs en Abyssinle et dans d'antre^ parties de l'Afrique.

On sait qu'il existe aussi dans le Soudan des moutons à grosse queue, et que la bosse du chameau est d'une nature analogue à celle des appendices que je viens de citer, appendices qui permettent à l'animal qui les possède de supporter un long jeûne, pendant lequel ils font tous les frais de sa nutrition.

Ce que les Arabes estiment surtout dans un cheval , c'est la pureté de sa race. Une jument koheli (de race)

3U U8 AIÀSBB.

se payera toujours cher, parce que, fût-elle une rosse, il y a lieu de croire que ses produits tiendront plus encore de ses aïeux que d'elle-même.

La jument est toujours plus recherchée que le cheval ; elle seule sert de monture aux chefs et aux gens riches; elle est plus facile à conduire, elle ne hennit pas, avantages précieux dans des guerres de surprises ; enfin elle donne des produits et sa longévité est plus grande encore que celle du cheval entier : il n*est pas rare même de voir des juments arabes qui, à rage de trente ans, rendent encore quelques services.

Les Arabes du désert ne châtrent pas les animaux mâles ; ils se bornent à recourir, pour la reproduction , à leurs meilleurs étalons, et dès que la jument en a été approchée , et qu'il y a lieu de croire qu'elle a conçu , ils lui font subir, pour éviter tout accident, une opération connue également en Arabie et en Syrie, et qui consiste à réunir par une couture pratiquée avec de gros fil ou à rapprocher au moyen d'un anneau les grandes lèvres de la vulve , de façon à empêcher une nouvelle saillie de se produire, tout en laissant aux urines leur libre écoulement.

Tantôt le poulain se nourrit du lait de sa mère, tantôt on lui donne celui des brebis ou des chamelles; il n'est pour ainsi dire jamais sevré complètement , car quelque âge qu'ait un cheval , on lui donne souvent du lait, soit pur, soit coupé d'eau. C'est une nourriture trè8*sul)stantielle et très-saine , en même temps qu'une boisson plus propre à apaiser la soif que les eaux saumàtres du désert.

M(»UR8 DBS ARABES. 315

Nous dressons nos chevaux beaucoup trop tard ; à quatre ou cinq ans un cheval est dans toute sa force, il ne peut manquer d'opposer à celui qui prétend le soumettre une résistance difficile à vaincre. Il faut, pour venir à bout de son obstination , recourir à la violence et à la cruauté , les mauvais traitements Tirritent et le rebutent, il devient vicieux, ombrageux, craintif.

Les Arabes ont une tout autre manière d'agir : dès que leurs poulains ont deux ans , ils les montent ou les font monter par leurs enfants ; incapable de résistance à cet âge si tendre , le poulain se soumet de lui-même, on le prend d'ailleurs par la douceur, on le caresse , on le flatte, on lui fait faire quelques pas, au moyen d'une petite gaule on lui montre à tourner à droite et à gauche, puis en descendant on lui donne à manger^ bientôt on lui met une longe , on l'exerce à allonger le pas , à marcher l'amble, allure estimée des Arabes et plus encore des gens des villes , à galoper, à sauter, à s'arrêter court sur les jambes de derrière , pratique utile dans un combat, mais qui a l'inconvénient grave d'abîmer les jarrets des chevaux. Les Arabes ne trottent pas, ils marchent en voyage et galopent en combattant. Ceux du Gordofan se servent rarement de selles et négligent quelquefois de ferrer leurs chevaux, je n'ai pas besoin de dire qu'ils sont excellents cavaliers ; les riches passent leur vie à cheval , les pauvres montent constamment à dromadaire. Les Arabes baggara qui ont plus de bœufs que de chameaux, se servent de leurs bœufs comme de montures et les conduisent, comme les dromadaires, au moyen d'un

51() LES ÀftABBS.

anneau de métal passé dans Tan des naseaux et auquel s'attache la bride.

Cest à cheval ou à dromadaire que chassent les Arabes, la fauconnerie est perdue dans le Soudan ou n'y a jamais été connue, on n'y trouve pas non plus de lévriers. Des pièges sont dressés aux antilopes, aux gazelles , aux lions , parfois même aux éléphants; ces pièges imparfaits n'arrêtent pas toujours les animaux qui y tombent, mais comme ils s'y sont blessés, que la marche leur est devenue pénible, la course et la fuite, impossible , il suffit de suivre leurs traces pour s'en rendre maître après une recherche et une lutte plus ou moins longues , plus ou moins opiniâtres.

On se lance souvent à cheval à la poursuite d'un troupeau de gazelles; les gazelles ont bientôt disparu, mais on s'attache à leurs traces et on ne tarde pas à revoir et à atteindre celles qui sont pleines , les mères et leurs petits qui ne sauraient suivre le troupeau et qui, épuisés de fatigue, se laissent facilement apinrocher et saisir.

Le cheval en effet, s'il n'est pas le plus vite de tous les quadrupèdes , est du moins celui qui peut fournir le plus longtemps une grande vitesse.

C'est également en les forçant à la course qo*on parvient à s'emparer de la girafe et aussi de l'autruche , que les gens du Sahara , armés de fusils, diassent quelquefois à l'affût à l'époque de la couvée.

Dès qu'on a reconnu les traces récentes de l'un de ces animaux on les suit sans se presser jusqu'à ce que l'autruche ou la girafe soit en vue , elle se lève alors et la course commence ; cette course est très-pénible

MOSimd DIS ÀtABIS. 517

parce que le Soudan est entrecoupé, couvert même de vastes forêts très-épaisses ^ formées d'arbustes épineux que celui qui est à dromadaire domine, mais au milieu desquels le cavalier se déchire et s'ensanglante pour se frayer un passage. Le mieux est alors de relever ses jambes, de se coucher sur le cou du cheval el , replié ainsi sur soi-même , de galoper en ne suivant plus des yeux que les traces laissées sur le sol par le gibier que Ton poursuit ; à la première clairière un peu large qu'on rencontre, on s'arrête pour reprendre haleine. Le gibier ne se voyant plus poursuivi s'arrête de son côté ; dès qu'il repart, on recommence la chasse qui , si le cheval est bon , doit, à la fin de la troisième course, se terminer par la capture de l'animal qui se défend toujours un peu et qu'on prend avec un lacet ou que l'on tue d'un coup de lance en pleine poitrine. La girafe se défend avec ses pieds de devant , l'aulruche avec son bec et en couvrant avec ses pattes de pierres ou de sable ceux qui cherchent à s'en approcher.

L'autruche màle est seule poursuivie , son plumage est d'un beau noir, les extrémités des ailes et la queue présentent ces belles plumes blanches si recherchées en Europe. On n'arrache pas ces plumes, mais, après avoir écorché l'animal, on se borne à retourner sa pean qui leur sert ainsi d'enveloppe et en empêche l'altération. L'autruche femelle est grise et sans valeur.

Le chasseur qui a pris une girafe ou une autruche consacre sa victoire et celle de son cheval en ornant le cou ou les hanches de celui-ci d'un collier de peau

318 US AlUBl».

de girafe oq cl*un bouquet de pluneB d'autrodie.

La chasse de la girafe ne donne aucun profit ; on ne la recherche que pour en faire cadeau à un personnage important, à un voyageui* de distinction; mais ce cadeau est fort onéreux y car rien n'est plus difficile à conduire qu'une girafe. On est obligé d'avoir sans cesse deux hommes occupés à la maintenir et à la surveiller, parce que cet animal est très^sauvage , très*craintif, très* ombrageux. La moindre chose suffit à l'effrayer , à la faire sauter et cabrioler. Il mange quelquefois dans la main de ses palefreniers, mais la vue d'une baguette suffit à lui faire dresser la tête. Aussi me suis-je empressé de refuser une petite girafe que l'on m'offrait , à la suite d'une chasse à laquelle j'avais pris part.

La chasse de l'éléphant se fait sous une latitude assez basse et sur les rives du fleuve Blanc , pendant la saison où les éléphants, s'isolant les uns des autres, errent à la recherche des pâturages.

Un cavalier menace l'éléphant et l'attire sur ses traces, tandis qu'un autre, le suivant de près, lui lance dans les jambes de derrière nue serpe , retenue par une longue corde ou s'en approche pour le frapper au pied d'un coup de sabre; l'éléphant, irrité, poursuit avec rage celui qui l'a frappé. Il perd beaucoup de sang, s'épuise, et se voit contraint de s'arrêter; on l'achève alors ou on l'abandonne , et l'on revient après sa mort arracher à son cadavre ses défenses qui sont l'ivoire vert , plus précieux et plus rare que l'ivoire jaune ou fossile.

J'ai entendu dire que lorsque l'éléphant descendait

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une côte à la poursuite d*uD homme , il le perdait bientôt de vue , ses oreilles retombant alors sur ses yeux. Il ne me semble pas qu'il en paisse être ainsi , les oreilles étant fort en arrière des yeux : le fait peut néanmoins être vrai.

On attaque le lion à cheval avec des lances; on se défend contre loi avec le bouclier, quelquefois couvert d'épines, et on Tévite en sautant de son cheval et le lui abandonnant. Ignatius Pallme attribue aux Nouba du Cordofan une autre manière de chasser les lions, en montant sur les arbres à Fombre desquels ils viennent dormir le matin, et engageant avec eux, lorsqu'ils se présentent , une lutte qui doit évidemment leur être défavorable , puisqu'on les domine et qu'on ne peut guère en être atteint. Je n'ai, du reste, pas entendu parler de ce moyen dans le Soudan ; j'ajouterai modestement que je n'ai chassé qu'une fois le lion, et que non-seulement je n'en ai pas tué , mais qu'en* core je n'en ai pas vu ce jour-là, quoique nous fussions sur des pistes qui paraissaient récentes.

3â0 LKB ÀftÀBBS.

fiMYemaeit la trta. — Otagn. — RebloM dm ks Antai. — Esprit fruleir liTéHCteii. - Mnte. — Kvopècn.

Ce qui caractérise par-dessas tout le nomade , ce qui, dans toutes les parties du monde, en forme le signe distinctif , c'est un esprit d'indépendance qu'au-cune loi ne peut fléchir, qu'aucun joug ne peut vaincre , et il est facile de reconnaître que les Arabes , par exemple, n'ont jamais été que nominalement soumis, soit aux Perses , soit aux Romains , soit aux Grecs, soit aux Turcs; depuis plusde trois siècles que les princes de la maison d'Osman possèdent Bagdad , Damas et la Mecque , ils ne sont pas encore arrivés à assurer le payement exact des contributions qu'ils réclament des nomades. Dans presque toute l'Arabie et une portion de la Syrie, ils ont dû renoncer à cet égard , à toute prétention ; bien plus, ils doivent eux-mêmes acheter par un tribut annuel aux Bédouins la sécurité de la caravane qui part de Damas pour accomplir le pè« lerinage. Leur gouvernement en est réduit à payer les voleurs qu'il serait impuissant à prendre, et à leur offrir la rançon de ses pèlerins, de ses soldats et de leur chef, avant qu'ils aient passé les portes de Damas.

ESPRIT DES AllABES. ?>il

Depuis la publication du Tanzimat, le recrutement, jusqu'alors inconnu dans ces provinces, cherche en vain à s'imposer aux Arabes ; le reste de l'empire, la Roumélie, l'Anatolie, Constantinople , Alep, fournissent leur contingent; les nomades de la Syrie le refusent : disparaissant dans le désert ou se retranchant dans leurs montagnes, ils déjouent tous les plans et toutes les tentatives de l'autorité ; les Druses leur prêtent main-forte, et le gouvernement devenu leur jouet est assiégé par eux jusque dans les villes.

Le sultan entretient à la Mecque^ à Médine, à Djedda, dans l'Yemen, des pachas que les Arabes ne respectant pas davantage , et des troupes qui ne se hasardent même pas' à les poursuivre ; il en est à peu près de même à Tripoli de Barbarie, et nous savons qu'en Algérie, malgré les forces imposantes que la France y accumule depuis vingt ans, la soumission des nomades est incomplète et précaire (1).

(1) M. James Aichardson compare, dans la relation de son voyage en Afrique , la prétendue soumission de la régence de Tripoli aux Turcs à Tesprit de rébellion qui anime TAlgérie : il en prend occasion de dire qu'avec une poignée d'hommes les Turcs obtiennent plus de résultats que les l'Yançais avec une armée de 100,000 hommes, et que la cause de Téchec de ces derniers est dans la répulsion que leur religion inspire aux Algériens. On avait déjà dit que FAlgérie n'avait , avant 1830 , que 18,000 hommes de garnison, mais on oubliait d'ajouter que ces 18,000 hommes, bloqués à peu près partout dans les villes, n'oc<cupaient nullement l'Algérie comme nous entendons l'occuper.

La comparaison de M. Richardson est plus défectueuse encore. L'Algérie , bien que moins fertile , est aussi peuplée que l'Andalousie ou la Sicile. Elle est parcourue par une chaîne de monta*

322 iift ABABlf .

On a dit beaucoup en France que Teaprit de rébellion dont les Arabes étaient animés dans celte province tenait surtout à la diiïérence de religion et au fanatisme que le Coran leur inspirait contre nous. C'est là une grande erreur : la religion peut entraîner les populations de la ville , elle a moins d'action sur celles de la tente ; elle n*est pour ces dernières qu'un prétexte , qu'un signe de ralliement ; le véritable mobile de la rébellion, c'est l'horreur du gouvernement, la haine de l'autorité de quelque part qu'ils procèdent, de quelques noms qu'on les appelle. Qu'il soit français , turc ou même arabe comme au Maroc , le maître promulgue des lois, en exige l'exécution, et réclame des impàts : le citadin se soumet, obéit et paye; l'Arabe se révolte , se bat et prend la fuita Ainsi agissent tous les peuples nomades bloqués par de vastes empires, et traqués par de grandes ar^ mé6s. Il suftit de citer les Tartarea, les Turcomans, les Kirghises; il est plus facile,, comiue je l'ai dit, de

gnes élevées, coupée de déAlés nombreux. La régence de Tripoli, au contraire , n'est qu'une portion du Sahara , une province du désert semée de rares oasis, très-peu habitée, sans rempart» naturels , car le Gharian n'en est pas un. I^e gouvernement turc y entretient, non une poignée de soldats, mais 10,000 hommes de belles et bonnes troupes. J'ai assisté moi-même, en 1849, à une grande revue de ces troupes, que commandait alors Bekîr- Pacha, officier intelligent et dévoué à Taccomplissement de ses devoirs ; enAn , si les Turcs occupent Tripoli, ihs n'en ont pas eu moins de peine à soumettre cette régence , et si la France avait voulu re* courir vis-à-vis d'Atad-el Kader à la trahison qni Hvra aux Turcs ta tète d'Abd-el-njelii, elle auraiteu moins de combats à soutenir en Afrique.

ESPRIT DBS ARABES. 38S

soumettre un peuple commerçant ou cultivateur , que la plus petite tribu, parce que le commerçant et le cultivateur voient leur propriété placée comme un gage sous la main du conquérant , et qu'il suffit au nomade de quelques heures d'avance pour mettre à Tabri de tout péril ses troupeaux et ses tentes.

Une vigueur extrême, une promptitude sans égale, une sévérité impitoyable, des exemples terribles sont nécessaires pour contenir les nomades, et du moment que Vaction de l'autorité parait se relâcher ou se ra* lentir, le désordre recommence.

On croit parfois pouvoir gouverner les Arabes par la douceur, c'est le gouvernement négatif. En les traitant avec égard , en écoutant leurs avis, en cherchant à les persuader plutôt qu'à les contraindre, en subissant leurs caprices on se concilie leur amitié, mais l'amitié des Arabes n'est pas ce qui importe le plus à leur mattre. La rentrée des contributions se fait mal ou ne se fait pas; il n'y a pas de sécurité sur les routes, il n'y a qu'échange de compliments; on donne beaucoup pour n'obtenir que des promesses, on s'est abaissé sans profit.

Cette manière de gouverner ne convient donc ab* solument qu'à un prince trop faible {x>ur en pouvoir employer aucune autre, encore faut-il que ceux auxquels il délègue son autorité aient acquis une longue expérience des Arabes , possèdent une grande habileté et une patience sans limites.

Le seul moyen de gouverner avec les Arabes , c'est donc la force; c'est le seul vrai , le seul qu'une puissance sérieuse doive employer avec eux : ils s'y sou-

:i2i LES ABABBS.

mettent toujours et ne lui résistent, jamais longtemps j mais il faut que la force soit réellement la force.

Il faut tirer le sabre et en jeter le fourreau ; la répression du moindre délit doit être soudaine et exorbitante 9 Tattilude dédaigneuse, le langage menaçant. L'autorité doit être sans bornes vis-à-vis de gens qui ne reconnaissent aucune loi.

Il y a du reste des points stratégiques dont Toccupation garantit la soumission des nomades. On peut , comme en Algérie, pour n'en citer qu'un exemple, exclure les rebelles des marchés on se traitent d'ordinaire leurs échanges.

Le meilleur moyen de réduire les barbares à l'impuissance est d'en avoir des otages : nos ancêtres ne faisaient la paix qu'en prenant de leurs ennemis et en leur offrant des otages ; César en exigeait toujoui*s des peuplades qui demandaient à se soumettre.

La solidarité est la loi essentielle des sociétés barbares : exposer sans défense l'un des siens à la fureur de l'ennemi, ce n'est pas seulement un crime, c'est un éternel opprobre; c'est ainsi que les blessés et les morts ne peuvent être abandonnés sans honte sur le champ de bataille. De même que les Cosaques, les Arabes perdent-ils courage, ont-ils recours à la fuite, il suffit que l'un des leurs soit entouré par l'ennemi pour que tous reviennent au combat. Il faut que le désir de la paix soit bien vif chez eux pour qu'ils livrent un otage , et si le cours de leurs idées vient à changer, la présence de cet otage arrêtera toutes leurs entreprises. J'ai plus d'une fois eu l'occasion d'en faire

rexpérience, et je ne puis résister au désir de rappeler ici Tun de mes souvenirs de voyage.

Je venais d'atteindie un puits situé à peu de journées du Nil blanc 9 sur la route de Khartoum, et je m'y étais arrêté pour y passer la nuit et renouveler ma provision d'eau. Par un hasard fâcheux, mes seaux de cuir se trouvaient en mauvais état, et je me vis contraint de quitter ma tente et de remonter à dromadaire avec deux domestiques et un guide pour aller emprunter un seau semblable à un campement d'Arabes situé à environ trois quarls d*heure du puits. J'arrivai à ce campement à la nuit tombante; je fis appeler le cheikh et les principaux de la tribu ; je leur dis ce qui faisait Tobjet de ma visite, et les priai en mémetemps de me vendre quelques moutonsetdu lait : ils me répondirent qu'ils n'avaient rien de ce qui m'était nécessaire, mensonge évident, et m'engagèrent à retourner d'on je venais. J'insistai en vain, ils tinrent bon, et comme je n'étais pas en force , je ne pus que regagner le puits après leur avoir adressé quelques injures bien méritées. Un de mes domestiques était resté en arrière : je l'appelai en vain pendant quelques instants et je pensais déjà à envoyer à sa recherche quand je le vis reparaître , portant en avant de la selle de son dromadaire un magnifique mouton. « Où as-tu pris ce mouton? me hâtai-je de lui demander. — Je me sois écarté un peu , me dit-il, j'ai rencontré un Arabe qui conduisait ce mouton , et comme on avait refusé de nous en vendre , je l'ai pris.

— Et l'Arabe, repris-je, qu'a-t-il dit?

— n a voulu me résister, mais je l'ai jeté par terre,

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je Vai lié, je Tai suspendu par les pieds à uo arbre et je lui ai administré une correction qui servira pour toute la tribu, d

Cette violence inutile me déplut singulièrement; j'en fis de vifs reproches à mon domestique , mais comme il n'avait agi de la sorte que par excès de zèle, défaut toujours assez rare^ je ne jugeai pas convenable de le punir. J'étais loin cependant d'être parfaitement rassuré sur les suites de cet incident, et s'il m'eût été possible de partir immédiatement , je n'eusse pas hésité à le faire. Malheureusement on avait confié à ma garde des femmes turques qui criaient la fatigue; mes chameaux avaient besoin de repos et mon eau se puisait lentement dans une outre coupée et arrangée assez maladroitement pour la circonstance.

Le lendemain matin , une demi-heure avant le lever du soleil , on vint me réveiller et me dire que les Arabes arrivaient en grand nombre. Je sortis de ma tente , je vis qu'ils approchaient ; je fis charger les armes devant eux et leur criai de s'arrêter à cent pas. Ils s'arrêtèrent , formèrent un deroi*cerc]e et s'accroupirent sur le sable. En ce moment je vis arriver leur chef; il était à pied ainsi que ses administrés. Je l'appelai de loin et l'invitai à venir s'asseoir et parlementer avec moi , à une distance égale des siens et de mes serviteurs : il y consentit. En une seconde le plan que j'avais à suivre fut tracé dans mon esprit.

Nous nous accroupîmes l'un en face de l'autre , nos genoux se touchaient et je tournais le dos à ma tente. Je commençai à le complimenter à haute voix , à le

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saluer de la main , de façon à ce que lout le monde pût le voir, et écartant un peu le michlah qui couvrait ma ceinture y j'eus soin de ne laisser apercevoir qu^à lui un pistolet armé » dont le canon eOQeurait sa poi» trine, alors sans le menacer autrement que d*un geste rapide , je lui dis » de ma voix la plus douce : Ne viendras^tu pas dans la tente ^ mon frère?

Le geste produisit son effet, car le cheikh tressaillit, se leva, s*empressa de mettre sa main droite dans ma main gauche et de me suivre*

Dès qu'il eut franchi Feutrée de ma tente : Fais-moi le plaisir, lui dis-je, de congédier ces braves gens qui perdent ici leur temps; je leur sais gré de leur politesse , mais je ne voudrais pas la soumettre à une épreuve trop longue.

Se sentant pris au piège , placé entre moi et mes domestiques, le chef arabe fit contre mauvaise fortune bon cœur, et, se tournant vers les siens i Allezvous-en, leur cria-t-il, rentres chez vous; je suis chez un ami , chez un hôte , tout va pour le mieux. Ceux auxquels il s'adressait crurent Taifaire terminée et qu'il n'était venu dans ma tente que pour recevoir une compensation pécuniaire des sévices exercés la veille par mon domestique. J'avais même appelé ce domestique t afin de permettre aux Arabes de supposer que j'allais le livrera leur chef pour qu'un exemple en fàtfait. Le domestique avait parfaitement compris mon intention et afiisctait une inquiétude qui devait rassurer les Arabes ; aussi se levèrent-ils tous. Quelquesuns s'en allèrent , d'autres ne firent que s'éloigner un peu et reformèrent leurs groupes à quelque distance.

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Je donnai les ordres nécessaires pour le départ et fis asseoir mon prisonnier. « le crains, me dit-il , que tu n*aies mal interprété mes intentions; j*étais venu pour te saluer , je voulais famener quelques moutons.

— Tu as bien fait de les laisser au pâturage, lui disje ; ils seront plus gras quand je repasserai.

— Sois certain, reprit-il, que je te parle avec sincérité. Je suis ton ami ; je pourrais être ton père. Déjà tu m'inspires la plus vive sympathie , je voudrais te la témoigner; dis-moi ce que tu désires, j'irai à Tinstant te le chercher.

— Je serais désespéré , répliquai-je , de te voir te déranger pour si peu de chose; comment peux-tu supposer que je mette en doute tes sentiments à mon égard : nos relations sont récentes , mais notre liaison n'en est pas moins vive, les amis véritables sont rares; ' combien ne me serait-il pas cruel de me séparer de toi avant de t'avoir ouvert mon cœur, de t'avoir témoigné toute mon affection ? Tu ne voudras pas sans doute me soumettre à une épreuve si pénible ; aussi compté-je , pour une partie de la route , sur ta compagnie.

- Quel bonheur ce sera pour moi de te suivre ; puisque tu veux bien combler mes vœux en permettant que je le fasse , je vais de ce pas seller un de mes dromadaires, et je suis à toi dans un instant.

— N'en fais rien, je t'en prie; n'ai-je pas des dromadaires à ta disposition? Je vais t'en faire donner un qui est excellent; tu le monteras, et mes gens veilleront à ce que tu ne manques de rien. »

Je fis approcher alors celui de mes domestiques

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