‹ Le désert et le SudanChapitre 24 sur 43 · B8PM1T 018 ARABES · texte numérisé non relu

B8PM1T 018 ARABES

qui était cause de tout , et je lui dis à voix basse : « Le péril que nous avons couru ^ que nous courons encore, c'est à toi que nous en sommes redevables. J'aurais dA te livrer aux morsures de ces chiens y je t'ai protégé cependant, car je n'abandonne jamais qui me sert ; mais il faut que tu me viennes en aide. Tu vas faire seller pour cet homme celui de mes chameaux qui te paraîtra le plus fatigué, et une fois qu'il sera en selle tu marcheras à côté de lui avec un de tes camarades. Vous ne perdrez de vue aucun de ses mouvements, et tu lui laisseras comprendre que , s'il tente de fuir , tu le tueras. r>

J'eus soin , pour ne négliger aucune précaution , de faire hommage à mon hôte d'une culotte arabe fort étroileet d'une paire de bottes beaucoup trop petites. Je l'invitai à les mettre, mes domestiques l'y aidèrent et eurent soin de serrer si fortement par des jarretières son cheroual sur ses bottes, qu'il lui devenait impossible de les retirer. Accoutumé qu'il était à marcher pieds nus, il ne pouvait, grâce à cet accoufremenl , songer à mettre pied à terre pour s'enfuir. Tout se passa en conséquence comme je l'avais espéré ; il ne nous opposa aucune résistance : nous nous confondîmes l'un et l'autre en compliments ironiques.

Une fois en route , il marcha droit. Mes gens , qui veillaient sur lui , remplissaient de temps à autre un chibouk pour le lui ofTrir. La vue de ces attentions délicates , celle de son nouveau costume , suffirent à détourner en partie les soupçons des Arabes qui nous suivaient de loin. Je priais de temps à autre le chef

SSO LIS AlABW.

de leur crier de rentrer chez eux. Un grand nombre prit ce parti » soit qnMIs fussent plus rassurés , soit qu*iis craignissent , en recourant à une importunité plus menaçante ou à la violence, d'attirer sur leur chef de justes représailles. A la fin de la journée, ils avaient presque entièrement disparu. Quelques-uns se montrant encore à T horizon ^ je crus plus sage cependant de ne pas me déraire du seul otage qui fàt entre mes mains et que je gardai encore un jour et une nuit. Je me trouvai alors sur le territoire d'une autre tribu peu sympathique à la première. Mes éclai* reurs m'annonçaient que le désert était libre, ma petite troupe suffisait d'ailleurs à repousser ceux qui nous eussent suivis jusque*là.

Je renvoyai donc leur chef qui dut regagner à pied son campement. Le petit succès diplomatique obtenu par moi dans cette circonstance ^ me coiita d'autant moins cher, que le pauvre diable que j'avais joué de la sorte s'empressa , avant de me quitter , de rendre à mes domestiques les bottes dont je l'avais gratifié, et avec lesquelles il n*aurait jamais réussi à regagner ses tentes.

Toute aristocratie héréditaire, toute noblesse rentre dans Tune des trois catégories et peut se ramener à Tune (les trois origines qui suivent : La tradition ^ la religion , la conquête.

L'aristocratie hindoue des brahmes est religieuse ; Taristooratie curo|)écnne procède do la conquête; seule , peut-être , la noblesse arabe ne s'appuie que sur des traditions et sur des souvenirs nationaux.

La caste noble trouve dans la religion , qui Télève

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ESPRIT DfiS ARABES. ?^51

au-dessas da reste de Thumanité, un prétexte ootnmode à l'excès de son orgaeil, à la férocité de son despotisme. Élus de Dieu et exécuteurs de ses vo" lontés y quelques crimes que commettent les brahmes, le vulgaire n'ose les proclamer criminels et s'incline avec respect sur leur passage.

La conquête, de son côté, par le partage et l'occu' pation des terres des vaincus , donne naissance a une aristocratie essentiellement militaire , pleine de vigueur et d'audace, toujours prête à guerroyer, violente par caractère et que la nécessité de se maintenir par la force au milieu de populations hostiles rend plus farouche , plus sévère encore , tant que subsiste une apparence de péril.

L'aristocratie arabe est d'une toute autre nature. Procédant comme chez tous les peuples qui n'ont jamais été soumis et font peu de cas des théories religieuses de la tradition seule, elle n'a jamais eu pour elle ni l'autel ni le sabre. Son influence, dont l'origine se perd dans la nuit des temps , n'a jamais été ni plus ni moins considérable qu'elle ne Teist aujourd'hui. On la subit pi*esque toujours, mais elle nes'impose jamais.

Cette aristocratie est essentiellement nationale, car, non-seulement elle est toujours arabe, mais encore, dans chaque tribu, elle représente la lignée la plus directe, la descendance la plus incontestée du patriarche, dont la famille, en se multipliant, a formé la tribu. Le noble est toujours le parent du prolétaire, qui ne le reconnaît pour son chef qu'en vertu du droit d'atnesse , et que parce que le type primitif semble moins altéré chez le noble que chez tout autre.

Il lui déléguera donc le commandement de la tribu , la conduite des expéditions guerrières et, jusqu'à un certain point, Tadministration de la justice. Ta! dit ailleurs combien cette autorité était précaire et faible. Ce n'est , en réalité , qu'une influence dont la démocratie rejette souvent les avis, mais dont elle ne s'affranchit jamais entièrement.

Les Arabes, en effet, font le plus grand cas delà naissance. Un pacha n'est pour eux. qu'un mamelouk parvenu, et ils disent avec Salomon, qui était Arabe comme eux, « la terre tremblesons l'esclave qui règne, » « S'il ne convient pas à un fou de conduire des hommes raisonnables , combien moins ne convient-il pas à un valet de commander à des personnes de distinction ?» Me trouvant un jour avec un chef arabe , dont la famille possède en Syrie le fief de Racheia , depuis l'an 14 de l'hégire, je lui demandai lequel, à ses yeux , méritait le plus d'égards d'un pacha turc, bon musulman, ou d'un gentilhomme chrétien. Il suffit, me répondit-il, d'un imperceptible instant pour qu'un polythéiste et un idolâtre deviennent de saints musulmans, tandis qu'il faut des siècles pour faire un gentilhomme.

Cette réponse me frappa d autant plus que celui qui me la faisait était d'une grande dévotion et ne voyait en moi qu'un Algérien riche , venu en Syrie pour entreprendre le pèlerinage de la Mecque,

Que penses-tu de l'égalité? demandai-je un jour à un autre chef arabe. Crois-tu tous les hommes égaux? Sans doute , me dit-il , tous les hommes sont ég^ux comme les doigts de la main; et me montrant sa

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main nerveuse et fine : Regarde » me dit-il j voilà cinq doigts, leur origine est commune; ils ne peavent sans blessure grave être séparés, mais ies*uns sont longs, les autres courte ; si tous étaient semblables , je ne pourrais ni toucher, ni Frapper, ni prendre : sois sûr qu'il en est des hommes, comme des doigts de la main.

La généalogie des chefs arabes n'est pas du reste toujours tenue avec cet ordre merveilleux et cette rare exactitude qui caractérisent les généalogies allemandes. Souvent on y rencontre des lacunes, jamais il n'y a de pièces justificatives; le plus souvent, la mémoire supplée aux parchemins , mais cette mémoire est celle de tout le peuple, tandis que les parchemins ne sont , en général , consultés que par leurs maîtres.

L'ancienneté de certaines familles arabes est prodigieuse. Pour être admis, avimt 1 789, aux honneurs de la cour de France, il suffisait de titresremontantau delà de i 400, c'est-à-dire d'un peu moins de quatre centsde noblesse. En Orient , cependant , les descendants du prophète Mohammed sont nombreux, et si quelquesuns de ceux qui portent le turban vert des Alides ne justifient pas suffisamment celte prétention, on ne saurait, en tous cas, la contester aux chérifs qui gouvernent la Mecque.

On sait de plus que la généalogie du prophète est parfaitement établie jusqu'à Adnan, son vingt cl unième aïeul , sinon jusqu'à Ismayl , fils d'Abraham.

La famille du prophète est d'ailleurs loin d'être la seule qui puisse présenter de pareils titres. Presque tous les disciples du prophète, presque tous les prince

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arabes de son temps , presque toutes les familles qui occupèreut après lui le khalifat ont leurs repîésen^ tanis parmi les musulmans actuels.

L'Arabe regarde donc avec mépris le Turc qui le gouverne, l'opprime, le pille et le bat. Le Bédouin misérable et nu dédaigne le bien-être dont jouissent le cultivateur et le citadin; il se sent libre, et son orgueil se pavane dans des guenilles. Cest en vain qu'un paysan riche , un marchand , un officier turc lui demanderaient la main de sa fille , il ne la donnera qu'à un Bédouin, agile, fauve et crasseux comme lui.

Dans les villages peuplés à l'origine par des Arabes devenus sédentaires , le même sentiment se retrouve y il semble même que chaque village, comme chaque tribu, ait son rang nobiliaire bien marqué y sa place bien déterminée parmi les autres villages et les autres tii^ bus. Nous sommes plus que les fellahs , disent les bawaris d'Egypte , nous épousons leurs filles , mais nous ne permettrions pas qu'ils épousassent les nôtres. Rien ne distingue cependant le hawari si fier du fellah; Tun et l'autre , vêtus d'une chemise en haillons, s'exténuent à puiser, sous un sol^l ardent, l'eau qui fertilise l'Egypte ; tous deux dorment sur la paille dans des huttes de fumier, et disputent à la cravache de leurs maîtres la poignée de fèves ou de lentilles qui soutient à peine leur ^misérable existence.

Le même esprit d^exclusion se retrouve en Syrie. Au temps de la conquête de ce pays par Ibrahim-Pacha, un colond demande la fille d'un chef de village qui s'empresse de refuser : Chérif-Pacha, alors gouverneur de Damas, les appelle tous deux pour arranger Taf-

ESPRIT OBS AEABE9. SSft

faire : Pourquoi, dit-il au Syrien, refuses-tu ta fille à un homme élevé déjà en grade, qui sans douio sera bientôt pacha et recevra le gouvernement d'une pro* vince ou ie commandement d'une armée ? Je lui refuse ma fille, répond oelui-ci, pourpre d*indignalion et de colère , parce que le dernier chien de mon village est plus à mes yeux que le premier des Turcs* Cette sortie un peu trop vive fut suivie de la prison , et Ibrahim- Pacha aidant, le mariage eut lieu. Un autre otlicier turc de mes amis , se trouvant à la même époque à Jérusalem, demanda la main d'une jeune fille qui depuis longtemps avait perdu son père; la mère oon* sentit au mariage , mais les oncles de la jeune per* sonne, considérant cette union comme honteuse pour leur famille, y opposèrent uœ résistance que la toutepuissance d'Ibrahim-Pacha dut encore vaincre. Le mariage eut lieu, mais les oncles le qualifièrent de rapt: leur nièce ne fut plus à leui^ yeux qu'une étrangère, et depuis quatorze ans elle n'a reçu d'eux au* cune nouvelle*

Les Arabes, si exclusifs lorsqu'il s'agit d'autres Arabes ou de Turcs, sont loin de l'ôtœ au même de^ gré pour leurs esclaves : ceux ci , considérés comme des enfants d'adoption , font partie de la tribu ou de la communauté.

Il en résulte que l'esclave trouve souvent à se ma* rier dans la famille même de son maître. Je te servirai sept ans, dit Jacob à Laban, et tu me donneras ta fille.

On comprend, du reste, qu'il n'en est pas ainsi dans toutes les tribus ; celles dont l'origine est la plus pure , la plus noble , évitent avec soin tout mélange.

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Tandis que d'autres, par des croisements snccessifs et rintervention de plus en plus active du sang africain , ont perdu presque totalement le type arabe et ne diffèi^ent de la race nègre que par leur manière de vivre^ seul vestige de leur passé et seul héritage de leurs ancêtres.

Il n'y a pas , à proprement parler , de nom de famille chez les Arabes. Les Romains, le plus aristo* crL^tique de tous les peuples, avaient le nom de famille, le nom personnel, le nom d'adoption et le surnom. Nos pères , Gaulois , Germains ou Goths , ajoutant au nom banal que le christianisme leur donnait quelque nom de guerre, quelque sobriquet , parfois grossier, ou le nom d'une profession manuelle, ou celui d'un domaine conquis, les léguèrent à leurô descendants, qu'ils servirent à distinguer dès lors les uns des autres.

C'est là , on ne peut le nier , l'indice d'une civilisation assez avancée et qui ne se montre chez nos aïeux barbares que comme une réminiscence des conquêtes romaines. Aussi ne doit-on pas s'étonner s'il en existe à peine une trace confuse chez des peuples barbares comme les Turcs ou nomades comme les Arabes.

Chez ces derniers , le nom de la tribu ou celui de la ferka en tiennent souvent lieu. C'est aipsi que l'on dira, par exemple, Mohamraed-el-Ameri (Mohammed des Béni- Amer), Khaledel-Anezi (Khaledl'Anezi). Mais si cette appellation snfTit à les désigner lorsqu'ils se trouvent loin des leurs, on sent qu'il n'en serait plus de même au sein de leur tribu ;

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dès lors c'est un surnom , rarement hcrédiluirc, qui distingue quelques-uns d'entre eux, tandis que d'autres ajoutent à leur nom celui de leur père, et souvent même de leur grand-père et de laur bisaïcuL

L'histoire des Arabes comme celle des Juifs est pleine de ces noms qui ressemblent à une généalogie^ et dont la répétition constante est on ne peut plus fastidieuse pour le lecteur européen.

Souvent aussi dans la conversation , surtout en lui adressant la parole et pour peu qu'on désire le flatter, on désigne un Arabe par le nom de son fils atné, en* l'appelant père d'un tel , père de Mohammed y père d'Ali.

Ce mot de père, Abou, intervient aussi dans les so* briquets. On appelle Père de la barbe, celui dont la barbe est très-longue ; Père de la lance, celui qui s'en sert avec adresse et avec courage.

Les barbares empruntent d'ordinaire leur nom soit aux. objets qui les entourent, asti es, animaux ou plantes, soit aux adjectifs dont l'acception est la plus heureuse. Il en était particulièrement ainsi chez les anciens Arabes. Hareth, signifie le lion, Atard, mercure, Zohra, Venus, Ali, le haut, Mohammed, Ahmed, Mahmoud , Hamid, sont des formes diverses du verbe hamada (il a loué), et signifient en conséquence le louable , le loué , etc.

Les Grecs des temps héroïques donnaient parfois à leurs enfants des noms propres à rappeler les événements qui avaient signalé leur naissance. Autolycus donne à son petit-fils le nom d'Ulysse (l'irrité), en mémoire de son courroux.

M'occupant des Arabes , jri ne puis omettre d'in* diquer ici un passage de la Bible qui montre qu'il en était de même chez ceux de ces pasteurs dont la race est depuis devenue si célèbre et a expié sa gloire par tant de revers.

Dans le chapitre XXX de la Genèse ^ Rachel donne à chacun des enfants de Jacob ^ source des douze tribus , des noms qui rappellent l'état de son âme et ses pensées au moment de leur naissance. Ce chapitre est malheureusement trop long pour quMl me *soit permis de le transcrire icL

Depuis rislamisme, les Arabes, comme tous les musulmans, ne portent plus guère que les noms illustrés par la sainteté des prophètes ou des principaux disciples du plus grand d'entre eux. Ils s'appellent Saieliy Ibrahim (Abraham), Moussa (Moïse), Daoud (David), Soleiman (Salomon), Aïssa (Jésus) (1), Mohammedy Ali, Abu-Bekr^ Omar, Osman, Amr, Khaled, etc«, ou, adoptant les attributs do ces saints per-

(i) Ces noms bibliques sont paiement portés en Orient par les chrétiens qui portent même souvent celui de Jésus« et par les Israélites (â Texception bien entendu de celui que je viens de citer) ; mais les Turcs, pour se distinguer des rayas, prononcent ces noms d*une façon différente, suivant qu*lls désignent un des leurs ou un infidèle. C^est ainsi que pour un musulman le nom de Joseph se prononce Youssouf et pour un chrétien Youssef , etc. De plus, les Turcs, par respect pour le prophète, ne prononcent pas son nom lorsqu'il est porté par d'autres individus, Mohammed, mais Méhémet Les Arabes ne connaissent pas cette distinction, c'est pourquoi je ne m'y conforme pas dans cet ouvrage et que je dis par exemple Mohammed-Ali comme les Égyptiens , au lieu de Méhémet Ali comme les Turcs.

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sonnages, Khalil le ohéri (Abraham), Mustapha, Émin, le généreuic ^ lé fidèle (Mohammed) , Badiq , le sincère (Abou-Bekr), etc. ; ou, enfin, faisant précéder le nom de Dien Ou ses attributs du mot Abd , serviteur , ils s*appeltent Abd<-AIIah (serviteur de Dieu), Abd-el- Kerîm (serviteur du généreux), Abd-el-'Aziz (serviteur du bien-aimé), Abd-er-Rahim (serviteur du clément), et, même encore, Abd-en-Nebi (serviteur du prophète).

Quant aux tribus et à leurs subdivisions, elles s'intitulent généralement du nom de leur premier père ou du plus illustre de leurs aïeux. Tels sont les Israélites, appelés également Hébreux ou enfants d*Heber , divisés en fils de Lévi, fils de Juda ; tels sont encore les Beni-Amer d'Algérie, les Oulad-Omar du Sénégal, les Oulad'Rachid du Waday , les Beni-Djerar du Darfour, les Oulad^Âli d'Egypte , les Beni-Sakhar de Syrie , etc. iyauU*e0 portent un surtiom qui, le plus souvent, rappelle leurs fonctions pastorales. Je citerai les Maâzi (chevriers) d'Egypte, les Kubabich et les Baggara (bergers et bouviers) du Gordofan , les Béni- Fahem (enfants du charbon) de l'Hedjaz, qui vendent beaucoup de charbon , etc.

J'ai montré le nomade et surtout le tiomade arabe hostile à tout gouvernement, réfractaire à toute loi, n'obéissant qu'à son caprice et ne se soumettant à la forée que quand il ne peut en fuir l'étreinte. Ce sauvage, qui dédaigne la fortune, méprisait Darius et Alexandre , Ghosroès et César , se moque des Turcs et résiste à nos troupes, s'inclinera-t-il devant un Dieu redouté , écoutera-t-il la voix de ses prêtres, sol-

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licitera*t-il leurs oracles» se soumettra-t-il àleurs décisions y fréquentera-t-il leurs temples et enrichira-t-il leurs autels ?

L'Arabe est enthousiaste , dit-on , et Tinstinct poétique qui ranime et Tégare doit le mndre éminemment religieux; il doit être crédule, superstitieux , exalté, fanatique.

Erreur profonde ; l'Arabe est naturellement et par essence le plus sceptique et le plus irréligieux de tous les nomades. On suppose les nomades superstitieux, ils sont indifférents y plus indifférents que nous en matière religieuse, et cette loi est générale. Leur i*eligion, quand toutefois ils en ont une, est le monothéisme; à peine trouverait-on un exemple du contraire : il y avait , dit-on , bien avant Tislamisme, des idoles à la Mecque, à Médine , à Tayif ; sans doute, mais la Mecque, Médine et Tayif étaient des villes , et leurs habitants n'étaient devenus idolâtres qu'en cessant d'être pasteurs. Les Arabes de la tente effectuaient medira-t-on le pèlerinage de la Mecque: dites qu'ils allaient y vendre leurs chevaux, leurs moutons; y conduire des caravanes , y lire des vers et s'y divertir. Je ne puis croire que la dévotion les y amenât alors. La Mecque est devenue depuis le centre de l'islamisme; les Arabes du désert ont, de gré ou de force, adopté cette religion, et cependant c'est à peine si parmi ceux qui accomplissent les rites du pèlerinage, on distingue quelques Arabes. Il en est qui, chaque année, viennent planter leurs tentes sous les murs de la ville sainte, et qui meurent à quatre vingts ans sans avoir jamais eu l'idée d'em-

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brasser la pierre noire et d*efiectuer les tournées prescrites par le Coran et indignées par le Prophète comme une des conditions de la récompense céleste. Le Persan , le Criméen , le Turc , traversent la moitié de TAsie ; le noir du Sénégal affronte un voyage de deux années pour adresser à Dieu leurs ferventes prières dans le premier sanctuaire de Tislamisme; le Bédouin ne fait pas vingt pas et ne dépense pas un quart d*heare pour assurer son salut et accomplir un devoir auquel l'exemple de tant de peuples Tinvite à chaque instant.

Ce n'est d'ailleurs même pas auprès des villes qu'il faut juger le nomade; le Bédouin d'Algérie , entouré de toutes parts de villes florissantes et de champs cultivés, n'ofi^ qu'une image affaiblie et décolorée de ses aïeux : c'est une sorte de métis à moitié nomade, à moitié paysan ; son vêtement est compliqué, il s'arme d'un fusil , il lui faut une selle pour monter à cheval , il possède des dattiers ou ensemence la terre. Si vous voulez étudier l'Arabe, ne l'étudiez pas sur ce Bédouin que vous devriez nommer fellah : cherchez le type primitif, vierge et vrai du pasteur antique en Arabie, dans le désert des Anèzi ou dans le Soudan ; vous n'y trouverez ni iman, ni muedden, ni derviche, ni marabout , ni Coran , ni catéchisme.

Je voyageais dans le Soudan avec un secrétaire égyptien ; parfois nous réclamions le soir l'hospitalité du désert, je le priais de chanter comme les mueddens du Caire , l'appel à la prière : l'étonnement des Arabes nous amusait beaucoup. Que chante-t-il, venaient-ils me demander; qu'est-ce que cela veut dire?

C'est l'appel à la prière, leur dla&is-jei ne ravez^vous jamais entendu nulle part ? — hmw^ — l^s^-ce que vous ne prie? p^s ? —Nous m le pouvons pas, Teau est rare chçi nous et les ablutions m demandent beau^ coup, — 'fJe pouvez-vous donc pas lespr^itiqaoravecle sable, c'est ponr vous que l§ Prophète a institué le teyemmum ; voyleas-vousqueje vous le fasse oonnattre? — Ce n'est pas la peine, nous sommes d^s Arabes, nous ne sommes pas des saipts*

Parcourant la Syrie , il m'arriva de passer un jour devant un Arabe qui déjeunait de fort bon appétit et m'invita è prendre ma part de ^on repas» Nous étions en ramadhan et je Iqi en Qs l'observation. Dieu ^ lui dis-je n'a4-il pas ordonné de jqûner pendant ce mois béni? Je ne l'ai pas entendu ^ me répondit^iK Mais, ajou(ai-je, c'est écrit dans le Coran. Bah! fit-il, je ne sais pas lire. Ce n'est qn'un fait i^olé sans doute, mais il fait voir quel est l'esprit des Arabes et combien leurs paroles sont libres, Il y a dans les villes musulmanes bien des gens qui s'affranchissent du jeûne , mais il n'en est psis un qui osât le faire publiquement ou Tavoner môme à ses plus intimes amis, I^a loi d'ailleurs est sévère à cet égard; celui qui; par exemple, boirait publiquement du vin pendant le temps du jeûne , serait passible de la peine de mort«

L'indifférence que montrent pour la religion les Arabes, leur a mérité les critiques sévères des tbéo^ logiens musulmans, et quoique le Prophète soit né parmi ce peuple , ils le considèrent en tant que nomade commQ inférieur à tous les autres , et disent par exemple, qu'un citadin ne doit pas faire sa prière

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SOUS la direction d*un Arabe, parco qae, au double point de vue de la doctrine et de la piété , le dtadin e$t toujours supérieur à TArabe.

Lorsque Mohammed, voulant appeler à sa doctrine les principaux de sa tribu , leur offrit un repas et chercha ensuite h leur exposer sa mission, ils ne le traitèrent pas d'impie et de sacrilège, mais ils se mirent à rire et s'en allèrent. On sait qu'Ali , qui dans cette circonstance prit son parti , avait été élevé par lui et n'était encore qu'un enfant*

Plus tard, lorsque le prophète récitait le Coran, Nadbr, fils de Hareth , disait aux coreyschites i Mo* hammed ne vous apporte là que des rêveries inventées par les anciens. Cherchant à convertir les Beni-Thakif , il est interrompu par Tun d'eux qui lui demande : Dieu n*a-t^il donc pas trouvé d'autre en« voyé que toi ? et par un autre qui lui dit : Certes je ne veux jamais discourir avec toi , car si tu es Tenvoyé de Dieu , tu es un trop grand personnage pour que je réplique à tes discours ; si tu mens contre Dieu , il ne me convient pas de t'adresser la parole (1).

Leur incrédulité se révèle à chaque page du Coran. Nous sommes envoyés auprès de vous, disent les prophètes ; et les Arabes répondent : vous n'êtes que des hommes comme nous; le Miséricordieux ne vous a rien révélé, vous n'êtes que des imposteurs (S. XXXVI, Ye sin).

(1) Vie de Mokanmed^ par Aboa-«l-Feds« traduetlOD de M. Noal Desvergers.

Et quand on leur disait : convertissez-* vous comme les autres peuples ; ils répondaient : est*ce que nous nous ferons musulmans comme les imbéciles? (S. Il, El bagara).

Quelques-uns feignaient cependant d'embrasser le nouveau culte. Quand ils rencontraient les musulmans , ils leur disaient : nous sommes croyants : mais quand ils retrouvaient leurs tentateurs (les ennemis du prophète) , ils disaient : nous sommes avec vous, nous ne faisions que nous moquer d'eux. (Ibid.)

On doit reconnaître que parmi les Arabes du moins, rislamisme n'a dû son tardif succès qu'à la guerre, dont il devenait Tocca^on ou le prétexte. Le Bédouin prenait plaisir à entendre réciter les versets si harmonieux du Coran , parce qu'il lui semblait voir sortir de ce livre un paradis réel de ghazwas et de con* quêtes. Les premiers disciples du prophète discutaient peu sur le dogme , mais se disputaient beaucoup entre eux quand leur maître partageait le butin; ceux qui se croyaient oubliés abandonnaient sans honte et sans remords le camp et la religion de ce prophète , qui ne pouvait arriver, quoiqu'il fit , à satisfaire entièrement l'avidité des siens.

Si d'ailleurs l'on se rend bien compte de ce qu'est l'islamisme ; si l'on envisage sous sou véritable point de vue ce dogme si simple dont le monothéisme est la base, on reconnaîtra qu'il était difficile de trouver une religion plus appropriée au génie arabe ou qui , pour parler d'une manière plus exacte , s'en écartât moins. C'est en quelque sorte la religion rudimentaire : les nomades pouvaient sans trop de difficulté en adopter

le dogme , sauf à n'en pas suivre très-exactement les préceptes. Le christianisme, plus compliqué , n'eût évidemment pas réussi de même ; le désert le repoussait, tandis que le monde grec et romain devait l'adopter avec enthousiasme.

Un peuple colonisé est d'abord idolâtre : quand il n'est pas polythéiste dès le début , il le devient du moins par la suite. Comparant le gouvernement de l'univers à celui de la cité, il en fait une république, une oligarchie qu'il surcharge de magistrats, de gardiens, de puissances de tout genre, dont le nomade ne trouve pas le modèle sous ses tentes. Rien de plus semblable en effet que l'Olympe et le gouvernement delà société païenne : l'un était calqué sur l'autre, et sans nul doute c'était la terre qui avait servi de modèle. L'imagination des Grecs avait rendu poétique et charmante cette mythologie, dont te ca* ractère était plus sévère chez les Égyptiens , chez les Hindous ; plus farouche et plus sinistre chez les Scandinaves, les Germains, les Gaulois. Partout les peuples colonisés sont polythéistes : une civilisation trèsavancée ne suffit pas à les en préserver ; d'ailleurs cette civilisation nage à la surface d'une nation et ne la traverse guère. Épicure riait des dieux , et César ne croyait pas à Jupiter , dont il était cependant grand prêtre. Mais à côté de ces hommes éminents, à la porte de leurs vestibules et sous le chaume de leurs métairies , grouillait une multitude infime et imbécile qui n'avait jamais soupçonné qu'on pût mettre en doute les dieux d'Homère. C'étaient les paysans , pagmij véritables païens de tous les siècles et de tous les

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pays à la portée desquels il faut mettre la science pour eu faire des boiumes.

Tandis cependant que les peuples les plu$ avancés et les plus sages élevaient des milliers de temples à des dieux plus nombreux encore , les Arabes repous-* saient avec la même énergie le polythéisme et la civilisation. L*histoire nous les montre à de longs inlorvoiles 3ecouant leur indifférence ordinaire pour protester avec une sauvage énergie contre les fictions de ce polythéisme qu'ils abhorrent , et que leur philosophie naïve, mais vraie , leur montre sous son vrai jour. — C'est Racbel dérobant les idoles de Laban, c'est Moïse dé&ant celles de Pharaon , entraînant sou peuple loin des temples de Memphis et lui répétant dans le désert ces mots que lui dictait le désert , cet oracle qui avait été la religion d'Abraham : CÈUrnel notre Dieu est le seul Étemel (Deut., 4); tu no lui élèveras point d'images, car lorsque C Eternel vous parla du milieu du feu ^ vous entendiez bien une voix qui vous parlait , mais vous ne voyiez aucune forme , vous entendiez seulement la voix (Deut., ^2). C'est Mohammed qui brise les idoles de la Mecque et s'écrie : la vérité est venue, que le mensonge s'écroule; qui résume dans ces paroles du Coran toute la théologie de la tente: a Dis qu'il n'y a qu'un Dieu, le Dieu éternel, qui n'engendre pas el n'est pas engt?ndré, n'a point d'associés ni d'égaux, » (S. CXII, Ëliklass.)

C'est le Wahabite Ibn-Saoud enfin, qui, révolté du culte que les musulmans des villes , les Turcs sur* tout, rendent au prophète , quitte ses montagnes du Nedjd, la profession unitaire à la bouche, dévaste les

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saints tombeaux de Médine et entreprend sans grand succès à la Mecque la réforme de rislamisme.

Cette tendance est constant^ dans ce qu'on est convenu d'appeler la race sémitique; on la retrouverait chez tous les nomades { mais, chose étrange, les peuples unitaires, même alors qu'ils se fixent, quoique supérieun» à tous les autres par leur théorie religieuse, atteignent rarement un haut degré de civilisatiout Les Israélites , par exemple , étaient fort au*dessQus des Grecs, et l'on pourrait citer bien des races polythéistes qui de nos jours montrent plus d'aptitude et d'intelligence que les Egyptiens ou les Turcs.

L'indifférence irréligieuse des Arabes les rapproche des Européens. Un même esprit d'indépendance poli*tique anime aussi les jins et les autres : l'Arabe est libre, et l'Européen, libérai déjà dans sa patrie, ne reconnaît plus en Orient que l'autorité protectrice de ses ambassadeurs ou de ses consuls ; tout eq fuyant la mosquée il ne fréquente pas beaucoup l'église : le nomade, qui s'en aperçoit bientôt, conçoit pour l'Européen dont le caractère indépendant ressemble à sa propre turbulence , une grande estime, une vive sympathie.

On comprendra de plus que de tous les Européens, le Français est celui qui, par sa manière d'être et d'agir, plaira le plus aux nomades. Le Français, d'ailleurs, possède une qualité précieuse i s'il n'est que trop souvent porté à déprécier et à tourner en ridicule ce qui de prime abord choque ses idées et ses habitudes, on doit reconnaître qu'il n'est pas de peuple qui adopte avec plus d'empressement les cou-

tames étrangèreâ , fraleroise plus facilement avec les autres races, et se soumette plus volontiers à ce qui excitait d'abord sa surprise et son hilarité.

Tel peuple est orgueilleux, tel autre cruel, le Français seul peut -être est bienveillant et amical sans cesser d*étre fier et sans rien perdre de sa franchise. Aussi lui suffit- il de passer quelques jours sous la tente des nomades pour être considéré par ces derniers comme un ami et un frère. Les Arabes aiment Targentdes Anglais et saluent quelquefois la cravache des Turcs ; mais il n'y a guère, j'ose le dire, que le Français qu'ils puissent aimer pour lui-même. Il est bien évident que je ne parle pas ici de l'Algérie , où le Français se présente en mattre et en vainqueur sous l'uniforme du soldat ou celui 'du gendarme ; mais de toutes les contrées gouvernées par les Turcs ou des princes indigènes, où l'Européen n'est qu'un étranger, qu'un voyageur ou qu'un marchand.

Je citerai un Français , M. Thibaud, qui depuis une vingtaine d'années est établi dans le Cordofan , où il est connu sous le nom d'Ibrahim. M. Thibaud, adonné au commerce de la gomme, eût pu faire une brillante fortune s'il n'eût pris l'habitude de dépenser de suite ses bénéfices annuels. Sa manière de vivre à Lobéïdh, centre du Cordofan , est plutôt celle d'un puissant chef arabe que celle d'un négociant européen. Chaque soir des Bédouins , dont le nombre s'élève parfois à soixante et quatre-vingts , viennent réclamer sa généreuse hospitalité. Ses serviteurs égorgent, selon l'occasion, quelques moutons, un bœuf, une chamelle ; d'innombrables pots de merissa sont placés

ES1*HIT DKS AlUliES. ôii)

devant les convives; de grands feux s*allunienl dans les cours ; la viande fume et se crispe autour du Toyer ; la pâteuse asida bouillonne et gémit dans les marmites; bientôt M. Thibaud se présente, adresse quelques compliments à ses hôtes et jette un regard sur ce repas dont le festin des prétendants décrit par Homère dans l'Odyssée semble avoir fourni le type et le modèle.

Je me trouvais dans le Cordofan lorsqu'arrivèrent chez lui, conduisant cinq chamelles grasses, quelques Arabes délégués auprès de son harem par une ferka ou subdivision de la tribu desKubabich ; en apercevant leur ami Ibrahim ces Arabes témoignèrent un grand étonnement, poussèrent des cris de joie, s'embrassèrent les uns les autres, commencèrent à le tàter, à le palper, comme pour s assurer que c'était bien loi qu'ils avaient sous les yeux. Qu'avez-vous donc? leur demanda M. Thibaud, fort intrigué de ce manège. Que le maître de la vie et de la mort soit béni , répondit Tun d'eux ; le bruit avait couru parmi nous que tu avais péri , et nos pauvres tentes s'étaient réunies pour envoyer ici ces cinq chamelles, que nous destinions à être immolées sur ta tombe. Ccftte lettre , que nous portions à ton harem , t'en instruira du reste mieux que nous.

Voici à peu près ce que disait cette lettre, écrite dans un style baroque mais qui était réellement la voix du cœur, par quelque savant de la tribu.

« Nous avons appris que notre ami Ibrahim, celui qui était notre père et notre soutien contre nos ennemis , celui dont nous avons mangé tant de fois le pain

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et qui a si souvent dormi sous nos teutes , était mort. Nous nous sommes écriés : Pardon , ô mon Dieu; éloigne de nous ce malheur; prends plutôt nos enfants et épargne notre père. Mais Dieu est le maître suprême, et nous ne sommes que de pauvres gens. Nous avons donc confié cinq chamelles à Tun des notices 9 afin qu'il les remette à vous, le harem de cet homme généreux , et pour que le sang de ces victimes coulant sur sa tombe rende témoignage du souvenir que nous gardons de lui. — Et que te salut soit sur vous et sur la maison vide de notre père. >

C'est fort bien ^ leur dit M. Thibaud , et je vous suis très-reconnaissant de votre amitié pour moi ; mais vous voyez que, Dieu merci, je ne suis pas mort, et que j'espère vivre encore longtemps. Gardeas donc vos chamelles, et après vous être reposés chez moi, ramenez-les à leurs pâturages.

Nous les avons données , reprirent les Arabes, reprendrons-nous ce que nous avons donné ; sommesnous des paysans ou des Turcs (I)?

L'argument était sans réplique. M. Thibaud donna un grand repas dont les cinq chamelles firent les frais, et qui célébra ainsi par anticipation ses funérailles.

Dans la lettre que je vims de citer les Arabes appelaient M. Thibaud leur père et leur soutien contre leurs ennemis. C'est qu'en eflfet ^ opprimés qu'ils sont

(1) AUX yeux d'un Arabe « un Turo est toujours un homme rapace , avire , cruel et Iftche ; c*est 0on ennemi naturel et il lui prête tous les vices, le Turc, de son côté, traite TArabe de brute, de sauvage, et dit que c'est un chien aux aboiements duquel il ne faut pas faire attention.

. ESPRIT DBS àKàBES. 351

par les Turcs , sans cesse en querelle avec ces derniers ^ dont Tavidité les écrase d'impôts ^ ils ont dft se choisir un intermédiaire ^ un ministre, un consul qui, près de rauforité, défendît leurs droits, fit valoir leurs intérêts : or cet intermédiaire est un Français , c'est leur père Ibrahim.

H y a quelques années, Mustapha-Pacha, étant gouverneur du Cordofan, l'éventualité d'une guerre avec le Darfour excita les craintes du gouvernement égyptien. Les Arabes reçurent Tordre de réunir et d'amener à Lobéïdh les contingents do cavalerie qu'ils sont tenus de fournir en temps de guet re.

Le grand chef des Arabes Eubabich , la plus puis* santo tribu du Cordofan, Salem, arriva bientôt à Lobéïdh suivi d'une nombreuse cavalerie. Sa première visite devait être pour le pacha ; aussi se présenta-t-il tout d'abord dans son divan ; il eât été naturel qu'il lui demandât l'hospitalité , l'usage et les convenances le voulaient ainsi; mais à peine s'était-il assis, qu'apercevant son ami Ibrahim auprès de lui , il le salua et lui dit : Je descends chez toi , mon frère.

Blessé de voir décliner ainsi son hospitalité, Mus tapha , se penchant à l'oreille de Salem , lui dit : Ne sais^lu donc pas que c'est nn chrétien; comment pem^ta appeler un chrétien ton frère? — En ce cas, s'écria le chef bédouin de toute la force de ses poumons, plût à Dieu qu'il y eût beaucoup de musulmans qui valussent ce chrétien-là. — Il descendit chez notre compatriote et lui disait le soir : La guerre est imminente entre le Darfour et les Turcs; peutêtre les Turcs seront-ils chassés de ce pays; ne

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compte pas sur eux ; mais que les Turcs soient vainqueurs ou vaincus, les Kubabich n'ont rien à craindre; fie- toi à nous , si la guerre éclate , viens vivre sous nos lentes; quelque chose qui arrive tu seras Tfaôte de Salem, et trente mille Kubabich se lèveront pour ta querelle. La guerre n'eut pas lieu, les contingents furent licenciés après quelques jours d'attente, mais Salem emmena M. Thibaud , le garda avec lui pendant deux mois, le traita généreusement et ne le laissa partir qu'après lui avoir Tait accepter plusieurs charges de gomme et d'ivoire.

Un ingénieur français dont le nom est bien connu, et qui a rendu à l'Egypte d'éminents services, fut envoyé par Mohammed-Âli dans le désert des pasteurs bychara pour y chercher des mines, dont ce prince avait supposé l'existence, et sur la richesse desquelles il se faisait les plus brillantes illusions. Cet ingénieur fut pendant plusieurs mois l'hôte des Bychara dont il devint l'ami , et qui le regardaient comme un frère. Il put en toute liberté parcourir le pays, explorer, visiter, fouiller, et ne regagna TÉgypte qu'après avoir acquis la conviction que le rêve de Mohammed- Ali était irréalisable. Mécontent de ce résultat , Mohammed-Âli résolut de diriger de ce côté de nouvelles recherches ; il en confia le soin à un Turc, auquel il associa du reste un ingénieur allemand. Cet allemand fut voir notre compatriote, lui demanda quelques conseils et en obtint une lettre pour les Bychara.

I^iCS nouveaux explorateurs atteignirent après un assez long voyage le théâtre de leurs travaux , mais un obstacle qu'ils n'avaienl pas prévu les y attendait:

Gl'£RE£S DES ARABES.

les Bychara leur déclarèrent nettement qu'ils ne mettraient pas le pied chez eux. L'ingénieur allemand pensa alora à la lettre dont il s'était pourvu et la fit passer sous leurs yeux ; à peine en eurent-ils prié connaissance qu'ils lui dirent qu'il était, quant à lui, libre d'aller et de venir, de parcourir et de visiter leur pays, mais que pour le Turc qui l'accompagnait, s'il tenait à sa vie , il ferait bien de ne pas dépasser de vingt pas les piquets de sa tente. Le Turc se tint pour averti et borna ses recherches au sol de sa prison ; quanta l'Allemand, il les étendit davantage sans beaucoup plus de succès, et le gouvernement Égyptien les rappela bientôt l'un et l'autre.

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