HISTORIQUE DU COMHSBCB DU SOUDAN
Placée à Tavant-garde de la civilisation , surchargée de conquêtes sans cesser d'en rêver de nouvelles, la Grande-Bretagne prodigue sans regret aux grandes entreprises et ses trésors et le sang le plus pur de ses enfants.
Le courage de ceux-ci ne lui fait jamais défaut : en vain la mort les menace , en vain la tombe s'est ouverte pour leurs devanciers , pour Houghton , pour Park, pour Laing, pour Hornemann , Ritchie, Toole, Oudney, Glapperton et tant d'autres , les volontaires ne manquent pas ; Ricbardson se présente et succombe à son tour, d'autres vont le remplacer, car leur sacrifice ne sera pas sans gloire, et ils peuvent , avec Bnrns, dire à la mort :
Thou strik'st the duU peasant, he sinks in the dark,
Nor saves e'en the wreck of a naine ; Thou strik^st the young hero— a glorious mark I
He falls in the blaze of his famé !
Mais, malgré sa persévérance, la Grande-Bretagne n'a encore obtenu que bien peu de résultats , et il est facile d'en apprécier la cause.
Outre de l'audace qui l'entraîne, il faut à l'explorateur du monde africain bien des connaissances, qui, prises isolément, sont rares ; et qui, réunies, ne se rencontrent guère. Combien peu de ces voyageurs, par exemple, ont parlé la langue arabe, connu l'islamisme, possédé ces notions vulgaires d'hygiène, sans l'observation desquelles l'habitation de la zone torride devient un péril de toutes les heures !
Des hommes éminents par leur mérite et leur cou-
544 ^ COHHERCE DU SOUDAN.
rage peuvent triompher cependant de bien dea obstacles et s'engager avec succès dans des régions en^ tièrement nouvelles pour eux, dont ils dédaignent d*en^ployer le langage et d'étudier le culte : Denham en fournit une preuve bien rare, et j'attribue avant tout Tadmirable succès de son expédition à ce que lui et les boounes qu'il s'était adjoints avaient passé par l'école des armes , celle de toutes les carrières qui façonne le mieux et trempe le plus vigoureusement les âmes.
La Grande-Bretagne a adopté comme base de ses opérations la régence de Tripoli, et entretient dans le Sahara des agents commerciaux à Gbdamès et à Morzonk.
AiUdo rrank pir le Mut, - KtOàm finb pir le SeMu. - Mûn fil ^nm s7 Jobidre |ir la mt, — ProTenicci to UT et ëe riirepe.— Ki^ ^pM lar le coDinerce dans le Sondaji.
Le commerce spécial du Maroc , des régences barbaresques et de l'Egypte , avec l'Europe , est trop connu pour que j'aie à l'examiner dans ce travail.
J'ai rendu compte, dans ce qui précède, des faits
relatifs à la traite des noirs ; je n'ai donc plus à m'en occuper.
Il me reste à faire connaître le commerce du Soudan et celui du désert ; je m'efforcerai , en ne m' attachant pas à tous ses détails , en ne faisant môme envisager à mes lecteurs que quelques-uns de ses points de vue les plus généraux, de donner à ce sujet toute la clarté dont il est susceptible, et de réduire les données principales que son étude m'a fournies à quelques formules très-simples, propres à se graver facilement dans la mémoire.
La partie septentrionale du désert fournit du sel , recueilli à la surface des lacs salins du Belad-el-Djérid ou sur le littoral du golfe de la Syrte , littoral qui fait évidemment partie du désert.
Du soufre, exploité particulièrement dans le voisinage du golfe dont je viens de parler.
Du natron, plus abondant du côté de l'Egypte, et quelques autres substances minérales telles que l'alun.
De la laine et des peaux, principalement des peaux de chèvre y employées à la confection des outres (guerbas) ou à la fabrication du maroquin.
De la cire et tiue gomme de basse qualité.
La partie méridionale du désert fournit:
Du sel gemme , provenant en quelques endroits de carrières, mais recueilli surtout à la surface des lacs salins, si nombreux aux alentours deBilma.
Quelques autres substances minérales , des peaux de bœuf et de chèvre.
Des plumes d'autruche; la partie seplentrionnlc du
5i(> COMIIBRCS DU SOUDAN.
désert en fournit aussi , mais en quantité moins considérable.
Dq séné, recueilli sur la limite même du Soudan.
Toutes les oasis du désert fournissent des dattes.
On en retire quelquefois des grains, principalement du maïs , du sorgho , de Torge.
Cest dans le voisinage des oasis que le sel ou le natron sont recueillis ; c'est également dans leur voisinage que paissent de nombreux troupeaux de mou* tons, de chèvres, de chameaux ou de bœufs.
L'Europe ne reçoit du désert ni sel» ni dattes, ni peaux, ni laine ou du moins n'en reçoit qu'occasionnellement quelques-unes de ces denrées. Elle se fournit de laine dans le Rif , et l'on conçoit par exemple que la consommation des dattes , en Europe , ne peut pas donner lieu à des échanges bi(m étendus.
Les populations qui habitent ou parcourent la partie septentrionale du désert, échangent, comme on le sait , la laine de leurs troupeaux et les dattes de leurs oasis contre les grains et les produits manufacturés du Rif.
Les villes de Tunis, de Eerwan et une portion de l'Algérie , fabriquent avec la laine du Rif ou celle du Sahara, des burnous, des couvertures, des chéchia (fez, tarbouch ).
Le Maroc excelle dans la préparation des cuirs , la confeclion des chaussures; il travaille la laine moins bien que Tunis, et Tunis travaille moins bien la peau.
L'industrie de l'Egypte est assez avancée, ce pays livre surtout aux Africains des cotonnades de qualité inférieure et quelques lainages.
ARTICLES OFFERTS ET DEMÀlfBÉS PAR LE SOUDAN. 547
Les habitants de la partie méridionale du désert récoltent moins de dattes et les consomment en grande partie eux-mêmes; ils échangent le sel gemmé recaeilli sur lemr territoire et les produits de leurs troupeaux, contre les grains du Soudan: le sorgho , le dokhn , une espèce de riz.
Les plumes d'autruche^ le séné et quelques autres articles sont offerts par eux aux caravanistes en échange de quelques produits manufacturés du Rif et quelquefois de l'Europe ; quant à ces derniers , j'aurai Toccasion d'y revenir.
Le Soudan fournit à ^exportation :
De l'or. On l'obtient par le lavage , à Djenné. On l'a cherché , à peu près en vain , dans le Fazogl ; on l'exporte soit en poudre (teber), soit en anneaux, en bracelets , en lingots.
De l'ivoire vert et de l'ivoire jaune en abondance et sur tous les points : il en est de même des cornes et des dents de rhinocéros et d'hippopotame , et des plumes d'autruche.
De la civette recueillie dans le Soudan central.
De la cire.
Du séné y du tamarin et diverses substances employées par la pharmacie.
De la gomme arabique de très-belle qualité.
De l'indigo très-riche en matière colorante.
Il produit encore:
Du sésame excellent.
Du coton à courte soie de qualité médiocre (coton de Nubie).
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Des Doix de gourou, objet d'un grand commerce dans rintérieur de l'Afrique.
Du henné.
Il est évident que toutes les denrées coloniales y pourraient être cultivées avec avantage, le climat étant identique à celui des Antilles, de Tarchipel de Luçon et de Tarchipel de la Sonde. Le coton jumel y pourrait être introduit ainsi que le café. La culture facile des épices, du poivrier, du cannellier, du giro* flier , etc. , conviendrait particulièrement à des populations peu actives, peu industrieuses.
Le Soudan a sur les colonies deux avantages :
La gratuité complète du soL
La presque gratuité de la main-d'œuvre.
Mais la sécurité n'y est pas encore très-grande et les transports y sont fort coûteux.
On en pourrait retirer d'autres gommes que la gomme arabique, à savoir la gomme copale, le caoutchouc, la gutta-percha. J'ai lu dernièrement qu'un Anglais établi dans Tlnde regardait le suc de YAsclepias gigantea (plante répandue à profusion dans le Soudan ) comme donnant une substance analogue au caoutchouc.
Il faut se rappeler combien le Soudan est encore peu connu même de ses habitants, dont l'ignorance ne voit que ce qui frappe directement les yeux. Nous avons dà à la découverte de l'Amérique la connaissance d'une foule de substances dont notre industrie tire parti et dont notre alimentation ne pourrait plus se passer. Quelques-unes de ces substances étaient dédaignées par les habitants sauvages de l'Amérique;
ARTICLES OFFKRTS ET DEBIA^IDfiS PAR LE SOUDAN. 549
n'en poarrait-il pas être de même de TAfrique , et se*rait-il déraisonnable de penser que chacun de nos pas dans rintérieur de ce continent si vaste sera marqué par la découverte d'une teinture nouvelle, d'un condiment savoureux ou d'un médicament utile , tel que le kousso, dont, pendant des siècles, nous avons ignoré l'existence, et que nous regardons aujourd'hui comme une des acquisitions les plus heureuses de la pharmacie?
Les Soudaniens ramassent l'or, parce que ce métal , plus précieux que tous les antres , est celui qui se dérobe le moins aux recherches de l'homme; son grain jaune, qui brille sur le sable appelle les regards , attire l'attention du sauvage le plus grossier; il n'en est pas de même des métaux qui se présentent dans la nature à l'état d'alliage, ou dont les oxides forment des sels dont la couleur, la structure, toutes les apparences, sont loin de rappeler l'argent , le mercure ou le cuivre qui s'y trouvent contenus et qu'une industrie intelligente en peut seule faire surgir.
Les Fouriens exploitent à la vérité le cuivre ; quelques autres peuples du Soudan savent se procurer le fer ; mais combien de mines encore , et de mines précieuses, abondantes, s'étalent-elles dans le Soudan à la surface du sol , sans qu'un peuple ignorant songe à les distinguer de l'argile ou des cailloux que foulent ses pas.
Ces innombrables troupeaux enfin que paissent les nomades limitrophes du Soudan pourraient fournir à l'exportation des cuirs secs, ou tannés avec le fruit d'une sorte de gommier (gorad) , et des cornes
:i:>0 COMMERCE DU SOUDAN.
d'une grandeur remarquable : on en pouirait penU être utiliser la viande ; on pourrait employer oes dé* bris animaux qui empoisonnent Tair à la fabrication du noir animal , de la colle forte, etc.
Mais je m'arrête, l'avenir ouvrira le Soudan à Tactivité de l'Europe , comme il lui a déjà ouvert le reste du monde. Constatons seulement que l'Afrique ne nous montre aujourd'hui qu'une insignifiante partie de ses trésors, mais comme M. Richardson Ta fait observer avec raison , son commerce est en progrès. Parmi les preuves qu'en donne ce voyageur, je veux en citer une seule : c'est depuis six ans seulement que Tripoli regoit du Soudan de l'indigo; coproduit lui avait toujours été fourni exclusivement par le commerce européen , qui sur beaucoup de points de la côte d'Afrique en transporte encore de notables quantités.
Les articles manufacturés de provenance égyptienne, tripolitaine , tunisienne, marocaine , trouvent dans le Soudan un écoulement facile ; ils sont préfixés en général aux produits similaires d'origine européenne , alors même que ces derniers se vendent moins cher :
4'' parce qu'ils sont confectionnés avec plus de soiq et put une durée plus grande.
3"* Parce que les Européens imitent mal , ou ne s'attachent pas à reproduire fidèlement les formes, les dessins qui plaisent aux Africains comme aux orientaux.
d"" Parce qu'enfin les Soudaniens ont toujours fait plus d'usage des produits de Tindustrie musahnaiie
que de ceux de Tindustrie européenne, et ne changent pas facilement leurs habitudes.
Les puissances européennes font pénétrer néan* moins dans l'intérieur de l'Afrique, par Tintermédiaire des marchands arabes :
Des tissus de coton. L'Angleterre a presque le monopole de cet article ; TAutriche et la France en introduisent aussi ;
Des draps fournis par la France , l'Autriche et l'Angleterre ;
De la quincaillerie provenant de l'Angleterre, de l'Autriche et de la France ;
Des fers anglais , et en faible quantité des fers français et autrichiens ;
Des verroteries, fabriquées en Autriche ou en Italie;
Des produits chimiques, des poteries, quelques denrées coloniales , etc.
Quant aux armes à feu et aux munitions de guerre, ces articles sont de provenance anglaise , belge , française ou autrichienne , mais il en entre assez peu dans le Soudan. Les États musulmans du littoral ont en général le soin d'en laisser pénétrer le moins possible. Le Soudan étant considéré par les Égyptiens , les Tripolitains, les Marocains, comme une conquête que l'avenir leur réserve et un voisin dont il faut se garder d'acxrroître la puissance défensive. L'Egypte, qui déjà s'est emparée du Sennar et du Cordofan, convoite le Darfour; le pacha de Tripoli voudrait rattacher le Bornou au Fezzan , et les anciens souverains du Maroc ont joui à Temboctou d'une influence que leurs
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saccessenrs ne désespèrent probablement pas de re* couvrer un jour.
Il me serait impossible de donner un relevé exact do commerce d'importation du Soudan : il est facile de constater Tenlrée à Tripoli , à Alexacdrie , à Soueyra, des marchandises européennes; mais une fois introduites ^ comment les suivre et distinguer dans le nombre celles qui se consomment dans le pays même de celles que les caravanes viennent y prendre; d'ailleurs tout ce que prennent ces caravanes ne pénètre pas dans le Soudan : une portion notable des articles manufacturés dont elles se chargent est écban* gée par elles dans les oasis contre des dattes ou d'autres produits qui obtiennent dans le Soudan un écoulement encore plus facile.
Sans s'attacher dès lors à des évaluations qui ne peuvent être exactes, on peut néanmoins affirmer:
1* Que le commerce du Soudan n'emploie actuellement que très-peu de capitaux ;
2" Que le Soudan consomme peu de produits européens relativement surtout à son immense étendue et à sa nombreuse population.
Le commerce du Soudan est abandonné à quelques hommes aventureux généralement connus dans les pays arabes sous le nom de djellabs.
Le peu de concurrence, la faiblesse des capitaux engagés , l'industrie dont ils ont besoin de faire preuve, tendent à élever singulièrement les bénéfices de ces djellabs.
La diflerence entre le prix d'achat dans le Soudan et le prix de vente dans leRif , de la gomme, de l'ivoire
OU des esclaves , est habituellement de 4 00 p. 4 00 ; elle atteint quelquefois 1 50 , 200 et même âoO p. 1 00.
Les articles manufacturés ou autres importés du Rif se vendent dans le Soudan à 80 , 100 et 150 p. 400 au-dessus de leur prix d'achat. Lorsqu'on les échange directement contre des marchandises du pays, ce qui est le cas le plus ordinaire , la différence est rarement inférieure à 150 p. 100.
La différence dans les prix ne nous donne pas le bénéfice ; pour en apprécier la quotité, il faut retrancher du prix de vente au lieu de destination , nonseulement le prix d*acbat des marchandises au lieu de leur provenance, mais encore les frais exigés pour leur transport, et quelques dépenses accessoires, l'acquittement de certains droits, etc.; l'indemnité, la prime des risques à courir durant le voyage, ou le chiffre des sacrifices pécuniaires faits pour conjurer ces risques.
Le prix d'achat des produits du Soudan atteint son maximum dans les régions voisines de Tocéan Atlantique, fréquentées depuis longtemps par les traitants européens ; il est à sou minimum dans les parties centrales du Soudan.
Les frais de transport sont au contraire à leur mi* nimum sur les côtes et pour les provinces situées dans le voisinage immédiat de certains fleuves.
Ils atteignent leur maximum lorsque la traversée du désert est obligée. Dans le désert, la location d'un chameau, qui, pour un long voyage ne peut porter plus de 200 kilogrammes , revient (tant du côté de l'Egypte que de celui du Maroc ou sur les routes qui
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conduisent à Tripoli) à environ 1 fr. 25 cent, par journée de marche de 24 à 30 kilomètres.
Les frais de transport peuvent être évalués en conséquence à 0, fr. 21 cent, comme minimum, ou à 0, fr. 26 cent, comme maximum par myriamètre et par quintal métrique.
Ils s'élèvent d'ordinaire dans le Rif an double de ces chiffres et en atteignent quelquefois le triple.
La durée d'une campagne commerciale dans le Soudan est de 9 à 1 0 mois.
Les droits fixes s'accroissent, dans les États barbaresques , des avanies et des exactions des représentants de l'autorité, placés sur la limite du Rif et du désert.
Quant aux risques, ils sont grands dans le désert, nuls ou à peu près nuls sur la côte. Mais les risques du désert pourraient disparaître; rien n'est même plus facile que d'assurer ce résultat , pour une route donnée qui monopoliserait tous les échanges de la partie non maritime du Soudan avec l'Europe.
Dès lors , au lieu d'avoir à s'indemniser d'un risque, le commerçant recueillerait un bénéfice plus étendu ; il pourrait même , en sacrifiant ce bénéfice, étendre singulièrement ses spéculations, en provoquant la demande , en encourageant la consommation des articles dont il s^ait détenteur.
Les matières premières exportées du Soudan et les divers produits qui y sont importés peuvent se diviser en deux groupes.
Le premier groupe comprendra :
Les articles précieux ; ce sont ceux dont la valeur
ARTICLES OFFERTS l^T DEMANDÉS FAR LE SOUDAN. 555
intrinsèque élevée permet remploi des moyens de transport les plus coûteux.
Tels sont, à l'exportation, For, la plume d'au* truche, la civette, l'ivoire, la corne de rhinocéros, la dent d'hippopotame, la cire, etc.
A l'importation , tous les produits manufacturés , tels que tissus, quincaillerie, verroterie, armes de guerre , etc.
Le deuxième groupe réunira :
Les articles encombrants; ce sont ceux dont la va* leur intrinsèque est moindre ; dont le prix vénal résuite en grande partie des frais accessoires, qu'il faut dès lors s'appliquer à réduire autant que possible.
Tels sont, à l'exportation, la gomme, le séné, le tamarin , les peaux , les cornes de bœuf ou de zèbre, etc.
A l'importation, les denrées coloniales (sauf les épices), le fer, le sel, les dattes , etc.
Les articles précieux peuvent toujours suivre sans désavantage les routes du désert.
Les articles encombrants ne le peuvent, quant aux importations, que si la partie du Soudan à laquelle ils sont destinés ne peut les recevoir que par le désert.
Je ferai observer en passant que la différence légère qui peut exister dans le prix comparé des articles manufacturés en Angleterre , en Autriche et en France, devient insignifiante lorsqu'il s'agit d'importer ces articles dans le Soudan par le désert ; les frais de transport étant fort élevés et les bénéfices de la vente étant toujours considérables, cette différence disparaît entièrement.
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Qaant à l'exportation da Soudan par le désert des articles encombrants, il est évident qu'elle ne saurait avoir lieu que lorsque le prix vénal de ces articles dans le Soudan est assez minime pour qu'en l'additionnant avec les frais de transport , on obtienne une somme inférieure à la valeur du même article sar les côtes de l'Océan.
Il eu est fréquemment ainsi.
La gomme, par exemple , vaut dans nos ports , en entrepôt , près de 75 francs ; elle n'en vaut pas 1 0 dans le Gordofan, et doit en valoir bien moins encore dans le Bornou. Elle se trouve partout, se recueille facilement, n'appartient à personne. Il faudrait que son transport à Tripoli coûtât 60 francs par quintal , ce qui est impossible, pour que la spéculation fût mauvaise; si donc cette opération n'est pas tentée, c'est simplement parce qu'il est facile d'en reconnaître beaucoup d'autres dont les bénéfices sont plus grands, et qu'il n'y a encore que très-peu de capitaux engagés dans le commerce de cette partie du monde. On sait du reste que la gomme de Temboctou vient s'embarquer pour l'Angleterre à Mogador.
L'introduction de beaucoup de cultures coloniales, telles que celles de la canne à sucre et des plantes alimentaires, qualifiées de vivres dans les colonies, ne serait susceptible de faire aucun tort , ni pour le présent ni dans l'avenir , au commerce de l'Europe avec le Soudan.
Il en serait autrement de la production des épices et , en général , de toutes les denrées dont le prix ,
ROUTES BUIVIB8 PAR LE GOHHfiECE. 557
dans le Rif , est égal ou supérieur à 2 francs le kilogramme. Tels soDtrindigo, l'opium, Taloès, l'huile de ricin , la cochenille , le gingembre , la vanille , la cannelle, le girofle, le tabac , le rocou, etc.
ProiUères ■arittaifs H Soldai. — Séiépl , Riger. — iHta di Nsert. - Higador. - MpiH et Ingtoy. -- Cura di RU. — - Coancrce li Cordofai, routes.— Cantue di Karfov à SlMt. - loiie de Sukoi à Mer. — loite de Keiel i (Mir.
Le Soudan , au nord de l'équateur , présente trois frontières, dont Tune, déterminée par la limite des pluies estivales , le sépare du désert , et dont les deux autres sont maritimes et sont baignées, l'une par l'océan Atlantique , l'autre par la mer des Indes et la mer Rouge.
C'est par ses frontières maritimes surtout que le Soudan pouvait entrer en relations avec l'Europe. Aussi le littoral qui s'étend depuis l'embouchure du Sénégal jusqu'au fond du golfe de Biafra estil , depuis longtemps, ouvert à notre commerce; semé de colonies, de comptoirs, de postes européens et choisi comme point de départ ou comme centre d'affaires par bon nombre d'explorateurs et de traitants.
S58 COMBRCB DU SOUDAN.
Du côté de la mer Rouge et de l'océan Indien , le commerce européen montre plus de réserve.
Les Portugais , maîtres jadis de TAbyssinie et do* minateurs de Tlnde , possédèrent sur les côtes orienrientales d'Afrique de nombreux établissements. Ils n'en ont conservé de nos jours qu'au sud de Téquateur.
L'Angleterre , que l'extension de sa puissance dans l'Inde a conduit à établir sur la mer Rouge un ser^vice de bateaux à vapeur et à s'emparer d'Aden, pour en faire un point de relâche , a rendu cette position formidable , au point de vue militaire , et en a fait l'entrepôt tant du commerce de l'Arabie que de celui de la côte opposée , sur laquelle les ports turcs de Soaken et de Massawa, les ports somaulis de Zeyla et de Berbera ont une importance réelle.
A Zeyla et à Berbera , l'Angleterre entretient des agents indigènes ou Parsis (peut-être même l'agent britannique à Berbera est-il en ce moment un An-^ glais) . Elle convoite ces deux ports , le second surtout, qui reçoit chaque année une grande caravane de l'intérieur (1). Aussi ses navires de guerre y fontrils de fréquentes apparitions , et la demeure que son agent s'y est construite ressemble-t-elle, à s'y méprendre, à un fortin.
Le commerce français n'expédie dans la mer Rouge qu'un ou deux navires. Il y a lieu d'espérer, cepen-
(1) Cette caravane compte habituellement un millier de chameaux dont 600 sont chargés de gomme, &0 d'ivoire, 20 de myrrhe , 10 de cire, et dont 3d0 à 340 portent du café»
dant, que l'occupation de Mayotte et les relations établies avec Timam de Mascale, en rapprochant la France de la mer Rouge , appelleront son attention sur rimportanœ du commerce dont cette mer est le théâtre.
Sur la côte occidentale deux grands fleuves y le Sénégal et la Gambie , facilitent l'apport des marchandises de l'intérieur à la côte et l'introduction des articles européens 9 que les Africains acceptent en échange. C'est par le Sénégal que la France reçoit en presque totalité les gommes employées dans ses fabriques. La campagne de 1 853 (i 0 avril au 31 juillet) a fourni environ 1,500,000 kilogrammes de cette denrée.
Le Niger , ou du moins ce que l'on suppose être le cours inférieur de ce fleuve, fournirait au commerce du Soudan une voie plus économique, plus courte, plus heureusement située que toutes les autres, s'il était définitivement ouvert à nos entreprises.
Malheureusement, on ne peut espérer qu'il le soit bientôt ; les efiForts tentés de ce côté , par l'Angleterre^ n'ont pas entièrement échoué, mais leurs résultats sont de nature à décourager les plus hardis. On n'a trouvé, de la part des indigènes, que d'insignifiants obstacles ; leur résistance serait d'ailleurs trop facile à vaincre pour qu'on eût à s'en préoccuper. Le fleuve, large, profond, était navigable partout, et bien au delà sans doute du point où s'est arrêté M. Allen ; mais sous l'action du climat, à la fois humide et chaud de l'Afrique équatoriale, les miasmes se dégageant des terres inondées ont donné lieu à de telles épidémies,
560 COMMERCS DU SOUDAN.
exercé de tels ravages sur les Anglais , que les coin* mandants, renonçant à leur entreprise lorsqu'ils n*y succombaient pas eux-mêmes , n'ont pu ramener à grand* peine , à ceux qui les avaient envoyés, que des navires sans équipage.
J'examinerai maintenant les routes qui, partant de la frontière septentrionale du Soudan, traversent le désert et aboutissent soit à la Méditerranée soit à peu de distance de cette mer.
Dans toute route du désert , je distinguerai :
l"" Les termini ou points extrêmes d'arrivée ou de départ, qui peuvent être, soit des centres de production, comme Sackatou ou Tunis, soit de simples entrepôts, comme Temboctou et Tripoli.
a* Les stations importantes placées sur les lisières septentrionale et méridionale du désert , que j'appellerai clefs du Rif et clefs du Soudan. Leur occupation entraine la possession de la route du désert qu'elles commandent.
3"" Les stations non moins importantes qui se trouvent à la rencontre de deux ou plusieurs routes.
4"" Les lieux habités en général.
&"" Les simples puits placés sur la route.
6* Les puits placés en dehors, mais à proximité de la route.
Tous ces points ont, dans le désert, une valeur stratégique incontestable; c'est de leur distribution et de leur occupation que dépend le sort des caravanes.
Les caravanes du Soudan ont pour point de départ :
Temboctou et Djenné, Sackatou, Kachnah et
ROUTES SOIVISS PAR LB COmCRCE. 561
Kano, Kouka, Wara, Caubé, LobéTdh, Khartoum , Scnnar et le Fazogl.
Elles aboutissent plus partîculièi'ement :
Sur rOcéan, à Mogador (Soueyra);
Sur la Méditerranée, à Tripoli , Benghazy ;
Sur le Nil, à Siout, Korosko , Dongola , et de là, en suivant ce fleuve , les marchandises atteignent Alexandrie ;
Sur la mer Rouge , les caravanes du Soudan aboutissent à Soaken.
Parmi les clefs importantes du Rir, je citerai Aïnes*Salah, Ghdamès, Ghât, Morzonk, Andjelah, Siout.
Parmi les clefs importantes du Soudan, Aghadès et TAhir , Bilma , Dongola , Khartoum et Berber.
De la distribution de ces points sur la carte, de leur situation relative et de quelques circonstances accessoires, résulte la direction générale d'un certain nombre de routes qui seront naturelles , c'est-àdire directes et courtes ; ou imposées par des circonstances particulières, et dès lors détournées et longues; qui seront pourvues d*aiguades nombreuses, rapprochées, abondantes, ou n'en posséderont qu'un petit nombre, éloignées les unes desautres, peu abondantes; qui seront sûres et bien gardées , ou périlleuses, c'esfà-dire interceptées par des brigands qui pillent les caravanes ou les rançonnent trop chèrement.
D'après ces caractères et d'autres, les routes seront fréquentées ou abandonnées, quelques-unes même auront pu n'être jamais suivies jusqu'à ce jour et devenir cependant plus tard des voies commet* ciales de la plus haute importance.
&6i GOUOECI DU S0IIDA5.
Dans le Rif quatre porte eolretieDoent seuls aajovr* d'hui des relations suivies avec le Soudan.
Ce sont , dans le Maroc , Mogador.
Dans le pacbalikde Tripoli, Tripoli, Beoghazy.
En Egypte, Alexandrie.
Le commerise rattache à chacun de ces porto une pai tie déterminée du Soudan.
A Mogador aboutissent les caravanes de Temboc* lou et de Djooné. La route qu'elles suivent est la route naturelle de Temboctou au Rif, car elle est plus courte que celle qui , du même point, se dirige par Gbat et Ghdamès, ou par Gbdaniès seulement sur Tripoli; elle a du reste beaucoup d'inconvénients, elle n'est pas très-sûre , Teau y est assez rare , les sables mouvante (dunes et sol meuble) y engloutissent quelquefois des caravanes entières.
Mogador reçoit de Temboctou de la poudre d'or et de la gomme; une certaine quantité de ce dernier produit est acheté sur la route.
Magador a exporté, en 1850, 502,000 kilog. de gomme, représentant une valeur de 557,000 francs; l'Angleterre seule en a acheté pour 538,000 francs; la France n'en a pris que pour 14,000 francs, et le Portugal , qui vient ensuite , pour 5,000 francs. La Grande^firetagne fait avec le Maroc un commerce fort étendu. Le théâtre principal de ce commerce est Mogador , port le plus important de l'empire, car ses exportations représentent , en 1 850 , une valeur de 3,323,000 fr. , celles de tout l'empire n'éUnt que de 8,384,000 fr,
Les importations, pour la même année, â*é*
lèvent à 3,792,000 fr. , et eelles de tout l'empire à 9,i 1 4,000 fr.
Je manque de documents récents sur les importations anglaises à Mogador, je donnerai ici les chifires qui résument à cet égard le commerce de tout Tempire*
En 4850, les exportations atteignent, pour la Grande-Bretagne, le cbififre de 4,882,000 fr. ; et les importations de la même puissance , s'élèvent à 6,544,000 fr. ; celles de la France ne dépassant pas i, 978,000 fr.
Entre autres articles ayant cours dans le Soudan, je citerai :
Les tissus de cotons, sur une valeur totale de 2,445,000 francs, FAugleterre en a vendu pour 2,436,000 fr.
Les tissus de laine, sur une valeur totale de 290,000 fr. , l'Angleterre en a vendu pour 257,000 fr.; la France en a placé pour 33,000 fr. Le fer, l'acier, le cuivre, le plomb, sur une valeur totale de 323,000 fr. , TAngleterre en a fouiiii pour 270,000 fr. , la France pour 50,000 fr.
La quincaillerie, sur une valeur de 151,000 fr. , l'Angleterre en a livré pour 126,000 fr. ; la France pour 16,000 fr.
Tripoli communique, comme nous l'avons vu avec Temboctou par une route assez longue et peu fré* quentée.
La véritable route du Soudan à Tripoli esl celle qui, partant de Kachnah el Kano, passe par TAhir et par Ghat, se dirigeant sur Tripoli par Glidamès ou
par Morzouk. Elle a été suivie presque en entier par Richardson.
Les caravanes de Sackatoa rejoignent cette roule auprès de Zinder ; celles de Temboctou descendent souvent à Sackaiou et de là se portent à Zinder , à Aghadez, à Ghat. Une route aussi naturelle que celle do Kachnah, mais moins suivie à ce qu'il parait, part de Kouka, longe les rives occidentales du lac Tchad, traverse le Yeou, passe à Bilma et à Morzouk.
C'est par celte route que le major Denbam et ses compagnons pénétrèrent dans le Bornou.
En 1851 , Tripoli a reçu du Soudan :
47,000 kilog. d'ivoire, représentant uue valeur de 235,000 fr.
1 1 4,500 gram. de poudre d'or, valant 380,000 fr. Ces articles ont été enlevés par Malle et par la Toscane. L'or ne donne lieu qu'à peu de bénéfices , il ast acheté par les Israélites et dirigé en grande partie sur Tunis, pour y former la contre-valeur des produits manufacturés demandés à cette régence.
Tripoli a reçu dans la même année les marchandises suivantes 9 ayant cours dans le Soudan :
Destissusde coton, pourunevaleurde600,000fr., et des tissus.de laine, pour une valeur de 125,000 fr., importés par navires de Malle.
Des chéchia ou fez provenani des manufactures de Tunis ou de celles de Fouah , en Egypte , pour une valeur de 113,000 fr.
Des verroteries, exclusivement destinées au Soudan, pour uue valeur de 134,000 fr. Ces verroteries sont importées par navires maltais ou toscans.
La Turquie, la France, l'Algérie, la Grèce, les États romains, ont une part presque insignifiante au commerce de Tripoli.
Bengbazy reçoit les caravanes du Waday, par une route directe ouverte au commencement de ce siècle par un souverain du Waday, sulthan Mohammed- Abd-el-Kerim-el-Âbbaci , surnommé Saboun (i). Cette route passe par Tekro, Kebabo (oasis deKoufara) et Audjelah.
De Tekro à Kebabo, les caravanes ont à traverser un désert , sans puits et sans eau , de 12 journées do marche.
Le Waday a envoyé, en i851 , à Benghazy, 41,000 kilogrammes d'ivoire, représentant une valeur de 300,000 fr. Malte et la Turquie se sont partagé cet article.
Benghazy a reçu de TEurope :
Des tissus de coton, pour une valeur de 1 70,000 fr.
Du drap, pour 1 00,000 fr.
Des verroteries, pour 90,000 fr.
Ces objets manufacturés ont été importés par navires maltais et toscans.
La France n'a aucun commerce avec Benghazy.
Je donnerai plus bas sur le commerce du Soudan oriental , dont la route principale est le Nil , des détails qui me dispensent de parler ici des affaires qui se traitent à Alexandrie.
Tai indiqué les routes qui aboutissaient à Mogador,
(1) M. Fresnel a tracé Phistoriquo plein d'intérêt de cette route , dans son remarquable travail sur le Waday,
5(i(i COMMERCE DL SOtDAN.
à Tripoli, à Benghazy; je n'ai parlé ni deTunis, ni de l'Algérie. Tunis , en effeJ , ne reçoit plus aujonrd'hui les marchandises du Soudan ; sa latitude élevée, qui augmentait la durée du voyage et en accroissait les dépenses, n'en est pas le seul motif, il Taat y joindre l'abolition de la traite des noirs dans les États d'Ahmed-Bey, et la détestable administration des ministres de ce prince , administration négative qui se résumerait en deux mots : rapine et anarchie.
Quant à l'Algérie , la distance qui la sépare des marchés du Soudan est encore plus grande, une chaîne de montagnes élevées , souvent couvertes de neige , ferme presque aux caravanes l'approche de son littoral et de ses ports. La sécurité qui règne dans ce pays, l'intégrité des agents français, tendent cependant à amener de ce côté les marchands arabes, sans cesse avanisés à Morzouk ou au Maroc, par l'au* torité même qui devrait les protéger. Si uue telle révolution venait à s'opérer dans le commerce de l'Afrique (et c'est là une éventualité qui se réalisera dès que le gouvernement français voudra s'occuper sérieusement d'une question aussi importante), une route nouvelle se dirigerait d'Alger sur Aïn-es-Salah et sur Temboclou , jetant d'Aïn-es-Salah sur TAhir, un embranchement que suivraient les caravanes pour se rendre à Kachnah et à Kano , tandis que la route de Temboctou leur ouvrirait Djenné et Sackatou.
On pourrait du reste faire passer par Toggurt ou par Wargla une roule plus orientale que celle dont je viens de parler, et qui s'approcherait deGhat ou ferait même de cette ville une de ses étapes.
A Tautre extrémité du désert, il s'ouvrira peut* être dans l'avenir une route directe entre le Waday et la baie de Bomba. Cette baie, qui appartient au pachalik de Tripoli, et forme, à ce que je crois, la limite de ce pachalik du côté de TÉgypte, présente un mouillage excellent, un abri très-étèndu et très-sûr. On ne trouve pas a y faire de très-bonne eau, mais cette circonstance est, sur la Méditcrannée , sans aucune importance, vu le peu de durée des traversées.
Les abords de cette baie ne sont pas habités, et ne sont fréquentés que par quelques Arabes. L'Angleterre qui peut-être songe à fonder un établissement de ce côté , a fait explorer la baie de Bomba et ses environs par un officier supérieur de son armée, il y a de cela quatre ou cinq ans.
On sait que l'amiral Gantheaume y mouilla, en 1 808 , pour échapper à l'escadre anglaise.
Le commerce, dans ses voyages, suit plutôt les méridiens que les parallèles ; il roule essentiellemrat, en effet , sur les produits du sol et les matières brutes que l'industrie transforme mais qu'elle ne saurait remplacer; or ces produits du sol ne diffèrent pas beaucoup sous une même latitude, et ne donnent dès lors pas lieu à de vastes échanges.
Aussi l'Afrique n'est-elle parcourue, de l'est à l'ouest, par aucune caravane sérieuse.
On a beaucoup et souvent parlé de celle qui , du Maroc, se rendait à la Mecque par le nord de TAfrique. Cette caravane réunissait des milliers de pèlerins, alors qu'en représailles des exploits de quelques pirates algériens, les galères de Malte battaient la
568 COMMERCB DU SOlJDÀ>'.
mer, mais les descendants de ceux qui suivirent jcidis cette longue route, en paix avec Malte qui n'exige d'eux que quatre jours de quarantaine à leur retour , s'embarquent à Tanger, à Alger, à Bone, à Tunis, sur des bateaux à vapeur qui les transportent à Alexandrie. D'Alexandrie, ils gag;nent le Caire; du Caire enfin , ils peuvent ou se rendre à Suez et s'y embarquer pour Djedda , ou remonter le Nil jusqu'à Keneh et aller s'embarquer à Coseïr , ou enfin , ce qui est plus long et plus fatiguant, se joindre à la caravane qui, dans les premiers jours de chewal, part du Caire pour se rendre à la Mecque.
Quant à la caravane du Maroc, il n'y en a plus qu'un souvenir et une image décolorée.
Il n'y a pas non plus de caravanes de pèlerins entre le Sénégal et Soaken : sur cetle route les pèlerins sont nombreux , mais ils voyagent isolément et sans porter avec eux de marchandises.
De tous les fleuves de l'Afrique, le Nil semble être le plus long , comme le plus direct : interrompu seulement , pendant une faible partie de son cours , par des rapides que les barques peuvent franchir; il est navigable, à l'époque des hautes eaux, bien au delà du point où s'est arrêtée l'expédition de M. d'Arnaud et de celui qu'a atteint en dernier lieu l'infortuné Angelo Vinco.
Plus favorisé que le Gange, l'Amazone, ou le Niger, le Nil , se dirigeant du sud au nord , traverse le Soudan idolàti-e, le Soudan musulman , la Nubie, l'Egypte ; il est ombragé tour à tour par le deleyb, le baobab , le bambou et le dattier ; les produits des climats variés
qu'il parcourt diffèrent entièremeut ; il eu facilite Texportation et l'échange.
Enfin ce fleuve, dont on peut dire mieux que d'aucun autre, que c*est un chemin qui marche, prête son courant à ceux qui le descendent , en même temps que, d'un autre côté, le vent du nord dominant presque toute Tannée en Egypte , enfle les voiles de ceux qui le remontent. De plus, tandis qu'aucune des roules de l'Afrique ne reconnaît, dans toute son étendue, l'autorité d'un même maître; tandis que le pacbalik de Tripoli n'étend pas ses limites au delà du Fezzan, le Nil, jusque sous le 4* degré nord, le Nil connu, tout entier, est soumis au gouvernement égyptien , gouvernement qui a su établir dans ses limites , au moyen de la terreur, une sécurité dont les États musulmans offrent peu d'exemples, et qui sera toujours pour le commerce un avantage inappréciable.
J'examinerai d'abord le commerce du Soudan égyptien ; je donnerai ensuite quelques détails sur la caravane fourienne arrivée à Siout pendant le séjour que j'y fis en 1850 (ramadhan 1266).
Le Cordofan exporte de la gomme, de l'ivoire, des plumes d'autruche, du tamarin, des bestiaux, des esclaves de qualité très-inférieure : ces divers articles proviennent, soit du pays même, soit du Taggeleh et du Darfour.
Khartoum , qui fournit de plus l'or du Fazogl et les esclaves abyssiniens ou Gallas (Macadis) , achetés à Fadassi ou volés sur les frontières du Gondar, sert d'entrepôt au Sennar, à Taka, au Fazogl, et est en relations avec Gondar par Gadaref.
5*70 COMMEftCB DU SOUDAN.
J'ai décrit danfi la première partie de cet ouvrage les vastes forêts qui occupent le Soudan : c'est dans ces forêts , comme je l'ai dit, que se rencontre le gommier dont les graines sont employées par les indigènes pour le tannage des cuirs, et dont la sève surabondante forme l'objet d'un commerce si étendu ; aucune culture n'est donnée à cet arbre; il n'a pas non plus de mattre; son produit appartient à celui qui le ré« coite , et c'est sur cela que se basait Mohammed-Ali , lorsque, abandonnant le monopole du commerce de rÉgypte, il conservait entre ses main^ la traite du séné, de la gomme, de l'ivoire ; propriétés, selon lui, du souverain , comme les mines et tous les dons gratuits de la nature : il prenait alors la gomme en payement de contributions exorbitantes , il l'achetait aussi , et le prix fixé par lui était de 50 piastres égyptiennes (12 fr. i/2) par quintal de 120 rotolis; néanmoins les manœuvres frauduleuses des écrivains coptes , des magasiniers , des poseurs , faisaient préférer aux chercheurs de gomme les 40 ou 45 piastres que leur offraient les négociants qui avaient trouvé ou acheté le moyen de se livrer, en contrebande, à ce commerce.
Le monopole était là ce qu'il a été partout , entre les mains du vice-roi , un instrument de cruelle oppression, une institution ruineuse pour le pays qu'elle a frappé de stérilité, et pour le peuple intelligent et actif dont elle a paralysé les forces vives, en le pliant à une servitude dont l'histoire seule de l'Egypte pourrait offrir d'autres exemples. Maintenant que le commerce de la gomme s'effectue librement, depuis près de trois
années, cet article, qui d'est vendu d'abord 70 à 80 piastres , est descendu à 27 piastres pendant mon séjour à Lobeïdh» en mars et avril 1830 ; on la livrait, avec la couffe en paille servant à là contenir, à raison de 32 à 35 piastres,
La récolte de la gomme a lieu avant la saison des pluies ; plus tôt , elle ne serait pas assez abondante ; plus tard , elle serait mouillée et colorée de rouge : les gens qui la recherchent passent toute la journée à ce travail ; ils errent dans les bois , tenant un petit panier d'une main, une longue baguette de l'autre ; ils ne boivent ni ne mangent qu'en rentrant chez eux; ils peuvent, s'ils sont habiles, ramasser en trois mois une charge de chameau de 5 quintaux (rahal); en mettant le quintal à 40 piastres, ils auraient donc gagné en quatre-'vingt-dix jours 200 piastres , ce qui, pour le Cordofan , est presque une fortune. La quan* tité de gomme expédiée, en 1830, par les négociants du Cordofan, était d'environ 25,000 quintaux; ce commerce prendra , sans doute bieutôt, des proportions plus vastes; le gouvernement égyptien n'a jamais expédié, pendant une campagne, plus de 36,000 quintaux.
La gomme du Cordofan est la plus belle de toutes celles connues dans le commerce ; elle vaut au Caire plus d'un tiers en sus de celles du Sennar, de Taka , du Hedjaz ; elle est meilleure également que celle du Sénégal , gâtée souvent par des pluies excessives.
Quant au prix d'achat, on peut dire que nulle part, non plus , il n'est moindre. Tandis qu'au Cordofan la gomme valait 30 piastres, elleencoûtaitàKhartoum 45;
à Souakin , 95 (i 20 pour les 1 60 rotolis) ; à Djedda , 1 1 0 ; à Âden y nettoyée, 1 40 ; au Sénégal , elle se paye 8 toiles, ce qui , à raison de 9 fr . par toile , donne 72 fr. , ou 250 piastres. Au Cordofan, du reste, la gomme s'achète plus ordinairement à la vue qu*à la pesée , ce qui offre encore, sans doute, un bénéfice notable aux négociants.
La traite de la gomme se fait principalement dans les villages de Lobeïdb, Coursi, Bara, Abu-Haras, Dar-hammer ; on confie d'ordinaire de l'argent ou des marchandises aux gens qui s'engagent à rapporter, en échange , une certaine quantité de gomme. On a rarement à se repentir de la confiance qu'on leur accorde.
La gomme, en outre de la couffe en paille, est généralement enveloppée de peaux de bœufs, une peau valant de 6 à 12 piastres suffit pour 3 quintaux; ce ferait donc 3 piastres par quintal à ajouter au prix d'achat.
Les bénéfices présentés par le commerce de l'ivoire sont peu considérables; sa valeur au Cordofan, en 1849, était de 1 400 piastres, à Kharloum , il se vendait 1500; à Souaken, 1600; celui du Darfour a été placé à Siout , po.ur 1 800 piastres , et c'est , à peu de chose près, la valeur de cet article au Caire. Les Américains l'achètent à Zanzibar à 155 fr. le farescl de 32 livres , ou 470 fr. et près de 1 900 piastres le quintal ; à Berbera , il ne vaut pourtant que 1 400 piastres.
Je ne parlerai ici ni du tamarin , ni des plumes d'autruches; l'exportation de ces articles est très-restreinle et n'intéresse que quelques marchands nubiens.
ROUTES SUIVIES PAR LE COMMERCE. r>:3
Quant à l'or da FazogI , il fait l'objet d'un comr merce tout à fait spécial et que j'ai lieu de croire assez insignifiant.
Le séné , qui existe dans tout le Soudan , mais qu'on ne ramasse guère qu'en Nubie, vaut à Dongola de 15 à 20 piastres le quintal ; il est de belle qualité; la variété la plus recherchée est aussi la plus abondante.
Le gouvernement égyptien expédiait chaque année, du Soudan en Kgypte, 15 à 20,000 bœufs; mais les fatigues du voyage, les maladies qui en étaient la suite, m'engagent à considérer comme peu avantageuse cette opération , qui toutefois présenterait des chances trèsfavorables, dès qu'une épizootie viendrait à exercer de nouveau ses ravages sur l'Egypte.
Le commerce d'importation , comme celui d'exportation, se trouve entre les mains de cinq ou six négociants européens, dont deux français, de quelques étrangers musulmans ou rayas, et d'une centaine de djellabs ou marchands nubiens, opérant avec des capitaux qui souvent n'atteignent pas le chiffre de 1,000 fr. Je ferai observer que, parmi les Européens, il en est qui ont abandonné entièrement les importations, à cause de la lenteur du placement et de la diiïïculté d'obtenir le payement des marchandises livrées; ils apportent, en conséquence, des piastres d'Autriche et d'Espagne, et beaucoup de petite monnaie, pour solder les achats qu'ils se proposent de' faire; ils ont ainsi l'avantage d'acheter plus vite et d'enlever les plus belles gommes.
r>74 COmiBRCB 1>U SOUDAN;
Prix des transparts de Kfiartoum au Caire ^ par rakai {^quintaux).
PUfiKf. Jo«rt.
De Khartoam à Berber, par barque. ... 4 à 8 — — par caravane* suivant le Nil 60 la
De Berber à Korosko, par Abou-Hamed. . idO à 180 15 à 20
De Korosko à Assouan, par barque 3 à A 8
Location de chameaux pour éviter les cataractes 8 1/3
Barque, d'Assouan au Caire 10 à 12 15 & 20
Autre routei
De Khartoum à Debbé, par l'Atmour-
Bahiouda 50 à 60 12
Debbé à Dongola, par barque 8 à 4 8
De Dongola à Wadl-Halfa , par caravane ( le
transport sur cette portion du Nil offrant
quelque danger) 50 12
De Wadi-Halfaà Assouan, par barque. . . 5 à 8 8
Le reste comme ci-dessus.
Route du Cardofan au Caire.
De Lobeïdh à Khartoum par Goursi, Sanzur, Goamat, Tor-el- Khada, 50 à 60 piastres , — en 10 jours.
Le reste comme ci-dessos : cette route est raremenl
suivie.
Autre route.
Lobeïdh à Debbé par Bara, Kaymar» DJébei-Harasa « Way et Ombellila» ou par Elai, Simria, etc., 80 piastres,— 15 à 18 Jours.
Le reste comme ci-dessus.
De toutes les traversées du désert que je viens d*in*
diquer , celle de Berber à Korosko eet la plus pénible , et celle de Lobeîdh à Debbé , effectuée avec les chameaux des Kubabichy est celle qui présente le moins de sécurité , à cause de son voisinage de la frontière Darfourienne; les Arabes Beni-Djerar etHababin attaquent Fréquemment les caravanes sur cette route ; ils enlèvent les chameaux , s'emparent des marchandises d'importation et des dattes , mais abandonnent dans le désert la gomme, dont ils ne sauraient que faire.
Pendant mon voyage de Debbé à Lobeîdh , la caravane dont je faisais partie fut elle-même épiée et suivie par le goum (les pillards, la troupe), dont nous découvrîmes les traces; le goum, en effet, ne se laisse jamais voir qu'au moment de Tattaque , qui a lieu généralement le soir ou le matin , alors que les caravanistes s'occupent à charger ou décharger leurs chameaux. Le nombre d'armes à feu que nous possédions et la garde vigilante que nous faisions la nuit en imposa, sans doute aux pillards, car au bout de trois jours ils cessèrent de nous suivre et regagnèrent le Darfour.
Si au prix de la gomme à Lobeîdh on ajoute les 1 50 piastres environ que coûte par rahal son transport au Caire (le droit de 12 pour 100 prélevé au Vieux-Caire, sur les marchandises du Soudan, étant payé par les acheteurs), on trouvera que le quintal de gomme ne revient pas, rendu au Caire, à plus de 80 piastres ; le prix auquel il s'est vendu , en 1 850 étant de 320 piastres , on peut considérer cet article comme offrant un bénéfice net de 175 pour 100.
51 G COMMBRCB DU SOLOAN.
Le Darfour, comme tous les États musolmans, devrait diriger chaque année sur la Mecque une caravane de pèlerins à la garde desquels seraient confiées les pieuses offrandes destinées à la mosquée sainte et au tombeau du prophètei; mais les difficultés et les lenteurs du voyage y les dangers qui le rendent parfois impraticable, en empêchent Taccomplissement périodique 9 et quelquefois la gellaba (caravane) a manqué à Siout pendant deux ou trois années consécutives.
Le pèlerinage est y comme on le sait , le lien prin^ cipal du commerce que font entre eux les peuples de rislam; de riches négociants profitent, chaque année, du mouvement des caravanes , auquel il donne lieu , pour expédier les marchandises les plus précieuses, les produits variés de toutes les contrées de la terre; le pèlerin aisé, ou le takrouri pauvre qui suit à pied la marche lente des chameaux , ont aussi leur petite part à ces vastes échanges ; quelques esclaves , tm peu d'ivoire, quelques livres de plumes d'autruche, ou quelques grammes de poudre d'or , forment leur suite ou leur mince bagage, et, avantageusement placés sur les étapes de leur longue route ou dans le Hedjaz , leur permettent de continuer leur voyage ou de regagner leurs foyers longtemps délaissés.
La caravane de Darfour aboutit à Siout, capitale du Saïd , par la route suivante :
De Caubé on se rend en un jour, soit au village de Omm-Sidr , où il y a un ruisseau , soit à la rivière d'Inca , suivant qu'on pense devoir trouver de Teau dans le lit de Tun ou de Tautre de ces deux courants ;
on s'arrête deux jours pour attendre les retardataires et réunir la caravane. Deux jours après on arrive à Halha , situé au-dessous d'une montagne ; deux jours encore et on descend au village de Medob j où une source s'échappant des flancs du DjebeKDoan , fournit de Teau douce; on passe le Gebel-Gbéribat , qui forme la limite du Darfour, et je crois aussi de la région des plnies estivales; et après sept jours de marche , depuis Médob ^ on arrive à Zagliawa ; co village a deux principaux puits, dont Tun fournit de Teau potable , et dont l'autre contient beaucoup de natron. La caravane s'arrête souvent un mois en ce lieu ; elle y établit, un bazar , une sorte de foire , et se prépare aux fatigues qui l'attendent encore; les chameaux paissent daus les environs du village le salem et le hhadd , plantes qui se retrouvent à Don*" gola , mais qui sont rares dans le Cordofan et le Dar* four. Sept jours après avoir quitté Zaghawa, on arrive à Legheia , et sur la montagne de ce nom on trouve de l'eau douce. Le désert a ses fables comme l'Océan, et la montagne de Legheia passe pour être habitée par des génies malfaisants ; tous les djellabs qui ont parcouru cette route les ont entendus hurler pendant la nuit , de même que tous les matelots ont vu le serpent de mer et le Voltigeur hollandais; mais il y a certainement plus de bonne foi chez les Arabes, dont l'esprit superstitieux et crédule s'impressionne vivement des moindres apparences.
On s'arrête à quatre journées de Legheia dans l'oasis deSélimé, qui fournit des dattes et du sel gemme très-blanc; Sélimé est sur le territoire égyptien : il
:k78 commuMLCM du ftoiioAsi.
n'y a que deux journéee et demie de marche de oe poiai au village de Soleb , situé sur le Nil et dans la province nubienne de Sukkot : la direction de la roQte est le S. S. E* On va de Sol^ à Sélimé, de aait. en gardant la polaire par Tœil droit.
La roule de Caubé à Sélimé a donné, en moyenne, le nord jusqu'à Zagbawa ; à partir de Zaghawa , die incline de plus en plus vers le nord-est. De Sélimé , ayant Tétoile polaire par ToBil droit, on atteint en deux jours Chebb; cette portion du voyage s'effectue à travers un désert de sable uni et brillant comme une glace., et qui ne présente aucune trace de végé* talion, caractère que Je désert présente , du reste, d^'à depuis le Djebelr&heribat, c'est-à-dire depuis qu'on a franchi la limite nord de la région pluvieuse; on emploie encore deux jours pour se .rendre de Chebb à Batn-el-mourr, dont Teau amère , saturée de ^Is de soude ou de magnésie, agit comme un violent purga\if dur les malheureux contraints à en faire usage; traversant ensuite quelques dunes de sables mouvants (gbroud), on arrive par la route d'Abu-* Bayau , après trois journées , à Muguess; de Muguess ou traverse Toasis Khar^jeh , on passe à Aïn«el-Ghzal et on descend à Siout après dix ou douze journées de marche.
Depuis Caubé, on a donc employé treute^buit à quarante journées; mais les arrêts fréquents et prolongés obligent à doubler presque ce chiffre, pour avoir la durée ordinaire du voyage; néanmoins la gellaba do 1265 ramadhan (août 1850), n'a mis que quaiantc-cinq jours entre le Djebel^heribat et Siout.
R01ÎTE8 SUIVIES PAR LE COHMBRCE. 51U
La caravane voyage par frik on divisiona , qui se suivent à quelques jours de distance pour ne pas manqoer d'eau aux puits, qui ont ainsi le temps de réparer leurs pertes lorsqu'ils sont alimentés par des sources. On se demandera , sans doute , pourquoi de Sélimé la caravane ne descend pas directement au Nil et ne profite pas de ce fleuve pour gagner TÉgypte , en s'em* barquant, par exemple ^ à Wadi-Halfa; mais il faut savoir que les chameaux delà caravane sont générale» ment la propriété des djellabs, et que cesdjellabs pré* feront les conduire jusqu'à Siout, où ils en obtiennent un prix plus avantageux qu'en Nubie; ces animaux, en e&t, épuisés par une si longue route pendant ia>^ quelle ils ont eu cruellement à souffrir de la faim, ne se trouveraient en état de repartir qu'après plusieurs mois de repos et de bonne nourriture ; les fellahs qui les achètent eu tirent un bon parti , parce qu'ils les nourrissent bien et les abreuvent chaque jour; d'ailleurs le voyage de retour de la caravane emploie moins de chameaux que le voyage d'aller , les exportations comptant plus de charges que les importations , qui se composent généralement d'articles manufacturés d'une certaine valeur ; j'ajouterai que la plupart des Djellabs ont pris, à leur départ du Darfoiir, deux chameaux par rahal, afin de les relayer de temps à autre , et de remédier à la perte d'un tiers ou d'un quart de ces animaux. La caravane repart rarement de Siout avant six mois ; elle reprend donc la plupart des pèlerins qu'elle avait amenés et qui se sont rendus dans le Hedjaz par Keneh et Coseïr; la caravane part également dn Darfour à une (époque
qui lai permette d'être à Siout au mois de Ramadhao. Celle de Ramadhan 1266, que j'ai visitée, était peu considérable; elle ne portait que I^OOO quintaux d'ivoire, qui se sont vendus à 1 ,800 piastres environ ; elle conduisait de plus 945 esclaves, valante Stont, les filles 1 ,200 piastres, les garçons de 8 à 900 piastres. Beaucoup d'autres esclaves avaient péri pendant la route ; plusieurs de ceux qui arrivèrent à Siout pa« rent être vaccinés ; le docteur Cuny, médecin en chef de la province, s' étant attaché particulièrement à former un corps de vaccina teurs indigènes. Il suffit de constater, à sa louange, qu'en dix-huit mois, 20,000 individus ont été inoculés dans le Saïd.
Le Darfour envoie au Gordofan quelques caravanes; elles y. portent de l'ivoire, des esclaves corn* muns , et de la gomme qui ne pourrait supporter les frais du voyage de Siout.
Voici la route suivie par ces caravanes :
Caubé à el-Facher, i jour; — direction, S. E,
El-Facher à Djebel-Ghanem, 2 jours ; — direction, É. S. E.
Djebel-Ghanem à Djebel-Fafa» i jour ; —même direcUon ; puits dans les baobabs.
Djebel-Fafa à el-Atouacha, 3 jours ; — même direction. Le nom de ce puits signifie le rendez-vatu de ceux quiani soif; on y trouve beaucoup d'eau; les Arabes Hababin, BeniOmna, Medjanin, Oulad-Bahar, Bic^a, etc., y abreuvent leurs troupeaux; c'est là que se réunissent les caravanes qui, da Gordofan , se dirigent sur le Darfour.
El-Atouacha à Dar-Hammer, 7 jours ; — même direction. Oo trouve encore ici Peau dans les baobabs creusés à cet effet
Dar-Uammer à Lobeïdh, 2 jours; ^ par AbQu-Haras, réaideoce d'un cachef.
Un chef de pillards , qui connaît parfaileroent le
Waday et le Darfour j m'a donné giinsi le détail de la rente de Caubé à Bergou (ou Wara?) :
Journées
de (Di
Caubé à Bir-Taouil
Bir-Taouil à Kabkabia
Kabkabfa à Motkora
Motkora à Djebel-Amer
Djebel-Amer à Djebel-Heris
Djebel-Herls à Baraguess
Baraguess par dar-Mourin à Teni({a
Terdja à Bergoa
rche.
Total 11
La direction de cette route est à peu près E. et 0.
La route de Soaken à Berber est parcourue par les caravanes en douze jours; une portion de ce trajet s*effectue à travers les montagnes qui séparent )e bassin du Nil de celui de la mer Rouge. Du premier puits, situé à cinq heures de Berber , et creusé seulement depuis quelques années , jusqu'à celui de Rouay, il y a quatre journées de marche. Désirant faciliter les communications avec Soaken, le gouvernement, auquel on doit le premier de ces puits, fit sonder plusieurs points du désert jusqu'à Rouay; mais il fut impossible de trouver de Teau , bien que les recherches eussent été partout poursuivies jusqu'à une vingtaine de mètres environ. A partir de Rouay, on rencontre de l'eau presque chaque jour.
Cette rbute est occupée par les pasteurs nubiens Âmarer, Hadendoa, Omran, etc. On sait que Soaken n'est plus soumis au gouvernement égyptien , et fait partie du pachalik du Hedjaz. La limite des Etats du
r>K2 f:o«siKKCfa bi: ftniîi>AN.
sulthàtl et des ()o&6eâsion8 médiates du pacha d'Bgyptè passe donc eti un pdiui quelconque du désert^ qui sépare le Nil de la mer Rouge. Toutefois ce point me semble peu déterminé. Les Arabes payent quelquefois tribut aux deux gouyemements « et plus souvent ne payent rien ni à Tun ni à Tautre. La faiblesse de l'autorité turque, impuissante dans ces contrées à maintenir Tordre, leur permet d'exiger même une redevahce des caravanes ou des voyageurs isolés qui traversent leur territoire.'Ce tribut est du reste insignifiant. Je leur ai tnoi-même donné une vingtaine de francs. Mon amour-propre n'était pas très-satisfait de cette conoession , sollicitée d'ailleurs avec la plus grande politesse ; mais j'ai dû m'y résoudre en m'apercevant, à Rouay, que mes chameaux^ que j'avaii laissé brouter dans les bliissons, ne se retrouveraient pas sans cela^ et que la violence ne ferait qu'appeler des i^présailles auxquelles je tae devais pas tin'exposer AU milieu du désert^ entouré de tribus notûbreuses^ et n*ayant avec moi qu'un petit nombre de serviteurs* Une disaine environ de dyeliabs parcourent chaque adnée cette route s chacun d'eux peut avoir de cinquante à Soixante chargea de Chameau ; de Soaken à Berber^ ils transportent du iabaC de Surate, des éloifes de l'Inde^ du bois de Sandaly desparfums^ etc. Le fret varié de 00 à 80 piastres par chameau. Ils apportent de Berber à Soaken de la gomme , de Tivoire^ et quelques esclaves; mais généralement ils préfèrent faire leurs achats dans le Taka, situé un peu au sud de cette route. Les Bychara , qui habitent cette contrée^ entreprennent dos ghâzwas fréquentes , pour
entever des enfants el des femmes dans les villages du nord de rAbyssinie, dont les habitants, d'après ce qui m*a été rapporté , montreraient bien peu de courage pour défendre leur foyer et leur famille. Quant à la gomme, elle vient généralement de Musselimieh, d'Âbou-Haras^ de Gadaref.
U y a de Kbartoum à Taka deux routes. La p\u% directe, vu le manque d^eau, ne peut être suivie qu'a dromadaire et en faisant des marches assez fortes. La seconde , qui suit le Nil jusqu'à l'embouchure de l'Atbara et cette dernière rivière presque jusqu'à Taka^ est fort longue, et prend de quinze à vingt jodts. Néanmoins elle est suivie de préférence à la route de Berber par les pèlerina noirs ou Takrouris , certains ainsi d'arriver presque chaque soir dans un village^ où ils trouvent l'hospitalité.
De Taka à Soaken il y a encore dix jodrs de voyage environ.
Pour compléter ce que j*ai dit de la vallée du Nil , je placerai ici quelques mots sur la roule de Keneh à Coseïr.
La route de Keneh a C!oseïr ne compte que Roixanto. heures de marche, soit cinq jours par les caravanes. Je Tai paroourne moi-même, sans m*arré(er, cii^^ soixante heures; on y rencontre plusieurs puits et: quelques campements arabes/
Cette route, comme celle de Sues, est suivie par les pèlerins de l'Egypte et du Gharb ; elle l'est de plus par beaucoup de Nubiens et par les Darfourieus que. la grande caravane amène à Siout. Les marchandises du Soudan ne la suivent pas. Je donnerai ceiiençlanl
584 COSHIRCE DU SOtDAN.
quelques reaseignements sur son mouvemoiit coin« mercial, qui est considérable et peu connu.
La province du Saïd , une des plus riches de TÉ* gypte, récolte principalement du grain (blé, orge, maïs, fèves y lentilles).
Celui du département de Siont est dirigé principa* lement sur le Caire et celui de Keneh sur Djedda par Coseïr.
Le gouvernement) propriétaire de presque tontes les terres , et recevant une portion des impôts en nature, en expédie chaque année, par cette route, 120,000 ardebs; les particuliers, qui en produisent environ 80,000 , en expédient r>0,000. Quelques négociants arabes fort riches sont les agents de ce commerce. Le fret jusqu'à Coseïr est de 30 piastres par chameau , et de Coseïr à Djedda , de 20 piastres par ardeb. La valeur dii blé à Keneh , en 1850, était de 35 piastres.
Pendant le voyage les chameliers volent environ 10 pour 100 du grain qui leur est confié; ils y suppléent en humectant d*un peu d'eau celui que reste ,^ afin que le volume et le poids se retrouvent les mêmes. Le raïs (patron), sur la barque duquel il traverse la mer Rouge, employant de nouveau le même procédé, le grain, après son arrivée, ne tarde pas à fermenter dans les magasins. Le pain qu'on en fabrique est amer, et donne lieu à beaucoup de maladies.
F^'excuse des raïs est leur misère; la mer Rouge a environ 3 à 400 barques, jaugeant depuis 400 jusqu'à 1,800 ardebs, c'est beaucoup plus que les besoins du commerce n'en exigent. La paye des marins
ROLTBS StlVlES PAR LE COMMERCE. 585
est par voyage j et il est rare qu'ils eu fassent dans Tannée plus de deux , et qu'un raïs puisse gagner en douze mois plus de 500 piastres.
Cette altération du blé a lieu sur les barques du Nil» comme sur celles de la mer Rouge ; les négociants d'Alexandrie et du Caire en constatent la mauvaise qualité sans en deviner la cause. L'Europe les refuse ; on ne les admet que pour les mélanger dans la panification j avec deux tiers de blé indigène ou de blé russe. L'Egypte , consommant à peine le tiers de sa récolte, voit ronger par les rats et dépérir dans ses magasins une richesse précieuse , que la rapacité impunie de ses mariniers et l'incurie du gouvernement condamnent à rester en dehors du commerce du globe ) hors le cas de famine.
Chaque année, 6,000 pèlerins environ , parmi les* quels 1,500 Algériens, suivent la route deCoseïr,.se rendant dans le Hedjaz.
IZPUGATIOI M ÏA P&AJICU XI.
De la gancbe à la droite do tpeetateor I
Un guide bychara;
L'auteur de ce livre , coiffé d'une koufleh » montant un dromadaire byciiarl; une faroua ronge eat |etée sur sa selle; en arriftn de la bfMa pend une zemzemieh;
Ses serviteurs;
Une ohebrié dans laquelle déat persontieé peuvent prandfe plaeê;
Un aecond guide : le fer de sa lance est appuyé à un boocfaon de floslla afln'de ne pas blesser le dromadaire ; il a derrière lui son bouclier, et des deux côtés de la selle sont suspendues des entres pleines d*eau ;
On remaxque dans ses cheveux et dans cenx du premier guide , le petit morceau de bols qui sert de peigne aux bychara.
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COyNAISSANCE DES ROUTES. 589