‹ Le désert et le SudanChapitre 40 sur 43 · HISTORIQUE DU COMMERCE DU SOUDAN · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU COMMERCE DU SOUDAN

MtflMs H SMAi nec la Ittf im VnOi^t et tTUt la cooqiéte de itgypie et to rUHM MaraqiesHrtaTira.-*ltalUneMit8iete Fnice ei Afi^ie. ~ MUm Mrelk m tofpttcv et iei Tva. — KitreiilNs de lUigletem.

Dès rantiqnité la plas reculée , les Égyptiens en* trèrent en relations de politique et de commerce avec les peuples du Soudan oriental , peuples réduits en-^ core de nos jours par Mohammed-Ali à reconnaître et à subir l'autorité des maîtres de TÉgypte.

L'Egypte tirait de la Haute-Nubie et de TÉthiopie tous leà articles que le commerce demande encore à ces contrées ; les guerres qu'elle y portait ellè-méme on qu'elle avait soin d'y entretenir » lui fournissaieat des esclaves » esclaves qui, des rives du Nil^ étaient

538 GOHMBBCB DU SOUDAN.

quelquefois conduits sur les marchés de TEurope.

Jaloux de leur nationalité , jaloux, de leur coin* merce, pleins de méfiance à Tégard des étrangers, les Égyptiens se gardèrent bien d'initier les Grecs aa secret de leurs lointaines entreprises ; aussi les historiens de Tantiquité ne nous ont- ils laissé sur TAfrique intérieure que des renseignements peu nombreux et moins exacts encore.

Les Carthaginois ne se montrèrent pas plus cornmunicatifs que les Égyptiens ; d'ailleurs les Carthaginois, grands navigateurs » préférèrent aux roules qui, par le désert, pouvaient les conduire dans le Soudan , la grande voie maritime ouverte à leur essor par Taudace de Haunon , et demandèrent, soit au Sénégal , soit, comme le pense M. d'Avezac, a des contrées situées plus au nord mais riveraines aussi de rOcéan, les riches produits de 4' Afrique centrale.

Les Romains, successeurs en Afrique des Égyptiens et des Carthaginois, s'entendaient plus à la guerre qu'au commerce ; audacieux sur la terre ferme, parce qu'ils savaient que l'intelligence et la bravoure triomphent toujours sur ce théâtre de l'impéritie et de la lâcheté, ils devenaient timides sur l'Océan gouverné par la fortune, et que le génie de l'homme n'arrivera jamais à soumettre entièrement. Aussi les expéditions dirigées par ce peuple sur le Soudan ressemblentelles plutôt à des reconnaissances militaires qu'à des entreprises commerciales , et n'ont-elles eu lien qoe par le désert ; on en ignore les détails, on sait seulement qu'elles furent commandées par J. Matemus et par S. Flaccus : les expéditions de G. Balbus et de

HISTORIQt'E 1^1} GOMMBRCE DU SOUDAN. 559

S. PaullDus n'avaient pas dépassé les limites du Sahara.

Il ne semble pas qu'elles aient produit de grands résultats ; peut-être Tesprit dans lequel elles avaient été conçues s'y opposait-il? on doit en tout cas reconnaître qu'il était plus difficile alors que de nos jours de lier avec les populations du Soudan des re« lations suivies.

La nature n'a pas changé autour d'elles et le désert est aujourd'hui ce qu'il était au temps des Romains , mais ces populations adonnées, à cette époque, à quelque idolâtrie grossière ou au fétichisme le plus abject, devaient différer assez peu de celles que l'on trouve encore de nos jours dans le Soudan équatorial.

Si elles devaient témoigner aussi peu de bravoure et d'habileté lorsqu'il s'agissait de se défendre f elles devaient montrer dans leurs rapports avec les étrangers la même timidité, la même méfiance, en un mot, la même sauvagerie , et c'était là une difficulté que les Romains étaient impuissants à surmonter; il est plus facile de vaincre l'ennemi qui se présente , que de ramener à soi le sauvage qui s'enfuit.

La douceur et la persuasion n'étaient pas les armes habituelles des Romains; loin de tout contrôle, d'ailleurs , les chefs se laissent facilement entratoer à des actes arbitraires, tyranniques, aux exactions les plus criminelles, tandis que leur troupe s'abandonne à l'indiscipline, se livre au pillage et à des excès qui soulèvent et arment contre elle les populations même les plus paisibles. Pour obtenir un résultat de quelque importance, il eût fallu diriger sur le Soudan des

540 COUBftCB DU SOVDAlf.

armées nombreuses, les y maintenir , fonder des établissements sérieux et déclarer le pays province romaine; une telle entreprise présentait des difficultés sans nombre, elle ne fut pas tentée.

Pour remuer profondément le Soudan , pour changer Tesprit de ses populations , les rapprocher du reste de Thumanité , il fallait même une force plus grande que celles dont disposait Tempire romain. L'enthousiasme des premiers temps de Tislamisme fut cette force; parla victoire ou la prédication, l'islamisme s'imposa en quelque sorte on sMnsinua dans le Soudan. Les noirs recurent à la fois des Arabes un dogme nouveau et des lois meilleures , ils acceptèrent en partie leurs usages , et des relations fréquentes , des rapports commerciaux ne tardèrent pas à s'établir entre le Soudan et le Rif. Le Rif devint l'entrepôt de l'Afrique et de l'Europe, et conserva ce caractère jusqu'au xri* siècle, c'est-à-dire jusqu'à la conquête des États barbaresques par les Turcs , conquête dont les conséquences furent désastreuses pour le commerce et pour la civilisation.

L'empire ottoman était trop étendu , et son organisation était trop imparfaite pour que Tantorité des sulthans ne fftt pas bientôt méconnue , dans leurs possessions africaines, par ceux mêmes qu'ils avaient chargés de l'y faire prévaloir : un désordre, une anar*chie déplorables en furent le résultat; les révolutions, les massacres , les assassinats se succédèrent sans interruption , dans des provinces dont quelques pirates ou quelques bandits se disputaient les richesses le sabre à la main« L'insolence et l'audace de ces

HISTORIQUB BU COVHBRGB DU SOUDAN. 541

uaorppteurd éph^oèrea, en imposèrent à TEurope qui longtemps supporta leurs injures avec une Iout ganimité qu'on s'explique difficilement aiûourd'bni»

An commencement do xix' siècle cependant^ le gér néral QoQAparte détruisait aux Pyramides la milice des mamelouks y et, devenu maHre de l'Egypte» songeait à ouvrir le Darfoor à notre commerce , et a faire du Nil une route française.

Des circonstances malheureuses ne le permirent pas, mais la France, contrainte à abandonner TÉgypte, n'avait pas oublié l'Afrique, et répondait, en 4830, a une fanfaronnade, par la prise d'Alger, événement suivi, à quelques années de distapce, de l'occupation de l'ancienne régence tout entière.

De tous les côtés, l'Afrique voyait tomber les bar* rières qui la séparaient de nous. Mébémet-Ali, admirateur enthousiaste de Napoléon , inspiré même par quelques-uns des compagnons d'armes du grand ca* pitaine, étendait, en 1821 , jusqu'au Fazogl, les limites de son empire, et ouvrait à nos recherches ses conquêtes nouvelles.

La Turquie enfin , que l'on compare assez exacte* ment , en Orient , à une baspule dont chaque extrémité est tour k tour abaissée ou soulevée , après avoir perdu sans retour , en 1 830 , TAlgérie , sur laquelle die ne possédait qu'une suzeraineté nominale, recouvrait, en 1835, la régence de Tripoli, et remplaçait par une autorité bienveillante pour les Européens le gouvernement barbare des Garamaulis, assez aveugles pour réclamer son intervention dans leurs démêlés de famille.

r)42 connct du socjdan.

Maltresse de rAlgérie, la France devait se préoccuper du Soudan y s'enquérir de ses ressources , sWforcer d'éiablir avec cette région des relations commerciales suivies et d'y faire prévaloir son influence.

Cette tâche lui était d'autant plus facile qu'elle avait dans l'Algérie unebasesolideetqu'elle pouvait trouver dans la population conquise des auxiliaires précieux.

Elle négligea cependant de l'entreprendre, ou du moins se borna à encourager quelques tentatives dont la hardiesse même empêcha le succès. C'est ainsi que Maizan j que je vis plein de confiance partir de Zanzibar pour un voyage impossible , paya de sa vie son héroïque témérité.

L'Angleterre n'avait pas en Afrique une base aussi forte que celle de la France; elle manquait d'auxiliaires sérieux , et enfin , aux difficultés qui l'attendaient dans le Soudan , elle était réduite à en ajouter elle-même de nouvelles. L'opinion publique exigeait que les explorateurs se présentassent à des marchands d'esclaves en qualité d'abolitionnistes y et à des musulmans dévots en qualité de missionnaires chrétiens, ou tout au moins d'agents des sociétés bibliques.

L'Angleterre cependant marcha résolument dans une route que dès les premiers pas )a France renonçait à suivre. Gouvernée par une aristocratie dont le regard embrasse l'avenir, douée de cet esprit de suite nécessaire aux succès des grandes entreprises , elle comprit toute l'importance des relations à établir avec le Soudan , se fixa un but, et malgré les plus cruels mécomptes , malgré les pertes les plus sensibles , ne renonça jamais à l'atteindre.

Page 1