SCENE PREMIÈRE
M. HOCTAU, Mad. LUZERE, sont assis pris du poêle à la levée du rideau,
^ M •• H O C T A u ♦, continuant la conversation*
Et tout c^a vient fondre sur nos pailHers 1 ides bataillons «ans fin 1 infanterie, cavalerie, dra- •gQjj-s , troupes légères , houzards , des bagages^ '^'un train d'enfer 1 Oh! malheureux paysl Ce déluae annonce notr^ raine ; ^ je Tavois bîeii prévu.— Vous souvient-il, madame, de ce que j'ai dit il y a deux-ans, en vous lisant la gàzéttç du 6 mars l J'ai vu yenir la.guerre de ce côté-ci ^ toxx% convme ceux qui lont imaginée. . / .
Mad. L tJ z E R E.
Eh bien , que pouvons-nous y faire , mon chel? .14. Hoctau î ba marche des armées ne se règle point d'après nos avis. Payons en silence , voilà notre lot. Heureux si , par ce moyen , nous échappons aux horreiyrs qui nous environnent.
M. Hoctau.
Ces troupesî françaises ♦qui sont à nos portes, ne
vont- elles pas encore nous forcer à des réjouissances publiques pour célébrer leur bonne arrivée !
Mad. L U z E R E.
M^îs parlons franchement : qu a fait pour nous cette milice avide qui se dîsoît nos alliés , nos défenseurs? Ils semblent n'être venus ici que pour diLVànteç les.ennenîis dans lart du pillage : ^ les français Atri vent; on leur cède la place : ils ne feront pas pis que les autres j ils vivront seulement à nos dépens. .
Il est vrai que je n^'attendois que nos troupes , au Heu de s'évader , alloîent -. j'enrage de bon cœur. ^ On n'a pas seulement tiré un coup de fiisil , et les français sont nos maîtres.
J'aime mieux que les choses se soient ainsi pas* fiées , que d'avoir vu le sang ruisseler dans les rues 5 et peut-être les quatre coins de notre petite ville livrés auic flammes. Puisque nous devions avoir des troupes^- autant vaut des français....
'YotMi^avez beau dire , je n'aîme pas les fran5ais9 et A je suis bon patriote. '-=• M'entendei- vous , madame ? ^ /
Mfad. L u z E R E.
Que yoiiïèz-vous dire? ejcpliquez-vqus ouvertement. ..
Oui y oui y nous le voyons bien , vous ne haïssex pas les français.
Mad. L u z £ R £.
Je suis bien loin de haïr aucune nation , et je ne jne cache pas d'estimer dans le français plusieurs excellentes qualités.
M. H C T A: U. ' Vous ne le f^iites que trop^i^oir^ par celui que vous avez chez vous depuis sept ans. U ne fait^
cliaque jour, que prendre un ton plus haut dans cette ville : on diroic qu'il est déjà ... je ne veux pas dire« • . •
Mad. L u z £ R £.
Ditçs y dites. ^ Celui dont vous parlez est vtn jeune homme d'un mérite rare ^ M. Hoctau ; il est prudent » économe , intelligent, laborieux; et^ veuve comme je le suis , il m'était impossible de ren«r contrer un homme plus utile à mon commerce. *-^ Pourriez-vous lui en vouloir i
Hom ! • • . Mais vous ne savez pas les bruits que J*on fait courir^ *— tous vos amis en sont scaadalifiés. Mad. L u Z £ R £y souriant*
£h ! . . , quels bruits donc ?
M. Hoctau.
On va jusquà* oser parler du mariage dé cet llûrame-^là avec votre fille , et vous sentez. . . .. Mad. L u Z £ R £ , souriant.
Oui y je sens qu'un bruit pareil peut inquietter ; et pour le faire cesser , je veux que ^ dans les vingtquatre heur^ , Durimel soit son époux.
M. Hoctau, étoufant dt dépit.
Comment?... Mais... Comment?... Son époux l Mad. LUZ£R£ , avec ironie , la première phrase
C'est à cause du bruit , M. Hoctau : vous l6 savez , les bruits sont dangereux. ^ D'ailleurs ^^ nia fille a près de dix-huit ans , Durimel en a près de trente : quels nœuds mieux assortis 1 d'un autre côté, voici des officiers qui arrivent en fott^te j il est important de marier les fille$.
Non , je n'en reviens pas. — Mais ouWHez-vouf Tantipathie que défunt votre époux avoir pour les français ? ne craignez- vous pas d'irriter son ombre? Mad. L U z £ R £ ^ tranquillement •
Non ^ M. Hoctau ; il n^ ^. que les vivans qui s*îrritent , et souvent poux des. affaires qui ne le& regardent pas, A |
Vous rne payez d'ingratitude, madame I Voui avez aussi oublié l'espoir qit a fait naître le refus du: iecbnd époux que )e m'empressai de vous offrir dès \^% premiers jours de votre veuvage.
- Mad. LUZ£RE , avec ironie la premiire phrase. ^ Il est vrai : ma fille vous doit beaucoup de rc- Cônnoissance de vous être offert pour être lorf beaupère. ^ A^ais je vous ai assez fait connoîrre com-^ t)ien j^imois qu'une mère osât se sacrifier pour son enfant. Je n'avoîs que quelques années à attendre : elles sont écoulées. Ma fille n'aura point rougi à ma ttôec y et je paroîtrai avec honneur à la sienne, '
M. H 6 CT A u.
Quoi 1 mes espérances seront trompées! moî qui ai toujours cru que jamais un autre. • •
Ma.d. L U Z li K £ , ironiquement. r
On ne peut pas tout savoir , M. Hoctau ; et tel qui prédît si bien, sur une gazette , les révolutions de l*Çurppe,lit souvent fort mal dans les yeux d'une jeune fille, r* Maïs la voici. ^ Sî eHe vous veuç pour époux, je ne m'y opposerai point. .
M. HOCTAU ^Mad. LUZERE, CLARY.
Mad. L u z E R K.
. Clary t vous venez fort à propos. On vous dp*^ 0iande à toute force en mariages N'^im^riez- vous jas bien M. Hoctau pour votre époux ?
Clary, ingénûmeht.
Je raîmeraî dans toute autre occasion ; mais , cour mon époux ! . . . Oh ! non , ma chère bonne maman. i;^:
Mad. L x; ZTE. R E, :
Pourquoi donc ? ^
r Mais vous le^ savez aus» bien que moi. Je vo»
DRAME. ^ r
ifonfie mes pensées les plus secretces , et je vous ai avoué. ... ' ^
Mad. L u z E R £.
Achevez,
Cl A R Y , avec une madtstc confusion..
Le nommer I . . . — ■' Ah ! vous le connoissez bien.
M- Ho C T R u.
Quoi 1 .mademoiselle ? un français , qui vient de [enesais„où, cjui n'a rien au monde, arrivé ici; par aventure, . . • vous le préférez à moi, dont les ayeux , depuis deux cents ans, sont honorés danS' cette province s ^ nioi , qui possède des maisons dans cette ville , où je puis aspirer à tout 1 ( A madame Lu^irt. ) Ah ! triadame, line mère pru- ' dente ne devrott pas laisser faire à une fille sans^ expérience , une étourderie ds cette force-là. '^
Mad. L u z E R E.
Clary , c'est à vous à faire iinp réponse.
Elle sera bien simple. ^ Nos "âgés , nos goûts ^ 003» sentimens, tout diffère : un bonheur mUtuel ne' seroit pas le fruit de nos nœuds. ^ Nous vivrons' bien mieux amis qu époux. ^ Soyez généreux :
mettez seulement rajnour de côté, et je vouspro-^ teste que vous ne m'en deviendrez que plus cher*
Je vous ai vu haîtrc , mademoiselle. — Me dédaigner ainsi ! '^^ Moi qui vous aurois donné tout mon bien I ^ me préférer un 1 . . .
Mad. L U Z E R E.
M. Hoctau ....
M. Hoctau, furieux.
Laissez-moi , madame, laissez-moi. Il n*y a pltis <ju*ingratrtude , dureté et trahison sur la terre. ►- Comme tout est changé ! -- que le rtxonde est haïssaBîe^î qû'îTest perverti l •- Ah 1 qu'es^ devenu votre défunt \ Cet oit moi^ami ; c'étoit là un homzM
s LEDÉSERTEUR, '
d'an sens droit , éclairé. ^ Hélas 1 on ne voit que trop ici qu'il n*y est plus.
( // ^ortp et ne tin pas la porte après lui. )