DÉFINITION DU DESSIN
Se mettre à enseigner le Dessin, sans avoir jamais pensé à le bien définir, est une faute grave que l'usage a presque consacrée. Cet oubli ést sans doute l'une des'principales causes du vice des méthodes, ou plutôt de l'absence totale de méthode dans l'enseignement du Dessin.
Le mot Dessin, d'après son étymologie latine, rappelle, avec l'idée générale designe, l'action de représenter ‘un objet dont l'image se trouve reproduite de manière à ce que l'on puisse croire que l'on voit l'objet lui-même. C'est ce que prouvera, s'il le faut, lanalogie de,ces deux mots, évidemment de même famille, Designer et Dessiner.
Le Dessin, en général, consiste donc à reproduire, n'importe par quels moyens, l'image de tout objet qui frappe ou a frappé nos regards, en le représentant tel qu'il apparait à nos yeux ou dans notre souvenir, qui est une manière de voir encore les objets absens.
C'est d'après cette acception générale que l’on a réuni sous la dénomination tcollective des Arts du Dessin : 1° le Dessin proprement dit, et ses divers moyens de reproduction, lithographie, gravure, etc.; 2° la Peinture; 3° la Sculpture : trois grandes divisions fondées sur une base commune qui est la Perspective, puisque la Perspective, en général, consiste à bien savoir d'abord comment nous voyons les objets que les Arts
du Dessin doivent ensuite représenter.
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L'Architecture peut être aussi classée parmi les Arts qui se lient au Dessin, à raison du grand secours qu'elle en tire pour la direction de ses travaux.
Le Dessin proprement dit consiste à reproduire l'image des objets en représentant les contours des corps et leurs formes par des lignes et des ombres.
Le coloris et plusieurs moyens d'exécution différens de ceux du Dessin, constituent la Peinture, qui a toujours le Dessin pour base, et qui n’est elle-même qu'ur genre par rapport au Dessin.
Dédaignant ordinairement le secours des couleurs, la Sculpture représente les images des corps de manière à les rendre palpables par limitation fidèle, et souvent par la reproduction identique des formes de la nature. L'intime union de la Sculpture avec le Dessin proprement dit est évidente; il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage de nous en occuper d’une manière particulière.
Le point essentiel pour nous est de bien constater ici, dans toute son étendue, le sens primitif et général que personne ne peut refuser d'attribuer au terme de Dessin.
Le but et l'emploi vraiment utile du Dessin nous semblent bien indiqués par la signification du mot lui-même. Apprendre à dessiner sera donc, pour nous, se mettre réellement en état de reproduire limage de tout ce que l'on pourra voir. Celui-là sera le plus fort en Dessin qui saura représenter le plus grand nombre d'objets qui auront frappé ses regards, et celui-là dessinera le mieux qui mettra le plus de fidélité dans les images qu'il aura retracées de ces objets, qui en aura reproduit avec le plus de justesse les proportions et les formes, avec le plus de vérité le caractère et l'expression.
On pourra citer, ilest vrai, des personnes qui auront acquis plus ou moins d'habileté à manierle crayon, mais qui ne pourraient rien dessiner d'après nature : nous ne chercherons pas lenom qu'il conviendra de donner à ce genre de talent. Si l'on nous forçait à nous expliquer sur ce point; nous dirions qu'il nous semble que ce ne serait pas réellement le Dessin que l'on aurait appris à ces personnes. Nous ne reconnaitrons de véritable Dessin que le Dessin d'après nature, et appliqué à toutes sortes d'objets.
Si le Dessin était toujours présenté sous cet aspect, il s'offrirait avec de si grands avantages, que dès-lors il conviendrait de ne le plus compter au nombre des arts de pur agrément, et qu'ilse trouverait élevé au rang des arts d’une réelle et continuelle utilité: il deviendrait l'un des élémens indispensables de l'instruction pour toutes les classes de la société.
Le Dessin, tel que nous venons de le définir, est une sorte d'écriture sans laquelle nous oserons dire qué l'homme le plus lettré doit souvent se trouver un homme bien incomplet, soit dans ses relations de société, soit comme savant ou industriel, incapable
qu'il est de transmettre une foule de souvenirs, de notions et d'indications pour
= — lesquels la parole est reconnue insuffisante et qu'il rendrait sensibles, en quelques instans, s'il pouvait s'aider du Dessin.
Pour les Sourds-Muets, élèves de mon père, le Dessin, tel que nous le.concevons/ est une sorte de langage. Ce qui est pour ces infortunés une compensation, ne devraitil pas devenir pour nous, plus heureux, un admirable complément de la parole et de l'écriture?
Enfin, nous ne désespérons pas de démontrer, dans le cours de cet ouvrage, que le Dessin ne sera pas seulement en lui-même un objet d'instruction spéciale, mais que ce sera aussi un moyen d'instruction, en général, par le développement intellectuel qu'il devra nécessairement produire, lorsqu'une méthode de Dessin ne s'adressera pas seulement aux yeux, mais encore à l'entendement, éticonsistera principalement à enseigner une chose bien importante, à laquelle cependant peu de personnes avaient pensé, qui est d'apprendre à voir.