‹ Le dessin d'après nature et sans maîtreChapitre 25 sur 47 · DE PERSPECTIVE AÉRIENNE · texte numérisé non relu

DE PERSPECTIVE AÉRIENNE

Des ombres.

Ux objet rond ou composé de plusieurs faces a ordinairement un côté éclairé et un côté privé de lumière : cette absence de lumière se nomme ombre. Le passage de l'ombre à la lumière s'appelle demi-ton ou demi-teinte. Il y a des demi-tons plus ou moins forts.

On a vu que les objets paraissent diminuér à mesure qu'ils s'éloignent de l'observateur; mais ce ne sont pas seulement leurs lignes qui diminuent, les ombres et les lumières deices corps paraissent diminuer dans le même rapport. Ainsi, les ombres des objets qui se trouvent sur le premier plan sont les plus noires et les plus vigoureuses; celles dusecond plan, moins noires et moins vigoureuses, ainsi de suite, et suivant une progression décroissante exacte. On.a vu (planche 2, fig. 1) que les objets placés à une distance double, perdaient àl'œil moitié de leur grandeur, les ombres diminuant exactement dans la même proportion. Placé à dix pieds, puis à vingt pieds de vous, le même objet vous paraîtra non-seulement deux fois plus petit, mais aussi deux fois, moins noir ou moins ombré, et il en sera de même des lumières et des demi-tons ou demi-teintes.

La cause de cette diminution est facile à concevoir: l'espace compris entre le premier et le second plan est rempli par une masse d'air. Bien que cet air soit transparent, ilintercepte toujours une partie de la lumière et produit à-peu-près le même effét qu'une gaze très légère à travers laquelle on verrait ce second plan: On a même quelquefois recours à cette gaze tendue, dans des décorations de théâtres, pour produire l'illusion d’un lointain plus ou moins reculé. Du second au troisième plan, encore une masse d'air ou encore un rideau de gaze, et ainsi de suite; de là vient l'affaiblissement des ombres, des couleurs, des lumières, et en même temps les détails des objets cessent de s'apercevoir distinctement, pour ne plus laisser voir que les masses. Si donc, sur un plan éloigné, on a la maladresse de donner une touche-trop forte, ou de dessiner un détail. de manière à le faire voir trop distinctement, ce plan, au lieu de paraître s'éloigner, comme dans la nature, semblera au contraire venir en avant et détruira l'effet du tableau qui doit représenter avec fidélité la nature.

Il importe d'observer que les effets dont nous venons de parler ne sont pas toujours absolument les mêmes et que l'on voit plus ou moins loin. et plus où moins distinctement, suivant les différentes dispositions de l'atmosphère. En effet, lorsque le temps est orageux (baromètre à tempête), les nuages étant bas et l'air plus épais ,on voit moins loin et moins distinctement que par un beau temps, les nuages étant plus élevés et l'air moins épais. Lorsque le baromètre est à très see, les nuages étant très hauts et l'air très pur, on voit fort loin et très distinctement. Les détails se distinguent alors si bien, qu’il semblerait que les objets sont beaucoup plus rapprochés que par les temps ordinaires; mais comme la diminution linéaire a toujours lieu, les maisons et les arbres que l'on voit encore distinctément paraissent rapetissés comme dés jouets d’enfans. Le temps le plus favorable pour.dessiner ‘d’après nature est le temps un peu orageux, marqué par le baromètre à variable, L'air est un peu épais; il y à une légère vapeur qui met de l'espace entre les plans et voile un peu les détails, le paysage est alors ce qu’on appelle plus vaporeux.

De quelle manière il faut ombrer le paysage.

Lorsque l’on dessine, la plus grande lumière dônt l’on puisse disposer est le blanc du papier, ou le crayon blanc si l’on dessine sur papier de couleur, ou le blanc d'argent avec un peu de jaune, si l'on peint. On ne peut obtenir de grands effets et faire paraitre les lumières vives que par des oppositions et en tenant les ombres très noires. Lorsque l'on dessine , soit à l’estompe, soit au crayon, on commencera donc par employer dans les ombres du premier plan le crayon le plus noir et l'on conservera pour les lumières vives le blanc pur du papier. Si le second plan est à une distance double de celle du premier, on observera la diminution dont nous avons parlé. Si le rapport des distances n’est pas bien connu, ôn aura soin de comparer les ombres et les lumières de ce second plan aux ombres et aux lumières du premier. On suivra la même marche pour les autres plans et à l'égard du ciel et de l'eau. L'eau prend toujours la couleur et le ton du ciel qu’elle réfléchit; maïs les reflets perdent moitié de ton, les ombres d’un objet réfléchi paraissent moitié moins noires que celles deT'objet etles lumières moitié moins vives. Il résulte de cela que le ciel paraît toujours plus brillant que l’eau.

Lorsque l'on dessine le päysage par une fenêtre, comme dans la figure 1 de la planche 8 Zis, on doit employer le plus grand noir pour ce qui entoure cette fenêtre, d’abord parce que c’est sur le premier plan, eten second lieu, l'opposition de la grande lumière que l'on voit par cette fenêtre fait paraître plus noires lés ombres "qui l'entourent. Il en résulte encore que les objets qui sont sur le mur près de la fenêtre, doivent être très peu distincts, comme ici le tableau qui est près de la fenêtre. Si les détails de ce tableau étaient aussi apparens que ceux des objets vus par la fenêtre, cela ressemblerait à une seconde ouverture par laquelle on verrait encore la campagne. La partie du paysage vue par le côté fermé de cette fenêtre, doit paraître un peu moins brillante que la partie vue par le côté ouvert. En effet, le verre, si pur qu'il puissé être, intercepte toujours un peu la lumière et voile un peu ce que l’on voit. Dans la position où il est, le côté ouvert de cette fenêtre réfléchit le ciel et les objets environnans. Les bordures en bois du côté fermé de cette fenêtre interceptent la lumière et se détachent en très noir sur les autres plans. Cette grande bande de bois qui divise la fenêtre én deux parties égales et qui appartient au côté fermé peut servir de terme de comparaison avec les autres plans. On voit, par exemple, que le plan qui arrive immédiatemént après est un peu moins noirque cette bande de bois et qu'à mesure que les plans s'éloignent, ils paraissent moins noirs que cette bande.

Lorsque l’on dessine en plein champ, il est facile de piquer en terre près de soi un bâton qui remplirait le même office que la bande précédente. Quelquefois le hasard place près de l’observateur un rocher, une maison. Alors on compare les tons de ces différens plans, sur le profil de ces objets.

Ici, dans la figure 2, se trouve un-arbre qui peut remplir le même but que le bâton dont on vient

an" un de parler : cet arbre étant sur le premier planet s'y détachant en noir.et en vigueurs sur tous les autres, onpeut juger facilement de la diminution de tons. Dans la figure 1, on obsérvera que les lumières du bâtiment ab qui est vu d'angle sont moins vives que les lumières du: premier plan sur les côtés de la fenêtre. Les lumières dela tour qui est encore plus loin que le bâtiment sont moins vives que celles de ce bâtiment. On remarquera aussi dans le paysage de la figure 2, que les lumières des reflets sont moitié moins vives et les ombres moitié moïns noires que celles des objets eux-mêmes.

Si l’on dessine le paysage à l'estompe, on.fera bien de commencer par ombrer le ciel et l'eau, après en avoir comparé le ton avec les ombres du premier plan. Ensuite, sur le premier plan, on établit le plus grand noir possible du crayon , et l’on observe ensuite la dégradation telle que nous l'avons précédemment indiquée.

Les observations suivantes nous ont paru de quelque intérêt pour les commençans.

1° Il est facile de se tromper en commençant à ombrer un dessin’, lorsque l’on ombre l'eau, par exemple, et que l’on croit la faire très noire, parce que l'opposition du blanc qui l'entoure la fait paraître vigoureuse. Mais aussitôt que vous mettrez sur cette eau les ombres des objets qui l'entourent, vous êtes étonné de la trouver souvent trop claire. Il faut donc d'avance bien calculer ces effets, et l’on y parvient avec l'expérience et l'habitude d'observer.

2° 11 faut, quand on commence à ombrer, toujours tenir les lumières plus larges qu'elles ne paraissent, car en finissant et en fondant les ombres, on diminue toujours les lumières plus qu’on n’aurait voulu.

3° Dans un corps rond, comme une tour, ni l'ombre la plus noire ni la lumière la plus vive ne sont jamais aux bords. Il y a toujours du côté de la lumière une légère demi-teinte et, du côté de l'ombre, un demi-ton. Le passage de l'ombre à la lumière ne sé fait pas brusquement mais par demi-tons. Dans un corps angulaire, comme l'angle de la maison (planche 8 &s, fig. 1), la lumière la plus vive est voisine de l'ombre la plus noire. L'opposition de la lumière fait paraître l'ombre très noire et l'opposition de l'ombre fait paraître la lumière très viv

d'où il résulte que dans un corps angulaire la lumière la plus vive est près de la ligne qui réunit les deux côtés et l'ombre la plus vigoureuse, près de cette lumière.

4° S'il n'est question que d’une esquisse, on doit dessiner le premier plan avec un trait férme, large et noir. Sur le second plan où les objets commencent*à diminuer, il faut un trait plus fin, plus léger et toujours pur. Pour les plans suivans, on diminue toujours la touche et l’on termine par le trait le plus fin et le plus léger. On fera bien d'employer pour les premiers plans du crayon très noir en diminuant progressivement, selon larrangement des plans. et lorsqu'il ne reste plus moyen de diminuer de ton et de finesse avec le crayon employé dès le commencement. On pourra prendre la pierre d'Italie qui donne un trait gris et fin; la mine de plomb pourrait encore servir dans ce cas. On pourra par ces moyens, dans un simple, croquis, obtenir beaucoup d'effet, tandis que si l'on mettait sur des plans éloignés des touches aussi fortes que sur le premier plan, les plans éloignés, au lieu de fuir, sembleraient venir en avant.

Des ombres portées.

On appelle ombre portée ou projetée, une ombre produite par l'absence de la lumière interceptée par un corps opaque, sur le plan où est posé ce corps. L'ombre portée est toujours dans le sens opposé de la lumière.

Lorsqu'on dessine d’après nature, un intérieur par exemple, si les ombres viennent d’un objet éclairé par une lumière factice, on compare la largeur et la longueur de chaque ombre, avec l’objet qui l'a produite. Si au contraire cet intérieur ou paysage est éclairé par une lumière naturelle (le soleil ou la lune), comme les ombres, dans cette circonstance, changent continuellement, on com-

en date

mericé par comparer la longueur d'une ombre portée avec l’objet qui la donne. Si, par exemple, cette ombre égalé la moitié de la hauteur de l'objet, toutes les ombres portées de ce. tableau doivent égaler la moitié de la hauteur des objets quivles donnent. Lés ombres portées à midi sont les plus courtes, et elles sont les plus longues, lorsque,le soleil est à son point le plus bas’ et le plus près de l'horizon, à son lever et à son coucher. Les ‘ombres portées prennent les formes des objets qui les reçoivent.

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