‹ Le dessin des animaux en Grèce d'après les vases peintsChapitre 12 sur 40 · FABRIQUE IONIENNE DES VASES DITS « CYRENÉENS · texte numérisé non relu

FABRIQUE IONIENNE DES VASES DITS « CYRENÉENS

Une tête de serpent orne une coupe du Vatican peinte au V^ siècle avant Jésus-Christ à l'époque d'Euphronios (fig. 131). Les principes artistiques auxquels a obéi le décorateur de cette poterie sont presque semblables à ceux de l'auteur du dragon cyrénéen, bien qu'il y ait entre les deux œuvres près d'un siècle de distance.

Le serpent de la légende de Cadmos se retrouve peint sur un

Fig. 133. — HÉRAKLÈs ET SON COMPAGNON loLAOs TUENT l'hydre^de Lerne. — Amphore de style ionien.

vi« s. av. J.-C. — Louvre. Salle E, n" 707.

grand cratère du style d'Asstéas, fabriqué dans l'Italie méridionale vers le iv^ siècle avant Jésus-Christ (fig. 132). L'animal est rond et mou. C'est une œuvre de décadence. Sa tête, courte, trapue, est pourvue d'une crête et de caroncules analogues à celles des gallinacés. Son corps est couvert d'écaillés. Ici, comme dans les peintures cyrénéennes, il y a une infinité de détails. La minutie du travail des céramistes de l'Italie méridionale montre quelle était leur patience et leur habileté. Elle rappelle celle des artistes du vi^ siècle, notamment de Timagoras qui couvrait d'écaillés fines et régulières le corps du dieu Triton. (Louvre. Salle F, n° 51.) Au vi<^ siècle comme au iv^, on étendait, sur le ventre des êtres fantastiques dérivés du serpent,

une longue bande blanche. Cet animal à ventre blanc se trouve aussi sur une amphore de style ionien barbare dont le lieu de fabrication n'est pas connu. Ce vase semble se rattacher aux produits négligés de la côte d'Asie. Sur sa panse est une figure mjrthique. C'est l'Hydre de L,erne attaquée par Héraklès et son compagnon

FiG. 134. — Animaux de la coupe dite « D'ARa:sn,A.s ■• , roi de Cyrène. vi'^ s. av. J.-C. — Cabinet ■ des midaillcs, 11° iSq.

lolaos (fig. 133) . Les Grecs donnaient à cette Hydre des formes très différentes selon qu'ils les empruntaient au poulpe ou au serpent. Autres animaux. — Les animaux représentés sur les vases cyrénéens appartiennent à des espèces très diverses. Sur la coupe d'Arcésilas (i), la scène de la pesée du Sylphium est complétée et entourée

(i) BabELON, Cabinet des antiques, pi. 12. DUMONX-POXTIER, Les Céramiques de la Grèce propre, p. 295. Sai,omon Reinacii, Répertoire des vases peints, t. I, p. So et Sx.

FARRIQUE IONIENNE DES VASEvS DITS « CYKÉNÉENS ». 121 par un lézard, une panthère à tête de face couchée sous le siège du

FiG. 135. — Hydrie a zones d'animaux, — Fabrique cyrénéenne, style d'imitation corinthienne. vi« s.

av. J.-C. — Collection Morin, n" 1164.

roi, un singe accroupi, des oiseaux pittoresquement perchés sur les

122 LlvS ANIMAUX EN GRECE D'APRES LES VASES PEINTS.

vergues du navire, un courlis à long bec qui traverse le ciel à tired'aile. Ce courlis se rapproche beaucoup plus de la vérité que les oiseaux des céramistes de Corinthe. Dans les ateliers de la Grèce continentale, les ailes des volatiles sont ordinairement vues de face ; le corps est vu de profil (fig. 65). Mieux inspiré, l'auteur de la coupe d'Arcésilas bannit cette convention archaïque et peint des oiseaux tels qu'ils se présentent à nos yeux (fig. 134). Il y a, sur les vases de l'école de Cyrène, des poissons exécutés avec soin (fig. 130, n" 5), des lièvres dont le pelage est exprimé par de nombreux coups de burin (fig. 130, n" 2), des animaux fantastiques tels que l'oiseau à tête de griffon (fig. 125), le sphinx, le centaure de type ionien à jambes humaines par devant. (Louvre. Salle E, n° 662.)

Réels ou irréels, tous ces êtres sont traités avec une richesse de détails et un amour du pittoresque qui font la plupart du temps défaut dans les œuvres de l'école de Corinthe.

L'art cyrénéen ne fleurit pas longtemps. Ses principes exercèrent une influence assez limitée. Dans le courant du vi*' siècle, le style corinthen lui fit subir de profondes modifications, lui imposa ses formules et amena sa décadence. Cette grosse hydrie, où l'on ne trouve que des traces de la facture cyrénéenne, en est la preuve (fig. 135). Les animaux dont elle est décorée sont corinthiens. L'origine cyrénéenne du vase n'est indiquée que par la forme du corps des coqs (race allongée de l'Orient) et l'appendice orné d'incisions qui existe au bout de la queue de quelques-uns des fauves à tête de face disposés à la file dans la zone inférieure.

Si les fabriques dites cyrénéennes avaient été longtemps guidées par les lois qu'elles observèrent à leur origine et pendant leur plein épanouissement, il est permis de croire qu'elles auraient produit beaucoup plus de chefs-d'œuvre qu'elles n'en firent. Si leur activité avait duré autant que celle des ateliers de Corinthe, elles auraient, plus que ceux-ci, atteint la perfection dans la forme des animaux.

Fabrique de Béotie.

Au témoignage des auteurs anciens, les Béotiens avaient l'esprit lourd et ne savaient pas goûter les plaisirs intellectuels. Il n'est donc pas surprenant que les animaux de leurs vases manquent de vivacité et de grâce. lueurs ateliers de céramique n'étaient pas loin de Corinthe. On y travaillait selon les formules adoptées dans cette ville, mais l'influence des écoles de la Grèce orientale (i) s'y exerçait aussi. Des rapports ethniques ont existé, nous le savons, entre les Cyrénéens et les Béotiens (2).

Tout en faisant aux autres fabriques de nombreux emprunts, les potiers de la Béotie laissent voir, dans leurs produits, une personnalité très accusée. Ils copient mal les modèles qu'ils ont sous les yeux, étant entraînés parleur manque de développement intellectuel à les toujours déformer dans une certaine mesure. Leurs produits conservent longtemps une couleur locale très accentuée. Ils restent semblables à eux-mêmes à une époque où l'école attique, dont les formules s'imposent partout, fait disparaître les manifestations esthétiques des fabriques provinciales.

Les Béotiens, dans leurs figures zoomorphiques, manquent de délicatesse et de légèreté. Leurs traits sont épais, trop forts, disgracieux. Ils sont moins rigides que ceux des Corinthiens et accusent souvent une rondeur exagérée.

(i) Surtout de l'école que nous avons appelée provisoirement cyrcnécnne. (2) Cyrène, qui devint, comme on sait, une importante colonie grecque d'Afrique, fut vraisemblablement fondée vers 631 par des Béotiens conduits par Battos.

124 IvES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS I,ES VAvSES PEINTS.

Toutes leurs céramiques ne sont pas aussi imparfaites les unes que les autres. Sur l'une d'elles, qui est au Louvre, on voit des oiseaux dont les pattes, les ailes, la queue et le cou sont très mal peints

FiG. 136. — Animaux de style béotien. — vi" s. av. J.-C. — Louvre. Salle L. — A. Décor Ou niarli du plat, u» 155. — B.-C.-D. Trépied de Thébes (6. A. 683).

(fig. 136, A.). Sur une autre, une tête de taureau, isolée et placée de face, est d'un assez beau galbe (fig. 140).

Dans les ateliers béotiens, la sirène a une queue massive, ce qui la distingue de la sirène corinthienne. Elle a, comme l'ont les êtres fantastiques ailés de l'Orient, des ailes recoquillées (fig. 137). Sa chevelure est limitée tantôt par des lignes droites (fig. 137), tantôt par des ondulations (fig. 136, B.). L,'oiseau volant (fig. 136, D.) se compose

FABRIQUE DE BEOTIE. 123

d'un grand nombre de traits. Les rémiges de ses ailes sont arrondies à leur extrémité, les plumes de son cou sont indiquées par des imbrications. Mais, chose étrange, l'animal n'a pas de corps.

FiG. 137. — SiRÈXE BÉOTIEXXE. — Détail d'un cratère du vi"^ s. av. J.-C. — Musée de Miiiiicli (Bavière)-

La lionne à tête de face (fig. 136, C.) est une bien médiocre copie du modèle corinthien ; elle est loin d'avoir autant d'expression que lui. La comparaison entre la tête de ce fauve et celle d'un animal seni-

F1G.13R. — TÊTF,s DE FAUVES VTJES DE FiCE. — Musée de Munich (Bavière). vi« s. av. J.-C. — A. Amphore attico-corinthienne, u" 151 (838). — B. Cratère de style béotien.

blable peint sur une amphore attico-corinthienne du musée de Munich, montre l'infériorité du dessin béotien (fig. 138).

Le lion des poteries de Béotie a des griffes d'une forme compliquée et difficile à comprendre (fig. 139). Sa queue se termine presque

toujours par un appendice globulaire ou foliacé, orné de traits disposés en arête de poisson (fig. 136, C. et 139). C'est, à peu de chose près, la formule cyrénéenne.

I^e décorateur béotien a des procédés très spéciaux et très personnels pour faire une crinière de lion.

Il n'emploie pas les lignes droites croisées ou parallèles entre elles dont usent les céramistes de Corinthe. Il veut rendre avec exactitude

1"IG. 139. — I.ION DE SIYLK BÉOTIEN. — DOUiil il'uii vasc dii I,o\ivre. Salle L (C.-A., S23).

les mèches de la crinière de son fauve. Mais sa bonne volonté ne suffit pas à combler les lacunes dues à son inexpérience. Il paraît représenter une étoffe bordée de franges ou les longs poils du cou d'un cheval là où il veut nous donner l'idée d'une crinière de lion (fig. 139).

L,a tête du fauve est aussi disgracieuse de profil que de face. Elle subit souvent des déformations bizarres et inexplicables. L'œil est énorme et inexpressif. L,e front est orné d'une touffe de poils dont l'effet n'est pas heureux. L,es dents sont indiquées par quelques traits qui se croisent à angle droit (fig. 139). La différence profonde qui existe entre l'art décoratif de .Corinthe et les formules béotiennes, presque toujours sans charme et sans attrait, apparaît ici clairement.

Il est singulier de voir que les recettes peu séduisantes des ateliers

FABRIQUE DE BÉOÏIE. 127

de Béotie aient été employées par les céramistes attiques de la première moitié du vi*' siècle. Les vases dits « attico-corinthiens »

FiO. 140. — TÊTE DE BOVIDÉ VUE DE FACE, ENTRE DEUX OISEAUX. — Aryballf (Ic stylc bcoUcH. VI" s.

av. J.-C. — ColUclion Morin, 11° 299Û.

(voir ch. IX), sont couverts d'animaux empruntés aux modèles de ces ateliers.

Parmi les vases que l'on groupait autrefois sous la dénomination générale de Céramique corinthienne, beaucoup sont originaires des ateliers béotiens ou d'ateliers qui en dérivent.

Voici un aryballe dont la forme est bien corinthienne, mais dont

I2S LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS EES VAvSES PEINTS.

le décor est différent de celui des vases fabriqués à Corinthe même (fig. 140). I,e champ n'est pas encombré de ces rosaces qui donnent à penser que les artistes corinthiens avaient l'horreur du vide. Sur le fond clair, vierge d'ornements parasites, se détache en noir une grande et belle tête de bovidé placé de face. Cette tête est flanquée de deux oiseaux, disposés symétriquement à droite et à gauche. Ces volatiles sont lourds. Leurs formes sont molles et rondes. Ce sont là des caractères franchement béotiens.

I^es silhouettes noires sont, sur ce vase, rehaussées de larges taches

l'iG. 141. • — Guiius A l'iGURES ROUGES TROUVÉ A TiiÉBES (Béoiie). iV S. av. J.-C. — CoUecHoii Monn,

rouges et de points d'un blanc crémeux analogues à ceux qui décorent si souvent les peintures industrielles de la Grèce asiatique.

vSi l'on rapproche la tête de taureau formant le motif central de cette poterie de celle qui orne l'aryballe corinthien du Louvre trouvé à Rhodes (fig. 56), on voit que,sile sujet est le même, il a été exécuté, ici et là, par des mains différentes. Il est difficile d'affirmer que le premier de ces vases ait été fait dans les ateliers béotiens. Sa terre est moins rouge que celle de Béotie ; mais son décor rappelle beaucoup celui des poteries découvertes dans cette région.

FABRIQUE DE BÊOTIE.

On peut comparer les oiseaux de ce vase au canard de profil peint sur un petit guttus à figures rouges du iv^' siècle, trouvé à Thèbes (fig. 141). De part et d'autre le style est lourd et rond. Les couleurs sont transposées. Les points répartis sur les ailes sont blancs ici,

Fig. 142. — Vœn'ochoé de Gamédès. — Béotie. vn'= s. av. J.-C. — Louvre. Salle L.

noirs là ; mais ils ont la même valeur décorative dans les deux images.

Ce procédé d'ornementation, qui consiste à aligner des points les uns à la suite des autres, a été employé par Nicosthènes.

L'œnochoé peinte au vii'^ siècle par le potier Gamédès est im des meilleurs produits de l'école béotienne (fig. 142). Si peu banale qu'elle soit, elle n'en est pas moins l'œuvre d'un paysan.

Sur sa panse, une scène pastorale forme frise. Les animaux qui la composent sont lourds. Leur ventre est gonflé. Leurs membres, courts et grêles, ne sont pas à l'échelle du reste du corps. Ils se suivent avec monotonie derrière l'homme qui les conduit.

Cet art de rustres, nous le retrouvons dans toutes les productions des ateliers de la Béotie, depuis les temps les plus anciens jusqu'aux

époques les plus basses. Témoin deux skuphos du musée de Munich ornés l'un de pintades dont le corps est énorme et la tête ridiculement

FiG. 143. — Pintade. — Détail d'un skuphus à figures noires de style béotien, v"^ s. av. J.-C. — Musée

de. Munich (Salle IV).

petite (fig. 143), l'autre d'un chameau dont les proportions sont assez bien observées (i) (fig. 144). Témoin encore deux petits plats du musée de Compiègne (fig. 145). D'un style tardif'et décadent, ces

Fio. 144. — SKUPI10.S A FIGURES NOIRES uRNÊ v'vn ciiAME.'iu. — Style Béoticu, cnvirons du \'* s. av. J.-C — Minée de Munich (Fuhrer durcli die Kônigliche Vasensanunlung, n" 2008).

plats sont ornés de figures noires non incisées. Sur l'un d'eux, six dauphins sont disposés en forme de couronne. Sur l'autre, deux

(i) Le chameau est rarement représenté sur les vases grecs. \oy. Dictionnaiie des antiquités de M. SaGIio, t. I, p. 856, et fig. 1049.

FABRIQUE DK BKOTIE. 131

dragons étranges font songer à certaines représentations fantastiques de la Chine ou du Japon. '

Tous ces exemples montrent que les potiers béotiens ont, à toutes les périodes de production active de leurs ateliers, eu des conceptions esthétiques très particulières. Ils étaient ancrés dans de misérables

FiG. 145. — Plais di; style béotien tardif. (Fin du V s. av. J.-C).

(n»» ioS6ct 1087).

Miisi-e de Compiègnc (Oise)

méthodes, très attachés aux conceptions simples de leur fruste mentalité, incapables de créer une œuvre homogène et bien équilibrée.

Il est difficile d'admettre que les objets de métal qui leur servaient de modèles aient eu une ornementation aussi naïve que celle de leurs vases. Il faut conclure de cela que l'imagination des Béotiens était pauvre, que leur activité intellectuelle était paralysée par leurs habitudes ethniques, que leur main inhabile les rendait impropres à copier fidèlement des œuvres intéressantes.

Certaines qualités compensent heureusement leurs défauts. Leur probité rachète leur inexpérience. Ce sont des ouvriers consciencieux ; ce ne sont pas à proprement parler des artistes.

Fabrique de Chalcis.

Les céramistes chalcidiens ont orné leurs vases d'animaux qui ressemblent beaucoup aux animaux corinthiens mais qui en diffèrent à certains égards. Ils ont peint des taureaux, des cervidés paissant, des lionnes à tête de face, des chevaux, des sangliers, des chiens, des coqs, etc. Ils ne les ont pas surchargés des lignes qui fatiguent et alourdissent les oeuvres de Cyrène et de Béotie. Ils se sont contentés de quelques traits pour exprimer la vie et le mouvement de l'animal. Ils ont négligé les menus détails de sa structure. Ils ont aimé les grandes et belles surfaces noires. Ils se sont inspirés des statues de bronze qui furent à Chalcis très appréciées et très répandues.

Dans les proportions qu'ils donnent au corps des quadrupèdes, les potiers de Chalcis ne suivent pas les errements de Corinthe. Ils ne font pas subir à l'animal des déformations qui lui permettent de s'emboîter dans les limites de la surface à décorer. Ils l'établissent d'après un canon qui est l'inverse du canon rhodien. Les pachydermes et les ruminants chalcidiens, à de rares exceptions près, ont un corps épais, des membres postérieurs placés très en dessous du ventre, une croupe ronde et des fesses très saillantes (fig. 146). Ce canon, que j'appellerai « le canon trapu », est d'origine orientale peut-être même d'origine égjrptienne.

Dans son petit volume sur l'archéologie égyptienne (i), M. Maspéro

(I) p. 2S4, fig. 264.

reproduit un objet de cuir ouvragé remontant à l'époque du roi Pinotmou II. Sur cet objet sont représentés des scarabées ailés, des hiéroglj-phes, des lotus, des cartouches royaux et, dans deux métopes se faisant pendant autour du motif central, des bouquetins tombés sur un genou. Ces bouquetins sont en tous points semblables à ceux

1"IG. 146. — Biche et fauve. — Détail cl'uue amphore de style chalcidicn. vi' s. av. J.-C. — Louvre. Sal'c F,,

d'un sarcophage de Clazomène publié par M. Patil Girard dans son livre sur la peinture antique (i). Ici comme là, ces animaux ont un corps ramassé, des formes arrondies, une croupe saillante, des jambes postérieures très en dessous du ventre. Ils sont tout à fait constitués d'après le canon trapu.

Ce canon fut donc adopté en Asie Mineure, vers la fin du vii*^ siècle avant Jésus-Christ par les céramistes qui ornaient d'animaux les cercueils de terre cuite connus sous le nom Sarcophages de Clazomène (fig. 147 et 148). Pendant la première moitié du vi<^ siècle il paraît avoir été très en honneur chez les céramistes de Chalcis. Il faut en conclure que cette ville était en relation avec l'Ionie et que ses peintres devinrent, grâce à cela, d'excellents animaliers, voire même parfois des maîtres de premier ordre.

Nos observations sur les vases chalcidiens sont malheureusement

(I) p. 268, fig. 1(52.

134 LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LES VASES PEINTS.

très limitées. Ces vases sont en très petit nombre, tant au L,ouvre

FiG. 147. — Taukeac ionien — Détail d'un sarcophage de Claromène (Fin du vu" ou début du vV s.

av. J.-C). — Louvre. Salle E.

F115 1^8. — BELIER. — Détail d'un sarcophage de Clazoméne (Fin du vu'' ou début du vi' s. av. J.-C).

Louvre. Salle E.

qu'au Cabinet des médailles. Pour la plupart, ils ne sont pas d'un

stj'le très pur. Ils datent presque tous du milieu du vi^ siècle, de l'époque où l'école attique, déjà très puissante, rayonnait au dehors et imposait son style aux autres fabriques.

Si regrettable que soit cette lacune, il nous est toutefois aisé de nous rendre compte, avec les rares documents que nous possédons.

Fio. 149.

• Cheval vu de face. — Détail d'une amphore clinlcUlieiiiie du Cabinet de% mé.laïUes (VI' s. av. J.-C).

que les Chalcidiens étaient de très bons artistes. Ils ont fait de fort beaux dessins d'animaux.

Que l'on compare le cheval de face extrait d'un quadrige peint sur une poterie chalcidienne du Cabinet des médailles (fig. 149) au cheval de face des vases attico- corinthiens (fig. 234), on verra combien les lignes du premier sont conformes à la vérité et combien le sont peu celles du second.

Actif, habile, alerte, le dessinateur de Chalcis donne à ses figures de l'expression, de la vie, du mouvement. Cette tête de cheval dont

les muscles sont plus contractés que de raison, ce chien courant à

l'iG ISO — TÊTE DE CHEVAL El LÉVRIEK. — Détails d'iiue amphore de style chalcidien. vi"" s. av. J.-C.

Louvre. Salle E, n° 8ii.

toute vitesse, ce sanglier dont le caractère sauvage saute aux yeux suffisent à le prouver (fig. 150 et 151).

Traitée par le peintre chalcidien, la vieille composition dont le

Fis. liî. — I,E SANGLIER DE Calydon. — Dùtail d'une amphore de style chalcidien. vi= s. av. J.-C.

Louvre. Salle E, n" 802.

sujet consiste à représenter une biche aux prises avec des fauves

FABRIQUE DE CHAIXIS. 137

prend un intérêt tout nouveau (i). Elle est simplifiée et transformée.

FiG.

152. — Biche attaquée par trois fauves. — Détail d'une amphore de style chalcidien. vi« s av. T.-C. — Louvre. Salle E, n" 799.

(i) Le sujet du ruminant attaqué par des fauves est d'origine orientale. Il a été traité par les Chaldéens (Heuzey, Calalog. des antiq. chaldéennes du Louvre, p. 389, n» 221), par les Phéniciens (Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art, t. II, fig. 475, 544, 565, 624, 639), par les Mycéniens qui en ornaient leurs gemmes. En Perse, on le rencontre jusque sur des monuments d'époque très basse (fig. XI). On le suit à travers les civilisations qui ont eu de l'Orient des apports directs ou indirects.

On le voit sur les monnaies d'Acanthe (A.

Fig. XI. — Fauve attaqu.ant une proie. — Détail du décor d'un bol en fer incrusté d'argent de travail persan. — Collection Mo-

» rin.

Fig. XII. — Tigre attaquant ux cervidé. — Détail d'un plat en faïence de Lindos (île de Rhodes), xv" s. ap. J.-C. — Musée de Cluny, n" 2166.

DE Barthélémy, Nouveau manuet de numismatique ancienne, p. 1S2) et de Tarse, sur des dalles byzantines (C. Ba\'EÏ, L'Art byzantin, fig. 74 et ij:)5),sur un coffret italien en os du ix'= siècle ap. J.-C, conservé dans la collection Dutuit, sur des faïences de Rhodes du xv° siècle (fig. XII). Il a fourni à nos artistes modernes maintes occasions de manifester leur goût pour l'action dramatique et émouvante. Qu'on se rappelle les puissantes esquisses d'EuGFNE Delacroix et les groupes en bronze de Bar\tî (Revue «Les arts», n" 14, p. 6 et 12. Coll. TiiOMY-ÏHiERRV au l/ouvre). ^

138 IvES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS I.ES VASES PEINTS.

I,a biche, sur le point d'expirer, se dresse, se raidit dans un spasme suprême et a une admirable allure dramatique. Les carnassiers sont

FiG. 153. — IjONS DÉVORANT UN TAUREAU. — Dccor d'une hydrie de style attico-iuiiicn. vi' s. av. J.-C.

Louvre. Salle E, n° 734.

malheureusement trop archaïques. Leurs têtes sont uniformément

l'iG. 154. — Quatre corps de cervidés réunis par une tête unique. — Détail d'un vase de style chalcidien. vi*' s. av. J.-C. — Louvre. Salie E, n» 807.

placées de face; leurs queues s'enroulent, toutes trois, de la même manière (fig. 152).

Le même sujet est figuré sur une hydrie attico-ionnienne du Louvre datant, semble-t-il, de la seconde moitié du vi' siècle (fig. 153). La scène y est autrement composée. On y voit deux lions terrassant un taureau. Le dessin en est plus savant. L'auteur de cette hydrie, un Ionien probablement, a mieux observé que le peintre chalcidien

Oh

FiG. 155. — Groupe rythmique. — Deux coqs affrontés et séparés par un serpent. Détail d'une amphore de style chaiddien. \f s. av. J.-C. — Louvre. Salle E, n" Soi.

l'anatomie des carnassiers ; il a été influencé par les formules attiques de style libre. Néanmoins le céramiste de Chalcis groupe mieux que lui les animaux. Sa composition e.st moins symétrique que la sienne. Elle donne mieux l'impression d'une scène vécue.

Influencés sans doute par quelque étoffe orientale, les Chalcidiens ont constitué un ensemble très décoratif par la réunion de quatre quadrupèdes n'ayant qu'une seule tête (i) (fig- 154)-

(i) La filiation de cette figure décorative peut se suivre jusqu'à nos jours. J'en donnerai pour preuve un plat de cuivre de travail oriental moderne que j'ai acheté à Paris, dans un magasin d'objets de Turquie et d'Extrême-Orient (fig. XIII).

Fig, XIII. — Pl.it de cotvre orné de

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