QU.\IRE CORPS DE QU.\DRUPÈDES RÉUNIS
r.\v. UN-E TÊTE UNIQUE. — Travail oriental moderne. — Collection Moiin.
Ils ont aussi fait des compositions soumises à des rythmes analogues à ceux de l'école de Corinthe (fig. 155). Dans ces combinaisons où ils recherchaient avant tout la symétrie et le balancement des masses, ils ne s'occupaient guère de rendre sincèrement la vie, ni de traduire le caractère propre à tel ou tel animal.
Des idées toutes différentes ont guidé les Chalcidiens dans la représentation de l'admirable taureau blanc qui figure au miUeu d'un
Fig. 156. — Ï.\UREAU l'EiNi EN BLANC. — Détail d'unc amphore chalcidicunc Ju Cabinet des médailles
(vi» s. av. J.-C).
troupeau de bovidés sur une belle amphore du Cabinet des médailles (fig. 156). Ici, ils se sont laissé guider par les proportions vraies de l'animal et non par un cdiion plus ou moins éloigné du canon naturel. Dans les détails, ils ont obéi à des formules en usage chez les Ioniens. Ce bovidé est ionien par son aspect trapu, son allure massive, sa puissante musculature, par les lignes courbes qui sillonnent verticalement son cou, par les nombreux traits superposés qui forment son arcade sourcilière.
Nous avons trouvé dans l'école de Corinthe un taureau presque aussi beau que lui (fig. 57) . Il y a même entre les deux images,
pourtant exécutées dans des ateliers différents et appartenant à des écoles distinctes, vme très grande parenté.
Cela prouve d'abord que l'esthétique ionienne s'immisce dans le décor du vase corintliien orné de ce beau bovidé. Cela prouve ensuite que lorsque les artisans sont en même temps des artistes, ils arrivent à des résultats analogues, qu'ils appartiennent à des ateliers similaires ou à des ateliers très distincts les uns des autres.
FlG. 157. — Cavalier ch.\lcidien. — Détail d'uiic amphore (vr s. av. J.-C). — Louvre. Salle E, n» 794.
Les différences entre les écoles sont très accentuées sur les produits dus à des ouvriers qui font un travail servie, qui ne savent pas concevoir une œuvre, qui n'ont pas d'autres préoccupations que celles de leur métier. Aussi l'archéologue ne doit-il pas dédaigner les vases les plus ordinaires, les poteries qui n'ont aucune valeur esthétique. Qu'il examine attentivement ces céramiques vulgaires, qu'il étudie avec soin leur décor, il découvrira les caractéristiques de chaque style plus vite qu'en analysant les grandes œuvres.
Les animaux des représentations banales des Chalcidiens manquent de charme. Ils sont lourds, massifs, gras à l'excès. Mais ces défauts constituent pour l'archéologue un excellent point de repère. Ils servent à étabhr, sans discussion possible, que des liens étroits
existaient entre Chalcis et les centres d'ait les plus réputés de l'Asie grecque.
Deux types d'équidés ont été utilisés par les potiers chalcidiens. Le premier est personnifié par un animal rebondi, très musclé, ramassé sur lui-même (fig. 157). Franchement ionienne, cette bête rappelle, dans une certaine mesure, celles des sarcophages de Clazomène.
lyC second est représenté par un cheval élancé, ayant des jambes
Fig. 158. — Cavalier ionien. — Di'tail d'une hydrie do Caere. — Louvre. Salit- E, n" 697.
maigres et sèches, lequel est très probablement dû à l'influence en retour qu'a exercée à Chalcis le style attique archaïque.
De ces deux équidés, le trapu peut être rapproché du cheval des hydries de Caere, qui, comme lui, est souvent très gras (fig. 158). Il émane de formules ioniennes, mais le céramiste chalcidien l'a traité autrement que les Ioniens ne l'auraient fait.
Méticuleux, le peintre de l'hydrie de Caere rend avec une précision presque excessive les plus petits détails de la crinière et des harnais du cheval, du costume du cavalier.
Le potier chalcidien néglige tout cela, dessine le plus simplement et le plus rapidement possible. L'essentiel, pour lui, est de donner de l'expression à son sujet.
Ce rapprochement est très intéressant. On peut en faire d'autres d'vme importance plus grande encore.
Qu'on examine en même temps ces quatre têtes de fauves placées
FiG. 159. — Dessin de la tète de fauve vue de face : A. sur les vases corinthiens (Miisc-e du Mans). — B. sur les sarcophages de Clazomène (Louvre. Salle E). — C. sur les vases dits « attico-corinthiens » (Louvre. Salle E, 817). — D. sur les vases de style chalcidien (Louvre. Salle E, 799).
de face, on comprendra aisément quels sont les points de contact et les solutions de continuité qui existent entre les principes de l'art chalcidiens et ceux de l'esthétique des autres écoles (fig. 159).
Des comparaisons aussi probantes dispensent de faire de longs commentaires et d'étabUr de multiples conclusions sur une documentation plus ou moins savante.
Fabriques italo-ioniennes des Vir-VI siècles avant J-C.
A. — Les animaux des vases étrusco-ioniens.
SÉRIES des salles C ET D DU LOUVRE.
De bonne heure l'art grec s'implanta dans le pays situé entre le Tibre et l'Arno, en Êtrurie. Là, des vagues successives de civilisation hellénique se superposèrent depuis la période du style géométrique jusqu'à une époque très basse.
Il existait dans cette région, aux vii'-vi^ siècles, des ateliers de céramique où l'on s'inspirait des produits ioniens apportés par le commerce.
De ces fabriques, que l'on peut considérer comme des succursales des grands établissements de la Grèce asiatique, sortaient des vases de bucchero noir, à décor incisé ou à ornementation en relief, et des grandes poteries rouges dont les peintures se détachaient le plus souvent en clair sur un fond sombre. Sur les uns comme sur les autres, on voit les mêmes animaux que sur les céramiques ioniennes. Ce sont des bêtes réelles et irréelles, des animaux familiers et des monstres mythologiques se suivant à la file ou s' affrontant et obéissant à l'ordre r5rthmique des compositions corinthiennes.
Ils paraissent, pour la plupart, empruntés à des modèles d'orfèvrerie, comme le sont ceux des vases cyrénéens et béotiens.
On éprouve une certaine difficulté à définir le style étrusco-ionien. On y découvre des survivances mycéniennes, des principes d'art ionien
FABRIQUES ITAI.O-IONIENNES DES VIF-VP SIÈCI<ES AVANT J.-C. 145 et d'art corinthien, des éléments esthétiques orientavix utilisés plutôt
I'"1G. 160. — Chev.vl étrusco- ionien {va-vi' s. av. J.-C). — Détail d'un vase en bucchcro noir incise.
Louvre. Salle C, n" 554.
en Italie qu'en Grèce, et un fond d'originalité qui donne aux poteries
FiG. 161. — SiYLis.'iTiON CURVILIGNE DE l'oiseau. — Détail d'un vase étrusco-ionieu à décor peint, vi" s.
av. J.-C. — Louvre. Salle D, n" 149.
de ce style un caractère autochtone assez prononcé. Il y a là un art
FiG. 162
Stylisations ciirvilignes d'oiseau-x. — Bucchcro étrusco-ionien. n"' 549 et 550.
Louvre. Salle C,
adéquat à une civilisation moins avancée que la civilisation grecque de la même époque.
FiG. 163 — Cygne. — Détail d'une amphore rhocjienuc du vu'" s. av. J.-C. — Louvre. Salle A.'n" 328.
FiG. 164. — Serpent. — Détail d'un vase de style étrusco-ionien à décor incise (vil^ et vi* s av. J. C).
Louvre. Salle D, u" 158.