C. — Style libre
7. Type d'Andokidès. — A l'époque de l'invention de la figure rouge, vme évolution s'accomplit dans le dessin du cheval.
( I ) On trouve des noms de chevaux non seulement sur les vases at tiques, mais aussi sur les poteries corinthiennes.
(2) Louvre. Salle F, n" 53.
(3) W. Klein, Meistersi^naturen, p. 38.
(4) Iliade, chant XIX, vers 424.
Le type hiératique est délaissé. A sa place, sur la panse des vases, apparaît un équidé tout différent, souple et svelte, dont les jambes postérieures sont ramenées très en dessous du ventre. Le peintre de vases devient ionisant ; mais, tout ense servant des vieilles formules ioniennes, il étudie consciencieusement la nature. Le corps
FiG. 237. — ÉQDIDÉ DE STYLE LIBRE. — Détail d'une amphore attique signée par A ndokidés. Fin du vi^ s. v^î^'f^^^<i^\. hi^f-,^. av. J.-C. — Louvre. Salle F, n» 203. -v ' . ,. ^ /i^uCà-fii'è~t><) ?- —^
de l'animal, qui jusqu'alors avait toujours été trop long, est établi :^f^ ^^^i^c^^r^.,^ par Andokidès dans ses vraies proportions : la hauteur de terre au -j^ /C^ï^-nryfyii^ garot est égale à la longueur de la pointe de l'épaule à la pointe de ' la fesse (fig. 237).
Le siècle de Périclès est proche. Le cheval prend une allure voisine de celle qu'il aura sur les bas-rehefs du Parthénon. Le caractère religieux du dessin disparaît sous l'influence d'idées profanes, du moins dans une certaine mesure. L'art grec se libère des entraves qu'un
2o8 I,ES .\NIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LES VASES PEINTS.
esprit religieux trop étroit lui a fait longtemps subir. Il procède tout autrement que l'art égyptien qui, lui, n'a jamais cessé d'être l'esclave de principes théocratiques et absolus.
Les enlumineurs du moyen âge évoluèrent comme les artistes grecs de la seconde moitié du vi^ siècle avant J.-C. Mus par des sentiments nouveaux pour leur temps, eux aussi abandonnèrent un ensemble de
7^\i>R.o-j;..^Tt. ^^\
FiG. 238. — Chevai, peint par Panphaios sur un vase du cabinet des médailles, n» 254.
Fin du vi* s. av. J.-C.
motifs utilisés à satiété par les moines. Ils donnèrent ainsi naissance à l'esthétique des temps présents et permirent atix artistes futurs de s'engager librement dans un vaste et riche domaine jusque-là inexploré.
En grandissant le cheval d'Andokidès, on peut se faire une idée assez nette de ce que pouvait être l'art d'un grand peintre comme Micon.
Au fur et à mesure que se transforme l'esthétique des Athéniens,
la musculature du cheval prend du relief, sa vitalité s'accentue, ses formes s'arrondissent. Plusieurs races d'équidés concourent à orner les vases. Si quelques têtes de chevaux emprtmtées à ces diverses races conservent un profil rectiligne qui est celui du type aryen pur,
Fto. 239. — ■ OiEVAUx AILÉS DtJ CHAR DE POSEIDON. — Détail d'une hydrie de la seconde moitié du vi« s, av. J.-C. — Musée de Compiègne (Oise), n" 1056.
d'autres ont le chanfrein busqué (fig. 233 n" 3) et semblent correspondre à des métis de ce type avec l'espèce mongoUque.
Un contemporain d'Andokidès, Panphaios, adoptant le nouveau style, donne de la rondeur aux muscles de ses animaux, mais ses équidés conservent une certaine raideur archaïque dans le galbe général. Ils ont des jambes aussi sèches et aussi courtes, du genou au sabot,
que dans les peintures d'Exékias (fig. 238).
A ce t5^e, en quelque sorte mixte, il faut rattacher les coursiers du char de Poséidon (fig. 239). Ces coursiers ne sont pas également bien traités. L'un d'eux, le blanc, a des jambes bien faites ; l'autre, le noir, en a de mauvaises. Leurs ailes, qui en font des être fabuleux, sont recoquillées comme celles des œuvres orientales et exécutées
Fig. 240. — QUAX)RiGE vu DE TROIS QUARTS. — Peinture d'une amphore attique. Figures noires de fabrication courante continuant à subsister avec les figures rouges. Fin du vi= au début du V s. av. J.-C. — Collection de M. Btgnault, à Paris
d'après de vieilles formules demeurées presque invariables depuis le début du vu*' siècle av. J.-C.
C'est à l'époque d'Andokidès et de Nicosthènes qu'A faut faire remonter les premières représentations du char vu de trois quarts.
Les dessins de chars placés de la sorte deviennent peu à peu de plus en plus nombrevix (i). L'artiste attique prend plaisir à peindre des attelages autrement que de face et de profil, à supprimer de son œuvres les rigidités archaïques (fig. 240) . Néanmoins il reste très naïf.
(i) Louvre, Salle F, n"' 296, 297, 315. Cabinet des médailles (amphore, u" 208). — Musée d'Auxerre hydrie à figures noires, etc.).
FiG. 241. — Quadrige ex pleine course. — ■ Détail d'un vase à figures noires de style tardif. — Louvre
Salle F, n» 346.
FiG. 242. — Cavalier de la fin du vi" ou du début du v» s. ^ Détail d'une amphore attique du Louvre.
Salle F, n» 261.
212 tES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LEvS VAvSES PEINTS.
Il conçoit mal les objets vus de trois quarts, et, pour escamoter les difficultés qui surgissent devant lui, il combine plus ou moins bien des choses vues de face et des choses vues de profil.
Alors qu'on continue à rencontrer sur les vases le char posé de
ÎU,
FiG. 243. — ÊcuYER CONDUISANT UN CHEVAL. — Pciuture d'uiie amphore attique à figures noires de style tardif. Premières années du V s. av. J.-C. — Collection Monn, n°2ioo.
trois quarts, le quadrige en pleine course devient un des sujets préférés des décorateurs de poteries. Il est ordinairement d'vme facture négligée. Le conducteur de l'attelage, penché en avant, tient les rênes à pleines mains. Ses chevaux sont dans l'attitude dite « du galop volant » (fig. 241). Au cours du v^ siècle, le Apôfz-oçse multiplie dans
LE DESvSIN DU CHEVAL DANS LA CÉRAMIQUE ATTIQUE. 213
l'imagerie populaire. Il orne souvent les amphores panathénaïques (i) et les vases à figures noires de style tardif (2) .
lycs vases à figures noires contemporains des poteries à figvires rouges sont fréquemment ornés de chevaux placés dans les attitudes les plus variées. Sur une amphore du Louvre (fig. 242), il y a une bête altière, aux formes arrondies, montée par un cavalier. Sa tête est d'vm beau galbe. Son oreille, menue et allongée, se courbe à son extré-
FiG. 244. — Char attelé de deux chevaux dont l'un est muselé. — Détail d'une œnochoé aUique à figures noires de style tardif. — Louvre. Salle F, n" 345.
mité. Ses jambes de devant, chose bizarre, sont beaucoup plus minces que celles de derrière. Sous le masséter et à l'attache de la jambe, les pUs de la peau sont indiqués par des traits fins. Des traits, servant à rendre les mêmes détails, sillonnent souvent les sculptures zoomorphes de cette époque.
Sur im autre vase, un cheval se laisse conduire docilement par un écuyer (fig. 243). Une autre poterie a pour décoration deux équidés attelés à un bige et dont l'im, fait digne de remarque, est muselé (3)
(i) Louvre. Salle F, n" 283.
(2) Louvre. Salle P, n°^ 317, 318, 346, 412.
(3) Sur la muselière antique (xri(ii5;, çi|i<i;) voir Diclionn. des Aniiq., de M. Saciio, t. I p. 896.
(fig. 244). Une autre encore est ornée de chevaux que l'on cherche à dresser (i) (fig. 245).
Quoique d'une facture négHgée, tous ces petits tableaux sont intéressants et révèlent l'attraction que les scènes de la vie journalière exerçaient sur les céramistes.
Fig. 245. — Chev.ivux au dress.age. — Peinture d'une amphore attique à figures noires de style tardif.
[Louvre. Salle F, n" 223.
Malgré les progrès accomplis dans la science du dessin, les chevaux de face restent, à la fin du vi^ siècle et même dans le courant du V*, des sujets de décoration peu séduisants. Ils ne sont pas exempts ■de la raideur des premiers âges (fig. 246) .
Par contre, il est, au v® siècle, des chevaux de profil attelés à un
(i) Même sujet au Musée Britannique. Salle II, vitrine B, n° 234, et salle III, E, n» 21 (cou]:e du V' siècle).
char, prêts à partir pour le concours hippique, qui sont splendides à beaucoup d'égards. Ils sont très différents de ceux que peignait Exékias moins d'un siècle auparavant. Ils sont souples, nerveux, vivants. Leurs jambes ne sont pas d'une exécution parfaite, mais, en faisant la part des défauts inhérents à tout produit industriel, il est certain
FiG. 246. — Cavaliers vt's de face. — Détails d'une amphore attique à figures noires de style tardif.
Louvre. Salle F, n" 217.
qu'on est ici en présence d'une œuvre presque aussi puissante que celle de Phidias (fig. 247) .
De part et d'autre, dans la composition du céramiste comme dans la frise du Parthénon, des tendances semblables se manifestent et laissent voir un goût marqué pour des formes harmonieuses dues à la simplicité des principes adoptés pour l'étude de la nature et des rjrthmes qui en font la beauté.
2i6 LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS I,ES VASES PEINTS.
l'iG. 247. — QUADWGE. — Peinture d'un vase attique à figures noires de style tardif. — Début du V s. av.
J.-C. — Louvre. Salle F., rï" 117.
FiG. 248. — Chevaux en figures rouges du v" s. av. J.-C. — Détails d'un vase attique. — Louvre. Salle G,
II. Type d'Euthymidès. — Sur les vases à figures rouges, les peintres se plaisent à représenter l'homme sous tous ses aspects. lye zoomorphisme n'a pas pour eux beaucoup d'attrait. Ils font seulement des attributs et des accessoires avec les motifs qu'ils lui empruntent. Si les animaux ne leur ont pas beaucoup servi à illustrer les céramiques sorties de leurs mains, néanmoins ils ont eu souvent rcr cours à des chevaux povir établir leurs décorations. Tels de leurs
FiG. 249. — TÊTE DE CHlîVAL DU V S. AV. J.-C. — Diitail d'une coupe à figures rouges. — Musée de Munich.
équidés, tournant la tête, regardant de face (fig. 248), ont un galbe peu satisfaisant. Tels autres, regardant de profil, sont d'une exécution bien meilleure et doivent être rangés parmi les plus beaux ornements des produits industriels de la Grèce (fig. 249 et 250).
Ces chevaux vus de profil sont l'œuvre des Euthymidès et des Euphronios. Quelques-uns d'entre eux conservent l'allure fougueuse que leur donnait Andokidès (fig. 249). Quelques autres sont plus placides, moins fringants (fig. 250).
lycs membres postérieurs de ces derniers ne sont pas trop en des-
2i8 LES ANIMAUX EN GRECE D'APRÈS LES VASES PEINTS.
SOUS du ventre. Leurs jambes, aux contours parfaits, prouvent que l'artiste attique connaissait, dans ses moindres détails, la myologie des équidés. Leurs dents sont étudiées avec soin. Leurs oreiUes sont tournées de manière à faire voir l'entrée du conduit auditif.
Sur tme coupe à figures rouges du Cabinet des médailles, un cheval impétueux montre qu'en plein v*' siècle la foi;ïnule d'Ando-
FiG. 250. — Cheval du style d'Euihymidès. v« s. — Détail d'une amphore attique à figures rouges. —
Louvre. Salle G. n" 44.
kidès n'a pas disparu. Sa tête est admirable. C'est une interprétation savante et large de la nature (fig. 251).
Jusqu'à la fin du v^ siècle, les équidés conservent tout à la fois cette beUe vigueur et cette magnifique harmonie de hgnes. Setils les derniers de cette époque ont un peu de rondeur et de mollesse.
D'importantes transformations se préparent. Le rv® siècle va apporter la solution de problèmes complexes, notamment de celui de la perspective linéaire et aérienne. Le dessin va perdre toute raideur. Néanmoins l'heure de la décadence sonne pour les peintres céramistes.
Une conclusion s'impose. En moins d'tm siècle les lignes du cheval se sont transformées avec ime étonnante rapidité. Elles ont subi trois métamorphoses. De gauches et naïves qu'elles étaient pendant la période de production des vases dits « attico-corinthiens », elles devinrent sévères sous le burin des artistes contemporains de Pisistrate. Puis, dès la fin de vi^ siècle, elles perdirent toute allure hiératique et rendirent de mieux en mieux les mouvements et les expressions.
Les peintres de la Grèce n'étaient pas esclaves de la routine. Toujours épris d'idéal, toujours à la recherche de formules nouvelles, ils ne laissèrent pas emprisonner leur esthétique dans des principes immuables ni dans des motiles d'tme rigidité absolue.
FiG. 251. — Cheval grec du v« s. av. J.-C. — D'après une coupe attique à figures rouges du Cabinet
des médailles.
Jtu^t^i-rx^ t P-4itT^TTV^^r-
La décadence (IV -IIl siècles avant J-C.)
Après la ruine d'Athènes (404) de profondes modifications sont apportées sur les vases dans le dessin des animaux. A partir de cette époque, la fabrication attique est sur son déclin. Par contre, les ateliers qui fonctionnaient déjà dans la seconde moitié du V^ siècle, en Italie méridionale, sont en pleine prospérité. Jusqu'au début du in*^ siècle av. J.-C, on a fait en Apulie, en Campanie et en Lucanie une grande quantité de vases qui sont étroitement apparentés à ceux de l'école attique de la fin du v^' et du iv*^ siècles.
A la suite des grandes découvertes de Polygnote et de ses rivaux, le dessin industriel subit une évolution complète.
L,es potiers font disparaître de leurs produits les dernières traces d'archaïsme, placent leurs sujets de trois quarts, ont recours aux raccourcis, se risquent à donner du modelé à leurs figures.
Mais, s'il y a progrès à cette époque, il y a aussi décadence. Les artistes ne visent plus autant qu'au siècle précédent à évoluer dans le domaine de l'idéal et de la pureté esthétique. Leurs représentations sont bizarres, tourmentées. Leurs compositions sont touffues, encombrées d'éléments parasites. Leurs personnages sont en général médiocrement dessinés. Leurs animaux, au contraire, le sont souvent fort bien. Une renaissance du zoomorphisme se manifeste ostensiblement.
Des bêtes réelles ou irréelles, analogues à certains égards à celles créés par l'art mycéno-crétois, sont jetées sur la panse d'une foule
LA DÉCADENCE (I\''^-IIle SIÈCI-ES AVANT J.-C.)-
de vases. La loi du flux et du reflux dans les manifestations artistiques établie par Renan trouve ici son application.
A. — Figures réai^istes.
Monde marin. — - Le monde marin semble avoir tout particu-
FiG. 352. — Plat rectangulaire orné de quatre poissons.
Louvre. Salle K, n" jfjo.
Italie incridionale. IV^ s. Qv. J.-C.
lièrement préoccupé les céramistes de l'Italie méridionale. Apuliens, Campaniens et Lucaniens ont décoré des plats d'une forme spéciale, de poissons et de mollusques souvent faciles à identifier. Ces emprunts faits au monde marin nous p2r mettent de supposer que leurs fabriques étaient établies dans des ports.
Les ateUers de poterie de la Grande-Grèce sont, à travers les siècles, apparentés à ceux de My cènes. Dans les uns comme dans les autres, des poissons servirent souvent de sujets d'ornementation.
Le décorateur préheUénique représentait la faune marine dans
222 LEvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LES VASES PEINTS.
son élément ; il s'attachait à la suivre dans ses évolutions au milieu des algues et des polypes, à étudier ses mouvements au sein des flots.
Le céramiste italiote, lui aussi, est un observateur de la nature. Dessine-t-il des poissons, il prend ses modèles sur les marchés ou dans des barques de pêcheurs. Réaliste, il l'est autrement que le potier mycénien, il l'est comme le furent plus tard les peintres flamands, comme le furent les Fyt, les Snyders, les Cornélius de Vos, comme le furent au xvii^ siècle les maîtres qui se complurent à représenter les magnifiques étalages des poissoimeries de leurs cités respectives.
l'iG. 353. — I,A GRANDE ROUSSETTE OU CHIEN DE MER. — Détail d'un plat à poissons de la décadence. Italie méridionale. iV s. — Louvre. Salle K, n» 58g.
Il ne prend pas soin, comme le faisaient les céramistes de l'époque de Pisistrate, de tracer une à une les écailles des poissons. Il attache seulement de l'importance aux lignes principales, avix traits qui permettent de reconnaître les espèces. La charpente des nageoires le préoccupe plus que leur aspect d'ensemble ; il ne néglige pas de tracer les nervures rigides, les rayons osseux. Il exagère l'épaisseur de ces nervures et oublie souvent d'indiquer la membrane qui les relie. Il aime à synthétiser et à styliser.
Il peint l'opercule des branchies avec du blanc très épais. Il le constitue avec de larges bandes arquées réunies à leur partie inférieure par une bande plus large qui court d'un bout à l'autre du ventre du poisson et se divise en deux parties pour former la bouche (fig. 256, en haut).
Il se sert, pour faire la nageoire pectorale, d'une tache blanche
LA DÉCADENCE (IVe-IIie SIÈCLES AVANT J.-C). 223
d'où partent des lignes en formes d'éventail ; parmi ces lignes, la ou
FiG. 254. — I.I,.\ RAIE TORPILLE. — II. I.ABRiDÉ, d'aprés uii plat lit l'Italie mcrulionalc. — Louvre. Salle K,
les plus centrales se prolongent quelquefois fort loin dans l'axe
longitudinal de l'animal (fig, 254,
n-II).
Il se livre à une recherche de la ligne qui fait penser aux préoccupations esthétiques des céramistes chypriotes du premier âge du fer. , ,
•^ '■ '■ Fig. 255. — Raie bouclée, a après un plat
Mais le décorateur de Chypre ne se <iu Louvre, saiie k, «» 587.
souciait pas de dessiner telle ou
telle espèce de poisson. Il se plaçait à un point de vue très
général pour envisager le monde animal. Le dessinateur italiote donne à chaque poisson ses caractères spécifiques, les nageoires qui
FiG. 256. — Poissons de l.\ Méditerranée, d'après les plats du Louvre. Salle K . Italie Méridionale, n" E-D.iooi. (Nafioléon 3032) et n" 588.
lui sont propres, les marbrures particulières à sa peau (fig. 260). Il fait des croquis comme un ichthyologiste qui recourt à des schèmes pour se faire clairement comprendre.
LA DÉCADENCE (IVe-IIie SIÈCLES AVANT J.-C). 225
Aussi ses plats nous permettent-ils de savoir quels poissons entraient dans l'alimentation des anciens (i). En les examinant, on reconnaît aisément : i» Le Trigle (Trigla) (2), poisson épineux à côtes longitudinales
FiG. 257. — Plat de la décvdence italiote orné de deux poissons et d'une sepia. — Louvre. Salle K
saillantes, se présentant ici dans im raccourci très hardi (le potier a très bien dessiné les plaques osseuses quigamissent ses joues) (fig. 252, à gauche).
(1) Sur les poissons qui entraient dans l'alimentation des anciens, consulter le Dictionn. des Antiq., de M. Sacuo, t. I, deuxième partie, p. 1162 et suiv. à l'article Cibaria.
(2) A.-E. Bkehm, Merveilles de la nature, Les poissons, p. 220. — 'D'CRSvm, Encyclopédie d'histoire naturelle. Les poissons, p. 211.
2° La grande Roussette ou Chien de mer (Scyllium canicvila) (i), caractérisé par ses taches nombreuses (fig. 253).
2° La Raie torpille à taches [Torpédo oculata) (v-^:/./) {2) (fig. 254, 11° i).
4° La Raie bouclée (Raja clavata) (3) (fig. 255).
50 Le Crénilabre (Crenilabrus naediterraneus) (4), dont le dessin est d'une remarquable exactitude, même dans les plus petits détails, tels que la légère concavité du profil de la tête au-dessus des yeux, la forme des lèvres, etc. (fig. 256).
l/cs poissons qui ornent les plats de l'Italie méridionale ne sont
Fig. 258. — Murène. — D'après un plat à poissons de l'Italie méridionale. Musée de Vienne (Autriche).
Salle Xin, n« 783.
pas tous aussi faciles à déterminer. Ce n'est qu'avec la plus grande réserve que je rattacherai à la famille des Labridés cet acanthoptère dont les lèvres sont très grosses, dont les nageoires ventrales sont insérées sous la gorge, et dont la caudale n'est pas fourchue (5) (fig. 254, no 2) ; à la famille des Sargues (^apyôç) (6), ce poisson à unique et longue nageoire dorsale et à caudale fourchue (fig. 256, en haut) ; à la famille des Scombéroïdes (7), celui qui décore la partie
(i) A.-E. Brehm, loc. cil., p. 151. — Chenxt, loc. cit., p. 353.
(2) A.-E. Brehm, loc cit., p. 167, et fig. 212, p. 129. — Chenu, hc. cit., p. 353.
(3) A.-E. Brehm, loc. cit., p. 170. — Chenu, loc. cit., p. 354.
(4) A.-E. Brehm, loc. cit., p. 348.
(5) A.-E. Brehm, loc. cit., p. 346. — Chenu, loc. cit,. p. 265.
(6) Brehm, loc. cit., p. 210. — Chenu, loc. cit., p. 224, fig. 85. — Dans sesHalieutica, Oppien décrit le sargue en enjolivant son histoire biologique de curieuses fables qui se sont propagées jusqu'à la Renaissance, dans les écrits de Rondelet.
{-/) Brehm, loc. cit., p. 266.
LA DÉCADENCE (R-e-IIF SIÈCLEvS AVANT J.-C). 227
inférieure du plat rectangulaire (fig. 252) ; à la famille des Loups (Perça Labrax) (i) ce poisson tacheté pourvu de deux dorsales distinctes (fig. 257) ; à la famille des Murènes (2) cet être curieux dont
Fig. 259. — Platdel'Italieméridionai,e, orné de <ro8S/>o»sso«s et d'un )io»//>f. iv"^ s. av. J.-C. — Louvre
Salle K, n" 579.
la gueule, largement ouverte, est armée de nombreuses dents (fig. 258).
(i) Brehm, loc. cil., p. 190.
{2) Brehm, hc. cit., p. 575.
Sur le grand plat n° 579 du Louvre (Salle K) sont peints divers animaux marins (fig. 259). Parmi e\ix, deux poissons rappellent un peu, par la conformation de leur tête, le Mulle rouget (Mtillus bar-
FiG. 260. — Plat orné de trois poissons. — Italie méridionale, rv" s. av. J.-C. — Collection Marin, n» 2497
batus) (i), mais n'ont de lui ni la barbe, ni la queue profondément échancrée. Ils se rapprochent davantage des Sciénoïdes (2).
Les mollusques figurés sur les plats de la décadence italiote sont
(i) Brehm, loc. cil., p. 202.
(2) Brehm, loc. cit., p. 254.
LA DÉCADENCE (IVe-IIF SIÈCLES AVANT J.-C). 229
très faciles à dénommer. Ce sont des coquilles Saint- Jacques (Pecten Jacobaeus) (fig. 259 et 260), des poulpes (Octopus vulgaris) (i)
Fig. 261. — Étoukxeau. — Italie méridionale. iv<^ s. av. J.-C. (survivance de la figure noire à incisions. Peinture d'un vase du Lnuvre. Salle K (N. 2572-E-D. 39R).
dessinés avec une rigoureuse exactitude et dans un très bon mouve-
Fig. 262. — GwvE. — Italie méridionale, iv' s. av. J.-C. — Peinture d'une Pyxis du Louvre. Salle K, n" 573.
ment (fig. 259) ; des céphalopodes décapodes du genre Sepia (2) (fig- 257)-
(i) A.-E. Brehm, loc. cit., Les mollusques, p. 450. (a) A.-E. Brehm, loc. cit., Les mollusques, p. 462.
La seiche peinte sur le plat no 585 du I^ouvre (Salle K) , peut être une S épia officinaîis dépourvue de ses deux longs bras préhenseurs
F:g. 263. — Oiseaux d'après des vases de la décadence italiote conservés au Musée de Conipiègne fOise). A gauche : Pcliké, n" 963. — A droite : Œnochoé.
par suite d'un manqué au four (i) ou appartenir à une variété qui porte des taches sur le dos et dont les bras sont tous à peu près de la même longueur.
Oiseaux. — I^es dessins d'oiseaux des vases italiotes des rv -iii'^ siècles accusent de profondes différences. Les uns ont été exécutés avec la préoccupation de faire connaître les particularités des espèces. Les autres, établis avec un '"J moindre souci de l'ornithologie, indiquent jus-
0^- , 12.' qu'à quel point leurs auteurs se sont ingéniés
FiG. 264. — cvG.NE, peint ^ saisir sur le vif les plus insaisissables mouve-
eu blanc crémeux sur un
vase apulien de la série mCUtS.
dite de Gnalhia. I.niirrr. i-i i • 'j. 1 1- 1 J'irc' • • j. ^
Salle K n" 6-3 Four bicn établir les ditterences qui existent
entre ces deux séries de dessins, il est nécessaire
de donner quelques explications et de recourir à quelques exemples.
A cet effet nous examinerons, d'une part, un étourneau et une grive
(i) 1\ existe, sur im plat du Musée Britauuique, une séjiia pourvue de ses deux grands bras. Salle de la vie grecque et romaine, n" 248 (Catal. p. 115, fig. 100).
LA DÉCADENCE (IVe-IIie vSIÈCLES AVAXT J.-C). 231
(fig. 261 et 262), d'autre part, des cygnes et des pigeons (fig. 263 à 265).
C'est bien un étoumeau (Sturnus vulgaris) qui décore un vase de la salle K, au Louvre (fig. 261). Il a été très consciencieusement tracé d'après nature.
Toutefois les préoccupations géométriques des Grecs s'y font encore jour dans une certaine mesure. I^es taches blanches réparties
FlG. 265. — Peinture d'un vase à décor crémeux de la série dite de Gnath.ia. (Apulie). — Louvre. Salle K
sur le corps de l'animal sont disposées en bandes régtilières alors que, dans la réalité, elles ne sont pas symétriques.
C'est incontestablement une grive (Turdvis) qui s'enlève en clair sur le fond noir d'un autre vase du Louvre (fig. 262). Elle a, comme dans la nature, des taches noires sur tout son plumage.
Les oiseaux des vases à décor crémeux de la décadence apulienne (série des vases dits de Gnathia) ne sont pas aussi faciles à déterminer qne cette grive ou cet étourneau. Mais ils ont plus d'intensité de vie. Peints en blanc épais, ils ont des allures très naturelles et par cela même très amusantes. Ils ont été exécutés avec une étonnante Uberté de facture qui fait songer à celle d'un Benjamin Rabier ou de quelque autre animalier humoriste de notre
temps. Ils sont bien modelés. Souvent leurs plumes s'ébouriffent. Quelques coups de pinceau ont suffi à leur donner un aspect intéressant.
Ce sont des animaux qui vivent et qui bougent (fig. 263 à 265) (i).
Ëquidés. — I,es chevaux des vases des iv®-iii6 siècles sont en quelque sorte plus savamment dessinés que ceux des poteries attiques du v* siècle, mais pourtant bien des défauts gâtent leur physionomie.
Le potier grec du rv^ siècle et le céramiste de l'Italie méridionale savent faire tourner le cou d'un animal, savent bien établir les plans perspectifs, mais ils ne réussissent pas à éviter d'être maniérés. lueurs chevaux sont gras, quelquefois empâtés. Ils ont les muscles ronds et sont sans vigueur. Leur crinière est très découpée, leur queue se tord dans des mouvements convtilsifs. Leur tête est placée de trois quarts, un trois-quarts correct et tel que nous le comprenons encore aujourd'hui (fig. 266 et 267). Le peintre italiote étudie les harnais et les accessoires comme le faisaient les artistes archaïques. Il cherche
Ou-
Fig. 266. — ÏÊTE DE CHEVAL VUE DE TROIS QUARTS. — Détail d'une œnochoé d'Italie méridionale. iv« s. av. J.-C.
— Louvre. Salle K.
(i) Les artistes ont toujours eu beaucoup de peine à faire en sorte que leurs œuvres donnent la sensation du mouvement. Rendre par une attitude déterminée de continuels changements d'attitude, faire comprendre par l'immobilité d'un homme ou d'un animal la mobilité qui est la caractéristique la plus manifeste d'un être vivant, c'est un problème très difficile à résoudre. L'œil ne perçoit pas séparément toutes les modifications successives que comporte la manifestation d'un effort physique quelconque. Il en voit seulement l'ensemble. La photographie instantanée le prouve. Elle établit combien les mouvements sont compliqués, combien leur mécanisme échappe à nos perceptions. Il faut, pour qu'une statue, pour qu'ime création picturale ait l'air de bouger, qu'elle soit une synthèse des poses successives qu'un être qui se meut prend pendant le temps dont nous avons besoin pour imprimer une image sur notre rétine. Les représentations d'hommes ou d'animaux qui constituent une pareille synthèse n'abondent pas. Il en est de célèbres. De leur nombre sont les mammouths tracés sur les parois des grottes paléoUthiques, les taureaux des gobelets d'or de Vaphio, les volatiles des vases apuUens des iv«- m" siècles. Par contre, de grands artistes comme David pour n'en citer qu'un, n'ont pas toujours su établir, comme il fallait, cette synthèse. Aussi bon nombre de leurs figures sont-elles quelque peu figées et paraissentelles assez conventionnelles malgré l'ampleur de leurs gestes, malgré la violence de leurs attitudes.
LA DECADENCE (IVe-IIle SIÈCLES AVANT J.-C.
FiG. 267. — Cheval a tête vue de trois quarts. — Détail d'une grande amphore d'Italie méridionale-
IV" s. av. J.-C. — Louvre. Salle K.
FiG. 268. — Cavalier lucanien. iv' s. av. J.-C. — Détail d'une hydrie du Louvre. Salle K, a" 429.
des effets dans le rendu de détails insignifiants et dissimule ainsi l'indigence de sa pensée (fig. 268). On sent, dans tout cela, que l'art théâtral influençait alors beaucoup les décorateurs de poteries.
Sur les vases de la décadence on trouve des chars qui ressemblent à ceux des poteries du v^ siècle, mais les chevaux ont des attitudes maniérées. Ils se dressent, se cabrent. Ils ont des mouvements qui dépassent la mesure et la vraisemblance (fig. 269) .
Au iv^ siècle, ime nouvelle position du quadrige apparaît. Le
Fig. 269. — BiGE peint s\ir un vase de la décadence italiote conservé au Musée Guimet.
char est placé de face et les chevaux se divisent en devix groupes de profil, rabattus symétriquement à droite et à gauche d'un axe vertical passant par le centre de l'image. Ce dispositif assez grandiose a été repris plus tard par les artistes byzantins (i), par ceux de la Renaissance et des temps modernes.
Autres quadrupèdes. — L,es observations faites à propos du cheval peuvent en grande partie s'appliquer à tous les quadrupèdes des vases de la décadence.
Un taureau peint sur un grand cratère du Louvre (fig. 270) fait bien comprendre l'évolution qui a eu lieu au iv^ siècle dans l'esthé-
(i) Ascension d'Alexandre. Bas-relief de l'église Saint-Marc de Venise, Ch. Bayet, L'Art byzantin, p. 189, fig. 61. (Les chevaux sont remplacés par des griffons, mais le parti décoratif de l'ensemble est le même.)
LA DÉCADENCE (IVMIle SIÈCLES AVANT J.-C)- '. . 235
tique des céramistes grecs. C'est une des meilleures imagés dues au pinceau des potiers de cette époque. Il est représenté dans une attitude spéciale appelée « cornupèie » par les numismates (i). Il baisse la tête et laboure le sol d'un de ses pieds de devant. Son anatomie est parfaite. Ses formes sont très bien observées.
Si beau que soit cet animal, il n'est pourtant pas exempt des imperfections propres à l'art de la décadence. Sa queue se tord à
FÏG. 270. — Le TALTiEAU C0RNT7PÈTE. — Détail d'un cratère du Louvre. Salle K. n" 3. Style attico-italiote
du rV s. av. J.-C.
l'excès. Les lignes de la tête et des jambes n'ont ni la fermeté ni la simplicité des dessins du v« siècle.
Un bouc, autre figure du iV siècle, dont le pelage est rendu par un grand nombre de traits (fig. 271), a des affinités avec les animaux des vases cyrénéens dont le corps est surchargé de lignes.
Comme les autres quadrupèdes, les cbiens de la décadence, malgré quelques défectuosités, sont pris sur le vif (fig. 272).
Sur les poteries noires à décor blanc crémeux de l'Apulie (série
(i) Le taureau comupéte est assez fréquent sur les monnaies antiques, notamment sur celles de Thurium (Lucanie). Voir B.\rthéi,EMY, Manuel de Numismatique ancienne, p. 146. — La même attitude se retrouve sur les vases rouges à décor en relief de la Gaule romaine. Voir J. DÉCHEI,BTTE, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaiHe,'t. II p. 136, n" 89S.
de Gnathia), on rencontre assez souvent un canidé à poils longs dont la queue est retroussée en forme de panache. Il est facile à déterminer. C'est le lM£>'.T3cïov /.'jviâiov, le chien de Malte ou bichon (i).
Fie. 271. — Bouc. — Détail d'un cratère de la décadence italiote. — Louvre. Salle K, n"> 238.
Ce chien apparaît en Grèce dès le v^ siècle, sur des coupes de l'époque deBrygos. Aux iv'-ni^ siècles il sertd'ornementationàmaint et maint
FiG. 272. — Chiens de malte ou Bichons. — D'après des vases italiotes de la série dite de « Gnathia »
Louvre. Saile K, n»' 601 et 611.
vase et contribue à donner aux compositions de cette époque 1
pect de petits tableaux de genre, à les apparenter aux
de notre xvin^ siècle, si charmantes et si délicates.
asœuvres
(i) Voy. Dictionn. des Antiq., de M. SACtio, t. I, p. 698 et 883, fig. 1 1 13.
LA DÉCADENCE (IVe-IIie SIÈCLES AVANT J.-C).
B. — Figures mxégorioues.
Nombreiix sont les animavix fantastiques qui entrent dans les compositions allégoriques des vases de la décadence. Beaucoup de ces allégories, de ces mythes, de ces histoires merveilleuses sont brodés sur de vieux thèmes qui déjà avaient servi de base aux créations plas-
FiG. 273. — Che\ai. attaqué p.\r deux griffons. — ^ Cratère à figures rouges du IV^ s. av. J.-C.
Salle H, n» 529.
[.ouvre.
tiques deMycènes et de l'Orient. Les sphinx, les griffons, les centaures, les chimères abondent tant sur les vases de la décadence grecque que sur ceux de l'Aptdie, de la Lucanie et de la Campanie. Ce sont, pour la plupart, des figures lourdes et maniérées, d'un dessin mou et rond.
Sur un cratère à figures rouges du rv** siècle, un artiste céramiste a repris le sujet du pachyderme attaqué par des fauves. Mais la scène, au lieu d'être plus ou moins réaliste comme la concevaient les peintres ioniens et chalcidiens, n'est ici qu'une fantaisie décorative.
Deux griffons, peints en blanc, placés symétriquement par rapport à un axe, terrassent un équidé (fig. 273).
La façon de grouper les animaux est la même que sur l'hydrie attico-ionienne du Louvre (voir ci-devant, fig. 153).
Les lions et les panthères qui ornent les vases de la décadence se rattachent aux animaux allégoriques tant leur aspect est héraldique, tant ils ont été exécutés avec des préoccupations où l'observation précsie de la nature fait presque complètement défaut (fig. 274). Tels les ornements d'une tenture ou d'un tapis, fantaisies récréatrices qui n'ont pas la prétention d'émouvoir.
Les céramistes de la décadence ont peint des figures ailées et ont
^V^iJ^^
Fig. 274. — Lion, P.\nthère. Griffon et Sphi.vx. — Décor du couvercle d'un vase de la décadence. tV s.
av. J.-C. — Mu':ée de Compiègne.
suivi en cela leurs devanciers. Mais les ailes de leurs animaux mythologiques et de leurs génies ne ressemblent guère à celles du vi® ou du V^ s. Elles ont une forme caractéristique qu'on ne rencontre sur les vases qu'à partir du début du iv^ siècle. Elles se découpent sur le fond noir des poteries ; les rémiges sont souvent détachées les imes des autres et laissent entre elles de profondes échancrures, elles se retroussent à leur extrémité (fig. 275, C). C'est xme recette très voisine de celle qui fut employée beaucoup plus tard au moyen âge (fig. 275, D). -,
Il se glisse d'aiUeurs dans l'imagerie des potiers de l'Italie aux
LA DÉCADENCE (IV'-Iir SIÈCLES AVANT J.-C). 239
iv'-iii^ siècles des figures où les principes fondamentaux de l' art grec ne sont plus rigoureusement suivis. Ces figures sont, en grande partie, constituées d'éléments différents de ceux inhérents aux formules qui régirent si longtemps l'esthétique hellénique (i). Elles sont les
FiG. 275. — Le dessin de l'aile : A. au vi« s. av. J.-C. (Vase Corinthien. Collection Marin, n" 1483). — B. au V s. av. J.-C. (Vase attique du Louvre. Salle G, n» 417). — C. aux rv-m' s. av. J.-C. (Vase apulien Collection Marin, n"> 910. — D. au XII' s. ap. J.-C. (Bas relief du musée d'Atigouléme).
créations d'vme mentalité nouvelle dont les manifestations s'imposeront pendant tout le moyen âge. Une nouvelle esthétique prend corpset se substitue partout àl' ancienne. C'est un monde quis'éclipse, c'est un autre monde qui naît.
(i) Témoin le monstre que Persée s'apprête à tuer et qui fait partie d'une importante composition peinte sur une amphore apulienne du musée de Naples (bonne reproduction dans les Griechische Vasen dn D' Fritz Hcëber, p. 119, fig. 72). Cet être fantastique ne serait pas déplacé en bordure d'un manuscrit enluminé du xiii^ ou du xiv"^ .siècle.
Le domaine de l'art est très vaste. Il s'y trouve des chemins battus. Certaines de ses parties sont coimues de tous. D'autres sont assez ignorées ou ont même été jusqu'ici complètement délaissées. Un coin abandonné de ce domaine m'a paru intéressant à explorer. Je m'y suis hardiment aventuré. J'y ai, j'imagine, fait de curieuses découvertes. Sans doute y aurait-il encore de fructueuses observations à y recueilUr.
Si des archéologues veulent me suivre dans la voie où je suis entré, ils pourront, après moi, y faire de sagaces remarques qui m'ont échappé et, en groupant leurs recherches, donner vme valeur plus grande au but que je me suis efforcé d'atteindre.
Toutes les idées exprimées dans ce livre proviennent d'un examen attentif des spécimens de la céramique grecque que renferment le Louvre et quelques autres musées.
Pour bien connaître la mentalité des artistes qui évoluèrent autour d'im foyer particuUèrement intense de civilisation dans l'antiqmté, il n'est rien de tel que d'étudier de près leurs œuvres, que de les prendre en main pour considérer attentivement tous les détails de leur ornementation.
Les illustrations de ce volume ne suivent pas toujours l'ordre chronologique. EUes sont disposées de façon à faire apparaître clairement les idées générales, à établir d'instructives comparaisons.
Les dessins d'animaux utilisés ici ne sont pas d'égale valeur esthétique. Parmi eux il s'en trouve de bien médiocres.
Quelque admiration qu'on ait pour la Grèce, il faut se garder d'en louer en bloc toutes les productions. Il ne faut pas craindre de dire
que, dans les œuvres qu'elle nous a laissées, il y a des silhouettes très négligées à côté d'autres qui atteignent à la perfection.
Les œuvres des potiers du bassin oriental de la Méditerranée ont, pour la plupart, été inspirées par de grandes peintures ou par des sculptures importantes. Toutefois elles sont le plus souvent loin de constituer des copies serviles. Elles ont été presque toujours conçues avec une certaine liberté d'interprétation et exécutées avec désinvolture. Quoiqu'elles soient fréquemment fort imparfaites, quoiqu'elles aient été enfantées par d'humbles artisans, elles valent maintes et maintes fois mieux que bien des productions modernes dont il est de bon ton de s'enthousiasmer parce que les actuels arbitres du goût s'extasient sur leur prétendue perfection et veulent faire passer leurs défauts pour des qualités.
L'art grec, à son apogée, a eu un tel éclat qu'il a répandu ses rayons jusque sur les produits industriels. Trouvant moyen de donner aux objets vulgaires un bel aspect, les céramistes grecs ne se bornèrent pas à suivre machinalement d'antiques traditions et ne laissèrent pas leurs conceptions esthétiques se liger dans des formules déterminées et immuables.
Dans le dessin des animaux, des quadrupèdes notamment, les proportions ont changé constamment dans la suite des temps. Elles ont aussi varié, à une même époque, d'une école à l'autre.
Elles ont donné naissance à différents canons auxquels les ouvriers eurent recours pour avoir de faciles moyens de reproduction.
Etant donnée l'importance de ces canons, il est bon, pour les mieux faire comprendre, de les juxtaposer dans un tableau synoptique, méthodique et précis (Voy. Tableau, p. 242).
Cette énumération faite, il convient de résumer brièvement quelles furent les tendances particulières aux écoles où ces canons furent adoptés :
L'école de Corinthe subit des influences diverses. Elle est orientale quand elle fait choix, pour décorer des poteries, de motifs pris dans la faune de l'Asie et de l'Afrique ou dans le monde des animaux fan-