‹ Le dessin des animaux en Grèce d'après les vases peintsChapitre 9 sur 40 · I.EPus j:thiopicus · texte numérisé non relu

I.EPus j:thiopicus

la nuque du pachj^derme et l'embarrasse dans ses mouvements. L'autre, complètement retourné, est suspendu entre ses jambes et lui mord le ventre à belles dents. La composition de l'hydrie du Louvre est plus pauvre. Son auteur manque d'imagination. Il juxtapose les animaux ; il ne les groupe pas. Sa naïveté dépasse toutes les limites. Le chien que le monstre vient de découdre est coupé en deux et les deux parties de son corps sont, l'une par rapport à l'autre, dans une position invraisemblable (2) (fig. 119). La tête du sanglier est une belle étude. Le boutoir large, le nez long et busqué, la défense recourbée, sont rendus dans leurs proportions exactes. Mais

(i) Publiée dans Dumoxt-Pottier, Les Céramiques de la Grèce propre, p. 267, et dans MasnER, Die Sammlung antiker Vasen im Ocsterreichischeti Muséum, 217 et pi. 2.

(2) On trouve maintes gaucheries aussi surprenantes dans les tableaux du moyen âge.

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les pattes ne sont pas ce qu'elles devraient être. Elles ne correspondent pas à celles du sanglier, mais à celles du cheval.

Il est un détail digne de remarque, dans le dessin des yeux des animaux de ces liydries. Les paupières de l'œil du sanglier ne sont pas, comme dans les écoles du continent, formées par un simple cercle.

KiG. 119. — Le sanglier de Calydon. — Détail d'une hyclrii; de Caere. — Louvre. Stillc E, n" 696.

EUes ont des contours plus justes et même vm peu tourmentés. C'est la formule ionienne, employée dans tous les ateliers de la Grèce d'Asie. L'œil du chien mort n'a pas la même forme. En le dessinant, le peintre a fait de son mieux pour être vrai.

B. — Figures mythologiques.

Le centaure. — Dans le dessin des figures mythologiques, le déco-

rateur des hydries de Caere se montre moins habile que dans la peinture des êtres vrais. Ce centaure baroque et mal équilibré le prouve bien (fig. 120). Sa tête est très curieuse. L'artiste qui a tracé ce faciès aux traits accentués était un observateur. Il avait un esprit sarcastique qui est rare chez les peintres du continent grec. Mais le corps du cheval est juxtaposé à celui de l'homme d'une façon disgracieuse. Il n'y a pas là une figure mythologique composée de plusieurs élé-

FiG. 120. — Centaure ioxiex a jambes humaines par devant.

Salle E, n'* 700.

- Détail d'une livdrie de Caere. — Louvre.

ments combinés avec harmonie, mais un arrière-train de cheval, dessiné à côté d'une figure humaine. L'homme est dans son entier ; ses pieds — anomalie étrange — sont remplacés par des sabots d'équidé.

Cette conception du centaure est spéciale aux écoles ioniennes.

Elle s'est manifestée quelquefois en Attique ; on la trouve notamment sur une grande amphore à figures noires du musée de Munich (i) (vi*^ siècle), sur un vase à figures rouges du Louvre (v^ siècle) (fig. 121) et sur une amphore à figures noires du musée de Boulogne-sur-Mer.

En dehors de l'Ionie, le centaure à jambes humaines par devant

(i) Catalog. du musée de Munich, u" 141 5.

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LEvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LES \ASES PEINTS.

est une rareté. Les peintres du continent, pour représenter cette figure mythologique, la composent d'une part d'un torse humain, d'autre part du corps et des quatre jambes d'un équidé. Ils constituent ainsi un merveilleux amalgame.

l'ic.

- Ci;.NT.\VRF. A JAMBES HUMAINES PAR DEVANT. — Détail d'uii vasc atti(|ue à figures rouges de la ;ircmicrc moitié du V s. — Louvre. Siillf G, n" iS6.

Cerbère. — Le chien monstrueux, gardien des Enfers, à qui Hésiode donnait cinquante têtes (77iVTr,/,ovT7./.à:r,v'>;), est pourvu d'une triple gueule sur les hydries de Caere. Ses pattes sont conçues d'après la formule indifféremment appliquée aux fauves, aux lièvres et aux chiens ; son corps est allongé ; ses membres postérieurs sont plus grands

LA FABRIQUE IONIENNE DEvS HYDRIES DITES DE CAERE. log

que ses pattes de devant ; sa queue est longue et poilue. Chacune de ses têtes est de taille moyenne, a la gueule ouverte, des dents puissantes d'un dessin très soigné, des oreilles courtes. Ces caractères sont ceux des chiens crétois, lesquels constituaient une race particulière dans le bassin oriental de la Méditerranée (i).

Pour former avec ce chien un motif de décoration et le faire entrer dans le domaine de la Mj^thologie, l'artiste ionien a procédé de la

FiG. i::.:. — Cerbère. — Détail d'une hydrie de Caere. — Louvre. Salle £,11° 701

sorte : il a donné à l'animal fabuleux trois têtes, et il l'a enjolivé de petits serpents empruntés à l'arsenal de ses modèles d'atelier. Ces petits serpents, le fait est à noter, ressemblent aux uraeus égyptiens. Ils n'entrent pas, à proprement parler, dans la composition du monstre. Ils la complètent seulement et la complètent fort mal en se plaçant soit sur le cou de l'animal, soit sur son nez, soit sur ses pattes de devant. Si les peintres des hydries de Caere (fig. 122) se sont servis du chien crétois pour constituer leur image mythologique du cerbère, les Attiques de la fin du vi' siècle, de leur côté, ont eu recours

(i) Voy. Dictionnaire des aniiqmtcs, de M. SagliO, t. I, p. S79.

iio I,ES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LES \'AvSES TEINTS.

au chien alors à la mode en Grèce, le lévrier Spartiate ou laconien. (Louvre. Salle F, n° 204.)

Taureau ailé. — Instruits par les Assyriens, les Ioniens se sont emparés du taureau ailé. Cet animal symbolique entre dans la décoration d'une belle hydrie du Louvre (fig. 123).

Son aile, recourbée comme dans les œuvres orientales, est d'un

Fig 123. — Taureau ailé. — Détail d'une hydrie de Caere. — Louvre. Salle E, n" 6y7.

superbe effet. EUe s'adapte bien à l'épaule. Sa tête petite, son front armé de cornes courtes et droites, semblent provenir de l'étude attentive d'une race bovine originaire de l'Orient, mais dont on retrouve des spécimens en Attique, aux vi'^-v'^ siècles.

Son corps et ses membres ne sont pas ceux d'un bovidé, mais ceux d'un équidé. Ici encore le céramiste montre qu'il a une connaissance très approfondie de l'anatomie du cheval.

Il imite à la perfection les Assyriens et crée des chevaux qui valent les leurs.

LA FABRIQUE IONIENNE DES HYDRIES DITES DE CAERE, m

Le peintre des hydries de Caere est donc à la fois un artiste incomplet et un des meilleurs animaliers de la Grèce ionienne du vi^ siècle. Il aime la précision. Il trace au burin le contour des silhouettes tandis que le décorateur corinthien réserve le procédé de l'incision pour les détails intérieurs. C'est, dans une certaine mesure, un naturaliste.

Il est plus consciencieux, plus minutieux que les potiers de laGrèce continentale. Il les surpasse comme animalier, mais il se laisse surpasser par eux dans la science de répartir, sur des vases, les motifs d'ornementation.

Le céramiste corinthien travaille plus vite que lui, néglige les détails, mais il donne aux figures, les unes par rapport aux autres, leur vraie valeur, équilibre bien les pleins et les vides.

Le dessinateur ionien ne se soucie pas du cadre où l'animal devra entrer. Sa fantaisie le guide autant que la nature à créer les animaux de ses compositions.

Aussi admire-t-on encore aujourd'hui les images issues de son cerveau d'artiste et tracées par son pinceau spirituel, précis et délicat.

Coupe de .style aUique. SirCiie. — Limvre. Salle A.n" 241.

Fabrique ionienne des vases dits « cyrénéens ».

Les céramistes rhodiens et corinthiens s'inspiraient, semble-t-il, des motifs zoomorphes dont les riches tissus d'Orient étaient alors abondamment ornés. Ceux de la Cyrénaïque (i) et de la Béotie, dont nous allons étudier maintenant les prodviits, prenaient pour modèles les objets de métal gravés.

La nature offre d'infinis détails en présence desquels l'œil ne sait pas toujours ce qu'il faut mettre en valeur et ce qu'il faut laisser de côté. ly' artiste doit choisir parmi eux ceux qui peuvent lui permettre de constituer des compositions vraiment décoratives.

Le peintre cyrénéen ne sait pas démêler quels sont les éléments essentiels des êtres et des choses. Il s'attache à rendre mille détails amusants, curieux, mais souvent invitiles. Il se perd dans un dédale de petites difficultés que son esprit, trop consciencieux, fait surgir devant lui. Il a les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités. Sa minutie l'amène à produire des œuvres charmantes mais l'entraîne à s'égarer dans la multipUcité des lignes. Il bavarde avec la nature, il en admire le pittoresque. Poète à sa manière, il charme quiconque suit les manifestations de sa pensée, mais il ne sait pas émouvoir. C'est un virtuose du burin. Il cache si bien ses défauts sous la diversité des formules de son esthétique, que plusieurs de ses œuvres comptent parmi les plus séduisantes de la Grèce archaïque.

L'animal cyrénéen est très facile à reconnaître. Sa silhouette est

fl) La déôignation de Vases de la Cyrénaïque est provisoire. Le centre de fabrication de ces poteries n'est pas encore connu. Les opinions les plus divergentes sont émises à ce sujet.

entièrement couverte d'incisions qui se croisent dans tous les sens et qui expriment les moindres détails. Le travail au burin y tient une place prépondérante. Il y a là une transposition sur l'argile des procédés employés par les graveurs sur métaux.

Coqs. — Ce coq (fig. 124) est une des plus belles créations de l'art

FiG. 124. — Coq picorant. — Détail d'un dinos de style c>TénOon. vi'' s. av. J.-C. — Louvre. Salle E,

cyrénéen. Sa crête haute et très découpée, sa caroncule et son cou sont peints en rouge. Son plumage est détaillé avec minutie. En bordure de la grande tache rouge du cou, on remarque, une suite de petits traits

Fig. 12g. — Coq et oiseau a tête de griffon. — Détail d'une coupe de style csrénécn. — Louvre, .'iatle E,

courts, serrés les uns contre les autres. A gauche de ceux-ci sont disposés trois rangs verticaux d'imbrications représentant des plumes. Plus loin, trois autres rangs analogues figurent des plumes plus longues.

Sur le dos de l'animal, des coups de burin ont été donnés obliquement. La queue, très détaillée elle aussi, est dominée par les rectrices recourbées en arc de cercle.

FiG. 125. — Coq corinthien. — Peinture d'un bombylios . — Louvre. Salle E, n" 401.

L'auteur de ce dessin a évité de se servir des formules en usage dans les ateliers corinthiens ; il les a trouvées trop conventionnelles.

FiG 127. — Coqs et sirène. — Détails d'une coupe attique à figures noires du vi» s. av. J.-C. — Collection

Morin, n° 1298.

Il a inventé un mécanisme plus souple, usé d'un formulaire plus riche et plus varié. Sans doute, il n'a pas été assez habile pour se passer de

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