‹ Le dessin des animaux en Grèce d'après les vases peintsChapitre 8 sur 40 · A DOUBLE CORPS ET A TÊTE UNIQUE · texte numérisé non relu

A DOUBLE CORPS ET A TÊTE UNIQUE

Chapiteau de la cathédrale du Mans (Sarthe) (porte latérale droite de la façade). Épofiuc romane.

BLE CORPS ET .\ TÊTE UNIQUE GRAVÉ SUR UNE PIERRE TOMBALE DU MOYEN AGE CONSERVÉE DANS L'ÉGLISE DE L'.^iBB.iyE DE FONTEN.W PRÈS MONT-

BARD (Côte-d'Or).

(fig. loo) . Le parti symétrique existe aussi dans les compositions corinthiennes où deux animaux sont placés de chaque côté d'un troisième et affrontés. Ce sont des lions séparés par un lièvre (fig. ici) ou par un oiseau, des cygnes séparés par une chouette (fig. 102), etc..

Les motifs peints à droite et à gauche de l'axe imaginaire ne sont pas rigoureusement semblables. Qu'on les décalque et qu'on les superpose, on verra le plus souvent que les lignes ne concordent pas.

1"IG. lOI.

• Lions rugissant affrontés et séparés par u.n lièvre. corinthien. — Collection Marin, n" 2507.

Peinture d'un bonibylios

Cette absence de similitude n'est pas voulue par les Grecs. Elle résulte de ce fait qu'ils n'ont jamais employé, comme les décorateurs d'aujourd'hui, les transpositions mécaniques et les poncifs.

L'art corinthien, tout en conservant une grande homogénéité n'est pas aussi un qu'on serait tout d'abord tenté de le supposer.

(cloître de Sainte-Radegonde), de Vienne (Autriche) (deux dragons n'ayant qu'une tête Immaine, au portail de la cathédrale, côté gauche), de Bncî (Italie) (église Saint-Nicolas. Deux têtes pour quatre corps de lions), de Ditonto (nef principale de l'église, bas-côté droit et crypte), bénitier de la crypte de la cathédrale de Tram (Italie) (hui^ béliers n'ayant ensemble que quatre têtes), dans les peintures du xin« siècle (fragment de plafond du musée de Metz, iîg. VI), sur une pierre tombale conservée dans l'église de l'abbaye de Fontenay, en Bourgogne (fig. IX). On voit aus.si l'animal àdouble corps figurer, de nos jours, dansles armoiries de nations composées de deux races obéissant à un seul poiwoir.

L'ÉCOLE CORINTHIENNE

Il y a deux groupes d'animaux corinthiens : le groupe continental, de beaucoup le plus important, et le grotipe ionisant.

Les animaux du premier groupe sont des figures raides, géomé-

FiG. 102. — Cratère corinthien. — Louvre. Salle B, n» 567.

triques, quelquefois très laides, qui rappellent celles du Dipylon. Ils sont souvent déformés pour bien remplir les surfaces à décorer.

Ceux du second groupe sont mieux dessinés. Leurs contours sont plus souples. Leurs auteurs ont subi, dans une très large mesure, l'influence des écoles de la Grèce asiatique ; leur travail est plutôt celui d'un peintre que celui d'un graveur. Il se rapproche beaucoup du dessin au trait des vases rhodiens et des sarcophages de Clazomène.

iVRYB.VLLE CORINTHIEN avec Sirine coiffte du Kalathos, \'m «lu vu' s. av. J.-C. Collection Morin, n» i.')04.

La fabrique ionienne des hydries dites de Caere.

En étudiant les animaux des écoles de Chypre et de Rhodes, nous avons vu comment s'est formé l'art ionien.

C'est un art difficile à définir. Il est constitué, croyons-nous, par un mélange de réminiscences mycéniennes et d'éléments orientaux dont l'esprit grec s'est emparé et qu'il a modifiés selon sa valeur propre et son idéal particulier.

Il s'est surtout développé pendant la première moitié du vi*' siècle avant J.-C, et a fleuri dans diverses fabriques qui méritent d'être étudiées l'une après l'autre.

Une des plus importantes de ces fabriques est celle des belles hydries trouvées pour la plupart en Etrurie, à Cervetri (ancienne Caere), et dont le Louvre possède une riche série. Malheureusement, on n'a pas encore pu découvrir où elle était située.

Réalistes dans le rendu des détails, minutieux dans leur facture, naïfs dans leur composition, les décorateurs des hydries de Caere dessinent pour le plaisir de dessiner. Observateurs consciencieux et épris d'études de la nature, ils sont par cela même d'excellents animaliers. S'ils sont réalistes, c'est grâce à l'influence des Orientaux avec qui ils entretenaient des relations continues.

Leurs figures, à l'exemple de celles d'Egypte, sont un peu raides, mais elles ne sont pas d'un dessin aussi enveloppé. Elles ont plus d'un point de contact avec celles de l'Assyrie, mais elles sont moins dures et moins brutales.

Ce n'est pas à dire que les peintres de ces hydries soient exempts de défauts. Leurs animaux ont une allure lourde, des attitudes qui manquent de souplesse et de variété.

Ils emploient des formules monotones et toujours identiques à elles-mêmes.

Il est deux t>-pes auxquels se rattachent les jambes des quadrupèdes des hj-dries de Caere : celui de la patte du fauve et celui de la jambe de Véquidé. Tous deux donnent naissance à des dessins admirables. L'anatomie musculaire des pattes des grands félins à griffes rétractiles y est mieux comprise que dans les œuvres de l'école de Corinthe. Les contours de la jambe du cheval sont de leur côté bien observés. Le canon, le boulet, le paturon, la couronne, le sabot, tout est bien en place. C'est la reproduction même du modèle vivant.

Mais, et c'est là un grave défaut, le décorateur des hydries de Caere ne sait dessiner que la patte du fauve et la jambe du cheval. Il ne songe pas à s'enquérir des différences qui existent entre le sabot d'un ruminant et celui d'un pachyderme, entre les doigts d'un carnassier et ceux d'un léporidé. Pour lui, il n'existe que deux grandes classes de quadrupèdes : ceux à doigts libres, ceux à sabots. Il est capable d'étudier une bête avec autant de soin que le fera plus tard un Pisanello, mais il se heurte, dans le monde animal, à des difficultés qui l'empêchent de s'y beaucoup aventurer. Il donne au daim, ce cervidé si élégant et si délicat, les jambes fortement musclées d'un cheval de trait. C'est ime anomalie que l'on rencontre dans d'autres ateliers de céramique grecque et qui peut être due à une influence assyrienne. On voit, en effet, sur certains bas-reliefs orientaux dont la facture est négligée, des bœufs ayant des jambes de cheval très correctement exécutées (i). Mais constater cette influence, c'est saisir la difficulté à résoudre le problème. Ce n'est pas en donner la solution.

Les défectuosités des peintures ioniennes proviennent en premier

(i) Chasse aux bœufs sauvages en Assyrie. Bas-relief d'après \^.w.w.T>, Monuments of Niniveh, reproduit dans Les animaux, p. 416.

92 LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LES VASES" PEINTS.

lieu de la rapidité avec laquelle le céramiste accomplissait son travail. Elles sont dues en second lieu à ce que les artistes de la Grèce archaïque connaissaient fort mal les sciences naturelles. Les Grecs devaient se livrer à des recherches longues et pénibles pour saisir, dans les formes, des nuances que nul n'ignore aujourd'hui depuis l'invention de la photographie. Aussi, lorsque, après être entrés en pleine possession de leur métier, les peintres de l'antiquité exécutaient certains motifs avec une grande facilité, ils étaient tout naturellement portés à reproduire ces motifs là même où il n'y avait aucune raison de s'en servir.

Ainsi s'expHque l'emploi de ce rythme, de cette cadence un peu monotone qui domine l'art des périodes archaïques. Malgré les fautes, les imperfections, les invraisemblances dont elles sont remplies, les œuvres archaïques restent séduisantes pour qui sait les regarder en connaisseur et se laisser pénétrer par leurs quaUtés. Les naïves inspirations des artistes du moyen âge, qui ignoraient les lois de la perspective, ne sont-elles pas souvent plus émouvantes que bien des conceptions modernes où ces lois sont observées?

Les animaux peints sur les hydries de Caere se répartissent en deux groupes : les animaux réels, les figures mythologiques.

A. — Animaux réels.

Les animaux les mieux dessinés, dans ce groupe, sont : le singe, le lion, le cheval et l'aigle.

Le singe. — Ce singe, dont les jambes fléchissent comme celles d'un homme ivre, est un petit chef-d œuvre de vérité (fig. 103). Il fait partie d'une composition qui se rattache à la grande peinture mythique : l'iiistoire d'Europe. Il n'en est bien évidemment qu'un détail sans grande importance. Mais ce détail, par le soin apporté à son exécution, montre que son auteur cherchait une occasion de satisfaire son penchant pour l'étude du morceau. Il avait regardé

LA l'ABRIQUE IONIENNE DES HVDKUCS DITES DlC CAI'RE. 93

de près des singes et étudié leurs poses avant de peindre cet animal avec autant d'esprit. '

.ît

FiG. 103. — Singe. — Détail d'une hyUrit di; Caere. l'reinièrc moitié du Vf s. av. J.-C. — Louvre. Salle £,

On est tout naturellement amené à rapprocher ce singe du cynocéphale ég>'ptien, souvent reproduit sous forme de petites amulettes

FiG. 104. — Cyxocéph.vle égyptien, amulette de terre émaili.ée. — Collecliun Moiiit, n» 1431.

en terre émaillée. Ces amulettes de la basse époque égyptienne étaient fort nombreuses et circulaient aux vii-vi^ siècles dans le bassin orien-

94 I-EvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LEvS VASES PEINTS.

tal delà Méditerranée (fig. 104). Détail curieux, les poils du quadrumane sont rendus de la même façon par le modeleur égyptien et par le peintre grec.

Le lion. — I,e lion est devenu très rare en Asie. Il n'existe plus que sur quelques points de l'Arabie, de la Perse et de l'Inde. Mais il abondait, dans l'antiquité, en Babylonie, en Syrie, en Asie Mineure.

Fig. 105. — T.IONNK KT SES PETITS. — Détail d'une liNilrie do Caoro. — Louvre. Salle E, n° 6g8.

Le décorateur des liydries de Caere a donc connu, comme les Assyriens, le lion en liberté. Il a, sans nul doute, dû en voir en captivité. Les anciens savaient apprivoiser les grands fauves.

Le céramiste ionien représente de préférence la lionne, et peint, d'une main lourde, ses mamelles pendantes (fig. 105).

La bête se dresse et tient tête aux chasseurs qui l'attaquent. Des lionceaux, effrayés, courent se réfugier sous son ventre. Ses pattes sont bien dessinées. Elles sont robustes et souples tout à la fois. La

gueule ouverte, la langue épaisse, les dents indiquées avec une étonnante précision, montrent la constante préoccupation du peintre à faire vrai.

«l,..-, J,ar,

FiG. 106. — Dentition du fauve. — A. d'après l'hyclrie, n" 698. Salle E du Louvre; B. d'après une tête

squelette.

Qu'on examine les dents des carnassiers (fig. 106), on verra que les dessins ioniens doivent toute leur valeur à l'étude approfondie de la nature. L,'liabitude prise par les Grecs de faire figurer les dents dans

Fig. 107. — F.'VUVE OUVRANT LA GUEULE. — Détail d'un vase de style archaï<iue. Cabinet des mcilailles.

la gueule ouverte d'un animal est antérieure à l'époque de la fabrication des hydries de Caere. A la fin du vin*' ou au début du vu'' s., on trouve, sur des vases de style géométrique tardif se rattachant à la très intéressante série dont font partie le cratère Burgon et les

œnochoés de Phalères, des fauves dont la gueule, grande ouverte, est pourvue d'une formidable dentition (fig. 107).

Le décorateur des hydries de Caere a minutieusement distingué les molaires des canines. Le dessinateur de Corinthe ne se préoccupe pas de détails aussi minimes. Son dessin est plus lâché, mais il reste néanmoins très vigoureux (fig. 108). Son œuvre, exécutée de chic, loin du modèle, a une allure héraldique, un aspect décoratif que n'ont pas les images ioniennes.

Fio. 108. — ÏÊTi; DE LION RUGISSANT. — Délai! d'mi cratère corinthien. — Louvre. Salle E, n» 566.

Les peintres d'Ionie sont plus exacts, plus épris de pittoresque que ceux du continent. Mais un défaut nuit à leurs qualités, celui de faire des figures trop grasses et trop lourdes.

Le cheval. — Le cheval des hydries de Caere est en même temps gracieux et corpulent (fig. 109). Il n'est pour ainsi dire plus archaïque. Il a des formes très voisines de la vérité.

C'est une silhouette d'une grande correction. Toutefois sa crinière, soignée à l'excès dans le détail, tombe lourdement, manque d'élégance, contraste avec les autres parties du corps.

Le chanfrein est droit, les naseaux sont larges, les oreilles peu

développées. 1,'oeil, bien ouvert, est vif et énergique. La bête a de la race (i). Elle est délicate sans maigreur. Elle est très différente des chevaux du Parthénon, qui ont la croupe plus rebondie, le corps moins long et plus épais.

Il faut comparer tout à la fois le cheval ionien du vi'' siècle et

FiG. 109. — Chev.\l IONIEN". — Détail d'une hydric de Caere. — Louvre. SiiHe E, n" 6i)g.

aux chevaux assyriens des bas-reliefs de l'époque d'Assour-Banipal et à nos chevaux anglo-normands du Merlerault.

Le peintre méticuleux d'Ionie tient compte du détail au point de faire figurer sur la croupe du cheval (fig. log) un sivastika qui est en réalité un signe de propriété. On retrouve de semblables minuties sur les vases attiques du v*' siècle.

(i) Les chevaux élevés en Asie Mineure jouissaient, dans l'antiquité, d'une grande réputation.

98 I.EvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LES XABUB PEINTvS.

M. Albert Martin a fait à ce sujet une très intéressante étude dans le Dictionnaire des antiquités, de M. Saglio (i).

Les propriétaires d'animaux usaient de marques très diverses pour les reconnaître, de lettres de l'ancien alphabet grec, de têtes de bœufs, de croix, de serpents, de caducées, de palmes, de couronnes, de feuilles cordiformes. Parfois, pour obtenir le même résultat, ils avaient recours au nom de l'animal même ou à leur propre nom.

ly' emploi de ces signes se faisait encore à une époque assez basse,

FiG. iio. — TÊTE DE CHEVAL inxiEN. — Détail (l'une hyilriu de Caere. — Louvre. Salle E, n" 697.

comme le prouve un cheval qui porte sur la croupe le monogramme du Christ (2).

Dans certaines peintures des hydries de Caere, la tendance ionienne à faire des figures grasses s'accuse beaucoup (fig. iio). Ici, le cou est empâté et la lèvre inférieure est formée de trois épais bourrelets.

L'aigle. — Les aigles capturant des cerfs ou des lièvres reviennent souvent sur les hydries ioniennes (fig. m et 112).

C'est un sujet d'origine orientale (3). Les céramistes du vi^ siècle en ont tiré une des compositions les plus précieuses qui nous aient été conservées de cette époque.

(i) A l'article Equus.

(2) Dictionnaire des antiquités, de M. SagliO, fig. 2 758.

(3) Ce motif décore les produits pliénicieiLS et assyriens {Bulletin de correspond, hellcn., de 1892, p. 260).

l'iG III. — IlALLVÈTE ATTAQUANT UN LlÈVEE. — Détail d'uiic hydrie de Caere. Première moitié du vr s.

av. J.-C. — Louvre. Salle E. n" 658.

FiG. 112. — H.\LIAÈIES ATTAQUANT UN LIÈVRE. — Détail d"uiie livdiie de Caere. — Louvre. Salle E,

100 LEvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LES VASEvS PEINTS.

Naïf et un peu figé, d'un riche coloris et d'mie facture élégante,

l'iG. 113. — UiiC El- SERRES d' AIGLE d'après LE DESSIN GREC. — Hydrie dc Cacrc. — Louvre. Salle E,

ce motif fait songer à des scènes analogues qui décorent des laques

l'iG. 114. — TÈTE ET SERRE DE l'iialiaetus (Pygargiic OU Aigle pêclieur). — Croquis pris au Musciun

d'histoire naturelle de Paris).

japonais du moyen âge (i). Comme un artiste d'Extrême-Orient, le

peintre ionien s'est attardé avec joie à tracer ces énormes serres courbées, ces pattes prises dans une sorte de gaine cornée, ce bec crochu armé d'un cran à la mandibule supérieure, cette touffe de plumes très apparente, qui est à gauche de l'œil (fig. 113 et 114). Ce rapace est assez caractérisé sur plusieurs vases antiques pour qu'on puisse l'identifier avec VHaliacte ou Pygargue.

„ ^, . ^ Voilà bien le grand accipitre marin,

MO X. — Aigle terrassant ON LIÈVRE. '^ '■

— Couvercle d'écritoire en laque d'or. l'aigle pêchcur qUC l'oU rCCOUnaît à Japon, xnT^ s. ap. J.-C. — Ancienne i ' i

collection Giuot. sfes tarscs cmplumcs seulement dans

(i) Au xiri'" .siècle, les Japonais ont traité ce sujet dans un sentiment très réaliste (fig. X).

loi

LA FABRIQUE IONIENNE DES HYDRIES DlTEvS DE CAERE.

leur partie supérieure. Il s'attaque aux poissons qui nagent à fleur d'eau, se repaît de chair corrompue. Il chasse quelquefois aussi les petits mammifères, les Uèvres et les faons.

Les peintres des hydries de Caere connaissaient ces particularités puisqu'ils représentaient l'haliaète poursuivant ces animaux. On

FiG. 115. — D.\rM IONIEN". — Dclail d'une hydrie dtXacrc. — Louvre. Salle £, 11" 697.

pourrait même peut-être conclure de là que les ateliers où l'on fabriquait ces vases étaient établis sur la côte.

Le daim, le bœuf, le lièvre et le sanglier forment une série d'animaux où le peintre ionien confond les espèces dans le dessin des jambes. Seules les têtes sont étudiées avec sincérité. Ce sont bien celles des animaux que l'on a voulu faire.

Le daim. — Le daim des Ioniens est lourd et disgracieux. Il a les jambes d'un fort cheval au lieu d'avoir les membres grêles des cervidés (fig. 115). L'auteur de cette image a soigné la tête, a su en rendre les formes avec précision. Mais il ignore l'anatomie des pattes du daim.

102 I.EvS ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LEvS VAvSEvS PEINTS.

Quoique plus anciennes que celle-ci, les figures des œnochoés rhodiennes sont plus justes et mieux équilibrées. Les Attiques de la seconde moitié du vi*^ siècle sauront, comme les Rhodiens, conserver aux cerfs et à leurs congénères leur belle et élégante allure.

Le bœuf. — Les bœufs ioniens se reconnaissent aux traits ondulés

FiG. ii6. — Troupeai' di; bœufs. — Détail d'une hydrie de Caere — Louvre. Salle E. n" 702.

et souvent nombreux qui représentent les plis que fait la peau sur le cou de ces animaux. Ce détail mis à part, le dessin est emprunté aux formules conventionnelles familières à tous les peintres industriels de la première moitié du vi'' siècle.

Sur une hydrie du Louvre nous voyons les bœufs que le malicieux petit Hermès vient de cacher dans une caverne (fig. ii6). La scène est pittoresque. Les poses des animaux sont variées. Les uns sont

debout, les autres couchés. Leur arrière-traiu disparaît derrière la paroi de la grotte.

Cette disposition, tout à fait ionienne, supprime, dans une certaine mesure, la monotonie traditionnelle des groupements archaïques. Les Grecs du continent y recourront rarement. Il y a, au Cabinet des Médailles (i), une œnochoé à fond blanc où les Attiques ont peint, à l'exemple des artistes ioniens, un sanglier à demi caché dans une caverne ; mais c'est là une exception.

I.,es arrangements adoptés pour constituer les petits tableaux des hydries de Caere sont à la fois naïfs et minutieux. On en retrouve l'équivalent dans les peintures du moyen âge (2).

Le lièvre. — Les lièvres des hydries de Caere ne sont pas tous très bien dessinés. Celui-ci (fig. 117) est habilement traité. Sa tête, ses oreilles, son pelage hirsute, sont presque parfaits d'exécution. Mais cet autre (fig. 112) a d'énormes pattes qui ne sont pas en proportion avec le reste du corps et ne sont pas celles d'un léporidé. Ce sont des pattes de lion dessinées selon la formule que le décorateur des hydries de Caere emploie pour tous les quadrupèdes qui n'ont pas de sabots.

Si le peintre de ces vases n'avait jamais vu de lièvres, son erreur serait excusable. Or, c'est un fait, le lièvre abondait, au vi*' siècle, en Asie Mineure, en Egypte, dans les îles de la mer Egée, surtout à Délos, appelée plus anciennement Lagia, l'île des lièvres (3). Cela nous prouve une fois de plus que les peintres grecs ont souvent reculé devant les difficultés que présentait l'étude d'après nature. Ils trouvaient plus simple de recourir aux combinaisons abstraites issues de leur cerveau.

Quelquefois cependant la vérité s'imposait à eux. Ils se laissaient frapper par certaines particularités du monde animal. S'ils ont fait au lièvre d'Ionie des oreilles très longues, c'est parce que ces dernières

(2) I,es miniaturistes des Êvangéliaires et des Psautiers byzantins' ont figurer dans leurs œuvres des bestiaux qui, étant dans une grotte, sont à moitié cachés par les rochers de ses parois. Voy. Manuscrit de l'Académie de Bucarest, 1 13. Peintures de l'Athos (xv-xvi^ siècles).

(3) De 'i3.-[oi;, Uèvre.

devaient être très développées dans l'espèce qu'ils avaient sous les yeux.

C'est le œtlepus hiopicus ou le pus œgyptius (fig. ii8) si souvent reproduit dans les peintures égj^ptiennes.

Le sanglier. — Le sanglier était en Grèce un animal fort répandu.

Fio. 117. — l.iÈVRE GRAVISSANT UNE BUTTE. — Détail d'iitic liyilrie do Caere. — Louvre. Salle E, 11" 696.

A vuie époque où les armes à feu n'existaient pas, il fallait faire preuve d'un grand courage pour l'attaquer. Les Grecs virent dans cette bête un être terrible, un fléau capable de répandre la terreur dans des régions entières. Ils la firent entrer dans leurs légendes. Parmi elles, deux sont particulièrement connues : celles où Héraklès rapporte à Eurysthée le sanglier d'Erymanthe, celle où Méléagre se couvre de gloire en tuant le sanglier de Calydon.

LA FABRIOl'E IONIENNE DES HYDRIES DITES DE CAERE. 105

Lâchasse au sanglier de Calydon est un sujet fort répandu dans la céramique grecque. Elle décore la fameuse hydrie de Busiris conservée au musée de Vienne (i) et l'une des hj^dries du lyouvre. I^es deux compositions, tout en étant très voisines à certains égards, sont pourtant très différentes. CeUe du vase de Vienne a beaucoup d'ampleur. Elle est très vivante et assez savamment traitée. Le sanglier y est attaqué par deux chiens. L'un de ces chiens se cramponne à

FiG. ii8. — Lièvre a longues oreilles d'après l'hydrie du I.ouvre, n" 7ui.

d'après l'animal actuel.

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