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XI. — DU SENTIMENT ET DU CARACTÈRE

H ne suffit pas qu'un dessin soit platement correct et d'une froide élégance. Il faut qu'on sente à la fois l'émotion du dessinateur devant le modèle , la vie palpitante qui fait frémir le corps de celui-ci et l'atmosphère qui V entoure . Watelet nous définit fort bien

DU SENTIMENT ET DU CARACTERE

ce genre de perfection . Il faut que le trait plus ou moins ressenti exprime et souligne le caractère propre du sujet. Les recettes ingénieuses données à ce sujet par Dandré-Bardon sont peut-être un peu systématiques et catégoriques ; mais tous les artistes véritables comprendront et approuveront renseignement donné à la fois par Louis David, P.- P. Prudhon, Jules Breton qui , en termes différents, mais d'une signification à peu près identique adjurent le dessinateur de ne jamais oublier que son œuvre doit avoir du sentiment, du caractère , de V accent. Mais cette dernière qualité , qui est la qualité suprême, c'est sur l'instinct plus que sur V enseignement qu'il faut compter pour V acquérir.

Cl. -H. Watelet (1718-178Ô).

L'Enveloppe . — La vaguesse et l’ondulation continuelle des globules imperceptibles de Y air, produisent dans les contours ou dans le trait des objets, cette douceur et ces interruptions agréables qui nous font regarder, comme dures, lourdes et découpées les imitations dans lesquelles ces effets ne sont pas retracés ou indiqués.

C’est donc pour imiter les effets de Y air, et en même temps les accidens de la lumière, que le dessinateur et le peintre ont l’art de rendre leur trait quelquefois fin, léger et presque imperceptible, quelquefois plus marqué, quelquefois enfin prononcé fortement et c’est ce dont il me semble, qu’on n’en rend pas compte autant qu’il le faudrait à ceux qui commencent à s’exercer au dessin.

Dictionnaire des Arts de Peinture.

MF Dandré-Bardon (1 700-1 783).

Le caractère des formes. — Les divers caractères de contours de formes, suivant les différents sujets qui se rencontrent dans la nature sont variés à l’infini. On les réduit néanmoins ordinairement à six espèces différentes.

Les gens vulgaires et champêtres doivent avoir des contours grossiers, noueux, ressentis, très ondoyans. Les muscles principaux y domineront considérablement les autres, et les attachemens des membres en seront peu délicats. Tel est le caractère des Paysans, des Forgerons, des Soldats, des Victim aires, etc.

On traitera dans un autre style les contours des personnages sérieux et respectables; des anciens Philosophes, des Apôtres, des Législateurs, des grands Prêtres, etc. Leurs contours seront grands, décidés ; ils s’enchaîneront doucementles uns avec les autres, et produiront des formes nobles, austère^, majestueuses.

Que les Héros: Alexandre , César , Ajax , Achille , soient retracés sous des contours forts, résolus, prononcés ! Que leurs principaux muscles commandent aux autres ; mais que les attachemens de leurs membres soient précis, fins et délicats !

La quatrième sorte de contours est destinée à représenter les divinités du Paganisme ; ils doivent être coulans, amenés de loin, solides. Que toutes les petites parties: veines, artères, tendons y soient voilées ! Il ne faut présenter que les formes imposantes qui désignent la noblesse, la majesté ; on doit supprimer tous les détails, relatifs aux infirmités de la vie mortelle...

Le caractère vigoureux et terrible, si convenable à Hercule , à Milon, à Encelade , à Poliphème, etc., doit être exprimé par des contours judicieusement ressentis, prononcés sans dureté et par des formes exagérées avec modération. Les cadencemens outrés rendroient le caractère plus ignoble, sans le rendre plus expressif.

Enfin le genre agréable exige des contours doux et légers, des formes agréables et simples, des cadencemens moëleux et

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souples, des détails larges et précieux. C'est dans ce caractère que doivent être dessinées les Vénus , les Psiché, les Amphitritc, les Hélène , etc.

Traité de Teinture.

Cl H. Watelet (1718-1786).

Une bonne académie . ; — Une bonne académie est celle qui est exécutée avec un faire facile , sans négligence ; une correction fine , sans sécheresse et sans maigreur; une touche ressentie avec justesse ; du goût sans manière, et un travail plus ou moins soigné, sans être peiné ni froid.

Plus celui qui dessine une académie aura l'attention de supposer dans l'âme de son Modèle une affection convenable à l’attitude que présente ce modèle, plus il contractera l'habitude si nécessaire de ne jamais représenter une figure, sans être occupé de l'idée qu’elle est animée. Il n’est pas de position ou d’attitude qui ne soit relative à quelque affection ou à quelque nuance d’affection. L'usage, lorsqu’on pose le Modèle pour une Académie, est de le disposer le plus souvent d'une manière pittoresque, sans autre intention que de développer ou de grouper ses membres, pour former un aspect agréable ou piquant. On dessine ce Modèle dans une intention semblable, et il en résulte une sorte de travail, qui, tenant trop du mécanisme, produit souvent des imitations sans esprit, sans âme, dans lesquelles on copie les défauts mêmes du Modèle, tels que sa lassitude presqu’inévitable, le caractère d'ennui ou d'indifférence qu'il est difficile qu'il n’ait pas, et sa ressemblance fort inutile.

Lorsque le jeune Dessinateur prend cette route, il risque de transformer l’art en métier.

Dictionnaire des Arts de Peinture.

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