‹ Le dessinChapitre 29 sur 50 · L. David · texte numérisé non relu

L. David

Conseil de David aux dessinateurs. — « Vous ne respirez pas, disait-il à quelques-uns, quand vous dessinez ; il semble que vous reteniez votre haleine : vous êtes froids, je reconnais les hommes à leur peinture... Exprimez donc avec sentiment, et faites beaucoup avec peu, c’est d’ailleurs une bonne recette pour les paresseux. »

Cité par Paillot de Montabert, Traité complet de la Peinture. P. -P. Prud’hon (1758-1823).

On s’occupe trop de ce qui fait le tableau, et pas assez de ce qui donne l’âme et l’énergie à ce qu’il doit représenter. On * pense au brillant du coloris, à l’effet magique du clair-obscur, à la variété goustueuse des teintes, un peu au dessin, mais mesquinement. On s’occupe même des passions que présente le sujet ; mais ce à quoi on ne pense plus, et qui est le principal de ces maîtres sublimes qui voulaient faire impression sur l’âme, c’est de marquer avec force le caractère dû à chaque figure, et qui, venant à être émise dans le sentiment de ce même caractère, porte avec elle une vie et une vérité qui frappent et. ébranlent le spectateur. On voit dans les tableaux et sur les théâtres des hommes qui montrent des passions, mais qui, faute d’avoir le caractère propre de ceux qu’ils représentent, n’ont toujours l’air que de jouer la comédie ou de singer ceux qu’ils devraient être ; de plus, au lieu de ce charme de couleur et de ce beau contraste de teintes qui ne sont que clinquant et qui ne font l’effet que d’un mensonge, il doit régner dans un tableau un ton doux et tranquille, mais vigoureux, qui plaise au spectateur sans l’éblouir et laisse l’âme jouir de tout ce qui l’affecte.

Cité par Ed. et G. de Goncourt, L’Art au XVIII 0 siècle.

DU SENTIMENT ET DU CARACTÈRE

Paillot de Montabert (1771-1849).

Il est aisé de concevoir que c'est par l’unité seulement qu'on parvient à donner du caractère à une figure. En effet, ce ne peut être en prononçant fortement des formes quelconques, des proportions fausses et hors de l’harmonie, qu'on réussira à donner du caractère ; ce n'est pas en desséchant ou en boursouflant une figure, en faisant carré ou rond, en exprimant enfin avec résolution, audace, et, comme on disait il y a cinquante ans, avec humeur, qu'on donnera du caractère ; l’artiste fait seulement voir dans ce cas, son propre caractère, mais il ne représente pas celui de la nature.

Traité complet de la Peinture.

J. Breton (1827-1906).

L impression du Dessin . — L'impression est aussi nécessaire à l'expression de la forme qu'aux vibrations de la couleur et à l'intensité de l'effet.

Louis David, lorsqu'il fait appel à la science seule, est un dessinateur froid et sans vie. Louis David livré à son instinct est un dessinateur superbe. Est-ce à dire que David, ignorant, eût rencontré ses heureuses trouvailles? Est-ce à dire qu’il ne faille pas étudier la forme à fond? Nullement. Car la science de la forme est de première nécessité ; mais, bien souvent, il faut savoir n’y pas penser et, dans tous les cas, ne jamais sacrifier l’accent passionnel ou physiognomique, à l'accent scientifique. C'est pourquoi M. Ingres défendait à ses élèves d’apprendre l’anatomie : en quoi il avait tort. Il aurait dû leur dire : « Sachez bien l'anatomie afin de ne devoir plus jamais y penser. » Mais ce réformateur songeait d’abord à réagir contre

la prétendue école classique qui compromettait la cause du dessin en se figurant la servir.

La Peinture (Librairie de l’Art ancien et moderne).

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