Dandré Bardon. Traité de peinture
ÉTUDE
sa plénitude » l. Qui donc soutiendrait d’ailleurs que les couleurs puissent être étalées pour ainsi dire au hasard et au mépris de toute forme ? Qui pourrait nier que la maîtrise de la forme ne puisse venir en aide à l’inspiration du coloriste?
Quel est, d’un autre côté, l’homme du métier, qui ne sente que, pratiquement, et au moment de l’exécution, son attention ne peut se porter à la fois avec la même intensité sur la couleur et sur le dessin ? Quel est l’artiste qui sous peine d’ambiguïté dans l’intention, et, par conséquent, sous peine de sacrifier l’unité de son œuvre, ne se voit contraint de subordonner la ligne à la tache, ou la tache à la ligne, selon que l’idée inspiratrice est une idée de coloriste ou une idée de dessinateur? Avant tout la vision intérieure commande à ses facultés naturelles ou acquises, et distribue à chacune d’elles la tâche qui lui convient. C’est elle qui est la toute-puissante souveraine. La science et les théories ne sont là que pour son service.
Or, il est bien certain que coloriste ou dessinateur ne poursuivent pas un but identique. Le premier est plus attentif au jeu mouvant do la lumière. Pour que la couleur conserve à la fois ce qu’elle a d’éclatant, de tendre et de frémissant, il ne faut pas que la forme s’accuse en contours trop heurtés; il faut que ceux-ci se laissent envelopper par la lumière et s’abandonnent à la vie palpitante. Il ne faut pas non plus que la tache soit attristée et compliquée par les exigences d’un modelé trop minutieux.
Le dessinateur, au contraire, nê se sert de la lumière que pour accuser plus nettement les saillies des formes et les limites des surfaces. Il veut avant tout constater et rendre sensible ce que l’objet représenté a de permanent. Tandis que le coloriste