Les parties éclairées
disposer convenablement une draperie. Ce grand homme avait encore un soin dont je ne puis m’empêcher de faire l’éloge ; parce que cette exactitude me paraît fort négligée aujourd’hui ; c’était celle de bien établir ses figures sur leurs plans .
Etudes sur l’Histoire des Arts.
Gérard de Lairesse (I64i-i7ii).
Les procédés de dessin. — Le dessin à la plume nous paroît un travail aussi mauvais qu’inutile, et qui est plus propre au maître d’école qu’au peintre, quoique quelques graveurs aient cherché à introduire cette manière, qui ne peut servir qu’à faire perdre un tems précieux aux vrais artistes1.
La manière la plus difficile, et par conséquent la plus vicieuse, c’est celle de faire des dessins au crayon, pour les finir au lavis. Cependant de pareils dessins exécutés par une main habile, d’après de bons tableaux, sont d’un grand mérite, quoique peu utiles aux dessinateurs et principalement aux jeunes élèves à qui cette manière fait perdre beaucoup de temps.
Il n’y a pas de meilleure manière de dessiner sur du papier blanc (soit des figures ou des paysages* et qui serve en même tems de principes à la gravure) que dVmployer la sanguine, qui produit un effet agréable, mais dont le maniement est difficile. Cependant en se servant de ce procédé, il ne faut pas le faire avec des lignes fort déliées, ainsi que le font, en général, les jeunes graveurs, ou en se servant de l’estompe ; mais en faisant des hachures d’une manière ferme et hardie, et en les croisant jamais plus de deux ou trois fois l’une par-dessus l'autre; ce
1. Il est à, peine besoin de faire observer, par exemple en opposant à Gérard de Lairesse les dessins à la plume de Rembrandt, ce que cette opinion a de contestable. D’ailleurs Charlet se charge, plus loin, de la réfuter et de réhabiliter un procédé qui a ses titres de noblesse.
qui donne une main sûre, et apprend, à connoître les formes des choses qu’on copie.
Le dessin sur le papier bleu ou gris, en faisant les rehauts avec du blanc, que nous avons dit, dans la onzième leçon, être la manière la plus agréable et la plus expéditive, est aussi sans contredit la plus utile et la plus parfaite, tant pour composer que pour dessiner d’après nature, et pour ensuite servir à exécuter un tableau; car qu’est-ce qu’il y a de plus commode en composant que d’indiquer avec un crayon blanc dans une esquisse les jours clairs, soit d’une lumière naturelle ou artificielle, en commençant par la principale partie, et en dégradant ainsi insensiblement, en laissant le fond même pour servir d’ombres.
Les hachures. — ... Pour former les ombres, il faut que les hachures ne soient composées que de deux traits qui se croisent, ou, en cas de nécessité, de trois pour les plus fortes ombres ; et que pour le relief ou la rondeur il n’y en ait qu’un seul. Dans les endroits où les enfoncemens ou les creux exigent toute la force du crayon, il faut estomper ou grainer, et ce seroit une peine inutile que d’y employer plus de trois hachures les unes sur les autres, comme il paroît dans ces exemples.
Le Grand Livre des Peintres.
J. RestOUt (1672-4728).
Quand on dessine aux trois crayons, le blanc sert pour les clairs, le rouge pour les carnations, le noir sert pour les ombres et le corps du dessin.
On peut estomper le crayon blanc avec le bout du doigt; ensuite on repasse dessus.
Sur le Dessin.
Pierre-Jean Mariette (1694-1774).
Procédé de Paul Véronèse. — Ses plus beaux dessins sont légèrement lavés sur un trait à la plume très ferme, et rehaussés de blanc au pinceau sur les jours. Ce blanc, qui est merveilleusement bien mis, exprime les différentes nuances de clair, qui conduisent, par degrés, depuis la demi-teinte jusqu’à la lumière la plus vive. Cette manière, qui est pleine d’intelligence, appartient en quelque façon en propre à Paul Véronèse.
Procédé de Breughel de Velours. — - ...Le plus souvent, il les faisait au pinceau, touchant avec du bistre les parties les plus voisines de la vue, et exprimant les lointains avec de l’indigo.
Procédé du Poussin. — Un simple trait, quelquefois accompagné de quelques coups de lavis, lui suffisait pour exprimer avec netteté ce que son imagination avait conçu. Il ne recherchait alors ni la justesse du trait, ni la vérité des expressions, ni l’effet du clair-obcur. C’était le pinceau à la main qu’il étudiait les différentes parties de son tableau.
Abècédario.
Aignan Thomas. Desfriches (1715-1800).
Du papier à tablettes, de la pierre noire d’Italie, de la pierre ponce, une estompe de liège, une estompe de peau et un grattoir, voilà ses ustensiles. On choisit la pierre d’Italie la plus tendre et la plus noire possible ; la pierre ponce doit être aussy légère et aussy friable que la craie de Champagne. Le liège est du liège à doreur ; on le prend très ferme ; on taille la pierre d’Italie, la pierre ponce et le liège en crayon. Pour opérer, on trace légèrement son dessein avec le crayon de pierre d’Italie,
on étend ces traits avec l'estompe de liège qui fait l'office de la brosse à peindre. Veut-on effacer ou adoucir les traits, on se sert à cet effet de l'estompe de peau et de poussière de pierre ponce. Par ce moyen le papier à tablettes devient propre à recevoir de nouveau le trait de crayon.
On ne doit pas chercher à ménager le blanc du papier pour former ses lumières ; on les obtient plus ou moins brillantes soit avec le crayon de pierre ponce, soit avec la pointe du grattoir qu'on incline plus ou moins selon qu’on veut avoir une lumière large ou des traits déliés. Si les lumières ou les ombres sont trop forcées, on les tempère avec l'estompe de peau, celle de liège ou simplement avec le doigt comme cela se pratique pour le pastel. Le dessinateur donne à son dessein tout l’accord et tout le fini possible par la facilité qu'il y a d’y revenir autant de fois qu’il le juge à propos ; toutefois il faut ménager la couche de craie qui couvre le papier à tablettes.
Bibliothèque physico-économique (aimée 1786, t. II).
E. et J. de Goncourt (1822-1896).
Procédé de dessin de Prudhon . — Aussitôt qu'il a jeté sur le papier bleu le tracé léger du contour et des ombres, marqué ses places, embrassé ses proportions, il donne sur ses premières indications un coup de mouchoir qui fait fuir le crayon noir dans le nuage d’une préparation de fusain. Ï1 commence à sortir son académie du fond tendre et de la nuit claire de son papier avec des traits droits de crayon, largement espacés, qu’il conduit dans le sens du courant des muscles, et qu’il ne croise qu’à la rencontre des emmanchements. Dans ce réseau, sous cette armature de blanc, vous croiriez voir se lever dans un crépuscule un écorché de lumière ; puis les ombres se renforcent de sauce ; d’un trait gras et large le dessinateur enveloppe plutôt
qu’il n'arrête le contour de sa figure, et laisse flotter dans le linéament indécis, baigné de la lumière ambiante, avec lequel la nature accuse, en les caressant, les extrémités d’une forme. Et le voilà revenu à son modelé de lumière ; il recharge ses valeurs, il masse et presse les raies de crayon blanc, qui se rencontrent en losanges aux reliefs des attaches, aux ressauts des membres et promènent en traînées d'argent, sur les pectoraux, le relief rayonnant des cavaliers du Parthénon ; puis une estompe de mousseline de l’Inde amortit tout ce travail dans une fonte générale. La sauce frottée a laissé le reflet sourd et moelleux du velours gris aux parties d'ombres, auxquelles Prudhon ne touche plus que pour les accentuer, dans les valeurs, de rayures de crayon noir qui vergent le papier. Le moment du dernier travail est venu ; le crayon blanc est repris et ses raies recommencent ; mais cette fois, Prudhon le pousse à petits coups sur cette figure, qu’il semble lisser et polir amoureusement; il nuance les plus petites indications de lumières, il fait sentir la moindre dégradation des plans, et il ne s’arrête que lorsque l’image humaine vit et palpite sous les mille petites lignes juxtaposées de son crayon comme sous une trame de jour.
L’art au XV IIP siècle.
N.-T. Charlet (1792-1845).
La plume, parlez-moi de la plume et non pas des estompades perlées au coton. Le beau mérite de s’amuser des heures entières (au soleil) à polir, lisser et pointiller de charmants petits riens dans les albums î Fi donc ! Avec la plume, on fait du paysage à si peu de frais, quand on sait s'y prendre ! Un bout de terrain, un fragment de roche, quelques buissons, un arbre pelé, les morceaux de clair et d’ombre seront indiqués par de simples horizontales et perpendiculaires, et voilà qui vaut
mieux que toutes les finesses d’exécution, qui n’apprennent rien et qui ne prouvent pas davantage.
Cité par Ch. Blanc. Histoire des Peintres .
Marie-Elisabeth Gavé.
Le crayon est beaucoup plus difficile à manier que le fusain ; les dessins remis au crayon perdent beaucoup, lorsque l’élève ne sait pas se servir du crayon avec souplesse et sans lourdeur. Ge n’est pas en appuyant qu’on fait noir, mais c'est à force de repasser sur le même endroit, et toujours très légèrement. A cette condition on obtient le moelleux et on évite la sécheresse.
Le Dessin sans maître, 1851.