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APERÇU GÉNÉRAL

L’histoire du costume pourrait s’appeler l’histoire de la folie humaine. De loin en loin, on voit apparaître une période de lucidité pendant laquelle le goût et le bon sens ont présidé à l’ajustement des hommes et des femmes; mais, en revanche, que de coiffures étranges, que de vêtements d’une exiguïté ridicule ou d’une ampleur hors de toute proportion !

Quelles sont les conditions d’un costume? La réponse est facile : couvrir le corps sans en gêner les mouvements.

Le costume obéit en cela aux mêmes lois que les autres parties de l’art que nous avons déjà étudiées : l’architecture et l’ameublement. Nous avons vu que les plus beaux édifices, ainsi que les plus beaux meubles, sont ceux qui sont le mieux appropriés à l'usage auquel on les destine; que dans les uns comme dans les autres l’ornementation doit naître de la forme, et ne pas être une fioriture indépendante, n’ayant aucune raison d’exister sur le meuble ou sur le monument sinon qu’on l’y a adaptée. J1 en est de même pour le costume.

L'ornementation y doit être une conséquence de la forme et ne gêner en rien les mouvements du corps que le vêtement est chargé de couvrir.

R y aune troisième condition, qui est de ne pas dissimuler complètement la forme du corps, mais cette condition est subsidiaire, car si les deux premières sont remplies, la troisième le sera forcément. En effet, un vêtement avec lequel

on agit aisément est celui qui suit suffisamment la forme (lu corps pour la laisser

deviner. Il est bien certain que l’homme, emprisonné dans la vaste houppelande du temps de Charles V (fig. 246), ne devait guère avoir les mouvements libres, qu’il devait être à chaque instant gêné, soit par ses vastes manches pendantes, soit par le bord traînant et tailladé de sa robe. Tandis que le jeune homme de la fin du xve siècle (fig. 272), l’homme du temps de Henri II, les jambes dégagées, le buste bien pris dans un pourpoint aisé, sont dans les meilleures conditions possibles pour agir. Le manteau court de la Renaissance se rejette facilement en arrière et ne saurait être une gêne. Yoici, à côté de cela, le vêtement collant du xiv° siècle (fig. 247). Devait-on y être beaucoup plus à l’aise que dans la houppelande qu’on porte peu après? je ne le crois pas. Un vêtement adhérant partout au corps se prête malaujeu des muscles et devient vite une cause de fatigue intolérable.

Si nous considérons les armures du moyen âge, combien le haubert du xne siècle qui, par sa contexture de mailles, se moulait sur le corps dont il suivait tous les mouvements, est plus beau d’aspect que la carapace de fer en usage au xve et au xvie siècle, et qui rappelle la forme de l’homme à peu près comme la boîte à violon rappellela forme de l'instrument qu’on y enferme. Combien les chevaliers des x% xi0 et xne siècles devaient être plus agiles que les malheureux des siècles suivants dans leur coquille de fer si lourde, si gênante, que si par malheur ils tombaient de cheval, ils ne pouvaient se relever sans aide !

Examinons les costumes de femme. Certes, autant la robe est contraire à l’homme qui doit avant tout être agissant et libre de ses mouvements, autant l’ampleur de la partie inférieure du vêtement sied à la femme, en faisant valoir la grâce et la finesse des parties supérieures. Mais voyez ce qu a fait de la jupe la mode du commencement du xvne siècle. Que dites-vous de cette hideuse cage en forme de dôme.

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au-dessus de laquelle émerge le buste, dans laquelle on ne devine nullement le mouvement des jambes, si bien que l’être enfermé là dedans a l’air de se mouvoir au moyen de roulettes (lig. 248)? L’affreux panier du temps de Louis XYI a été une répétition de cette mode baroque, et, de nos jours, la crinoline a régné en despote pendant près de quinze ans, de 1855 à 1869

Par contre, les modes qui enferment la femme dans un fourreau ne sont guère plus gracieuses. Voyez la robe du commencement du xixe siècle. Là, de plus, la jupe était démesurément allongée, la ceinture se trouvait placée sous les seins, ce qui mettait une fâcheuse disproportion entre le haut et le bas du corps.

Et la coiffure !

Comparez l’espèce de mentonnière du commencement du xive siècle (fig. 249), le chapeau carré du xve et le hennin qui le suivit de peu, au chaperon du temps de Louis XII et au gracieux toquet de la Renaissance. Ar. îvés à cette fig. '2i8-

époque, on trouve les femmes fort bien coiffées pendant un assez loug espace de temps Le feutre du temps de Louis XIII, avec les grands cheveux frisés dont la mode se- prolongea pendant tout le règne de Louis XIV, s’harmonise très bien avec le visage. La fontange, espèce de crête de tulle et de dentelles qui ne se maintient en place qu’au moyen d’un échafaudage de baleines, marque au commencement du xvni° siècle un retour aux folies qui vont avoir leur apogée dans les étranges édifices que les femmes vont se mettre sur la tête sous Louis XVI : coiffure à la victoire, à la Belle-Poule, tout un navire avec ses mâts et ses voiles; puis, sous le Directoire, les chapeaux indescriptibles des merveilleuses. Au commencement du xixe siècle, le goût de l’antique s’étendit naturellement aux coiffures de femmes, qui s’affublèrent de résilles et de bandelettes à la grecque et à la romaine (fig 250). Cette coiffure sied assez au visage. Mais les dames de

l’antiquité n’avaient pas de chapeau; un pan de manteau relevé sur la tête, la protégeait pour le dehors. Ici il fallut mettre un chapeau, et on eut alors un assemblage bizarre, à peu près comme si l’on adaptait des tours et une flèche' gothiques au Parthénon. On éprouve une impression analogue si l’on va en Hollande : les femmes y ont encore la coiffure nationale composée d’une plaque d’orfèvrerie qui emboîte la tête et se termine sur les tempes par des tire-bouchons en filigrane et des chapelets de médailles tombant le long des joues. Cette coiffure, recouverte d’un léger bonnet de tulle laissant par place étinceler le métal,

est d’un effet assez original. Mais le dimanche, les malheureuses huchent par là-dessus un chapeau de forme moderne, enrubanné à profusion, et l’on peut imaginer le grotesque assemblage. Il faut laisser les choses dans leur milieu. On ne peut pas plus transplanter une coiffure qu’un monument.

Après bien des variations plus ou moins heureuses dans les modes, depuis le commencement du siècle, la coiffure 'des femmes est arrivée aujourd'hui à un point bien charmant. Quelques frisures sur le front et les tempes et toute la masse des cheveux ramenée en arrière et formant une grosse torsade que l’on fixe en chignon sur le dessus de la tête au moyen d’un peigne, Rien ne paraît moins apprêté, et rien n’est d’un plus gracieux effet; puis pour la sortie, un léger chapeau placé sur le dessus de la tête, dégageant bien le visage et le cou, je ne vois rien de mieux dans tous les siècles pi’écedenls.

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