CHAPITRE VT
LA PERSPECTIVE
Voilà donc deux modes bien distincts de représentation des objets : l’un montrant la forme telle qu’elle apparaît aux yeux en la regardant d'un seul point à la fois : c’est le dessin à vue; l’autre, le dessin linéaire, analysant l’objet dans toutes ses parties mesurées successivement et présentant ces parties dans leur vraie grandeur.
On peut préférer l’un ou l’autre de ces deux genres de dessin, mais il est indispensable de les étudier tous les deux et de se mettre à même d’user de l’un ou de l’autre. Le dessin linéaire, du reste, va nous ramener au dessin à vue par la perspective dont il va nous expliquer les lois en en précisant les effets.
Qu’est-ce en effet que le dessin à vue? C’est la transcription sur un plan, le papier, le tableau, de l’impression produite sur la rétine par les rayons convergents qui, partis des objets, vont pénétrer dans notre œil (fig. SI).
Voici (fig. 47) deux lignes AB et C D de même hauteur, mais placées à des distances différentes par rapport au spectateur S.
Il est facile de voir par ce croquis que la ligne C D enverra dans l’œil ses rayons selon un angle plus aigu que l’angle formé par les rayons partis de la ligne A B.
LA PERSPECTIVE
Si, entre l’œil et les deux lignes AB et CD, on interpose un écran EFG H, la ligne AB sera représentée par KL et la ligne CD par MN. La différence de grandeur est frappante.
Toute la perspective repose sur ce fait.
Rendez-vous un compte exact de l’écran, ou glace, ou tableau, que l’on suppose dressé entre votre œil et les objets que vous voulez mettre en perspective. Comprenez bien que pour parvenir à votre œil les rayons partis de ces objets ont à traverser cet écran où leur passage détermine précisément la vue de ces objets tels qu’ils vont se peindre dans le fond de votre œil, et vous aurez la notion de la perspective (fig. 51).
Il n’y aura plus qu’à apprendre à amener sur cet écran supposé les différents points dont vous avez besoin pour construire les figures.
Nous avons déjà vu que la première chose à faire pour dessiner, c’est de s’inquiéter de la hauteur de l’horizon.
Ici nous avons besoin de la ligne d’horizon et en plus de la ligne de terre, c’està-dire la ligne où notre écran est censé poser sur le sol. Naturellement la distance entre ces deux lignes sera égale à la hauteur du spectateur, puisque les pieds de ce spectateur portent à terre comme le tableau, et que l’horizon est à la hauteur de ses yeux.
Sur cet horizon il y a un point précis en face duquel est situé le spectateur et qui est comme la projection de son œil, ce point se nommera par conséquent le point de vue. Traçons derrière l’écran un carré posé à terre. La ligne AB de ce carré touche la ligne de terre, les lignes AG et BD lui sont perpendiculaires et la ligne CD parallèle. Gomment ce carré enverra-t-il ses rayons à l’œil du spectateurs ? De A et de B d’abord partiront deux lignes AS et B S allant à l’œil. Or, puisque le point de vue Y est la projection de l’œil, il est clair que les lignes AS et BS auront pour projection les lignes A Y et B V.
Les points CD enverront également des rayons à l’œil du spectateur. Mais pour y arriver ils auront à traverser l’écran et y détermineront sur les lignes A V et B V deux points E et F qui compléteront la représentation A B E F du carré AB CD placé derrière l’écran. On n’aura plus qu’à réunir ces points par une droite pour terminer le carré en perspective.
Il est facile de s’apercevoir que si le spectateur était plus éloigné du tableau, en S’ par exemple, les lignes partant de G et de D devraient se coucher beaucoup plus pour arriver à son œil et rencontreraient par conséquent le tableau plus près de la ligne de terre. La profondeur du carré apparaîtrait moins grande. Inversement, si le spectateur se rapprochait en T, ces deux mêmes lignes monteraient pour aller à son œil, rencontreraient le tableau ou écran plus près de l’horizon et détermineraient une vue du carré plus profonde. La distance où l’on se placera du tableau influera donc sensiblement sur la forme apparente des objets qne nous y dessinerons.