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L’ESTHÉTIQUE DANS LES MACHINES

ET LES OBJETS D’USAGE [Suite.)

5° Les perfectionnements incessants et la mobilité du goût n’assignent à chaque objet qu’une - durée plutôt inférieure à celle qu’oa lui attribuait autrefois, d’où concentration de tout l’effort sur l’obtention du meilleur résultat pour le moindre prix de revient, et, par suite, exclusion de toute décoration, coûteuse si elle est de quelque valeur artistique, et 'pourtant improductive.

A part ces raisons, matérielles ou pécuniaires, il me semble que l’on peut constater une tendance marquée à séparer nettement ce qui est destiné à l’usage, au service rendu, de ce qui constitue l’apparence et s’adresse uniquement aux yeux et à l’esprit. Et si, par exemple, les deux choses doivent se trouver réunies dans un même objet, on les traite chacune au mieux des circonstances, en dépit du rationalisme rigoureux qui demanderait leur unité intime : de cette juxtaposition de la décoration à sa suppression complète, si elle n’est pour rien dans le but initial, il n’y a qu’un pas.

Or, la machine ne peut être que bien rarement, et très relativement, un objet de luxe : aussi a-t-on renoncé à l’enrichir d’ornements en relief, et les décorations peintes qu’elle reçoit encore dans certains cas disparaissent promptement et ne sont pas renouvelées ; on ne décore plus guère que certaines machines destinées à fonctionner en public, et dans la mesure que leur structure permet i ). Au contraire,

(i) C'est tout à fait le cas de la belle machine à frapper les médailles et monnaies qui figurait à

d’autres objets, sinon des machipes, tels que : appareils de chauffage, d’hygiène ou autres, susceptibles de se placer dans des appartements, magasins ou monuments, peuvent parfaitement recevoir une décoration appropriée : d’une part les objections tirées du mouvement et de la malpropreté n’existent plus ou sont très atténuées, d’autre part la question d’aspect reprend son importance.

Je ne pense donc pas qu’il y ait beaucoup de chances de vaincre les difficultés signalées., et, aussi, de remonter ce courant. Mais consolons-nous, sans cependant nous illusionner : comme je l’ai rap-' pelé au début, l’ornementation n’est que l’un des côtés de la question : il reste le plus sérieux, c’est-à-dire l’harmonie des formes.

Si, quant à l’ensemble, c’est bien rarement que l’on a la liberté de composer une machine en tenant compte de l’aspect, si le bon effet général auquel on serait d’abord parvenu peut être annihilé par un élément voyant, de forme aussi nécessaire que déplorable, il reste au moins l’harmonie des formes qui, au contraire, ne sont pas obligées,' de celles qui sont indépendantes du résultat utile, et ne peuvent guère influer sur le prix de revient. C’est là qu’il y a le plus à faire, c’est par là que le créateur peut donner la mesure de son goût, et provoquer peut-être le désir d’étendre à l’ensemble le bon effet constaté.

Je sais bien qu’ici encore, il n’aura pas toujours ses coudées franches, que, soit par ordre, soit de lui-même, il devra tenir compte, par exemple, que le modèle de telle ou telle pièce ainsi traité coûtera quelquefois beaucoup plus cher, ou que l’augmentation de frais, acceptable pour le modèle d’une série nombreuse, ne le sera plus s’il s’agit d’une pièce unique, et mille autres arguments parfois difficiles à réfuter.

N’importe, je persiste à croire que dans bien des cas (et de nombreux exemples sont heureusement là pour le prouver), sans nuire à la fonction, sans faire plus

l’Exposition, ses devancières ayant d'ailleurs conservé un aspect' architectural. Mais, parait-il, la riche décoration de celle-ci est toute de circonstance et n’aura pas de lendemain.

LE MONITEUR DU DESSIN

coûteux, on peut et on doit’donner aux détails de la machine ou de l’outil, une disposition logique à la fois de structure et .d’apparence. Je pense donc que tous ceux qui se livrent ou se destinent à ce genre d’étude,. comme aussi ceux qui sont chargés de les instruire ou de les diriger, feront bien de ne pas négliger cette partie de leur rôle, et de s’y intéresser autant qu’ils le pourront. |

Je répéterai, toutefois, qu’ils feront bien, à 'mon avis, de limiter leur ambition, de tenir compte à la fois de toutes les conditions actuelles du problème et de ce qui a été fait ou tenté avant eux, sans prétention ou de propos délibéré : ils auront ainsi plus de chances d’arriver à un résultat sérieux, et s’éviteront bien des déceptions.

Paul Valet, Ingénieur.

POUï* UES PETITS

Dans la forêt, sur la montagne, la rafale bruyante de l’hiver avait soufflé toute la nuit,

• > t soulevant la

neige en

épais tourbillons, courbant les grands sapins et gémissant sous les ramures sombres. A l’aube, des bûcherons trouvèrent sur la neige une branche de sapin arrachée par la tempête de la nuit. Ils la ramassèrent et on l’expédia .à la ville avec un grand nombre de jeunes sapins de la forêt qui devaient être vendus pour les fêtes de Noël. Le lendemain matin, elle était à l’étalage d’un jardinier.

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