PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
Il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas si le problème de la photographie des couleurs est scientifiquement résolu. Ce -doute est légitime, car on a décrit, et surtout vendu, des procédés de phothographie en couleurs qui sont de simples coloriages d’épreuves ordinaires monochromes.
Il existe en réalité deux méthodes scientifiques de photographie des couleurs ; mais avant d’en donner le principe nous emprunterons à Ducos du Hauron, l’inventeur de l’un des procédés, la définition — un peu ardue — du problème.
« La photographie des couleurs comprend toute méthode, soit directe, soit à empreintes réversibles, à l’aide de laquelle on crée, par l’action de la lumière et sans l’intervention d’un travail manuel, soit graphique, soit pictural, un tableau polychrome dont chaque point provoque une sensation de lumière et de couleur semblable à la sensation que provoque chaque point correspondant du modèle. »
Le premier procédé, le plus ancien en date, fut découvert simultanément, à l’insu l’un de l’autre, par Ch. Cros et L. Ducos du Hauron, vers 1868. C’est un procédé ■indirect. La. base expérimentale sur laquelle il repose est la suivante : « Par le mélange en certaines proportions de trois couleurs convenablement choisies, dites couleurs
fondamentales, on peut à volonté, étant donné une couleur quelconque, produire une nuance dont l’effet sur l’œil soit identique ».
Supposons qu’on tire trois clichés d’un tableau coloré respectivement à travers un verre rouge-orangé, un verre vert, un verre violet. On obtiendra ainsi trois négatifs différents, mais noirs et blancs comme les négatifs ordinaires. Avec ces trois négatifs on tire trois positifs sur trois lames transparentes colorées dont les couleurs respectives sont bleu, rouge, jaune, c’est-à-dire complémentaires de celle^ des écrans correspondants.
Si on a convenablement repéré ces images monochromes, on peut, en les superposant, obtenir une image colorée, à très peu près exacte, du modèle priginal.
La difficulté est, d’une part, le choix des trois couleurs fondamentales; d’autre part, le choix des écrans transparents de couleurs complémentaires.
Plutôt que d’exécuter ainsi trois monochromes transparents que l’on superpose ensuite, il est plus avantageux au point de vue industriel de superposer sur une feuille de papier blanc trois impressions exécutées à la presse au moyen d’encres colorées transparentes. Deux procédés photomécaniques, la photocollographie (phototypie) et la phototypogravure (simili-gravure), conviennent particulièrement à ce genre de travaux.
C’est M. Gabriel Lippmman, professeur à la Faculté des Sciences de l’Université de
Paris, qui a donné en 1891 la solution définitive de la photographie directe des couleurs.
Dans ce second procédé, on , enregistre en quelque sorte mécaniquement l’ondulation lumineuse, comme on enregistre l’onde sonore dans le phonographe. Les différentes couleurs sont comme les hauteurs diverses des sons enregistrés.
Cette découverte a été réalisée de toutes pièces, sans rien attendre du hasard.
M. Lippmann s’est laissé guider uniquement par la théorie mathématique de la lumière. Par la perfection des résultats, par la valeur scientifique, c’est une des plus belles découvertes du siècle.
Pour réaliser une photographie des couleurs, on opère comme pour obtenir un cliché ordinaire, on fait une seule pose, un seul développement, mais il faut une plaque parfaitement transparente, et non translucide comme celles du commerce, une émulsion extrêmement fine, et enfin il est nécessaire de placer derrière la plaque un miroir réfléchissant de mercure.
Les couleurs apparaissent au développement, elles sont absolument de la même nature que les couleurs des bulles de savon; elles sont dues au mécanisme même de la réflexion de la lumière à l’intérieur d’une lame mince transparente.
Il n’y a besoin d’aucune mise en couleur, d’aucun choix de pigments colorés arbitraires. Les couleurs apparaissent d’ellesmêmes à leur place.
Malheureusement ces photographies des couleurs doivent être regardées par réflexion, et sous un angle déterminé. Nous avons pu en admirer quelques-unes à l’Exposition universelle, où l’on avait pris soin de les disposer à l’avance de façon que chacun pût y voir les couleurs ; elles ne sont en effet visibles que pour une position déterminée.
Tels sont, grosso modo, les principes des deux méthodes de chromophotographie.
Des ouvrages spéciaux existent, où on trouve la manière de les mettre en œuvre (*).
(i) L. P. Clerc: La phôtographie des couleurs (Encyclopédie Léauté). Cet ouvrage est le plus complet sur la question. Préface par M. Lippmann.
A. Ducos du Hauron: La photographie des couleurs.
A. Berget: La photographie des couleurs par la méthode interférentielle deM. Lippmann.
La Photographie des Couleurs
Il y a donc aujourd’hui deux solutions du problème de la photographie des cou leurs : i° le procédé trichrome ouindirect*, 2° le procédé interférentiel ou direct.
Le lecteur se demandera sans doute quel est l’avenir réservé à l’un et l’autre de ces procédés; quel est actuellement le plusaccessible à un amateur.
« L’expérience a déjà répondu en ce qui concerne le procédé trichrome qui est devenuindustriel. Ce procédé s’est développé en Allemagne et plus encore en Amérique. On en tire parti pour l’illustration des livres et des prospectus industriels, et il fera sans doute encore des progrès. Son principal avantage est de se prêter aux tirages photomécaniques, c’est-ï-dire à la multiplication indéfinie des épreuves. Il est un peu compliqué de produire six clichés p'our obtenir une seule épreuve, maiscette complication devient insignifiante quand on veut tirer à mille ou dix mille exemplaires. »
De grandes maisons de photographie mettent dans le commerce des appareils particulièrement destinés à la photographie trichrome, par le procédé Ducos du Hauron, en même temps que les écrans, les plaques et les papiers transparents convenables.
En résumé, le procédé trichrome est, en ce moment, à la fois le procédé industriel et le plus accessible aux particuliers.
On ne peut pas prédire des destinées industrielles aussi brillantes au procédé direct de M. Lippmann. Il fournit par une pose unique et un développement d’un quart d’heure, une épreuve qui est unique aussi. Pour avoir une seconde épreuve, il faut, actuellement du moins, recommencer toute la série des opérations. De plus, dit M. Lippmann dans la préface d’un ouvrage cité (1) : « il ne pourra se répandre parmi les amateurs, que si quelque fabricant de plaques intelligent, consent à mettre en vente les plaques transparentes qui y sont nécessaires ».
Ajoutons quê la fabrication de ces plaques est délicate, et que peu d’amateurs ont
réussi les opérations que ce procédé exige. Les résultats sont un peu irréguliers, malgré tout le soin qu’y apportènt des opérateurs habiles.
Par contre les épreuves- fournies par ce procédé peuvent être d’une perfection remarquable comme éclat, comme fidélité et comme finesse. »
Ce procédé est supérieur à tout autre pour fournir la copie indestructible d’un tableau, d’un paysage, le portrait d’une personne.
Nous pensons que le procédé trichrome gardera sa suprématie industrielle, mais que sur le terrain artistique l’avenir est au procédé direct de M. Lippmann.
Fernand Meyer,
Agrégé des Sciences physiques, École des Hautes-Études [Sorbonne).
La Philosophie de la Vie
L’Art de la Vie est de faire de notie vie une Œuvre d'Art.
Chaque profession a ses vertus, la parfaite sincérité est la vertu professionnelle de l’Artiste. Quelque importance qu’aient la facture, l’industrie, la curiosité du travail, tant vaut l’âme, tant vaut l'œuvre.
Cherbuliez.
On n’arrive dans l’Art à un résültat honorable qu’en pleurant.
— Qui ne souffre pas, ne croit pas.
Ingres.