DE DESSIN
III. — Les conditions essentielles du développement intellectuel déterminent en quoi, pourquoi et comment le dessin est utilisable dans l’éducation, et de quelle façon il doit être étudié dans ce but.
— Avide de tout connaître et de tout comprendre, l’enfant, naturellement curieux, cherche, par ses investigations sans cesse renouvelées, à se renseigner expérimentalement sur tout ce qui frappe ses sens.
— Enregistrées dans l’esprit à l’état d’images, les sensations perçues se précisent et deviennent distinctes par répétition et comparaison des constatations expérimentales qui les onf fait naître.
— Pour chaque chose, des impressions multiples et diverses sont enregistrées et demeurent comme caractéristiques. Liées les unes aux autres par simultanéité de constatation, lesimpressions relatives à une même chose, s’évoquent mutuellement ; une seule d’entre elles suffit à rappeler et les autres et leur cause première extérieure.
— Des perceptions auditives rappellent des perceptions d’autre nature, et le langage articulé a pu se constituer par l’usage qui attribue aux mots, groupements artificiels de sonorités vocales, des significations propres à désigner les choses.
Les perceptions visuelles et les images mentales qu’elles font naître, sont renouvelables par réapparition de leur cause originelle, soit en un reflet sur une surface brillante, soit en une figure extérieure qui la réalise à nouveau.
Communément, on nomme « image »
tout ce que l’œil perçoit par observation directe ou indirecte des choses. La figure extérieure qui fixe et réalise l’image peut, en effet, suppléer à la présentation en nature, quand elle permet de reconnaître tous les caractères visibles de ce qu’elLe représente.
Adéfaut de collectionsscientifiques, artistiques et industrielles complète, l’image, réalisée par les procédés les plus variés (peinture, gravure, lithographie en noir et en couleurs, graphiques divers, plans, cartes, photographies, etc.), fournit à l’appui de l’étude une abondante documentation.
Trop souvent incomplète et défectueuse,, dans les collections pédagogiques les plus répandues, l’image ne suffit pas, d’ailleurs, par elle-même ; seule, elle n’attire ni ne fixe asse ^ précisément l’attention sur chaque motif d’étude.
Rien ne pénètre dans l’entendement, pour y devenir utile, que ce qui, constaté de façon frappante, laisse une empreinte précise et durable. « La mémoire doit être de l’observàlion conservée^ 1). » Aujieu de s’embarrasser de mots vides de sens, de formules abstraites incomprises, l’intelligence, nourrie de notions précises et utiles, se développe par des perceptions sans cesse renouvelées.
(.1) Lecocq de Boisbaudran.
Bien souvent, les mots demeurent dans la mémoire par leur sonorité auditive et leur physionomie écrite, sans que leur signification précise ait été saisie ; mais la figuration graphique immédiate des observations faites établit, entre les expressions verbales et les figures tracées, une concordance favorable à l’exacte et intelligente compréhension des notions acquises.
L’intervention directe du dessin, pour noter, les observations, augmente singulièrement la puissance instructive de l’étude.
Imitatifs ou schématiques, les tracés du maître sur le tableau rendent plus claires et plus compréhensibles ses explications, descriptions et démonstrations. Le commentaire figuratif fait mieux écouter la leçon orale. Il supplée à l’insuffisance des documents, corrige leurs défectuosités, accentue toujours, avec avantage, par une interprétation simple et saisissante, ce qui, dans la documentation la plus parfaite, n’est jamais assez frappant.
Forcé de dessiner ce que le maître indique, l’élève est contraint à ne pas se laisser distraire de ce qui doit l’occuper. Son dessin, surtout s’il est fait de mémoire après Ta leçon du maître, indiquera ce qu’il a acquis vraiment par observation personnelle.
IV. — Si naïf, si incorrect qu’en soit le tracé, les illustrations dont un enfant documente librement ses devoirs écrits, constituent la plus sûre vérification de ce qu’il peut comprendre et s’assimiler. Ses erreurs révèlent les défaillances de son attention, et signalent ce qui dépasse ses facultés de discernement.
Dans ce qui n’est pas études spéciales, et, paf suite, n’exige point une rigueur absolue de figuration, l’exactitude et la précision du dessin peuvent n’être que relatives, et cependant suffire pour l’étude des choses et des êtres, si elles permettent de constater les caractères essentiels du sujet étudié.
Pour qui sait voir et dessiner, l’exactitude rigoureuse et la précision absolue s’imposent dans la recherche et la reproduction de la physionomie et des dimensions de ce qui est représenté. « Le dessin est la probité de l’Art », a dit M. Ingres.
Mais quand un enfant peut saisir les caractéristiques de ce qu’il étudie, son dessin, tout incorrect et inhabile qu’il soit, sera intéressant, aura déjà une valeur, si dans sa libre interprétation il manifeste avec sincérité des impressions vraiment personnelles.
On parle, on se fait comprendre sans connaître ni les règles de la grammaire ni les règles de la syntaxe. On peut aussi se faire comprendre en dessinant sans prétendre à la rigoureuse exactitude, à la formelle précision de l’Art.
Pour dessiner, comme pour s’exprimer correctement, avec élégance, avec art, les études spéciales sont nécessaires. Leur rigorisme formel ne doit laisser place à aucune incertitude, et comporte des difficultés, des exigences d’enseignement qui imposent la direction d’un vrai maître de valeur et d’expérience pédagogiques assurées.
Apprendre à dessiner, simplement afin d’exprimer clairementce qu’on a vu, n’exige pas un enseignement ni un maître de caractère pédagogique si élevé.
L’enfant doit être entraîné à dessiner aussi naturellement qu’il parle sa langue maternelle.
On ne doit lui faire utiliser que ses seuls moyens propres, sans chercher à lui donner, prématurément par des moyens artificiels, une habileté factice au-dessus de ses facultés, ne correspondant point à sa réelle et sincère compréhension, à son intelligence personnelle et possible des choses.
Pratiqué de façon simple, intuitivement êt expérimentalementdès le début de l’éducation, le dessin, commentaire imagé des études, donne au travail un attrait particulier. 11 éveille l’activité de l’esprit et stimule les initiatives, par la recherche des impressions franches et personnelles, par leur libre interprétation.
L’enseignement élémentaire et généraldu dessin, envisagé comme simple auxiliaire de l’étude, comporte des procédésde nature tout expérimental, dont l’indication exige des explications pratiques plutôt que théoriques (i).
T.-M. de Labouret,
Inspectrice départementale du Dessin.
(i) La Direction du Journal s’offre à servir d’intermédiaire pour obtenir de l’auteur la suite que comporte l’article ci-dessus.
nonveiHn