C. — Manquement dans le mouvement
— Erreur dans la forme des plans d’ombre.
— Erreur dans les rapports physionomiques des contours (galbe).
— Fautes contre l’effet. — Rapport des lumières avec les ombres et avec le fond.
— Fautes de coloration (i).
Selon le degré d’avancement de l’élève, on insistera plus ou moins sur les fautes de chaque catégorie.
Au commençant, il ne faut parler que de choses palpables et absolues, facilement vérifiables : Les grandes divisions : la pro-
(i) 11 est bien entendu qu’il, ne s’agit ici que de la coloration que l’on peut obtenir avec du noir et du blanc, c’est-à-dire les dégradations de la lumière occasionnées par les changements de plan du modèle, et non de la couleur propre des objets qui ne se peut rendre qu’avec de la peinture.
portion d’ensemble : puis les grosses fautes contre la perspective.
Aux élèves plus avancés on parlera surtout du caractère. C’est même à cela d’abord que l’on s’attachera.
La recherche du caractère, c’est la quintessence de l’étude des proportions et du rapport des lignes entre elles ; un dessin peut être, à l’analyse superficielle, juste de proportions, de perspective, etc., etc., et être absolument faux de caractère.
Le caractère échappe à toute mensuration. Lé même mouvement donné par un modèle maigre et nerveux ou par un autre de formes molles et arrondies sera tout différent.
Le même mouvement par le même modèle, mais éclairé par un jour de face ou par un jour frisant qui fera saillir les moindres détails du modelé, présentera des caractères tout opposés.
A l’élève déjà fort et qui sait établir ses proportions et mettre les formes en perspective, on parlera donc, d’abord de l’aspect, du caractère. On ne négligera pas, bien entendu, de lui corriger les fautes de mise en place s’il en a commis, mais avec lui cela devient l’accessoire.
A lui, il faut faire voir comme, avec des proportions assez justes, il est pourtant loin d’avoir exprimé le caractère du modèle. Il faut surtout lui donner la terreur du convenable. Le mettre en garde contre le danger qui le guette, profiter de son habileté déjà acquise pour faire toujours le mêmè dessin d’après tous les modèles qui se présentent, pour faire toujours le même effet avec tous les éclairages, ce qu’on peut appeler «le mauvais bien fait ».
Les questions que l’on a à se poser devant un dessin à corriger sont donc celles-ci:
L’élève a-t-il bien placé son dessin dans la page? c’est-à-dire a-t-il établi la meilleure proportion entre son dessin et son papier? A-t-il établi convenablement les proportions d'ensemble de l’objet qu’il avait à dessiner? (Fautes A).
L’élève s’est-il assuré de la hauteur où il voit son modèle, et a-t-il su tirer les conséquences de cette observation? (Fautes B).
A-t-il bien établi la direction de l’axe principal, qui de sa place peut ne pas paraître vertical ni même en ligne droite,
Les Fautes de dessin
et le rapport des axes horizontaux avec cet axe principal? (Fautes C).
L’élève enfin a-t-il correctement établi le rapport apparent entre les deux moitiés •de la forme ? (Fautes A et B).
Toutes les erreurs que nous pourrons
pèche surtout par le mouvement des axes (Fautes B et C) . Il en résulte un désaccord entre le plan de l’ornement et le plan de la surface sur laquelle il est appliqué. — La figure i bis,, schéma de la correction, montre la direction et la forme que devrait prendre cette ligne d’axe en raison de la pente donnée aux petits
découvrir dans son dessin découleront de celles-là.
Voici quelques dessins d’élèves dont les corrections nous aideront à préciser ce qui vient d’être dit.
L’exemple n° i, bas-relief Louis XIV des boiseries du chœur à Notre-Dame de Paris,
I côtés du rectangle et du développement donné à son épaisseur.
C’est une faute du même genre qu’on aurait I à corriger dans I’esquisse n° 2 — buste de \ femme — renaissance italienne. L’élève n’a pas j tenu un compte exact de l’axe : on ne sait au juste s’il avu la tête de face ou légèrement de trois quarts; la distance entre le nez et l’œil j droit est un peu plus petite que la distance com-
Les Fautes de dessin
prise entre le nez et l'oeil gauche — les joues ne sont pas symétriques avec les contours du cou; — il n’est donc pas rigoureusement de face. L’axe du visage ne doit donc pas être exactement en ligne droite, d’où, déplacement du bout du nez, diminution du bandeau des cheveux du côté droit, et de la largeur de la bouche de ce même côté, ainsi que le montre le schéma de correction, n° 2 bis .
Esquisse n° 3 : Tête du Laocoon. — Ici on est surtout frappé par le caractère grimaçant de la physionomie, faute qui provient de la multiplicité et de l’égalité des détails (C). L’élève a assez bien vu le mouvement des axes,
femme. Fig. 2 bis.
plan du nez, plan des yeux, mais il a complètement manqué le bout du nez qu’il a collé sur lâ lèvre sans réfléchir que le mouvement renversé de la tête lui fait voir le dessous des formes et que par conséquent le bout du nez s’éloigne de son point de plantation sur la lèvre supérieure, ainsi que le montre le schéma de correction figure 3 bis (B).
Esquisse n° 4 : Le Mercure de Pigalle. — Caractère peu senti, formes rondes et molles. L’aplomb du genou droit n’est pas exact par rapport à la tête (faute A), ce qui a entraîné à étriquer le mouvement en rapprochant trop de l’axe le contour de la hanche droite, de là,
Tête du Laocoon.
Fig. 3 bis.
Les Fautes de dessin
manque de justesse dans la ligne du dos, qui devient trop ronde et perd toute accentuation.
Au point de vue de l’éclairage, l’élève n’a pas observé l’ombre portée sur le front et la chevelure par le bord saillant de la coiffure — cela donne de la maigreur à la tête. — La jambe gauche qui est assez bien dessinée est mal comprise comme effet; elle est beaucoup trop éclairée : l’effet général l'amène logique-
La plupart des élèves, aussitôt l’esquisse faite, par acquit de conscience et à peine vérifiée, se mettent tout de suite à exécuter le haut de leur dessin et descendent à mesure. C’est là une très mauvaise méthode. On doit tout le temps travailler à tout l’ensemble, en accorder toujours de plus en plus les différentes parties, tenir son
Fig. 4. Le Mercure de Pigalle. Fig. 4 bis.
ment dans l'ombre, ainsi qu’il est indiqué dans le schéma de correction, figure 4 bis.
Nous ne faisons pas une place à part aux fautes d’anatomie, ces fautes se classant dans la division C. L’anatomie, que l’élève doit arriver à connaître à fond, lui sert à 1 donner plus de justesse, plus de caractère à ses contours et à sa construction en lui \ faisant connaître la cause des accents qu’il I rencontre dans son modèle, mais il doit se garder de faire montre de ses connaissances ! et ne pas chercher à faire des écorchés de I tous ses modèles.
Une grave cause d’erreur, c’est de se j mettre à exécuter par morceaux.
travail léger, ne pas effacer les faux traits, accentuer progressivement à mesure qu’on arrive à une certitude de place. Les faux traits disparaissent tout naturellement, noyés dans les ombres ; si quelques-uns finalement sont restés visibles et gênent, à la fin du travail seulement on les efface en rafraîchissant les lumières, et le dessin se trouve exécuté par le fait qu’il a été cherché, qu’on y a mis ce qu’il fallait, et sans qu’on ait eu à se préoccuper spécialement de l’exécution.
Edmond Valton,
Professeur à l'Ecole Germain-Pilon , Président de la Sccicic des Artistes Indépendant