L. Hista
Artiste peintre décorateur ,
Professcttr d’Art décoratif à la Manufacture de Sèvres et aux Ecoles de la Ville de Paris.
La Perspective
Ne sutor ultra crepidam.
Les expositions artistiques qui se multiplient autour de nous avec une étonnante vigueur, sollicitent l’attention de tous : artistes, amateurs ou simplement curieux, et il est permis d’en espérer une éducation universelle du goût et de l’amour du beau.
Nous nous proposons d’indiquer ici les remarques que nous avons cru pouvoir faire au cours de quelques visites, au point de vue exclusif de la perspective ou des considérations qui s’y rattachent.
Nous n’avons aucune prétention à la critique artistique. Nous avons seulement constaté que la science de la perspective est toujours négligée par certains artistes qui s’obstinent à la considérer comme accessoire et qui ne veulent pas reconnaître le rôle considérable qu’elle joue dans l’harmonie de l’ensemble.
Ces artistes en sont restés aux méthodes de sentiment se fiant seulement à leur faculté plus ou moins grande d’observation : méthodes qui ont été trouvées en défaut de tout temps, qu’on a vivement critiquées autrefois et qu’il faut critiquer encore aujourd’hui.
Examinons d’abord le cas des portraits :
Supposons (fig. i), d’après les données gé-
Fig. i.
nérales de la perspective, qu’on veuille représenter un personnage debout ayant une taille moyenne de im,7o. Le point de vue est pris à
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3 mètres du personnage, le tableau à i mètre. Dans ces conditions, la perspective de im,7o mesurera
Si nous prenions le point de vue à 5 mètres du personnage, sa perspective devrait avoir
Nous pensons que les portraits devraient se tenir entre ces dimensions. En général, la hauteur d’un personnage debout devra toujours être inférieure à im,7o.
Or, on voit de nombreux portraits de personnes debout qui atteignent sur le tableau im,7o, 2 mètres et plus. Avec les conditions adoptées ci-dessus un personnage de im,7o sur le tableau aurait 2m,55 en réalité. Un de 2 mètres sur le tableau aurait, en réalité, 3 mètres de hauteur.
• C’est excessif, évidemment; nous n’avons jamais vu d'êtres humains de cette taille.
Il est bien entendu que nous exceptons de cette critique les œuvres décoratives de caractère purement fictif. Mais pour un portrait d’un personnage isolé qui veut nous donner l’illusion d’un être réel et connu, je pense qu’il y a quelque chose de choquant à ce que notre œil le voie avec une taille de 3 mètres.
On objectera que si la critique est juste pour l’amplification, elle devrait l’être également pour la réduction et que nous devrions être tout aussi choqués par un portrait qui nous donnerait l’illusion d’un personnage ayant 50 centimètres ou moins de hauteur.
Nous répondrons qu’au point de vue des proportions humaines pures, le second cas est aussi vicieux que l.e premier. Mais que nous l’admettons plus volontiers peut-être parce que, par suite de l’éloignement, notre œil est habitué à voir les objets plus petits et que, normalement, il ne les voit jamais plus grands.
Quoi qu’il en soit et bien qu’il y ait dans ce que nous venons de dire une large part d’appréciation personnelle, par conséquent discutable, nous pensons qu’un portrait ne devrait
jamais dépasser les dimensions déduites desconditions indiquées ci-dessus.
La table ronde. Les sujets dans lesquels figure une table ronde, servie pour un. repas, sont nombreux.
On constate que la perspective de cette table ronde est généralement défectueuse.
On sait que la perspective d’un cercle est une ellipse, que cette courbe est déterminée par des considérations théoriques rigoureuses et qu’il est très difficile, sinon impossible même à un œil et à une main exercés, de lui donner sa forme exacte à l’aide de l’observation seule
et sans le secours de constructions géométriques.
Si on représente un intérieur avec une table ronde et des personnages autour, il n’y a aucune raison pour supposer le spectateur placé au-dessus des personnages assis ou debout.
Supposons l’horizon pris à la hauteur d’un personnage debout.
Voici ce que donne l’épure réduite aux lignes indispensables.
Fig. 2 : La perspective du diamètre perpendiculaire au tableau est ab dans le géométral, a'b' dans la figure en perspective. On voit que le tracé exact donne une ellipse très surbaissée , une surface très contractée sur laquelle il est difficile de dessiner clairement les menus objets qui doivent garnir la table. Aussi l’artiste, qui n’a pas fait ce tracé exact et qui a dessiné
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tomme il voyait , a-t-il été conduit à faire cet espace plus grand, et il a obtenu le résultat a"b" qui, comme on le voit en MN sur le géométral, suppose un spectateur placé en V à 3.00 du sol, c’est-à-dire au delà du plafond.
Comme conséquence, on représentera les
objets placés sur la table de cette vicieuse manière. Les bouteilles, les carafes, les assiettes présenteront des ellipses trop ouvertes; d’où il suivra que l’ensemble paraîtra sortir du cadre pour tomber sur le spectateur. L’effet est déplorable au point de vue des lignes, le reste pouvant être plein de qualités, d’ailleurs. La figure 3 représente une scène dans laquelle on retrouva les mêmes défauts.
Dans d’autres tableaux, l’artiste, exclusivement préoccupé du sujet principal, l’a entouré -de lignes perspectives quelconques déterminées
à l’œil. Voici, par exemple (fig. 4), une scène d’enfant prodigue d’ailleurs remarquable au point de vue peinture. Pourquoi faut-il que l'artiste ait entouré ce sujet d’un paysage dont le point de vue est certainement plus élevé que celui de la scène principale?
Voici une autre scène (fig. 5), où l’on trouve des proportions incompréhensibles. Un personnage est placé dans un intérieur devant une ouverture qui laisse voir la campagne.
Ce personnage est trop grand ou la croisée trop petite. On ne comprend pas. La scène est d’un pays étranger, croyons-nous. C’est une raison insuffisante pour justifier des proportions aussi inusitées.
Enfin voici une scène (fig. 6) où la ligne d’horizon est prise de telle manière que le voyageur qui s’achemine vers la maison va certainement se cogner la tête sur le linteau de la porte.
On pourrait multiplier les exemples qui montreraient que la perspective est trop négligée par certains peintres.
L’étude de la perspective exacte est, en effet, considérée comme aride, et pour ne pas se donner la peine de l’étudier, on la déclare inutile. C’est plus simple. Et pourtant que jj I de représentations absurdes on éviterait par
l’étude des principes! Quelle différence avec les œuvres d’architectes, que leurs études exactes ont mis à l’abri de pareilles erreurs!
M. J. Adhémar, dans son Traité de perspective linéaire , cite de nombreuses erreurs de perspective dans des tableaux célèbres, et il dit :
« Ces idées ne sont pas nouvelles ; elles ont été développées dès le xvie siècle par Jean Cousin dans un excellent ouvrage qui est malheureusement inconnu ou incompris de la plupart des peintres modernes. Mais si on parle de ces. études aux artistes, ils lèveront les épaules, ils demanderont si l’on se moque d’eux et si l’on croit qu’ils vont prendre un compas
pour dessiner les figures de leur tableau, etc. » Puis M. J. Adhémar conclut tristement :
« Au surplus, je dis tout cela pour l’acquit de ma conscience, car je suis bien certain d’avance que les peintres n’en tiendront aucun compte. »
On peut constater que ces réflexions sont malheureusement toujours justes.
E. Jaulin.
ÎN1DU dessin dans les lycées et collèges
(i® gré.) Session cl' Avril 1905.
edve d’une console en bois découpé.
Vrf le texte de celte épreuve et la liste des élèves reçus.
Résultats d’Examens
RÉSULTAT DE L’EXAMEN DES LYCÉES ET COLLÈGES (Ier DEGRÉ)
Session du 25 avril 190 5.
Les examens du Professorat de dessin des Lycées et Collèges, Ier degré, ont eu lieu le mardi 25 avril. 215 candidats se sont présentés dont 101 hommes et 114 femmes, 49 ont été reçus à l’écrit et 43 reçus définitivement.
Le Jury était ainsi constitué :
M. Paul Colin, Président.
M. Allar, statuaire, Professeur à l’École des Beaux-Arts.
M. J. Jules Pillet, Professeur à l’École des Beaux-Arts.
M. André, architecte du Gouvernement.
M. Albert Laurens, Professeur à l’École Polytechnique.
M. Devos, Professeur au Lycée Condorcet.
M. le Dr Richer, Professeur à l’École des Beaux-Arts.
M. Borchard, artiste peintre, Inspecteur du dessin et des Musées.
Sujets donnés à l’examen.