LES OMBRES
Pendant les chaudes journées de l’été, où, pour éviter l’ardeur du soleil, on ferme volets et persiennes, votre plaisir d’enfant était, si vous vous le rappelez, de voir passer la lumière à travers les fentes d'un contrevent et de souffler pour agiter tout ce monde minuscule qui tourbillonne dans un rayon de soleil. Regardez aujourd’hui cet objet de votre joie de naguère, mais pour lui demander un enseignement. Ouvrez le volet un peu plus s’il le faut et considérez la
nappe de lumière qui pénètre dans la chambre et va former une raie brillante sur le parquet ou sur le mur d’en face, selon l’heure où vous ferez votre observation. Vous constaterez que les lignes de cette nappe de lumière sont rigoureusement parallèles entre elles. Placez dans cette nappe un objet quelconque, il déterminera une traînée d’ombre dont les lignes parallèles iront dessiner sa silhouette dans la plaque lumineuse formée sur le parquet ou sur le mur.
Le soir à la lampe, répétez votre expérience. Soufflez un peu de fumée sous l’abat-jour (je suppose que vous fumez ou que quelqu’un fume près de vous). Cetle fumée s’éclairera dans toute la partie placée dans le champ de la lumière et restera dans l’ombre pour le reste. Vous verrez alors celte ombre former tout autour de l’abat-jour une nappe circulaire dont les lignes obliques et divergentes iront rencontrer sur la table placée sous la lampe le cercle lumineux formé par l’abat-jour. Si vous baissez l’abat-jour (fig. 81), le cercle se rétrécira et les lignes se
rapprocheront de la verticale. Si au contraire vous remontez l’abat-jour, le cercle grandira, sortira de la table, et les lignes d’ombre formées dans la fumée deviendront de plus en plus obliques. Elles seront horizontales (fig. 82) au moment où l’abat-jour sera amené juste au niveau de la flamme de la lampe, et remonteront vers le plafond si l’abat-jour est amené au-dessus du niveau de la flamme.
Voilà votre première leçon de tracé des ombres. Les rayons lumineux (fig. 80) se propagent en ligne droite. En menant une ligne droite du foyer de lumière à un objet quelconque et en prolongeant cette ligne jusqu’à une surface, on trouve sur cette surface l’ombre de l’objet.
Les rayons de soleil sont parallèles entre eux, la distance énorme et la grosseur du foyer de lumière expliquent ce phénomène. Il en résulte qu’un objet aura toujours son ombre de la même longueur, à la même heure et sous une même latitude. Il n’en est pas de même avec l’éclairage d’une lampe. Les rayons lumineux partent de la flamme dans toutes les directions, et sont de plus en plus divergents à mesure qu’ils s’éloignent du foyer, de telle sorte que la forme de l’ombre portée par un objet éclairé à la lampe, varie selon la place occupée par cet objet. On peut observer son ombre à soi-même, le soir dans la rue, et voir comme cette ombre grandit et se raccourcit successivement à mesure que l’on passe sous les becs de gaz.
On dit quelquefois aux enfants, pour les faire jouer et pour donner un but à leur course : « Cours après ton ombre, et tâche de marcher sur ta tète» » Ce problème, insoluble au soleil, est des plus simples avec un réverbère : l’enfant n’a qu’à venir se placer au-dessous. Avec le soleil, il devrait courir jusqu’à l’équateur et attendre qu’il fût midi ; ce serait peu pratique.
Ces observations préliminaires vont nous aider à comprendre les conditions à remplir pour déterminer les ombres d’un ou plusieurs objets situés dans un tableau.
D’abord il faut connaître la forme et la place de ces objets, les différentes surfaces sur lesquelles leurs ombres se projettent, puis la direction des rayons lumineux. Ces directions, qui sont à l'infini, peuvent se mesurer dans trois cas : 1° Lorsque les rayons sont parallèles au plan du tableau ;
2° Lorsque le soleil est placé devant l’observateur ;
3° Lorsque le soleil est placé derrière l’observateur.
Dans chacun de ces cas, on étudie la direction des rayons :
1° Sur des surfaces de front et à angles droits ;
2° Sur des surfaces obliques avec des objets posés d’aplomb;
3° Sur des surfaces obliques avec des objets posés obliquement 4° Sur des surfaces inclinées.