‹ Le dessin pratique pour tousChapitre 3 sur 207 · AVANT-PROPOS. - CHAPITRE IM · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. - CHAPITRE IM

Le dessin est l’art de représenter les silhouettes et les reliefs des objets. Les silhouettes sont limitées par des lignes. Les reliefs donnent lieu à des ombres et à des lumières variées.

Bien voir la forme des silhouettes, c’est-à-dire le rapport de leurs différents contours entre eux ; bien voir la forme des ombres et leur valeur, c’est-à-dire le plus ou moins d’intensité qu’elles présentent par rapport les unes aux autres sur l’échelle infiniment nuancée qui va du blanc au noir : c’est là le point essentiel.

Quand on a bien vu, on transcrit sur une surface avec n’importe quoi, plume, crayon, fusain, etc., etc..., le résultat de ses observations : c*e!a s’appelle dessiner.

A quel âge faut-il commencer à apprendre à dessiner ? On pourrait dire qu’il n’est jamais trop tôt, si l’enseignement est approprié à l’âge de l’élève.

Il faudrait bien se garder de parler de constructions de perspective à un enfant de six ans, il n’y comprendrait absolument rien ; mais à cet âge et même plus tôt, il vous comprendra si vous lui faites remarquer que son chat de carton lui paraît plus petit à mesure que vous l’éloignez de lui, surtout si vous vous aidez d’une démonstration claire et frappante comme, par exemple, percer avec un crayon un petit trou dans un papier et lui faire voir que si vous éloignez suffisamment le joujou, il le verra tout entier à travers ce petit trou placé près de son œil.

L’enfant, généralement, aime à crayonner, et quelquefois au travers de crayonnages absolument informes on trouve la trace d’une observation. C’est là ce qu’il faut suivre et développer ; faites voir à l’enfant les erreurs d’observation qu’il a commises, par quelques mots clairs et simples ; surtout que la leçon aflecte la forme d’une récréation ; faites-lui trouver beaucoup plus amusant de faire comme vous lui montrez que comme il avait fait d’abord.

Qu’il me soit permis de citer en exemple un souvenir de ma lointaine enfance. Les omnibus, qui étaient encore une chose nouvelle et étaient un peu rares à cette époque, frappaient vivement mon imagination. Je crayonnais beaucoup et remplissais d’omnibus des rames de papier. Mais j’avais un idéal auquel je ne pouvais atteindre. Qui atteint jamais à son idéal ? Le mien n’était pourtant pas bien élevé, je voulais que les chevaux de mes omnibus eussent l’air de trotter, et ils avaient toujours l’air d’être au pas. A chaque nouvelle tentative je croyais atteindre au but, et toujours nouvelle déception; alors j’ajoutais par devant un troisième cheval conduit à la main par un palefrenier, car j’avais «bservé que dans les rues montantes, on mettait un cheval de renfort aux omnibus

que l’attelage allait alors au pas. Je palliais ainsi mon impuissance, et mon envolée dans l’idéal aboutissait toujours à une montée au petit pas.

Combien il m’aurait rendu heureux, combien je l’eusse écouté attentivement celui qui m’aurait pris par la main, m’aurait mené dans la rue et m’aurait aidé à saisir sur la nature la différence qu’il y a entre un cheval au pas et un cheval au trot ! Et pas n’était besoin pour cela de me faire un cours d’anatomie du quadrupède, ni de perspective.

Ainsi donc, notre élève balbutiera longtemps; nous nous contenterons de rectifier doucement ses premières observations ; petit à petit nous lui apprendrons ce que c’est qu’une ligne, ce que c’est qu’un angle ; nous l’exercerons, tout en l’amusant, à tracer correctement ces premiers éléments.

Notre élève s’appliquera à faire des lignes droites, des angles ; il devra connaître et reconnaître à première vue : un angle droit, un angle à 45° et successivement tous les angles possibles, et par conséquent les tracer correctement, à la main d’abord. Un peu plus tard, il apprendra à se servir de la règle et du compas. Quand il fera ses angles d’une façon satisfaisante, on lui apprendra à faire des

Cercles tangents et raccords.

PREMIERS EXERCICES

triangles, à en distinguer les différentes espèces : équilatéral, les trois côtés égaux; isocèle, deux côtés égaux seulement; scalène, les trois côtés inégaux. Passant ensuite aux figures à quatre côtés, il arrivera bien vite à distinguer et à reproduire un carré, figure dont les côtés sont égaux et les angles droits ; un rectangle, qui a les angles droits et les côtés égaux deux à deux seulement ; un losange, dont les quatre côtés sont égaux, mais dont les angles sont égaux deux à deux seulement; le parallélogramme dont les côtés sont égaux deux à deux seulement et les angles de même. En passant par les polygones à 5, à 6, à 8, à 10 côtés, etc., il arrivera petit à petit à tracer le cercle, que l’on peut considérer en dessin comme un polygone régulier dont on arrondit les angles.

Arrivé là, l’élève pourra déjà aborder les formés géométriques un peu compliquées où les lignes courbes et les lignes droites s’entremêleront, se succéderont et se couperont de mille manières (hors texte fig. 2, voir les instructions à la page 40).

Ces exercices préparatoires l’amèneront jusqu’à ses dix ou douze ans.

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