I/ÉCOLE D’ATHÈNES
DE RAPUAEL (FIG. 172.)
Prenons encore une autre composition non moins célèbre, YEcole d'Athènes, de Raphaël. Ici l’artiste a abordé la symétrie absolue. Il s’agit d’une grande peinture murale aux chambres du Vatican, à Rome. Rien ne pouvait être trop solennel et pompeux. Le point de vue est juste au milieu, et fait pénétrer l’œil sous une galerie voûtée interrompue par un espace où l’on devine une coupole, et terminée un peu plus loin par un péristyle, laissant voir le ciel. Des marches donnent accès à cette galerie et divisent la composition en deux parties : les personnages qui sont en haut des marches, et les deux groupes qui, à droite et à gauche, sont en bas. Le groupe du haut forme une ligne sinueuse mais se tenant dans une direction sensiblement horizontale, qui, partant des deux côtés du tableau avec de légères différences, amène l’œil au centre où les deux figures du milieu, tout en se reliant au groupe, se détachent franchement sur le porche du fond et ont une prédominance non douteuse. Les deux groupes du bas, tout en offrant des masses analogues dans l'un et dans l’autre, et bien pondérées, ’ présentent de grandes différences : à droite deux personnages debout font silhouette près du cadre ; à gauche deux autres sont debout également ; mais, plus près du centre de la composition, et près du cadre de ce côté, un rappel d’architecture fait équilibre aux deux figures debout de l’autre côté. Un homme vu de dos monte les marches, un autre est couché sur ce degré, tous deux sont destinés à relier le devant avec le fond. Tout à fait en
LÀ COMPOSITION
avant et non loin du milieu de la composition, une autre figure couchée. Son rôle est d’éviter l’isolement de celle qui est couchée sur les marches. Yous remarquerez en effet que presque tous les mouvements sont doublés : à droite, deux hommes qui portent une sphère chacun ; à leur côté, deux personnages qui se baissent sur la gauche et deux qui se baissent sur la droite ; à la partie gauche du tableau, encore deux hommes debout, devant eux un homme à genoux écrit, un autre baissé également, le suit des yeux, et par derrière un troisième regarde aussi ce qu’écrit le premier ; là, le motif est triplé ; l’homme qui monte les degrés -
est accompagné d’une figure légèrement inclinée dans le même sens; au centre, les deux personnages qui s’avancent en causant. Tous deux lèvent la main droite; chez tous deux les plis du vêtement se dirigent obliquement à gauche sur les jambes. Enfin de chaque côté d’eux les figures entre lesquelles ils passent forment des groupes d’au moins quatre. Cette nécessité d’augmenter l’intérêt des motifs en les doublant s’impose dans les grandes compositions. De même, dans une symphonie destinée à être exécutée dans une grande salle, le musicien double et triple les parties pour donner plus de sonorité à son orchestre.
Mais voyez avec quel art Raphaël a obéi à celte loi; les délicates différences qu’il a su introduire entre ses personnages similaires, jusqu’à les faire quelquefois contraster l’un avec l’autre; ainsi, à l’extrême gauche, un personnage s’avançant vivement est groupé avec un autre tourné dans le même sens, mais absolument arrêté, et la froideur de ce second mouvement fait contraste avec l’action du
premier et la fait valoir ; (le même encore, des deux personnages debout à gauche au premier plan vers le milieu du tableau, l’un est tout droit dans une attitude calme et placide, l’autre, très contourné, se penche pour lui montrer un livre qu’il tient appuyé sur ses genoux. Ainsi, mêlant et corrigeant l’une par l’autre ces deux grandes lois, loi des similitudes et loi des contrastes, Raphaël a dissimulé ses moyens pour ne laisser voir au spectateur que le résultat d’ensemble de cette splendide composition.