‹ Le dessin pratique pour tousChapitre 86 sur 207 · DE VÉRONÈSE (FIG · texte numérisé non relu

DE VÉRONÈSE (FIG

Qui a jamais songé à une scène biblique devant la toile de Véronèse intitulée les Noces de Cana? C’est une fête vénitienne. Des personnages vêtus comme au xvi® siècle sont à table dans un palais à la riche architecture; au-dessus de la table du festin règne une galerie où les serviteurs préparent et font circuler les mets. Au premier plan un groupe de musiciens, des hommes transvasant du vin, un chat, des chiens ; puis, pour noter le sujet, le milieu de la table est occupé par deux personnages discrètement nimbés, le Christ et sa mère.

Véronèse a placé le point de vue au centre de' sa composition. Il en résulte une symétrie de lignes qui donne de la grandeur et de la majesté au tableau. Mais le peintre a mis son campanile vers la droite et a corrigé ainsi la froideur qui aurait pu résulter d’une symétrie absolue. Ce campanile est admirablement accompagné par les lignes du ciel. Cette forme élancée à la droite du tableau avait besoin d’un équilibre. La statue qui s’élève au fronteau de l’édifice de gauche remplit cet office, puis comme, à son tour, cette figure monte plus haut que le campanile, voyez comme la ligne formée par les personnages de la galerie a une tendance à monter vers la droite, jusqu’à un homme qui se voit entre les colonnes et dont la tête est au niveau des chapiteaux du premier plan. Montez encore, la corniche fait une saillie vigoureuse qui àmène l’œil jusqu’au bras de la femme coupée par le haut du cadre, et qui, penchée à la balustrade, jette une fleur aux personnes qui sont à table. Les convives forment une ligne neutre confondue dans la valeur du ton de l’architecture. A l’extrême gauche seulement quelques personnages vivement éclairés et se détachant sur les colonnes claires et sur la nappe blanche forment l’origine d’une ligne sinueuse qui se brode sur la tête du petit serviteur nègre, remonte avec le personnage habillé à l’orientale et qui tient à la main un pan de sa robe, s’infléchit au groupe de musiciens, se relève à la figure qui tient une coupe, pour redescendre à l’homme qui verse du vin et finir tout en bas sur le vase autour duquel joue un chat. Cette grande ligne descend vers la droite, logiquement appelée par celle des serviteurs de la galerie qui descend à gauche.

Voilà pour les grandes lignes. A côté de celles-là et s’entremêlant avec elles, quelques lignes secondaires relient entre eux les plans du tableau et empêchent qu’ils n’aient l’aspect d’une découpure systématique ; tel le personnage vivement éclairé qui apparaît à droite, entre deux colonnes et cause avec un convive; tel le

page qui par dessus la balustrade de droite tend un vase que reçoit un personnage placé derrière la table. Ce motif coupe de ce côté la rampe qui monte à la galerie, tandis que, du côté gauche, la rampe est complètement visible ; tels encore les hommes qui se penchent vers le joueur de violon et, par ce mouvement, découvrent une partie de la table dont la ligne droite horizontale cale la composition et lui ôte la confusion qui aurait lieu si les figures debout cachaient tout le milieu de la table dont on ne verrait plus que les deux retours d’équerre.

Il n’est point question ici delà couleur qui constitue une des splendeurs de ce chef-d’œuvre.

Mais la classification en dessinateurs et coloristes tend à disparaître de plus en plus, et il nous a paru intéressant d’étudier au point de vue de son dessin si savant et de combinaisons si profondes, ce peintre considéré à bon droit comme l’un des plus grands coloristes.

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