EN ROUTE
Que c’est chose charmante de voyager ! Assis à la portière du wagon, on voit se dérouler un panorama mouvant dont les sites se succèdent et se transforment insensiblement. Puis vient un tunnel, vous plongez dans la nuit, et après quelques minutes de vie souterraine, au milieu du fracas le plus épouvantable, vous ressortez à la lumière et vous vous trouvez dans un pays complètement transformé. Vous voyiez des plaines, voici des montagnes, vous admiriez les moissons, vous êtes dans des bois; puis les temps d’arrêt, quelques pas sur le quai pour se dégourdir les jambes; puis les villes inconnues dont le nom n’était encore pour vous qu'une expression géographique, qui brusquement se présentent à vos yeux dans leur réalité et dont les flèches, les tours et les dômes apparaissent et disparaissent dans le temps d’un éclair. Mais rassurez-vous, ce n’est pas ainsi que je veux vous faire étudier l’architecture.
Si nous ramenons notre attention à l’intérieur de cette boîte roulante que nous habitons momentanément, que de scènes amusantes ! Voici le soleil qui baisse vers l’horizon, les conversations s'éteignent peu à peu dans le wagon, .quelques voyageurs s’endorment ; les têtes se renversent dans les coins, ou roulent de droite et de gauche sur la paroi du compartiment, quand leurs propriétaires ont des places de milieu. Tant pis alors pour le voisin dont l’épaule pourrait bien passer à l’état d’oreiller. C’est à charge de revanche du reste. Chacun s’arrange pour passer tant bien que mal la nuit qui s’apprête. Amusons-nous quelques instants à ces détails et dormons à notre tour. La vie de voyage est très fatigante. On ne trouve souvent un lit que fort tard, on le quitte avant le jcrur, et, pour trouver les motifs que l’on veut dessiner, il faut encore faire de nombreuses courses à pied. Profitons donc de tous les moments de repos que nous pouvons avoir à notre disposition.