LES PIERRES DEBOUT
Voulant étudier les monuments de la France, on ne peut négliger de parler de ces étranges pierres qui, par groupes ou isolément, se voient dans nombre de départements, et dont le Morbihan offre de si nombreux échantillons. On a longtemps appelé ces monuments, monuments druidiques; mais il est constant aujour-
d’hui que, si les druides s’en sont servis, ils ne les ont pas élevés, etque ces constructions remontent à la période préhistorique. Ces pierres sont de deux sortes : on distingue les menhirs, consistant simplement en une pierre dressée et plantée en terre; et les dolmens, composés de pierres debout à côté les unes des autres, sur
deux rangs et supportant d’autres pierres plates formant plafond (fîg. 176). Les menhirs sont souvent isolés; d’autres fois, on les trouve rassemblés en nombre plus ou moins grand, comme dans les environs d’Auray, en Bretagne, par exemple la prodigieuse agglomération de Karnac (fîg. 177). Quelquefois, ils sont placés circulairement et entourent un dolmen. Les dolmens sont souvent recouverts de terre; ils prennent alors le nom de tumuli ou tombelles (fîg. 178). Il n’est pas besoin d’insister sur l’aspect grandiose et fantastique que ces mégalithes (de deux mots grecs signifiant grandes pierres) donnent à un paysage.
Quant à s'en servir comme de point de départ pour des scènes de l’époque
qui les vit élever, ou du moins où l’on s’en servait, l’imagination doit jouer le plus grand rôle dans des compositions de ce genre. On manque de documents et l’on est réduit aux conjectures. Néanmoins, comme il n’est point de limites au champ de l’art, vous pouvez entrer dans la lice, apporter une pierre à l’édifice de la science préhistorique, et vous prononcer sur la question de savoir si ces pierres sont des tombeaux, des autels ou autre chose. Vous pouvez tout d’abord constater l’analogie que présentent ces constructions primitives avec les pyramides d’Egypte et avec les monuments pélasgiques de la Grèce. Voilà trois civilisations qui offrent à leurs débuts d’étonnants monuments qui montrent que les peuples qui les ont construits, très malhabiles à tailler la pierre, savaient fort bien s’outiller pour remuer des masses énormes et les mettre en œuvre.