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Le dessous du panier

En mil huit cent quarante quatre, au mois de mars, si ma mémoire est fidèle, et par une pluie diluvienne, quelques-uns de mes amis et moi nous menions en terre un des nôtres qui venait de mourir à l'hôpital Saint-Louis. Lorsque le modeste corbillard fut entré dans le cimetière, deux fossoyeurs, venus àVappel du coup de sifflet du gardien en chef, partirent en avant pour creuser le trou. Quand nous arrivâmes au lieu destiné à l'inhumation, les gens de la mort avaient déjà fait leur besogne, rendue facile par la pluie qui avait détrempé la terre.

La bière tirée hors du corbillard, fut descendue

à l'aide de cordes au fond de la fosse comblée en moins de deux minutes.

— Pauvre diable ! dit l'un des fossoyeurs avec un accent de pitié brutale, il n'aura pas chaud là-dessous.

— Et nous non plus, répliqua son camarade en frissonnant sous une rafale. Il fait bon à aller prendre un petit verre de flanelle tout de même. Et tous deux, ayant chargé leurs outils sur leur épaule, s'approchèrent de celui qui semblait mener le deuil pour lui réclamer leur pourboire.

L'ami fouilla dans sa poche, où il sentit sa main griffée par le diable qui y était logé, et promena sur les autres assistants un regard quêteur, auquel chacun d'eux dut répondre par un coup d'œil et un geste négatifs.

— Mon brave homme, dit au fossoyeur l'ami auquel celui-ci s'était adressé, il ne nous reste plus de monnaie.

— Suffit! répliqua L'homme, devinant sans doute qu'il n'avait pas affaire à des héritiers. — Ce sera pour la prochaine fois.

Cette réponse d'un comique lugubre donna le frisson à tous ceux qui l'entendirent ; car elle devenait presque une prophétie dans cette circonstance, et une pâle terreur monta sur tous les visages,

lorsque le second fossoyeur ajouta tranquillement :

— En effet, ces messieurs, c'est des pratiques. Je les reconnais.

Ils nous avaient reconnus — ce n'était pas étonnant, car depuis six semaines c'était la troisième fois que nous venions conduire là un de ceux qu'on ne ramène pas.

On comprendra donc l'effet que dut produire cette phrase : « Ce sera pour la prochaine fois, » sur des gens qui sentaient que la mort était sur eux, et qui se demandaient déjà, en se regardant les uns les autres et en comptant les vides : A qui le tour maintenant ?

Comme les fossoyeurs venaient de s'éloigner, arriva en courant un de nos amis qui nous avait quittés à la porte du cimetière pour prendre dans un magasin d'objets funèbres la croix de bois qui devait provisoirement indiquer la place où reposait le défunt. L'inscription, encore fraîche et abrégée par une économie qui forçait à compter avec les regrets, portait seulement le nom et la profession du mort. On y lisait en lettres blanches sur un fond noir :

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