Inst. chr., III, 22. 3 et III, 24. 3: éd
SEE faut pas chercher ailleurs que dans la volonté mystérieuse de Dieu la cause de la réprobation (1).
Du reste les réprouvés ne sont pas condamnés gratuitement, çar, outre qu'ils sont prédestinés à justifier par leurs péchés la sentence qui les frappe de réprobation, cette sentence, si indépendante qu’elle soit des démérites qui en sont la conséquence, est pourtant juste et sainte ; mais notre intelligence trop faible pour pénétrer dans les profondeurs mystérieuses de cette justice absolue, dont celle que nous connaissons n’est qu’un pâle refiet, doit attendre patiemment qu’elle soit rendue capable d'en supporter l'éclat trop puissant pour ses faibles moyens d’investigation (2). Calvin voyait un « hideux sacrilège » dans la thèse d’après laquelle les hommes périraient par suite d’une décision arbitraire de Dieu, sans qu’ils fussent
4. « Si nous ne pouvons donc assigner autre raison pourquoi c’est que Dieu accepte ses élus, sinon parce qu’il lui plait, nous n’aurons aussi nulle raison pourquoi il rejette les autres, sinon sa volonté. Car quand il est dit que Dieu endurcit ou fait miséricorde selon son plaisir, c’est pour nous admonester de ne chercher cause aucune, hors de sa volonté. » Znst. chr., III, 22. 11; éd. 1539, 8. 12.
2, Premier catéchisme de Calvin, pwagraphe de l'élection éternelle : « Or, pourquoi le Seigneur use de sa miséricorde envers les uns et exerce la rigueur de son jugement envers les autres, ilnous en faut lasser la raison être connue de lui seul, laquelle il nous a voulu à tous être célée et non sans très bonne cause. Car ni la rudesse de notre esprit ne pourrait pas porter une si grande clarté, ni notre petitesse ne pourrait pas comprendre une si grande Ssapience... Seulement ayons cela résolu en nous, que cette dispensation du Seigneur, combien qu’elle nous soit cachée, ce néanmoins elle est
sainte et juste > Opp. Calw. vol. XXII, p.45. « La Justice de Dieu
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véritablement coupables (1). Voici d’ailleurs comment il a lui-même résumé son enseignement sur la prédestination : « Nous dicons donc, comme lEcriture le montre
évidemment, que Dieu a une fois décrété par son conseil éternel et immuable lesquels il voulait prendre à salut et lesquels il voulait dévouer à perdition. Nous disons que ce conseil, quant aux élus, est fondé en sa miséricorde sans aucun regard de dignité humaine. Au contraire, que l'entrée de vie est forclose à tous ceux qu’il veut livrer en damnation : et que cela se fait parson jugement occulte et incompréhensible, combien qu’il soit juste et équitable » (2).
Telle est, exposée dans ses grandes lignes, la doctrine de la prédestination, doctrine devant laquelle la foi la plus ferme est saisie d’une crainte invincible, mais dont elle ne peut se passer si elle veut être conséquente avec elle-même, et ne rien enlever à Dicu de la gloire qui lui est due. Calvin, comme avant lui Luther, et comme plus tard Pascal, a connu cette terreur à laquelle aucun homme de cœur ne peut se soustraire, et l’a laissé devi-
est plus haute et excellente que de devoir être réduite à la mesure humaine. ou être comprise en la petitesse de l’entendement des hommes » Znst. chr., III, 23. 4.
1. « Neque id inter nos disputatur, occultone Dei judicio, citra propriam culpam, pereant homines (quod non modo falsum esse concedimus, sed tanquam fædum sacrilegium detestamur) sed an impii, qui voluntarie peccando iram Dei in se provocant, jam olim justa quidem, sed incognila de causa, divinitus reprobati luerint ». De œt. Dei predæst, Opp. Calv. vol. VIII, p. 342.