‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 28 sur 69 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

JACQUELINE, LICIEXNE; un moment, LA BONNE

LUCIENNE. — Sérieusement, cette toilette me va ? Le dos est bien aussi ?

JACQUELINE. — Ali! il y a un petit pli, là.

Donnez-moi une épingle.

LUCIENNE. — • Tenez!

JACQUELINE. — Là î il u'j paraît plus. Lu-

JAC(iDELINÈ. — Il y a un p^tit pli, la.

cienne, je suis enchantée d'être seule avec vous un instant. Voici une lettre que j'ai trouvée là-haut , dans le couloir, près de votre chambre... Cachez-la vite!

LUCIENNE. — Mais... cette lettre m'est adressée ?

JACQUELINE. — Oui . . J'ai été bien heureuse qu'elle ne tombât pas en d'autres mains.

LUCIENNE, après avoir lu. — Je ne comprends rien à cette lettre! Rien du tout...

îît c'est signé... André. Je ne connais pas!

C'est une erreur ou une plaisanterie. Tenez!

Elle lui rend la lettre.

JACQUELINE. — Je m'étaîs trompée. Excusez-moi, je vous en prie.

Elle plie en deux le papier et va le remettre dans sa bourse.

LUCiBN^'E, violemment. — Donnez-moi ça î

JACQUELINE. — Avec plaisir. Mais, Lucienne, je ne comprends ni votre méfiance, ni votre colère. Vous ai-je posé la moindre question ?

LUCIENNE. — Ah! vous pouvcz être bonne princesse, à présent!... Vous n',avez qu'à ouvrir la bouche pour me perdre. Allez-y si le cœur vous en dit!

JACQUELINE. — Vous avez de moi une triste opinion.

LUCIENNE — Voulez-vous tout savoir?

Vo'Uiez-vous savoir do qui est la lettre? Ohî vous ^^ous arrangeriez pour l'apprendre!

JACQUELINE, se (léfendunt. — Mais...

LUCIENNE, — Eh bien! elle est du capitaine Royère î

jacquelint:. — Du capitaine Royère! Un homme marié !

LUCIENNE. — Oui, un homme marié. Vous voyez quelle catastrophe un mot de vous peut causer.

ja<^quelint:. — Je ne demandais aucun aveu. J'aurais gardé le silence.

LUCIENNE. — Bah! un jour, en causant avec .Armand, vous laisserez échapper une parole et...

jAcoi'ELiN^. — Ah î ma pauvre Lucienne,, Armand est la dernière personne...

LUciENTsi;:. — Pourquoi ?

JACQUELINE, mélancolique. — Parce que!

LUCIENNE. — Alors, vrai, vous ne me trahirez pas ? Vous me jurez que je peux êtretranquille ?

JACQUELINE, — Mais, Lucienne!...

LUciENNTi. — Eli bien, je viens de passer par une petite émotion pas ordinaire! J'en suis toute tremblante.

JACQUELINE, — Reuiettez-vous !.. . Voyons, ne pleurez pas!

LUCiEN'NE, qui pleure. — J'ai eu si peur t

JACQUELINE. — Ne pleurcz pas! Je vou»

en supplie! On pourrait entrer... Lucienne^, si on entrait...

LUCIENNE. — Oui, oui... VOUS avez raison! C'est fiui.

Elle s'essuie les yeux.

JACQUELINE. — Vous me peine, ma petite Lucienne.

faites de Ift

Elle l'embrasse.

liUciENXE. — Vous êtes vraiment très gentille pour moi, Jacqueline.

jACQrELiNE, — Puisque vous avez du chagrin, voulez- vous qu'à présent, nous soyons sœurs pour tout de bon?

LUCIENNE. — Mais oui,., avec plaisir!

jACQUEi^iNE. — Alors écoutez, Lucienne.

Encore une fois, je no veux provoquer de votre part aucun© confidence. Et je veux encore moins faire c de la morale ». Je sais par expérience toute F horreur des grandes phrases. Seulement, ma pauvre petite, votre (situation me pai-aît si douloureuse, si incompréhensible! Ne puis-je vous aider à sortir de là?

LUciKNNE. — Merci, Jacqueline... Vous vt>/ez, je suis tout à fait calme, à présent. J'avais sottement égaré ce billet... Par Ixjuheur, vous l'avez retrouvé : tout est bien.

.JACQUELINE. — Un mot encore ! Je crains f at que vous ne soyez une victime, une ^ pe... Dans quelques semaines vous épousoi.-A le lieutejiant Boissy et je vois que vous écliangez avec un autre of licier des lettres d'amour. Lucienne, vous mariez-vous contre votre gré ?

LUCIENNE, bas. — Non.

JACQUELINE. — ■ Eli effet, je ne le peîif^e pas. {JSn temps.) Alors, c'est .le capitaine Royore qui vous poursuit?... Voulez-vous que j'intervienne, que je le rappelle à son devoir de galant homme?

LUCIENNE. — Non ! non ! je vous en supplie ! Vous m'avez juré!... Jamais une allusion î...

JACQUELINE. — Vous l'aimcz donc? (T/n silence qui est un aveu.) Je ne comprends plus... Vous aimez M. Royèie?

LUCIENNE. — Oui... je l'aime de tout mon cœur., je l'aime à tous les instants. Depuis un an,, je n'ai vécu que pour mon amour.

JACQUELINE. — Maïs VOUS êtcs si surveillée , quand avez-vcms pu vous rencontrer ?

LUCIENNE. — Très rarement... A quelques soirées, cet hiver... à un dînei* chez le général, et, de temps en temps, à la promenade, sans nous parler... Tous les jours nous nous écrivons poste restante. Mais j'ai passé des semaines sans le voir... si vous saviez comme j'ai pleuré souvent!

JACQUELINE. — Et VOUS épousez l'autre?

LUCIENNE, la regardant en face pour la première fois. — J'étais trop malheureuse ici. Ne jamais le voir! (Un silence.) Je ne peux plus! (Un long silence.) C'est très mal, n'est-ce pas?

^ JACQUELINE, — Vous savez, dans les

familles, on n'apprécie pas ^eaucoup ce genre-là. Je ne. crois pas que vos parents sauteraient de joie à la nouvelle, ni votre fiancé. Au fait, pourquoi avez-vous choisi le lieutenant Boissy pour ce triste honneur ?

LUCIENNE. — C'est le seul officier protestant.

JACQUELIN'E. — 11 OU a UUC VcluO !

LUCIENNE. — -Et puis... VOUS oompreuez, ils sont dans le même régiment... Alors, quand le régiment quittera la viDe, André et moi nous ne serons pas -réparés.

JACQUELINE. — Parfaitement. Et si vous vous faites prendre tous les deux?

LUCIENNE. — André donnera sa démission et nous irons vivre ensemble à l'étranger .

JACQUELINE. — Tout cst prévu ! Et dire

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