LUCIENNE
Vous ME JUREZ OUE JE PEUX ÊTRE TRANQUILLE ?
que VOUS, vous serez peut-être très heureuse !
Un silence.
LuciENNTî. — Vous devez me jviger sévèrement...
JACQUELINE. — Moi!... Oh! je ne vous juge pas du tout! Tl me semble qu'à votre place j'agirais autrement; mais depuis quelque temps, toutes mes notions sont si bouleversées!... Je vous plains seulement, # car, malgré votre prévoyance, cette petite histoire pourrait vous causer quelques dé-
oeptions... Oui, je vous plairiis beaucoup, Lucienne... Comment! vous qui avez des parents pour veiller sur votre conduite, vous qui êtes si défendue contre les tentations, avez- vous pu vous embarquer dans cette aventure.
LUCIENNE. — André m'a fait la cour. On vous s. bien fait la cour?
JACQUELINE. — Mon Dieu, oui !
LUCIENNE. — Et puis, tenez, ce n'est pas vrai, il ne m'a même pas fait la cour! Vous connaissez sa femme?
JACQUELINE. — Une grande blonde...
LUCIENNE. — Qui a toujours l'air de
corps... Lui, il gardait son visage impassible, et tout le temps que j'entendais sa voix, j'étais sans forces. Un jour, au gardenparty des Williamson, nous venions de valser sous une grande tonnelle, il m'a dit :
(( Si nous faisions un tour dans les allées? » Je l'ai regardé sans répondre et nous sommes partis côte à côte vers le fond du parc...
Elle se tait. La bonne est entrée portant un plateau. Un silence pendant lequel la bonne met une nappe sur la table et dispose les cou^ verts.
LUCIENNE. — Vous avez été amoureuse, n'est-ce pas ?
marcher dans un rêve... Elle passe pour très belle. Quand elle entrait dans un bal au bras de son mari, tout le monde muraïurait : (( Quel beau couple ! » Chaque fois, mon cœur se serrait! André dansait avec moi assez souvent. H danse très bien...
Tout le temps il me parlait presque bas...
Oh! il ne disait rien de mal... Il me faisait de petits compliments comme on en fait, ou il me racontait des choses insignifiantes, mais d'une voix si tendre, si enveloppante... c'était comme une caresse. Alors, je me laissais aller dans ses bras, contre son
JACQUELINE, quand la bonne est sortie. ~ Vous êtes partis vers le fond du jardin...
LUCIENNE. — Oh! mais vous me faites tout raconter !
JACQUELINE. — Pas du tout ! C'est vous qui disiez : (c Nous sommes partis ensemble... »
LUCIENNE. — Oui... Nous n'avous pas échangé une seule parole, mais quand nous avons été isolés, hors de vue, seuls tous les deux, je me suis sentie tout à coup trembler... Il m'a pris le bras... oh! très doucement... Cette main, à travers la mousseline, c'était si bon!...
:r'f^ep^:Vj:^^:^^y:<t,^.-^^ . ^,, ,,,..,„, ^,,,,.
Jacqueline, — Qui je suis?...
Je vais vous le dire.
JACQUELINE. — Si bon, vraiment?
LUCIENNE. — Vous avez été amoureuise, n'est-ce pajs?
jAGQUïîLiNE. — Non!... Si! De mon mari.
Ce n'mt p^as k, même chose! Alors?...
LuejENNE. — Plus rien n'existait que cette main sur mon bras... Elle me frôlait à peinte ot pourtant elle m'attirait vers lui, invinciblement... J'ai encore pu faire deux ou trois pa^s et je suis tombée contre sa poitrin^e et... et...
JACQUELINE. — Et VOUS VOUS êtes embrassés. . . longuement, délicieusement ■ . . . Je vois ça d'ici! Des arbres de toué» les côtés et le soir qui venait pendant vo e baiser...
Et puis, cette saveur inconnue... cette douceur inconnue...
LUciE>îNE. — Taisez-vous ! On a ouvert une porte.