‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 38 sur 69 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

JACQUELINE, RAYMONDE

RAYMONDE. — il est l'arieux de me voir ici, ton beau-père !

JACQUELINE. — Mais non!

RAYMONDE. — Mais sil 11 m'a fait un accueil...

JACQUELINE. — C'est son genre.

RAYMONDE. — Allons douci... Il ne m'«; mèuie pas adressé la parole... Et cette figure! As-tu vu cette figurer...

JACQUELINE. — Ec'outc, ma petite maman chérie, ce n'est pas pour M. Rousseau que tu \ iens à Clierbourg, n'est-ce pas? Alors, ne t'occupe que de ta ijlle et ne lui gâte pa.s sa joie... Uiie "vraie joie, tu sais!... Une minute coinmo je n'en ai pas connu depuis des temp.s et des temps î

RAYMONDE. - Vi'ai. ma chérie, ma visite te fait plaisij'r

jACQrELiNî:, qii.'t est m-sisc sur les genovj. de lin.yinffnilr et V «iuhrossr, — Oh 1 manmn, lU me le deninndes!... Quand je t"ai aperçue >lans i^inticliambre, jolie, droite, isouriante. c]ii( , jeune, c'a été une impression... tu ne t'imagine:v pas... comme si... jc^ ne peux pas t'explique]"... Maman!... ma maman... ma ]K^t!te maîîtnn... Tu comprends, ma vie n'est pas tr-es, tré^ fo^lichonne ici...

HAY.MONDio. — Pauvrc Jack chérie... Regarde-moi î Tu as toujours ton beau regard doux... Mon enfant... Ma pauvre enfant chérie...

JACorEriM*:. — Voyons!... Il ne faut ])as nous attendj-ir! Raconte-moi, à présent, par quel iiasard... Mais, tu es très mal! {Menant Itaymande au ca'najx''.) Viens nous asseoir ici... tout près l'une de l'autre... tout près! tout près... làî... Hum 1' que tu sens bon!... On t'embrasserait rien que pour ton parfum! Huin!...

RAYMONDE. — • Mais, iiion mignon, c'est toujours mon même mélange l Tu ne le reconnais pas? Je croyais que tu t'en servais.

JACQUELINE, miiiaudaut. — Oh! madame, pas de parfum ici! C'est très mal vu de se parfumer ! Pas comme il faut du tout î Et maintenant, explique-moi quelle idée t'a prise, d'où tu sors... enfin, tout!

RAYMONDE. — • Eli bien, je sors du yacht de Fred Le Meillan. Nous faisons une croisière de six semaines.

JACQUELINE:. — Vous OU avez une chance !

RAYMONDE. — ■ Tu aimes les voyages eit mer?

^^^i^^'^mjÇ'^i^^

JACQUELINE. — Oui... je crods... , La cérémonie est très curieuse .. Tu sais, je

RAYMONDE. — Qu'est-ce qui t'empêclie l'ai toujours soupçonné d'un petit quelque

de faire un petit tour de t-emp*^ en -"chose pour toi, Fred !

temps? Quand on habite Cherbourg, fran- Jacqueline. — Quelle idée ! Parce que son

chement... bateau.,.

jACQUEi-iNE. — Oh! ce ne serait pas pa- raymonue. -^ Il ne t'a jamais dit nu

reilî Mais depui-s quand Fred a-t-il un yaclit:-' mot... dans le temps... pas un seul mot?

JACQUELÎKE.

L'AN h JE t"aI APKP.rUE...

RAYMONi>f:. — Depuis l'année dernière. Il fa acheté à un Américain, un prix fou!...

Au faitj tu es sa marraine au bateau! Nous F avons appelé Jack. *

JACQUELINE, -r- Pas possible !

RAYMONDE — Je ne te l'ai pas écrit ? Ah !

non, j'ai jugé plus prudent... C'est Fred qui a voulu à toute force rebaptiser son yacht.

JACQUELINE. — Mais non!

iLW^io.NDE — Quand il parle de toi, sa voix devient toute drôle... Je ne m'y troanpe pas. va! Je pane qu'il t'aurait épou,sée, ce garçon.

JACQUELINE. — Grand merci!... Mais ce voya..5e ? Tu ne me racontes rien !

RAYMONDE. — Le voyage... Nous sommets

partis de Bordeaux le... le... je ne me souviens plus du jour...

JACQUELINE. — Tu u'ôs pa6 été malade?

RAYMONDE. — Non, uii temps idéal!..

Nous allons à Anvers en suivant la côte et en nous arrêtant dans les principaux ports, pour faire du charbc^n et prendre les lettres

RAYMONDE

Il y a aussi Raoul Gertier..

et les • journaux. Tu penses que nous n'avons eu garde d'oublier Cherbourg!

JACQUELINE. — Combien êtes-vous? Qui est à bord.P

RAYMONDE. — Notre petite bande... Fred, et &on oncle, naturellement... Ils passent leurs journées à jouer à Técai-té.

JACQUELINE. — ■ Naturellement.

RAYMONDE. — La princesse...

JACQUELINE. — Ail! cette bravo princesse !

RAYMONDE, Stupéfaite. — Tu ne pouvais pas la souffrir !

JACQUELINE. — Je ue t'ai jamais dit cela.

Je la trouvais très amusante, très cocasse... Mais Emma?

RAYMONDE. — Bien entendu, la princesse ne s'est pas séparée d'Emma. Emma nous accompagne. La mer lui réussit, à cette petite... Elle a péché un amoureux... Fred...

JACQUELINE. — Comment?

RAYMONDE. — Oh ! lui n'y attache aucune importance. . .

JACQUELINE. — Eumia a un amoureux! Tiens! C'est tous les passagers?

RAY'MONDE. — Nou ! nou ! il y a aussi Raoul Certier.'.

JACQUELINE. RaOUl ?

RAYMONDE. — Certler. Tu le connais, n'estce pas?... Mais si !... 11 est venu une fois, de ton temps, jouer au tennis... L^n grand gar« çon blond, avec des yeux gris magnifiques...

JACQUELINE. — Peut-être bien, mais...

iiAY.MONDE. — Ses amis rappellent le beau Raoul... Il chante... Il a une voix de baryton. Le soir, sur l'eau, c'est très beau... Je suis stupéfaite que tu ne te souviennes pas de lui! De grandes moustaches blondes...

JACQUEJiiNE. — Je ne l'aurai pas remarqué,

RAYMONDE. — On le remarque, quand on le voit !

. JACQUELINE. — Eu somme... un... deux...

trois... Vous êtas six à boi'd...

RAY^MONDE, — Sept... Je t'en ai gardé un pour la fin... Devine qui?

JACQUELINE. — Cvril !

RAYMONDE. — • Oui, Cvril.

jACQiTELiNE. — Mon vicux Cyril! Et je ne le verrai pas?

RAYMONDE. — Si, mou cliou, tu le verras.

Il sera ici dans une heure.

JACQUELINE. - Ah! ça, par exemple, c'est gentil ! Je te jure que ce matin, à mon réveil, en songeant à cette journée; je ne la prévoyais pas si bonne!... Alors, raconte-moi... mon vieux Cyril... pourquoi n'est-il pas venu avec toi ?

RAYMONDE. — Il s'cst montré exquis, comme toujours. Je voulais l'emmener, il m'a dit : ce Non, arrivez la première. Une maman et sa fille ont toujours des cônlidences à se faire. Et comme vous ne passerez 'que deux ou trois heures ensemble... »

JACQUELINE. — Tu plaisautcs ! Je te garde quelques jours.

RAYMONDE. — luipossible ! Nous levons l'ancre ce soir.

JACQUELINE. — Taratata ! C'est toi qui commandes l'expédition, n'est-ce pas ? Eh bien! vous resterez jusqu'à après-demain.

{Bêtifiant.) D'abord, je te tiens, et je ne te lâche pas! Je ne te lâche pas!... (Appuyant sa iêfe sur V épaule de Itaymonde.) Comme je vais être seule, de nouveau, quand vous allez être partis !

RAYMONDE. — Es-tu douc iiialheureuse ?

JACQUELINE. — Ras du tout ! Ai-je l'air d'une femme malheureuse?

■^tr^-^

RAYMONDE. — C'e.st gentil, chez toi.

JACQUELINE. — N'est-CG pas ? Somptueux!... Tu vas visiter la maison tout à l'heure... Tu verras nos vastes appartements... Versailles n'est rien!

RAYMONDE, — Pourquoi . n'habitez-vous plus chez les Rousseau? Je n'ai pas compris grand' chohe à tes explications.

JACQUELINE. — Pour uu tas de raisons.

RAYMONDE. Pas graVCS ?

JACQUELINE. — - Mais non! La preuve, c'est que nous allons peut-être y retourner dans quelques jours.

RAYMONDE — Un uouvGau déménagement!

Eh bien ! vous menez une vie tourmentée.

JACQUELINE. — Je te dis! On ne s'ennuie pas un instant! Maman, veux-tu me faire un plaisir?.,. Lève-toi.

RAYMOî^DE, se Uve — Pourquoi?

JACQUELINE, — Promène-toi !

RAYMONDE. — Comment?

JACQUELINE. — Là, de haut en bas! Que je m'offre un peu la vue d'une femme élégante et qui sache marcher et «e coiffer et porter une toilette... A Cherboui-g, nous manquons plutôt de ces occasionvs-là. Ta robe est d'un joh!

RAïMONDE. — Elle te plaît? Je lai emportée en pensant à toi. De tout le voyage, elle ne me servira que pour cette visite.

jacquelintï;. — Et quelle mine! Tu es belle et fraîche comme le bonheur.

RAYMONDE. — Tu trouvcs?... Oui, je me porte bien, en ce moment. Notre grand jardin, c'est la santé pour moi.

.JACQUELINE. — Oh î uotrc jardin! Moi qui ne t'en parlais pas! Comment va-t-il, notrejardin?... Et la maison?

RAYMONDE. — Rien n'a changé.

JACQUELINE. — Ni les choses, ni les gens?

Joseph?...

RAYMONDE. — Je l'ai fichu à la porte! Il vendait mon vin.

JACQUELINE. — Ohî... Tu ne me l'avais pas écrit !

RAYMONDE. — J'ai oublié... Paoul l'a pincé chez un petit restaurateur des environs...

Raoul Certier... A bord, nous nous appelons tous par nos petits noms. Crois-tu, ce voleur !

JACQUELINE. — Je n'en reviens pas! Joseph, qui avait une si brave figure...

RAYMONDE. — Il l'a toujours. D'abord, c'était un très mauvais maître d'hôtel. Le nouveau a une tête d'assassin et je suis admirablement servie.

JACQUELIN-E. — Et mou petit âne?

RAYMONDE. — Piguouf !... Il a pris un ca-

ractère détestable... il rue, il mord... Je crois qu'il souffre de l'estomac,

JACQUELiNiB. — C'est sûr 1 Le pauvre petit !

RAYMONDE. — Enfin, je le garde pour que tu le retrouves quand tu viendras passer huit jours.

JACQUELINE

Hélas! ce n'est pas Tenvie qui m'en manque. . .

Tiens! parlons d'autre chose !. .

Toutes ces vieilles histoires^ . .

Mais oui, maman, ne me regarde pas avec ces yeux terrifiés. . j'ai bien le droit d'être un peu émue ! Notre maison, ça représente tant de souvenir^... tous mes bons souvenirs.

Alors, quand je pense que plus jamais... Tiens! si tu étais une petite mère gentille,

tu ferais photographier pour moi le jardin et la maison en grand.

RAYMONDE. — Je te le promets, tous les com^ que tu aimais..

RAYMONDE, — • Elle te PL \ IT ?

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