‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 49 sur 69 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, LE COMTE DE MORICE

* MORICE. — Messieurs, je vous salue.. ► {Poignée de mains.) Le nommé Clar 'se trouve-t-il dans ces murs?

SALLAZ. — Non. Nous l'attendons..

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Israël

uori<:e. — Parfait! Je l'attendrai donc en votre noble compagnie.

SALLAz. — Vous savez, vous, pourquoi Clar nous a convoqués?..,

MOKicE. — Point. Hier, il m'a télégraphié d'Amiens.,, Il me donnait ce rendezvous sans autre explication. Mais toi, Gigi, son Pylade?

GILBERT. — Mon petit vieux, je n'ai pas vu Thibault depuis quinze jours. Il a fait cette tournée de conférences... je devais l'accompagner et, crac, au dernier moment, pas mèche !

MomcE. — Moi, je parierais qu'il s'agit de Gutlieb!

GILBERT. — Sûr!.., Je paye trois!,.. J'ai pensé à Gutlieb tout de suite !

SALLAZ. — Bah! il serait un peu tard...

Voilà plus d'une semaine que l'article de La Libre Parole a paru. C'est une affaire classée.

GILBERT, — Classée!.. Les journaux en débordent î...

SALLAz — ■ D'ailleurs, .rii ne peut rien encore contre Gutlieb!

GILBERT. — Par exemple !

SALLAZ. — Rien du tout! . Clar, à mon avis, veut nous entretenir du mariage Ve.rmandois.

MOiiiCE — Autre belle' histoire ! Un Roger de Vermandois qui épouse une demoi- «erre Isaac! Ah! nous allons d'un joli tram! .. Enfin!. . (U se laisse tomber sur Ce divan et s'étend.) .Ouf!

GiLBKRT, — Tu as ta claque aussi, monsieur de Morice!

MORICE — Ma grande claque!

GILBERT. — Tu t'en donnais du mouvement à Versailles! Et quel raffut!...

MORICE. — Ah! j'ai hurlé!

GILBERT. — C'est une justice à te rendre! Tu possèdes un de ces coups de trompette !

Tu dominerais l'Océan!

MORICE. — Je le crois. Qrand je crie :

a A bas les juifs! » je me sens imbattable!...

GILBERT. — Ils ont pris quelque chose, tantôt...

MORICE. — Je t'écoute ! Je les conspuais encore en allant à la gare!... Tout à coup, je me trouve nez à nez, c'est le cas de le dire, avec un petit youpin qui s'occupe de mes affaires de Bourse...

GILBERT. — Naturellement!

MORICE. — Tant que nous ne les aurons pas chassés, le plus pratique est de s'en servir!,.. Celui-là s'appelle tout bonnement Jacob Lévy,,. Il se promenait, les mains dans ses poches.,. Il me dit, fïegmatique-

ment : a Curieux spectacle!' ») tJn peu surpris tout de mêrne, je réponds : <t Ça voufi amuse.? — Ça m'intéresse. — Et pas la moindre peur? — Bah! fait Jacob, noue en avons tant vu depuis deux mille ans ! a

SALLAZ. — Il est dans le vrai, votre juif!... Toutes ces clameurs tourneront, une fois de plus, en chansons!

GILBERT, — Sallaz, c'est idiot! Tu ne te

MORICE. — Messieurs, je \ous salue..,

plais qu'à noue découraper !." . Ta fais de la mauvaise besogne, mon cher !

SALLAZ — Mon pauvre Gigi, ^e constate*,.

Je constate, avec cîésespoii". De temps à' autre, nous assistons à un feu de paille de l'antisémitisme. . .

GILBERT — Cette fois, la flamme ne s'éteindra pas!

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Israël

SALLAZ, ironique. — Parce que Thibault soufflera dessus?

GILBERT. — Tout juste! Parce que Thibault noue mène à la bataille!... Un chef nous est venu ! Enfin 1 (A Morice, et dési-

GILBERT. — Député!... Montrez-moi;, dans votre Chambre, un Thibault de Clar!

SALLAZ. — Tu exagères! Des hommes comme Ribot, comme Mun, comme Denys Coohin...

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