‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 54 sur 69 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, moins GllEGENOY, plus GUTLIEB

Grutlieb. qui vient de la porte de gauche et qui va vers la porte-tambour, marche à petits pas pressés. Il détourne les v^nx et, en manière de salut, touche son chapeau. Lorsque Gutlieb a traversé la moitié de la scène, Thibault fait un pas, se place devant lui, et prononce:

THIBAULT. — S'il vous plaît, monsieur!

GUTLIEB, qui a tressailli et qui s^est ar* rêté. — Monsieur...

THIBAULT. — Je suis le prince de Clar.

GUTLIEB, dont la voix tremble. — Je le sais... je veux dire que je vous reconnais, prince... Enfin, je vous connais de vue...

; THIBAULT. — Monsieur, c^etst un devoir Impérieux, imprévu, qui me force, aujourd'hui, de vous adresser la parole pour La prenière et pour la dernière fois,

GUTLIEB. — Je suis à vos ordres. Voulezvous que nous entrions...

1 a esquissé un geste vers la porte d© gauche*

THIBAULT, interrompant. — Inutile. Ces messieurs ne me gênent pas. Tout au contraire! (Une courte pause, puis, posémoRty ivettement, lentement :) Monsieur Gutlieb,

nous, s^ommes à la rue -6x>vale un graxid- net»hre. qui nous sentirons outragés dans nos consciences de chrétiens et de Français si votre nom continue à souscrire sur T annuaire du club.

GUTLZEJa. — Mais...

THIBAULT, sur le même toru. -^ Je suis sûr que vous ne vaudrez; pas infliger à mes camarades, à moi-même, un vois,inage int-olérahle et que vous tiendrez à me remettre, sur-le-champ, votre démission. Je l'atteijtds.

GUTLIEB. — Prince... vous ne me desmandez pas sérieusement de...

THIBAULT. — Très sérieusemeut.

GUTLIEB, qui parle bas et fébrilement. — Non! non!... vous n'avez pas réfléchi!...

Prince, c'est inadmissible, c^est insensé, c'est...

THIBAULT. — pourquoi ? n vous est facile de rebrousser chemin, de v^ous rasseoir à la table que vous venez de quitter et d'écrire deux ou trois lignes au président.

GUTLIEB, — Encore une fois, cette prétention est extravagante... Vous ne pouvez pas agir de sang-froid!... Je n'aperçois même pas le motif de pareille conduite...

THIBAULT. - Vous me jugeriez un peu simple si je relatais devant vous Toiïense dont nous voulons justice.

GUTLIEB, même jeu. — En tout cas, prince, j'appartiens au cercle dépuis plus de trente ans et personne n'a le droit...

THIBAULT. — Oh! monsieur, de grâce!...

Je n'ouvrirai pas un débat sur la question!...

GUTLIEB. — Moi non plus, prince, et je...

THIBAULT. — Alors, finissous ! Et, d'abord, regardez-moi en face !

GUTLIEB, qui se redresse à ces mots, mais dont le regard se détourne encore. ^- Enfin, monsieur..,

THIBAULT. — Si, si ! regardez-moi en face! Parlons-nous, les yeux dans les yeux, oomme il convient à deux hommes! {Le regard de Gutlieb obéit et plongera jusqu^à la fin de la schne dnns les yeux de Thibault.) Là!

GUTLIEB, d*un ton ferme. — Prince, considérez mon âge, votre âge, et ne poursuivez pas... Laissez-moi passer!

THIBAULT. — Pas avant que vous m'ayez répondu,

GUTLIBB. — Je ne ferai aucune répoaise.

Je veux passer.

THIBAULT. — Il me faut donc vous indiquer la conséquence de ce refus. Je vous ai dit que votre nom à côté du mien m'était une insulte. Si vous ne démissionnez pas,

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nous réglerons cette affaire sur le terrain.

GUTLiBB. — Je ne me battrai pas avec vous. Laissez-moi passer.

THIBAULT. — Votre patience rend ma tâche particulièrement pénible," mais je n'y faillirai point. Si vous ne démissionnez pas, je vous contraindrai à vous battre.

^ GUTLiEB, d^une voix profonde. — Je vous supplie de me laisser passer.

THIBAULT. — C'est votre dernier mot?

Ceci, j'espère, suffira. (Du bout de sa canne, U jette par terre le chapeau de Gutlieh qui ne fait qu^un viouvement de la

tête en arrière et qui ne bouge pas çLutrefnent. Thibault, après cette provocation, a jeté sa carune sur un meuble et les deuxhommes, immobiles, demeurent en face Vun de Vautre. Un silence.) C'est tout? (Un 51-, lence.) Messieurs, vous êtes témoins...

Par la porte du fond, il pénètre dans les salons du club et ses amis le suivent. Lorsque- Gutlieb est seul, il semble revenir à lui. Il se baisse, ramasse son chapeau, le brosse machinalement et le replace sur la tête. Puis^ pensif, très lentement cette fois, plus voûté encore, écrasé, il se dirige vers la sortie.

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Mauve lit LBe journaux

HCTE DEUXIÈME

A Vhôiel de la duchefise de Croucy. Un salon. A guuche^ dans lin pan coupé, des înarches dont la plus haute est très large et forme palier, conduisant à une vaste porte à deux battants qui, au début de l'acte, est ouverte sur un large couloir orné de tapisseries. Au fond du salon, deux hautes fenêtres laissent voir les cimes des arbres du jardin. A droite, une autre grande porte qui est de plain-pied.

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