AGNES
De nvfn -pARLES-TU ?
AGNÈS, souriant. — Je ne comprends pas, mon chéri...
THIBAULT. — Moi non plus, je ne comprends pas.
AGNÈS. — Que signifie cette question?...
Xe t'ai-je pas expliqué. .
THIBAULT. Non.
AGNÈS, qui proteste. — 'Non?
THIBAULT, doux, ferme. — Non.
AGNÈS. — • Enfin, Thibault..,
THIBAULT. — Ma mère, à la seconde de
•ic:
Israël
franchir ce seuii, je viens de ressentir le ^\ incme coup qu'en arrivaixt. J'ai revu l'inadmissible visiteur, votre inadmissible tête-àtête... Ma stupéfaction^ que vous aviez éloignée, pair quelles paroles, je ne le sais plus^ est rentrée en moi avec violence...
AGNÈS. — Mais, Thibault^ puisque...
THIBAULT. — Mam^an, j'ai la sensation effarante, écrasante, que, depuis une heure, pour la première fois, vous ne me dites pas la vérité î
AGNÈS. Oh!...
THIBAULT. — P-as toute la vérité.
Aim^s. — Thibault!
THIBAULT. — Pas toute la vérité. Vous me cachez quelque chose. Quelque chose de grave.
AGNÈS. — Thibault, tu me surprends.. « Tu me surprends et tu me peines. Je te considérais comme le fils le plus respectueux, le plus...
THIBAULT, — Maman, de mon respect, je vieais de fournir un éclatant témoignage.
Dans cette circonstance essentielle, moi, un hoanme de sévère méthode, de minutieux examen, j^ai accueilli, sans le moindre contrôle mental et simplement parce qu^elles émanaient de vous, des explications.* insuffisantes. . .
AGNÈS, trop sévère. — Mon enfant, je te prie d'en rester là ! Je ne tolère pas ce langage. Encore une fois, tu m'étonnes! Tu m'as accoutumée, Thibault, à plus de déférence!...
THIBAULT, qui la regarde fixement. — Et ^ous m'avez accoutumé à plus de douceur!...
Ma mère, vous m'étonnez aussi!...
AGNÈS. — Tu as r-aisonî... Sams loute, suis- je wx peu... un peu trop... Enfin, je ne possède, |)sas t<m bel empire sur les nerfs!... Voyons, m^c^n chéri, cette petite scène semble ridicule. Finissons î Que me reprochestu?
THIBAULT „ — Je repose ma question :
Comment se peut-il.'^...
AGNÈS. — Comment se peut-il î... Comment se peut-il!... M. Gutlieb m'a rendu cette visite, parce que j'en avais exprimé le désir. Voilà!... Un point, c'est tout!
THIBAULT. — Vous lui faisiez là une extraordinaire, une imprudente confiance!...
AGNÈS. — Pourquoi?... Jean de Grégenoy, d'autres, m^ avaient dépeint, et fort exactement, il me semble, cet âme aigrie, exaspérée, qui rend aux gens du monde haine pour dédain,, mais qui n'est pas celle d'un malhonnête homme.
TttiBAULT. — Et le portrait ne vous dé-
t>o»urBe pas de recourir au modèle?... M*a«i» quel espoir vo-us poussait? ]■■
AGNÈS. — Je voulais obtenir que Crutli^b^ ne t'envoyât p^is ses témoins î
THiBtAULT. — Vous supposiez, alm*s, qijECy^ dans la seule vue d'obliger la mère de soit insulteur, Gutlieh se résignerait à...
AGNJis. — Ne recjommençoûs pas. J'ai stàmis mon inconséquence. '^
THIBAULT. — C'est qu'à la réiiexi«Hi, inconséquence me paraît faible.
AGNÈS. — Ma méprise!.. Ma faute!...
THIBAULT. — Faible encore!... Je vous.
fais juge!...
AGNÈS, après un teinps. — Oui... En effet... J'ai eu comme des heures d'aberratio-n!,.. Je m'en aperçois... (Un temps.) Oui,. oui, de complète -aberration î... (Un temps.) J'ai cédé à une impulsion de folle... (Un temps.) Mon Thibault, ton péril m'avait rendue folle!...
THIBAULT. — Bien. Et le père de Siivian ?
AGNÈS. — Le père... Mais le père... Comment, le père?...
THIBAULT. — Le père aurait subi, en, même temps que vous, le même égarement?
AGNÈS. — Non, Thibault...
THIBAULT. — Pardon, ne vous a-t-il paa secondée dans une action à laquelle vous reconnaissez un caractère de folie?
AGNÈS — Le père de Siivian est un..
homme d'une bonté profonde...
THIBAULT. — D'une bonté profonde, maîs^ d'une modération, d'une clairvoyance, d'une^ prudence...
a(;nès. — Pourtant, je n'invente pas. Le père m'a rendu ce service !
THIBAULT. — Au demeurant, vous choisissiez un étrange ambassadeur î A cet égorgeur de prêtres, dépêcher un ecclésiastique!...
AGNÈS. — Oh! le père venait de vcwu part...
THIT3AULT. — Maîs vous-mêmc, ma mère^ de quel crédit disposiez-vous ?
a^:nès. — De quel crédit?... D'aucun .crédit ! Tu es inouï!... L'événement suffisait, je pense, à... (Une soudaine inspiration.) Et puis, il se trouve que je suis la duchesse de Oroiicy et que, par exception,, j'ai voulu m» servir de ce petit avantage.
THIBAULT. — Je u'q, perçois pas \» Fa*p* port...
AGNÈS. — Mon enfant, tu pourrais comprendre à demi-mot... Il était préstrmablê^ que je rencontrerais un empressement,, des»
facilités que... Enfin, tu (^nnais les eoreîîgionnaires de M. Gutlieb!.^
*I^P^^fif|flf!^filf^S|i^
TMmAVhT. — Aài votts spéculiez sur le sntabisme de...
AQNÈSf. — Un peu... Je le confesse. Tel fut mtm. calcul...
ïHiBABLT, — Prenez garde, ma mère.
Grégeiioy, d'autres encore, vous avaient dit en quelle exécration Gutlieb tient l'caristocratie!...
AGNÈS. -- Oui. mais... (Démontée.) Thi-
II a mené une existence de hauts et de bas... Si Gutlieb,. par hasard, détient quelque document... Mais le sujet est douloureux... Ne me forcez pas d'appuyer 1
AGNÈS. — Encore faut-iî que je saïsîs«%l ;
THIBAULT. — Eh bien... la preuve d'une ancienne dette ou la trace d'une histoire...
d'argent.
AGNÈS, trop rassurée. — Oh! cette fois».
AGNES. ~ Mats tu es un bourreau.
hsLult, tu bouscules si fort ta pauvre maman que des détails lui échappent!... Accorde-moi quelques secondes de répit... Je me ressaisirai, je me souviendrai de toutes...
THiBi^ULT,, la prenant ev pitié. — Obère maman, voulez-vous que je vous aide? Que je vous soumette... une hypotliàse?
AGNES. — Mais...
THIBAULT. — Ecoutez... Certain propcs me hante... Ce juif fut, dans uu temps, le compagnon de mon père : hier soir, Grégenoy a mentionné leurs accointances...
Ne redouteriez-vous pa^s une indiscrétion ?
AGNÈS, effrayée. — Une indiscrétion?
THIBAULT. — Une révélation?... Une marùère do chantage?...
AGNÈS. — Je n'y suis plus!... plus du twti>!...
THiBAUMT. — Mon père a beaucoup joué,.*
tu fais fausse route, tout à fait!... Je veux dire que... que tu t'enfonces dans ton erreur !...
THIBAULT. — Je SUIS convaîncu, pourtant...
AGNÈS. — Je te jure que tu te trompes, Thibault... Thibault, je te fe jure sur le CThristL..
THIBAULT , surjjri^s^ — Ma mère!...
AGNÈS. — Mon seiTtient te scandalise.. ..
Tant pis?,„. Tout, plutôt que ce visage défait, torturé !.,. Mon Thibault, mon petit^ tu es si pâle... tu es H vide... Et la sueuF coule de ton front f [Elle passe son mon-choir sur la fin:[rc dv T!\:^::'vH.) Gui, mon enfant, ovl. Je jure sur r^irtre Sauve::r!... (Un tervps.) J'asoè^c que te voici apaisé?
TFi::^uLT, après un silence. — Maman.*.
Que jurez-vous?
^GNÈs. — Eh bien, que tu t'es trompé 1
Israël
THIBAULT. — En d'autres termes?
AGNÈS. — • Que Gutlieb, à ma. connais^ Mnce, ne possède aucun jsecret... aucun seeret sur ton père... Et aussi, que j'ai librement; spontanément, ménagé notre entre- Tue... Tu vois...
THIBAULT- — Oui... Ck>mme vous l'exprimiez si bien, je faisais fausse route...
AGNÈS, soulagée: — Ah!
THIBAULT. — Il me faut porter mes investigations d'un autre côté, voilà tout!
aGNB^. — Quoi?... Oh! J^en ai assez!,..
Je me suis prêtée à cet int-errogatoire,
— Tu PERDS LA RAISON
émue par ton inquiétude. Mais tu abuses, je n^ajouterai pas une syllabe!
THIBAULT. — Parfait! Je préfère cela!...
Cette contrainte me rend malade!... J'ai besoin -^e parler un peu plus fort!... De ce mystère, un homme possède la clef... Je vais causer avec cet homme-là !
AGNÈS. — Thibault, au nom du ciel...
THIBAULT. ^ — Que faisait Gutlieb dans no-.
tre ittaison, à l'heure oii mes témoins atten- «iaient les siens!... Il me le dira, lui!...
Il a atteint et ouvert la porte.
AGNÈS, dans un cri. — Thibault!... (Thibault s^arrête.) Thibault, tout à l'heure, tu employais le terme de chantage... vraiment... •
THIBAULT, net /redoutable. — Je tne^ mérite pas cette imputation..! La curioôite n'«i rien d'ignoble, qui me dévore. De minute eix minute, d'invraisemblance en invraisem* blance, de défaite en défaite, je sens plus irrésistiblement que toute cette affaire tient à mon honneur par d'invisibles fils!,.. Et j'aimerais mieux — pardonnez-moi le vilain mot — j'aimerais mieux crever que de renoncer à savoir. ' ^
AGNÈS. — Soit. Ferme cette perte, je te prie. (Thibault obéit.) Je me soumets. Reprends ton instruction... Déchire-moi. Déchirons-nous.
THIBAULT. — Non, non, non, non, non!...
Non, ma mère, non !... Je ne questionne plus, je me tais et j'attends. Parlez! de grâce, parlez.
AGNÈS. — Mais tu 2s un bourreau. Je te découvre^ je découvre ton inexorable ténacité... Tu m'effrayes.
THIBAULT. — Ma mère, les minutes pasrsent, et je ne peux vivre plus longtemps dans cette incertitude.
AGNÈS, presque enjouée. — Eh bien, mon Dieu, dissipons-la! Aussi bien, elle ne règne que par ma faute, à cause d'une pudeur maternelle un peu vsotte, peut-être... mais que tu n'as pas raison, Thibault, de brusquer ainsi... N'importe!... N'importe! A présent, je ne cacherai pluis rien... Ce qui m'inspira cette tactique?... Un souvenir... Oh! bien innocent!... Une bêtise... Dans ma jeunesse, on m'accordait de la grâce... on me disait jolie... assez jolie.
THIBAULT. Alors?
AGNÈS. — Mon ohéri, pas cette figure!...
THIBAULT, contracté. — Alors, ma mère?
AGNÈS. — Alors, je crois que M. Gutlieb avait conçu pour moi une admiration... que jamais, bien entendu, il ne se permit de me déclarer.,. Mais, dans l'alarme actuelle, ma mémoire v a suggéré le stratagème, non, pas le stratagème... le biais... le préambule...
enfin, le...
THIBAULT, coupant, — Ce n'est pas vrai !...
AGNÈS. — Tu perds la raison!...
THIBAULT, violent. — ■ Ce n'est pas vrai!
Ce n'est pas vrai! Ce n'est pas vrai!
AGNÈS. — Voici que tu oses me démentir !
THIBAULT. — J'ose. Et je prétends que mon audace vous flatte!,.. Ma mère, nos pa^ reils, sans une exception, honorent votre tact, votre fierté, votre grandeur. Or, cette révérence unanime implique que, certaines choses, on les a faites toujours, et qu'on ne fait pas d'autres choses, qu'on iTe les fait
,^^^»l|^:^fi?;^P^^i^^
Mm^
Israël
i; 'lâ^aîsl M"»* de Çroucy ne mande pas un
V" AG^ïfes. — Lorsque tu me permettras de...
■'■y^ THiBÀtJL*» -— Je ne permets pasl Je né permets plus! A quoi bon, d'abord? L'habitude vous fait défaut de dissimuler, de fal- -sifierî Chacune de vos paroles trébuche. La vérité! Il me faut la vérité!... Cette fable ^singulière a redoublé ma hâte... Autour de nous, depuis une minute quelque chose flotte de si nouveau, de si inattendu, de si inquiétant, de si... de si désagréable... (Plus bas, d^un ton très grave.) Maman, je vous en conjure, la. vérité.
AGNES. — C'est toi qui m'auras réduite à ^ne indiscrétion, à une trahison !
THIBAULT. — Entendu... J'endos«e! J'assume !
AGNÈS. — Eh bien, cet homme m'a aimée à en mourir... Oui, malgré ses aveux mal accueillis, contre tout espoir, des années, il m'a aimée. Voilà, Thibault... Seulement, ton triomphe me laisse rompue, et je ne te retiens pas davantage... A ce soir, mon enfant. (Un silence.) Val... (Un silence. Exaspérée.) De grâce, ne me regarde pas ainsi fixement...
épargne mes nerfs.
THIBAULT. — Excusez-moi, je réfléiïhis- €ais. Maman, l'année dernière, vous ne m'aimiez pas moins .P.. . Mon salut vous touchait autant, l'année dernière.'^...
AGNÈS. — L'année dernière?
THIBAULT. — Lorsque je -me suis battu, que j'ai transpercé ce Philippe...
AGNÈS. — Je n'ai appris que le duel consommé ! Les situations se ressemblentelles ? ,
THIBAULT. — Identiquement !
AGNÈS. — Tu deviens fou!
THIBAULT. — Identiquement!... Trois jours, cet homme fut en danger de mort...
S'il périssait, il périssait de ma main...
AGNÈS. — Aussi, rappelle-toi ma tristesse !
THIBAULT. — Bravo! Le mot jaillit, qui convient parfaitement, cruellement!... Vous étiez , triste ! Vous n'étiez que triste! Rien du désespoir éperdu d'aujourd'hui...
' AGNÈS. — A la fin, à la fin!...
THIBAULT. T— Et le quatrième jour!... Je vous annonce que Philippe s'en tirera, que les médecins répondent de sa guérison, que nous sommes sauvés l'un et l'autre... Cet heureux avis vous jette-t-il dans un délire de joie, vous arrache-t-il le geste... le geste surprenant d'embrasser la main de votre fils?... Non, non, je n'ai pas vu tout cela pour Philippe!... (Se croisant les bras.) Pourquoi ?
Cesse! Tu me fais un procès ih-
AGNBS
famel
THIBAULT, avec, douleur. — Apaisez dono ce qui vieùt de me mordre le cœur !..,
AGNES, violente. — Et que j'ignore, que j'entends ignorer. Assez, Thibault I... Je t'interdis de poursuivre!...
THIBAULT. — Si, seulement, vous pouviez
^GNÈS — Je refuse.
m'interdire de penser!... Maman, jadîs^ quand se posa l'insolent regard de ce juif, êtes- vous certaine, certaine d'avoir détourné la tête ? ^
AGNÈS. — Tu m'outrages !...
THIBAULT. — Alors, cct abjcct amour, puisque vous l'avez négligé, puisque vous vous êtes drapée de mépris, d'oii vient la différence que je marque? Offrez une raison!
Une \Taie raison!... Je la mendie... (Se ptS" nant la tête à deux mains.) Tenez, vous, plaît-il que je la cherche moi-même?
AGNÈS, avec effroi. — Non! Ne chercha pas!...
THIBAULT, levant les yeux. — Mais?...
AGNÈS. — Tant pis!... Tu t'arroges le droit de bousculer mes plus seerets -. souvenirs, de me traquer, de me forcer... Tant pis!.** J'avoue.
Israël
ÏPil&At^M'.. — , Oh l
AGi^. — J'avoue» ce qui fut... IJn se.utim«at..- un sentiment profond^- mais très pur... presqu-e mexprimé .^ Rien de plus^
TfilMïïïUr, -» Jb parle ici en chef ?
ï^iBÀtJLT» assommé. — Rien de plus!... Ce
46Kfls. — Ce jnif aurait donn^ ses- jours pwar qiïi'e je fusse moins misérable !
MHBATJLT, âu fond de soirB désespoir. — • Ohî...
AGNÈS. — Mon petit, mon petite j-'ai tant .
de mal et je* ne plains qiie^toi... Je vpis tep' pauirres jqwsl qjUi battent... , \ « • -
T^BA¥LX. — CXuL. . ça n^ s'explique pâJS. . . C'^fii»-. c'est comme une ruine.!..... Je vqu& -, plaçais si liaut.... ailleurs... Vouâ ne reèsem-^ , bliez à personne.... Vous étiez^ m^ m^re,, ma maman... A présent, je n'o^e plus vous- regarder... J'ai bonté...
AGNÈS. — J'ai honte aussi.
THIBAULT. — Allons, je pars (Quelques
pas.) Maman, vonteî^v&us me faire un plaisir?
AGNÈS. — Oui..
THIBAULT. — Ok! je Kte do-ute plus,.. Je vous crois... Je seas qxke nous avoB^a touché le fond... Mais J'a' peur... J'ai peur démon cabinet de travail, de la solitude... peur %vke^j, tout à coup, une mauvaise pensée encore r.e me suffoque...
AGNÈS. — Une mauvaise pensée?
THIBAULT. — Maman, c'est vrai... c'est bien, bien vrai, cette fois, que... que vous... que jamais... je cherche vos propres mots.... enfin, ce sentiment resta pur... très pur?... AGNÈS, 1(71 reproche, — - Thibault!
THIBAULT. — Eh bien, jurez-ïe sur l& Christ !
AGNÈS. — Tu veux que...
THIBAULT. — Comme tout à l'heure... Je vous le demande... Pour mon repos...
AGNÈS. — J'y ^ suis prête. (Un silence. Un geste suppliant de Thibault.) J'y suis prête, si tu rexig.es...
THIBAULT. — Jurez.... Oui„.* (Un silence.) Vous hésitez?... (Un silence-} Ma mère, vous hésitez?
^. ^^ AGNÈS. — Je ref uise.
THIBAULT. — Parce que?
AGNÈS. — Je n'invoque pas fau&-^ sèment le nom de mon Sauveur !
THIBAULT. — Quoi !
AGNÈS, un cri d^aveu. — Mon fils,.
je n'ai commis qu'un grand péché^
mn seul, et je sais, dans mon eoeu-r, qu€^
Dieu me l'a pardonné.
THIBAULT épouvanté. — Maman !... fFon-^ danf en larmes.J Mais il fallait jurer l...
AGNÈS. — Non, mon Thibault,, il n-e fal»
lait pasv... Toutes Les douleurs,, je les préfère à reclouer mon Dieu sur sa croix. l (Les sau* giloH de Thibault.) Thibault,, voici ton. c&uvre... Nous voiei,. parmi te débris, et le ravage, comme deux lutteurs essouMés>.... Ne?
me sois pas tr©f) sévère! Songe qu'avant cette expiation, cruelle entre les cruelles^ j'avais usé mes genoux sur les dalles- defs^
Pf%^^<1KVf J7^®^>^^, f^^KS^ ^'Vf
^â^ïiiW
Ca^:f
Israël
id9^
^iiséfty': consupie en prières de pardon, le ! Vplûfi bel âge dé' la viè!^ ^ *
■/. THïBAuiiT,gf ui ne' |)ïeure plus^ qui montre, UTi visage ierrihle,-^ Vous savez que je n'entéii'ds même pas!... A travers le tumulte de mon être, une seule notion se fait jour. Làbas, dans un coin perdu de Lorraine, au fond d'un triste et vieux château, un gen-»tilhomme se morfond, que vous avez condamné, à Texil! C^est mon père, Tivrogne, le réprouvé^ le mauvais mari; le bourreau de r innocence...
AGNES. — Tais-toi î
THIBAULT. — Plus uuc main ne se tendrait vers la sienne I Pas un ami, qui n'ait pris, contre sa cruauté, le parti de votre candeur!...
AGNES. — ' Tais-toi!
THIBAULT. — Eh bien, je dis que, malgré les injures et les sévices, cela n'est pas juste !
AGNES. — Te tairas-tu, fils impitoyable!...
THIBAULT. — Je parle ici en chef! Mon père déchu, je deviens le chef de la famille et, comme tel, je veille sur l'honneur des miens!.,. Un hasard béni jette sûr ma route notre larron, le coquin qui nous a bafoués î... Malheur à lui !
Une fois encore, il marche vers la porte de • droite.
AGNES, barrant la sortie. — Thibault, j'ai ta parole...
THIBAULT. — Un engagement obtenu par dol ne vaut pas ! Je reprends la promesse extorquée. . .
AGNES, qui, à reculons, a gagné la porte -- Thibault, tu ne sortiras pas avant que...
THiBAfTLT, se contenant avec peine. — ■ Prônez garde!... Un homme s'éveille là-dedans, que vous ignorez, que j'ignorais moimême!... C^est le descendant! C'est le féodal! C'est Thibault de Croucy!... Ma mère, livrez-moi passage !
AGNÈS. — Tu m' écouteras d'abord... Thibault, tu ne peux pas frapper cet...
THIBAULT. — Ma mère, dégagez la porte!
AGNES. — Thibault, tu ne peux pas frapper cet homme!...
THIBAULT. — Votre défense le tue plus sûrement !
Malgré sa mère, il a saisi le bouton de la porte. AGNÈS, s^accrochanty hurlant. — Malheu-
reux, malheureux . mais regarde mes y^fai !
Ecoute mon àoeent!... îù ne peux pas fi*apper cet homme!
THIBAULT. — Hein?
AGNis. — Non!... Pas cet homme-là!.».
Tu ne peux pas!
THIBAULT, utt cri terrible. -—Ah!... (^
— Thibault, devant Dieu,