ÉLÉGIE DIX-SEPTIÈME
 Madame Eugène Rouart,
11 a plu. La terre fraîche est contente. Tout luit. Une goutte d'eau pèse et pend à chaque lose, mais il va faire chaud, et, cet après-midi, le soleil bourdonnant fendra la terre rousse. Le ciel brumeux se troue de bleus comme de l'eau d'où des raies en travers tombent sur le coteau. La taupe lisse, aux ongles forts, a rebouché ses gUes racineux qui pèlent la pelouse.
La limace arg-entée a traversé la route,
la foug-ère trempée est lourdement penchée,
et les ronces ont plu au cou des jeunes filles. ..
Car elles sont parties, les jeunes filles, vers ce qu'il y a de mouillé, de tremblant et de vert. L'une avait son crochet, l'autre la bouche vive, l'autre avait un vieux livre et l'autre des cerises, l'autre avait oublié de faire sa prière.
— Lucie, regarde donc toutes ces taupinières?
— Oh! Que cette limace est laide. Ecrase-la.
— Oh! Horreur! Je te dis que non... Je ne veux pas.
— Ecoute, le coucou chante?
Elles sont allées jusqu'au haut du chemin qui entre daps la lande, Leurs robes s'écartaient et puis se rapprochaient. Les silences de leurs voix claires s'entendaient. Une pie rayait long'uement le ciel. Un geai jacassait poursuivant un g^eai sur un noir chêne.
Ainsi qu'un éventail les robes s'écartèrent encore, en ondulant, au soleil du sommet. Elles otit disparu. Je m'en suis attristé. Etj me sentant vieilli, j'ai pris dans le fossé, je ne sais pas pourquoi, une tige de menthe.
A ANDRÉ BEA UNIE R